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XL ESSAI SLR LA VIE ET L ŒUVRE

eax dans leur retour vers la patrie divine. Ce qu'il y a en nous de grâce, de beauté, de poésie nous apparaît transfig-uré en eux. Leur sourire est le message d'un autre monde, leur présenr.e sa preuve visible Ah ! quand vous voyez cette profonde lumière spirituelle philtrer des yeux d'un cnlant, de ses paroles trop douces et trop sag'es, n'espérez pas le retenir ! Car le sceau du ciel est sur lui et la lumière de l'immortalité brille déjà dans ses reg"ards. Et quand il nous quitte, notre vie est comme déserte et perdue. « (Mémoires.)

A cette époque, M''^ Albana s'était fixée à Florence, qui devait la retenir jusqu'à la fin de ses jours par son g-énie fait de grâce, de sérieux et de distinction. Naples et la Sicile sont les morceaux superbes d'une Grèce romantique ; Venise est une ville d'Orient éclose des lag-unes ; Rome, immense et houleuse, est la ville éternelle et la métropole de l'Occident; Florence est vraiment l'Athènes de l'Italie, fiôre, exquise et parfaite. Blottie à l'orée de l'Apennin, à l'embouchure delà vallée de l'Arno sur la plaine fertile, elle s'élève avec une incomparable élégance entre les collines d'oliviers qui ont l'air de la caresser en la frôlant et le décor magnifique des hautes montagnes qui la protègent sans l'écraser. Collines et montagnes, parsemées de milliers de villas, forment à la cité féerique une conque d'émerauds. Pas une qui ne la couve et ne l'admire ; on dirait qu'elles ne sont là que pour elle. Où que l'on porte ses pas et ses regards, rien ne dérange le tableau d'une ville idéale dans un cadre achevé. A l'intérieur, tout est discret, grave, souriant. Dans ces rues dallées, au bout desquelles s'étagent les collines de Fiésole, on ne serait pas étonné de rencontrer la fille de Portinari, en robe rouge, colon di fiamma vîva, qui fit à son jeune amant un si merveilleux salut. Dans ces jardins ombrés et somptueux, on cherche encore les femmes minces du xiv^^c siècle, pareilles à des anges du Ghirlandajo, bras et mains fines comme des

DE MARGHEIIITA ALEANA XLI

branches de saules, tètes penchées dans un suave abandon. Si l'on sort de la ville, si l'on monte à la splendide promenade des Colli que la Florence actuelle doit à son illustre syndic Uba^dino Peruzzi, on embrasse d'un seul coupd'œil la ville amoureusement traversée par l'Arno et dominée par ses trois monuments caractéristiques : l'arche sombre de Saata-Groce, la tour hardie du Palais- Vieux et la coupole du Dôme, flanquée du campanile de Giotto. Ainsi, au voyag'eurqai descend des pinèdes de la Vallombrosa comme à celui qui vient des plaides de la Méditerranée, Florence montre d'abord le panthéon de ses grands hommes, sa forteresse de liberté et sa cathédrale chrétienne en marbre de Carrare. Elle se glorifie et se résume dans ces trois édifices.

A Napleson vit ; à Venise on rêve; à Rome on pense ; à Florence on crée. Quel que soit le songe intérieurd'un homme, tout l'invite ici à lui donner la forme la plus noble : ces palais sévères, ces ég"lises coquettes, la cime mélodieuse de ces cyprès, ces haies vives de roses qui retombent par-dessus les murs, ces statues innombrables et ce chœur de voix immortelles que domine le duo grandiose de Dante et de Michel-Ang-e. Fleurs, statues, palais, églises, la ville entière dit à l'étranger : Travaille, ose, crée ! Sculpte-toi toi-même ! L'homme est un artiste et la vie une œuvre de beauté I

M^^ Albana se laissa captiver par ces harmonies subtiles et profondes. A cela venait s'ajouter que Florence était alors le centre intellectuel le plus actif de l'Italie. Elle s'y composa un salon de choix. La médiocrité et la mondanité tapageuse en étaient rigoureusement exclues. Mais toutes les âmes vraies et tous les esprits supérieurs y étaient accueillis avec sympathie et s'y sentaient retenus par l'atmosphère chaude et lumineuse qui émanait de la maîtresse de la maison. Car non seulement elle savait faire valoir ses amis avec un art charmant et un enjouement spontané, mais encore elle s'intéressait à tous ceux qu'elle recevait, chez elle et savait tirer des

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