‹ Le Corps Thyroïde Des Tuberculeux: Recherches Histologiques & ChimiquesChapitre 18 sur 25 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

nâtre, de la grosseur d’un grain de chènevis, dure au toucher. Dans le lobe supérieur, il y a une zone d'atélectasie. Au microscope on voit que ces noyaux pulmonaires sont de nature tuberculeuse. Eu résumé, on à affaire à une tuberculose caséeuse du poumon.

Lapin 14. — Ce lapin nous a servi de témoin pour l’expérience précédente ; c’est un animal normal injecté le même jour avec la même culture que les deux précédents (1). Il a été tué le 26 octobre comme le lapin 5. Il présentait de rares localisations taberculeuses sur les organes abdominaux, mais les poumons étaient imdemnes (Voir son observation, page 71).

Il nous semble donc que l’action du corps thyroïde dans la défense de l'organisme contre la tuberculose n'est pas négligeable. En effet, alors que, vis-à-vis d'une même culture, le lapin 6 thyroïdectomisé et abandonné à lui-même résistait à peine 22 jours ; au contraire, le lapin 5 thyroïdectomisé et traité par l'extrait de corps thyroïde a résisté partiellement à l'infection ; quant au lapin témoin il a résisté également, et ses lésions tuberculeuses étaient beaucoup moins avancées que chez le lapin 5 dont le traitement par le suc thyroïdien était interrompu depuis un certain temps. Toutefois le temps ne nous a pas permis de continuer ces recherches, aussi donnons-nous ces résultats comme des résultats isolés, et sur lesquels il n’est pas encore possible de se fixer une conviction absolue ; cependant c'est là une indication précieuse dans le sens de laquelle d’ailleurs nous avons l'intention de continuer plus tard ces recherches.

(1) Voir son observation au point de vue des lésions histologiques de son corps thyroïde, p. 741,

ai

S&. — Action des altérations pathologiques de la glande thyroïde sur l'évolution de la tuberculose humaine. Mécanisme de cette action. Déductions thérapeutiques.

On peut se demander toutefois dès maintenant, devant ces résultats, sile corps thyroïde et surtout l’iode du corps thyroïde n'ont pas une certaine influence bienfaisante contre l’évolution tuberculeuse. Ceci s'explique d’ailleurs par les travaux de M. Labbé et Lortat-Jacob que nous avons signalés plus haut, et on peut comprendre que cette sécrélion iodée agisse à la façon de l’iode en activant la phagocytose. Cette action du suc thyroïdien a d’ailleurs déjà été mise en évidence par d’autres auteurs. Ch. Vinay (1) signale l'association fréquente du goître parenchymateux avec la tuberculose, or on sait que dans ces cas de goître, la sécrétion thyroïdienne est souvent diminuée et même parfois supprimée. Hamburger (2 )sur 100 goftreux trouve 19 tuberculeux pulmonaires, 5 pleurétiques et 3 laryngites chroniques probablement bacillaires, ce qui donne une moyenne de 27 p. 100, chiffre qui ne nous paraît d’ailleurs pas très considérable, el quine comprend probablement que les cas de tuberculose manifeste. Cette relation du goître avec la tuberculose a été également signalée par Cassan (3) ainsi que par :Betz (4).

(14) Cu. Vinay, La tuberculose chez les thyroïdiens. Lyon médical,

3 mai 1908.

(2) HameurGer, Contribution à la question des rapports entre le gofître et la tuberculose. Praktische Heilkunde, 1859.

(3) Cassan, Goître héréditaire et dans un rapport singulier avec la tuberculose. Arch. de médecine, 1827, p. 76.

(4) Berz, Le goître symptomatique de la tuberculose du poumon.

Memorabilien, 1875, p. 559,

er

La sécrétion thyroïdienne agit également, comme l'ont trouvé de nombreux auteurs (Lancereaux et Paulesco (1), Parhon et Papinian (2), Viala (3), Vincent (4), Léopold Lévy et H. de Rothschild (5), Sergent et Ménard) (6), sur le rhumatisme chronique ; or pour certains auteurs ce rhumatisme chronique reconnaîlrait une origine tuberculeuse ; on peut se demander dans cette occasion si l’action du suc thyroïdien n’est pas due justement à l’origine tubercaleuse de ce rhumatisme.

Dans le domaine strictement thérapeutique d’ailleurs, l'influence de l’iode a été souvent mise en évidence vis-àvis des lésions tuberculeuses. On connaît son action très efficace sur les tuméfactions glandulaires scrofuleuses. On a employé fréquemment et avec succès l’iodoforme dans ces adénites, ainsi que dans les synovites, arthrites et ostéites tuberculeuses. Morin a signalé l'influence bienfaisante des pulvérisations de diodoforme sur les ulcérations laryngées d’origine tuberculeuse ; cet auteur aurait même constaté à leur suite une amélioration notable des lésions pulmonaires. D'autre part on ordonne fréquemment et à juste raison, l'huile de foie de morue aux tuberculeux et l'iode y est abondant. Le sirop 1odo-tannique

(1) Lancereaux et PAuresco, La médication thyroïdienne dans le traitement des affections rhumatismales. Arch. de méd., 3 janvier 1899,

(2) Parnon et PapiniaN, Pathogénie et traitement ‘du rhumatisme chronique articulaire. Presse méd., 4 janvier 1905.

(3) ViaLa, Opothérapie thyroïdienne appliquée au traitement des affections rhumatismales. Thèse deBordeaux, 1899.

(4) Vincenr, Soc. méd. des Hôp., 8 juin 1906 et 28 novembre 1907,

(5) Léorozo Lévy et H. ne RorasemiLp, Soc. de biol., 21 juillet 1906.

(6) SerGenr et Méxarp, Le rhumatisme chronique progressif et déformant par insuffisance thyroïdienne. Presse médicale, 15 juillet 1908.

dre

est aussi fréquemment employé et avec de bons résultats. Le lait et les œufs qui constituent la base du régime des tuberculeux renferment de l’iode en quantité notable. La viande crue, qui a été considérée comme spécifique de la tuberculose,excite de façon énergique la sécrétion thyroïdienne (1).

On peut donc estimer que l'iode est un médicament précieux contre la tuberculose. Toutefois d'après notre travail, son action ne serait pas permanente. En effet, l'iode est assimilé grâce au corps thyroïde ; or comme nous l'avons vu, si cette glande est encore susceptible d'absorber l’iode au début de l'infection, 1l arrive souvent qu'au bout d'un certain temps, ce corps thyroïde devient scléreux et impropre à sa fonction. C'était le cas de la malade à qui nous avons fait suivre un traitement 1odé (obs. 33). L'iode doit donc être donné de préférence au début de la tuberculose, mais ce traitement doit être surveillé, car chez certains individus particuhèrement susceptibles à cette médication, ou à doses trop fortes et trop longtemps continuées,il pourrait se produire, comme cela a été observé, de la diminution de volume, une véritable atrophie de la glande, ce qui irait justement à l'encontre du but que l’on veut atteindre. L’iode d'ailleurs ne doit pas être considéré comme le médicament spécifique de la tuberculose, nous le considérons seulement comme un précieux adjuvant à la médication habituelle.

Quant à la forme sous laquelle cet iode doit être donné,

(4) Loran», Congrès de la tuberculose, 3 octobre 1905.

Page 1