CHAPITRE m
L'esprit hellénique dans le génie du Corrè^e. — Il vient à Parme et fait la connaissance de Fabbesse Jeanne de Plaisance. — Privilèges et libertés des abbesses de Saint-Paul. — Alleirri est chargé de peindre le parloir de l'abbesse. — Description de la chasse de Diane.— Vvocédts et difficultés de l'art des fresques. — Le parloir devient le salon de l'abbesse. — Succès et célébrité d'Allegri. — Commandes des Bénédictins.
L'éclat de l'aurore fait deviner la splendeur du jour ; et jamais gloire d'artiste ne s'annonça par une aurore plus brillante que celle du Corrèg-e.
Il avait eu à Mantoue la vision du beau et la révélation de son propre génie. D'un coup il s'était senti lui-même et dès lors il se mit à peindre avec cette liberté souveraine que les grands maîtres euxmêmes n'acquièrent d'habitude qu'à la fin de leur carrière. Chose inouïe, après cette rapide initiation, à vins^t-trois ans, il se trouve en pleine possession de sa manière, il n'imite personne, il est lui.
Ancltio son pittore! avait-il dit devant les belles fresques de Mantegna. « Et moi aussi, je suis Grec! » dut-il s'écrier en face des statues antiques. Il le fut d'autant plus qu'il ne les copia jamais. Les
grands modèles ne parent que développer sa disposition spontanée à la libre interprétation de la nature. Il avait saisi l'esprit même du beau dans le sentiment immédiat des mythes païens. Il les laissa repousser en lui-même, en dehors de toute tradition conventionnelle, comme la fleur naturelle de son être et de sa pensée. Il ne rechercha ni la lig-ne savante, ni les effets du coloris, mais, s'abandonnant à ses propres impressions, il se mit à les traduire à la manière ingénue et profonde des Hellènes. Son inspiration ressemble à la source abondante et pure qui coule d'une haute montagne et se répand aux alentours en douces ondées et en nappes limpides. De sa fraîche haleine naissent les fleurs délicates et les créatures charmantes qui peuplent sa pensée. Ses nymphes, ses amours et ses déesses sont nées au souffle de l'esprit hellénique, qui pénétra toute sa nature et la transfigura comme par une rosée divine.
Les créations du Corrège ont dû leur éclosion à cette rosée de l'âme qui s'épand sur les choses. La joie intime qui émanait de son cœur l'environnait d'une atmosphère éthérée, d'un printemps éternel, où l'Olympe se réveilla le sourire aux lèvres.
Cette précocité nous étonne, cette facilité nous confond, mais l'apprentissage du génie est plus rapide que celui du talent. Le talent cherche; le génie trouve. Le talent ne sait qu'à demi ce qu'il veut, hésite sur les moyens et ne juge de l'effet qu'après l'exécution.
Dans Tartisle complet, au contraire, la parfaite clarté des conceptions donne la mesure des moyens à employer, et l'habitude que prend la main d'obéir à une pensée nette lui prête une sûreté et une souplesse qui nous semblent miraculeuses. Les premières fresques d'Alleg-ri surprirent ses contemporains autant par leur beauté séduisante que par les difficultés vaincues. L'équil.'bre des facultés est peut-être ce qu'il y a de plus merveilleux dans le Corrè$fe. En lui l'inspiration et le calcul, l'imag-inalion et le sens technique, le génie plastique et la philosophie vont de pair, se soutiennent et collaborent sans cesse. Il n'y a pas d'autre exemple, chez les modernes, d'une telle harmonie des faculés artistiques. Il leur dut cette sérénité., ce contentement intérieur dont ses oeuvres font foi et qui, sans cette harmonie, seraient inexplicables. Car, nous l'avons dit, on peut tout inventer, excepté le bonheur.
Mais revenons à Thistoire du jeune artiste. Nous avons parlé de son voyag-e à Mantoue, des peintures et des riches collections de cette ville qui firent entrer son esprit dans un nouvel ordre d'idées. Il ne lui en fallut pas davantage pour devenir artiste dans le vrai sens du mot. Dès lors il se perfectionna avec chaque tableau. Il recevait commande sur commande et apportait à la moindre toile un soin minutieux.C'est alors qu'il a peint le célèbre tableau de r humanité du Christ, dont J'étonnant clair-obscur est une des merveilles de l'art. Il peio-nit à la même époque une sainte Marthe (qu'il fit pour un particule
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lier) ainsi qu'un beau tableau pour l'église d'Albinea (près de Corrège) et un autre pour une princesse de la maison d'Esté.
Sa renommée, ayant gagné de proche en proche, était arrivée aux oreilles de l'abbesse et suzeraine du monastère de Saint-Paul à Parme. La dame, eut un vif désir de connaître le jeune peintre pour un projet qui lui tenait à cœur. La rencontre se fit plus tard et eut pour résultat les fresques de la Chambre de Saint-Paul, qui sont restées Tune des merveilles de Parme. Cette œuvre étant la première du maître où se montrent toutes les facultés du génie, nous dirons quelques mots des circonstances qui l'ont fait naître et de la personne qui l'a commandée. Cette courte étude nous fera connaître en passant une abbesse mondaine du xvi^ siècle et nous donnera une idée de l'extrême liberté dont jouissaient en ce temps lesabbesses de Saint-Paul.
On aurait quelque peine à comprendre qu'une abbesse ait pu faire exécuter une œuvre aussi considérable dans son monastère, sans un pouvoir absolu et irresponsable^ Or celui des abbesses do Saint-Paul datait de loin, La fondation du couvent remonte aux environs de l'an locjo. Comme un certain nombre d'établissements ecclésiastiques, il avait été doté de privilèges exceptionnels, qui comprenaient l'exercice et la jouissance de tous les droits féodaux sur son domaine. L'abbé ou l'abbesse d'un
I. On n'a jamais connu la valeur de la somme payée au Corrcu:e pour !a Chambre de Saint-Paul, l'abbesse Jeanne ayant brûlé les comptes qui la concernaient
tel couvent était seigneur et maître sur son territoire. Non seulement il en percevait les revenus, impôts et péag-es sur les maisons, tours, ponts^ etc., il avait aussi le droit de jug-er des affaires civiles et criminelles sur son domaine ecclésiastique. En pareil cas, la crosse d'une abbesse devenait plus redoutable que le sceptre d'une reine absolue. Car cette suzeraine d'un genre particulier jouissait, sous le voile, de tous les privilèges de la royauté et cela à l'abri des vicissitudes de la guerre, non pas cependant de la haine des partis. Lorsqu'un parti expulsait l'autre dans sa haine aveug-le contre ses adversaires, on vit souvent que Tabbesse de Saint- Paul était chassée de son domaine et oblig"ée de suivre son parti comme une souveraine détrônée. Les mœurs, nous Tavons dit, étaient violentes à Parme î Les abbesses de Saint-Paul ne reconnaissaient que la suzeraineté de Rome. Aussi Ton dit que la morg"ue et l'insolence de ces dames n'avaient pas de limites. Les habitants de Parme avaient beau porter plainte, le Saint-Siège avait beau lancer des décrets, les abbesses narguaient la ville, les évoques et le pape. Elles ne toléraient la présence d'aucun haut ecclésiastique dans leur domaine. Du temps de l'abbesse Jeanne de Plaisance, d'heureuse mémoire pour l'art, les privilèges et droits dont jouissaient les abbesses de Saint-Paul subsistaient dans leur intégrité. Nous devons à cette circonstance la splendide commande que l'abbesse de Saint-Paul put faire au Corrège.
Elle fut la dernière de ces femmes privilégiées
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et ne survécut que de quelques semaines à la perte de ses principaux droits. Le pape Clément VII, décidé à mettre fin aux scandales continuels provoqués par les religieuses de Saint-Paul, afin de donner une satisfaction aux Parmesans, qui réclamaient sans cesse contre ces dames et insistaient pour leur réclusion, fit définitivement clore le couvent en Tan 1524. La clôture du couvent eut lieu au mois d'août et l'abbesse Jeanne cessait de vivre au mois de septembre de la même année. Rebelle jusqu'à la fin à tout décret qui limitait son autorité, elle ne céda les armes qu'à sa dernière heure. C'est alors que brisée de soufïVances physiques (auxquelles depuis longtemps elle était en proie) la fière abbesse se résigna enfin à sa prison. Une femme comme elle avait besoin, pour vivre, d'air et de liberté joints à la pleine jouissance de ses privilèges et droits. Elle perdit la vie avec le pouvoir. Heureusement pour nous et pour la postérité, elle était en pleine possession de tous ses droits aux débuts de la carrière du grand Corrège, et en usait, comme nous allons voir, en châtelaine gracieuse et intelligente.
Voici les faits qui amenèrent la connaissance entre le jeune Allegri et cette femme de goût.
A la suite de son élection comme abbesse du monastère de Saint-Paul, Jeanne de Plaisance changea le gérant administrateur de son couvent, et confia cette charge à un sien parent, son beau-frère et ami intime, le marquis Scipione Montino délia Rosa 1.
1. Plaisance était le nom de famille de l'abbesse Jeanne. Les de Plaisance étaient des nobles de Parme. Les scandale^ auxquels le mo-
Monlino avait dû quitter Parme à cause des rixes de parti. Il éîait fort lié avec les 'comtes de Corrège, où il avait longtemps résidé. C'est là qu'il apprit à connaître Antonio Alle§"ri, déjà célèbre en ce temps. Le marquis Montino délia Rosa était fort répandu dans le monde. 11 appartenait à ce groupe élégant qui
nasière de Saint-Paul avait donné lieu, surtout depuis que l'abbessc Jeanne de Plaisance y résinait en souveraine, étaient de nature à porter l'alarme parmi les citoyens de Parme. L'abbesse Jeanne, d'humeur impérieuse et d'habitudes aristocraliqucs aussibien que d'esprit dominateur, ne savait ni ne songeait à mettre un frein à ses volontés arbitraires, et n'admettait aucune limite à son pouvoir absolu. Ce que femme veut, elle le veut bien, fût-ce contre Dieu et le diable ! Son premier acte, en saisissant la crosse, fut de se défaire de l'ancien çéraut adiiiinistrateur des biens du monastère, M. de Garimberti, au proût de son ami et parent le marquis Scipione Montino délia Rosa. Jean-Franrois de Garimberti, de grande naissance, avait lui-même été élu par la dernière abbesse de Saint-Paul, qui appartenait à la famille des Garimberti, au poste d'administrateur du couvent. Le changement arbitraire opéré par l'abbesse Jeanne, ne manquapas d'offenser morleliemcnt la famille des Garimberti. Des froissements rcciproques envenimèrent la querelle des deux côtés. Les adversaires elaient Scipione ^ifontino del'a Rosa et Jean-Franc^ois Garimberti. César de Plaisance, frère de l'abbesse Jeanne, prit le parti de sa sœur et de Montino délia Rosa ; tous deux jurèrent une haine mortelle à Garimberti et finirent par l'assassiner sous le toit du comte Cajazzo, au mois de juillet i5io. Garimberti était un personnage fort estimé, jouissant d'une belle pobition sociale et d'un emploi public assez important M était commissaire des taxes eldes impôts,] Ce meurtre fit grand bruit dans la ville de Parme qui cependant était assez turbulente. On demanda à grands cris la mise en accus. ^tion des coupables ; on fit appel à la justice publique. Eille essaya de poursuivre les accusés. Le couvent même de Saint-Paul fut visilé, maigre les protestations de l'abbesse, mais on n'y trouvapoint les fugitifs. Sixans plus tard(i5i6),la justice était encore àla recherche des criminels. On csperjil toujours pouvoir surprendre l'un eu l'autre des deux coupables dans le monastère, ALrs cet asile, qui avait été barricade en règle par ordre de l'abbesse, fut viole pendant la nuit par les émissaires delà justice, à la grandeconsternalion des religieuses et à la grande fureur de l'abbesse. qui, plus tard, se vengea deson mieuxet résista jusqu'à sa dernière heure à toute autorité civile ou ecclésiastique. — Ces notices sont prises sur \e Manuscrit de la Chronique de Parme, de Leone Smajliati, contemporain de l'abbesse Jeanne, document cité par le savant P. Aftô, dans son opuscule qui a pour titre : Ra'jionameniidel padre Affô, reijio bibliotecario, sopra una stanzadipinta dal celeberrimo Antonio Aliegri da Correcfjio,nel monastero di San Paolo a Parma. Parma, 1794.
donnait le ton à Parme et dont Tabbesse était le boute-en- train. Il lui vanta le jeune Allegri, lui parla avec enthousiasme de ses talents. Aussitôt l'abbesse eut le vif désir de le voir pour lui proposer un travail important. 11 s'agissait de peindre à fresque le beau parloir, au rez-de-chaussée du couvent de Saint-Paal, parloir qui faisait suite à un autre salon età la chambreà coucher de l'abbesse sur le même palier. La porte extérieure donnait sur la rue. Cet appartement princier, qui ne communique avec le corps du logis que par une petite porte intérieure, avait été préparé pour elle. La première salle était déjà peinte avec goût. Il ne s'agissait plus que de faire décorer par un maître le parloir qui lui servait de salon de réception.
L'abbesse Jeanne de Plaisance, qui s'entendait à tenir la crosse, savait aussi manier l'éventail et soutenir un rôle brillant dans la société. Au parfait a'jsolutisme de son gouvernement elle joignait les élégances et les grâces d'une reine. La vivacité de son esprit, son entrain de grande dame et sa générosité naturelle lui faisaient pardonner ses allures un peu cavalières et son esprit dominateur. Elle devait avoir à un haut degré ce besoin et ce goût du beau que nous rencontrons quelquefois chez les natures les plus mondaines et les plus frivoles, et qui les ennoblitcomme malgré elles. Ce désir du beau est comme un instinct subtil qui circule dans le sang, une seconde vie qui pénètre l'existence. Essence insaisissable, qui a fait naître toutes les merveilles de l'imagination humaine; sans elle, ni Olympe, ni
ciel chrétien. Platon y voit un ressouvenir plus ou moins distinct de la beauté divine, entrevue dans une existence antérieure. Chez les âmes d'élite le culte du beau est, en effet, un mode d'aspiration vers réternelle vérité. Chez d'autres elle n'est qu'un besoin raffiné des sens, un goût délicat pour les fines voluptés de la vie. Selon toute apparence, ce fut le cas de Tabbesse Jeanne, dont le tempérament vif et emporté semble avoir été dominé par une imagination riante. L'idée d'orner son salon de réception d'une œuvre de choix, qu'elle aurait toujours sous les yeux, est le fait d'un esprit amoureux du beau et qui s'en délecte à loisir.
Ce futMontino délia Rosa qui comm.uniqua à Antonio Allegri le désir que Tabbesse avait de le voir pour une commande de fresques. Un autre se fût empressé d'accourir. Mais nous verrons qu'en toute circonstance AUegri, d'ailleurs surchargé de travail, poussa la discrétion avec ses protecteurs jusqu'àTindifférence. Il était de ces natures qui n'ont pas besoin d'aller au monde pour qu'il vienne à eux. Mw mélange de hauteur et de douceur, de fierté naturelle et de grâce ingénue, leur donne un air de supériorité qui attire sans qu'elles y pensent. La se" rénité souriante des grandes âmes est chose si rare et si extraordinaire pour les gens du monde, qu'elle leur impose sans les blesser et les charme en les étonnant. C'est ainsi que nous nous représentons Allegri dans ses rapports avec les seigneurs et les grandes dames : affable, souriant, mais quelque peu réservé, et se demandant toujours avant de con-
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sentir, si l'œuvre était bien selon son cœur. Cette fois-ci elle devait l'être. Il attendit toutefois pour se rendre à Parme qu'une occasion se présentât. Un ami l'ayant prié d'y venir pour parrain au baptême de son fils, il fit le voyag-e et profita de la circonstance pour se faire présenter àl'abbesse de Saint- Paul. Nous croyons qu'ils n'eurent pas de peine à s'entendre. Jeanne de Plaisance dut voir le génie lumineux qui rayonnait sur le front diijeune Alleg^ri; et celui-ci dut deviner d'emblée les exigences d'un g-oût princ'er et d'une imagination ardente. La tache n'était point facile. 11 s'agissait de charmer la femme sans compromettre l'abbesse ; d'être riant, enjoué, séduisant même, sans faire rougir les murs du couvent, à défaut des nonnes qui, nous l'avons vu, n'étaient point bégueules. Il fallait, en un mot, décorer le salon d'une abbesse mondaine qui n'avait nullement horreur de la mythologie, mais qui devait conserver jusque dans ce délicieux parloir le décorum de sa position.
Un rien suffit à l'artiste peur créer tout un monde. Le peintre vit trois lunes dans l'écusson de l'abbesse. Sur ce simple motif qui lui rappelait la déesse grecque, il imagina la Chasse de Diane^ et ce signe de la lune croissante évoqua dans sou esprit toute un scènerie ravissante de mythologie naïve et v'rsrinale.
Le parloir de l'abbesse de Saint-Paul est une chambre voûtée, d'une simplicité et d'une élégance
princières. Elle est carrée et éclairée par une seule et larg-e fenêtre. A droite de l'entrée se trouve une ample cheminée. Elle est surmontée par un g-rand manteau, de forme pyramidale. C'est sur ce pan de mur qu'Alleg-ri a peint sa Diane. La belle chasseresse, le croissant au front, est légèrement assise sur le bord d'un char antique et se présente à peu près de face. Sa longue robe à larges phs voile sans les cacher les formes ravissantes de son corps superbe et laisse presque à découvert sa gorge blanche et nue. Elle tient les rênes de sa biche, attelée au char et dont on n'aperçoit que l'échiné. Sa belle chevelure ramassée sur sa nuque inonde ses épaules. On voit le haut de son carquois g-arni de flèches. L'arc est retenu par une banderole passée autour de son épaule g-auche. Son attitude exprime la rapidité de la course et l'élan d'un mouvement fougueux. La joie de cette course entraînante, la fraîcheur du grand air, donnent à cette splendide déesse une allégresse, qui brille dans ses yeux et •s'épanouit dans sa bouche souriante. Elle est heureuse de fendre l'air, son sein bondit de plaisir, son voile et ses cheveux flottent autour d'elle. On dirait que l'air vif et matinal caresse volontiers ses bras nus et enveloppe voluptueusement sa taille ■de déesse et de fée. L'ivresse qu'elle respire la fait ressembler à une Aurore qui s'élance au devant du Printemps. Une sève de vie virginale colore ses joues délicates, ses lèvres humides et donne à ses s veux dilatés un regard plein de charme et de bonheur. Ce n'est pas la Diane sévère aux for-
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mes presques viriles, au profil cruel de la statuaire grecque. C'est une Diane plus intime, qui n'est que joie, douceur et abandon. Cette création du Corrèg-e est bien grecque cependant, en ce que la volupté inconsciente des sens s'unit en elle aux joies de l'âme et du cœur. C'est cette double sève de vie et d'idéal qui créa les chefs d'oeuvre des Grecs. Pour eux, ces dieux heureux, ces déesses accomplies, parées de toutes les séductions d'une nature exceptionnelle, n'étaient point des fictions ; c'étaient de riantes et splendides réalités. Les qualités humaines les plus exquises revêtaient la forme la plus parfaite et prenaient ensuite les noms des dieux et des héros.
C'est de cette manière aussi que le jeune AUegri a saisi l'idée de Diane, la joyeuse chasseresse. Il l'a peinte entourée de gais enfants, qui la suivent, la précèdent et lui font un cortège ravissant. Dans ce parloii', on oublie qu'on est en présence d'une oeuvre d'art. On se sent plutôt environné d'une vie riante et belle. En avant brille la déesse; derrière elle, sur le pourtour de la chambre, les groupes d'enfants, de grandeur naturelle, se détachent deux à deux dans des ovales, formés par une treille de verdure, enrichie de fruits et de fleurs. Ils portent les emblèmes de la chasse et semblent s'amuser à cœur joie. Ils expriment tous et chacun à sa manière le bonheur de la vie champêtre. C'est une troupe d'enfants qui se réjouit au grand air, s'amuse avec des fleurs et des fruits, pousse de petits cris, s'excite à la course en plein champ^ sous le ciel bleu, et se
LA CHA3IBRE DE SAINT-PAUL IqS