CHAPITRE VI
Lhorizon de Parme. — Intérieur de l'ég-lise de Saint-Jean, Description de la coupole; la Vision apocalyptique. — Le Christ transfiguré et les Apôtres. Intérieur de la cathédrale. Description de la coupole, — L'Assomption de la Vierge. — Parallèle entre Michel-Ang-e, Raphaël, le Tintoret et le Corrèg-e. — Conclusion.
Les coupoles de Parme, nous l'avons dit, forment le couronnement de l'œuvre du Corrège et sont comme le testament de sa pensée religieuse et philosophique. Dans l'Introduction de ce livre nous avons essayé de rendre la première et saisissante impression qu'on reçoit de ces deux chefsd'œuvre.
Dans l'ardente poésie dont ils nous inondent, dans le ravissement même qu'ils nous procurent, nous avons trouvé les idées sublimes qui s'en dégagent. Mais nous n'aurions pas accompli notre tâche si nous n'examinions pas ces deux grandes compositions au point de vue de l'art et dans tous les détails.
Pour mieux nous rendre compte des conditions
dans lesquelles elles furent créées, donnons un coup d'oeil à la ville qui les a vues naître, et dont elles constituent aujourd'hui l'attrait principal.
Parme est une ville triste et sévère, solitairement assise dans l'immense plaine de Lombardie.
Quelques grandes places , des rues irrégulières et désertes, des palais massifs et sombres comme des prisons; des églises lombardes d'un style douteux et sans beauté, voilà l'aspect général de la ville. Du temps du Corrège elle devait avoir un air plus sombre encore et plus menaçant. C'était alors une vaste forteresse, hérissée de tours de défense, de tourelles et de pignons; chaque maison avait sa tour, selon l'usage des vieux temps. Mais lorsqu'on monte sur les remparts, l'œil avide d'espace et de lumière se dilate avec bonheur devant l'immensité de la plaine et du ciel. Celle-ci se déroule à perte de vue comme une mer de verdure, coupée çà et là par les molles ondulations des châtaigniers ou les stries de lumière qui rayent ses vastes prairies. Sur cet horizon sanshmite, la voûte du ciel semble plus lumineuse et plus profonde. Les nuages se jouent, grandioses et variés, dans Tair léger, dans l'azur diaphane. Ils s'étagent en montagnes flottantes ou se dispersent au zénith, sous le souffle du vent comme des génies aériens. Les vastes horizons appellent le rêve. La pensée, qui n'y rencontre poin de barrière, s'élance droit aux portes de l'infini. L'horizon de Parme dut inspirer le Corrège. Plus d'une fois, après le labeur et la chaleur étouffante du iour, il dut venir respirer un air plus pur sur
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LE GOHUEGE
les remparts et song-er, en face de ce grand ciel nuancé des flammes dii couchant, à son ciel intérieur, peuplé d'êtres divins, doré de toutes les splendeurs de l'idéal.
Revenons avec le maître à l'église de Saint-Jean ; de celle-ci nous passerons à la Cathédrale.
L'église de Saint-Jean à Parme, qui compte plus de dix siècles, fut bâtie par ordre de l'évêque Siegfried II pour les moines bénédictins, aux environs de l'an 988 *. Elle fut reconstruite (i5io) par Bernardin Zaccag-ni de Parme. Plus tard on y ajouta la façade actuelle, qui a peu ou point de rapport architectural avec le reste de l'édifice. L'église ellemême, en forme de croix latine, de style italo-lombard, offre trois nefs flanquées de dix-sept chapelles 2. Au-dessus du transept s'élève la merveilleuse coupole peinte par le Gorrège. Elle contraste avec le sombre édifice et semble l'éclairer d'une lumière surnaturelle, quand le soleil y pénètre.
Cette coupole, parfaitement ronde, reçoit le jour d'en bas par quatre œils-de-bœuf disposés au-dessous et perpendiculairement aux pendentifs.