QUATRIÈME PENDENTIF
Le quatrième pendentif (qui se trouve du côté du transept droit en venant du chœur et près de la nef) représente saint Luc et saint Ambroise. Vêtu d'une robe bleue, que recouvre une draperie violacée, l'évangéliste est assis sur son bœuf symbolique, qui se tient accroupi au-dessous de lui. Il tient son évangile, sujet des fréquents commentaires de saint Ambroise. Sa tète, qui est tournée en profil, se rapproche avec intention de ce dernier et lui dicte quelque chose. Lui-même tient sa main à l'oreille et semble écouter des voix invisibles; elles lui susurrent des paroles qu'il répète. Saint Am-
bro'se, dont la tête est vue de face (à droite de sainl Luc), semble écouter des voix intérieures. Il est tout absorbé dans son travail. Un petit ang-e, placé à sa droite, soutient sa mitre et tient un fouet, symbole de la répression de l'arianisme.
Une idée, nettement accentuée, ressort de l'ensemble de ces quatre pendentifs, qui sont chacun une merveille dans son genre. Dans ce dernier, le Corrège ne pouvait mieux exprimer la vénération pure et absorbante de saint Ambroise pour saint Luc : elle parle par toute son attitude.
Nous ajouterons un mot sur les animaux symboliques qui accompagnent les évangélistes.
r" L'Aig-le de saint Jean est représenté avec l'œil perçant et le bec aiguisé. Il est prêt à tout vol, à toute hardiesse. La lumière est son élément ; il est intelligent, fort et vigilant.
2'^ L'Ange de saint Mathieu est l'emblème de la douceur, de l'intelligence suave et de l'innocence enfantine.
?)^ Le Lion de saint Marc représente la force et le courage à toute épreuve.
4'' Le Bœuf de saint Luc est l'emblème de la mansuétude.
La nature de l'ange et celle des trois animaux qui forment le symbole des évangélistes est rendue avec un esprit et un savoir prodigieux. Le génie
lumineux du Gorrè^e n'a rien négligé de ce qui pouvait relever son sujet et l'a illustré avec tout ce que l'art plastique peut avoir de plus attrayant.
Dans ces quatre pendentifs on remarque une psychologie profonde, àcôté d'une analyse parfaite des caractéristiques extérieures appropriées aux personnages représentés. L'atmosphère morale et intellectuelle de chacun d'eux y est indiquée par un symbolisme particulier. Ce n'est qu'au moyen de la plus profonde méditation, appliquée aux problèmes les plus difficiles de la vie et de la pensée, qu'on peut atteindre à une telle perfection dans l'art et donner un corps à ces vérités profondes 'et intimes du sentiment qui ne se révèlent qu'au génie.
Sous la figure des Evangélistes, le Gorrège a représenté les phases diverses de l'inspiration naturelle sous ses traits différents. Il nous fait presque assister à la divine intuition des saints personnages sous Vajfatus des nobles pensées qui semblent émaner d'eux et qui nous touchent de près. Gomme les sons d'une harmonie entendue aux jours de notre jeunesse, la noble atmosplière qui les environne nous réjouit et nous touche au cœur.
Mais le peintre ne s'est pas borné à orner la voûte et les pendentifs de l'église de Saint-Jean avec de ravissants tableaux; il s'est aussi complu à décorer la frise qui orne le pourtour de la coupole d'une manière ingénieuse et ori^-inale.
LES COUPOLES DE PARME SlQ
Cette frise est interrompue par quatre fenêtres. Lne vig-nejqui s'y dessine, j étend ses nombreuses ramifications. Dans la pensée du peintre c'est évidemment la vigne du Seigneur.
Derrière son feuillag-e clairsemé, on aperçoit des groupes d'animaux ailés : ce sont ceux-là même qu'on a déjà vus dans les pendentifs avec l'ange. Seulement ces êtres symboliques qui figurent làbas comme les emblèmes des évangélistes (et qu'on reconnaît être ceux même de la vision d'Ézéchiel) sont représentés ici comme jouant ensemble paisiblement dans une paix parfaite, réunis dans la concorde sous la vigne du Seigneur.