‹ Le CorrègeChapitre 29 sur 158 · XXXVIII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

XXXVIII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE

expliquerait sa présence et son action sur la matière. Par cette contradiction, elle éprouvait le besoin profond des intelligences supérieures qui veulent contrôler par l'expérience les perceptions intuitives de l'âme et corroborer leur foi par leur raison. L'origine de l'âme demeurait pour elle un mystère troublant. Mais voici qu'un message inattendu lui venait par celte enfant. Des torrents de lumière s'échappaient des yeux d'Hélène, un monde inconnu parlait par sa bouche. Pendant que sa mère lui donnait les premières notions de l'histoire, de l'art, de la religion, l'enfant modeste, suspendue à ses lèvres, lui enseignait, sans le savoir, des vérités bien plus profondes. Hélène était voyante à sa manière, elle lisait les pensées, elle devinait les caractères. Elle disait de tel homme: « Tu crois qu'il est bon, mais il est méchant, » et elle ne se trompait pas. En voyant les peintures sacrées des églises, elle reconnaissait immédiatement les histoires qu'elle avait lues. En somme, elle n'avait pas l'air d'apprendre mais de se ressouvenir. Un jour, dans une villa, au bord de la mer, par un crépuscule de pourpre alangui d'un sanglot lointain de vague, Marg hérita Albara tenait Hélène sur ses genoux et lui montrait en l'expliquant un album de gravures. La mère tournait les feuilles et l'enfant suivait attentive. Tout à coup, devant un Christ de Raphaël, Hélène hocha la tête tristement et s'écria en levant ses prunelles lumineuses: « Oh! ma mère, il est bien plus beau! » Et la douceur de sa voix, et le rayon de ses yeux étaient comme trempés d'une vision suave. Un frisson d'au delà glissa sur la jeune femme. D'où venait à l'enfant cette certitude absolue, cette conscience miraculeuse, ce sentiment inné d'un type surpassant toute beauté terrestre ? N'avait-ellc pas contemplé dans un monde divin l'idéal sublime dont elle portait en elle-même l'irrécusable image? — A partir de ce jour, Marghérita Albana fut irrésistiblement convaincue de l'existence antérieure de l'âme et de son origine céleste. Elle l'avait entrevue

DE MARGHERTTA ALBANA XXXIX

dans sa fille ; un rayon de sa splendeur l'avait touchée. A cette découverte merveilleuse succéda une lourde appréhension. C'est une croyance générale que de tels entants ne vivent pas long-temps. M^^ Albana en fît l'expérience douloureuse. « A cinq ans, Hélène prit froid et une phthisie galopante l'enleva en dix semaines. Elle ne proféra aucune plainte pendant sa maladie et supporta sa terrible toux avec une patience surnaturelle. Vers minuit, elle arrivait à une sorte de clairvoyance et voyait tout ce qui se passait dans la chambre voisine. Quand les yeux de sa mère se remplissaient de larmes, Hélène lui disait pour la consoler : « Douce mère, les aui^-es ne se séparent jamais, et là- haut nous ferons comme eux. )) La veille de sa mort, elle appela sa mère pour lui conter un rêve qu'elle avait eu. Elle s'était vue dans un temple. Puis elle avait entendu une voix lui dire : « Viens, mon enfant ! » Et elle s'était sentie monter, monter dans une lumière éclatante, a Je me sentais heureuse, si vraiment heureuse I J'ai voulu te dire, mère, ce que j'ai vu ; mais je ne peux pas le décrire. » Sa tête couchée sur les coussins était d'une pâleur mortelle, mais une sainte radiance environnait son front avec quelque chose de majestueux. Mère et fille, joue contre joue, enlacées, dans les bras l'une de l'autre, partageaient leur agonie. Ses dernières paroles furent : « J'aime ma mère ! J'aime Dieu ! » Gela fut dit avec un sourire ineffable et un rayonnement de toute sa physionomie. Puis, sans un soupir, sans un murmure, elle rendit l'âme. »

Voici la conclusion de ^V^ Albana sur la vie et la mort de cette enfant, dont le passage fit dans sa pensée comme une large ouverture en y laissant un sillon de lumière. <( C'était un privilège d'être à côté de cet être ^divin et de veiller sur lui. Jamais brève mission ne fut plus glorieusement remplie. On dirait que le ciel a une catégorie spéciale d'auges dont l'office est de séjourner un temps sur la terre et de rendre plus chères à leurs parents les souffrances du triste cœur humain en les 'attirant à

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