ESSAI SUR MARGHERITA ALBAXA LXIX
visag'e au milieu de ses corolles parfumées et dilate ses narines frémissantes. Dehors, des troupes d'hirondelles courent de folles bordées dans l'azur étiucelant. Elles croisent, elles passent et repassent sur la cité brûlante avec leur cri de joie strident et prolong-é. Les persiennes sont fermées contre le soleil d'Août qui plombe sur la Toscane et que réverbèrent les maisons blanches de la via Cavour. Dans ce demi-jour, M^^ Albana apparaît toujours souriante et rayonnante, presque inchang-ée, miraculeusement vivante et jeune malg-ré les années qui s'accumulent. De ce coin, furent écrites maintes lettres qui me racontaient sa vie et ses pensées. Maintenant nous causons de nous-mêmes et des autres, de tout et de quelque chose de plus que tout. Quelquefois elle me lit une esquisse ; plus souvent je lui lis les miennes, bonnes ou mauvaises, et lui parle de mes projets. Elle écoute avec une attention concentrée, approuve ou désapprouve, déconseille ou propose une idée, prête à me suivre n'importe où et jamais découragée. Son esprit affirmatifne se sert pas de la critique pour en faire une arme de destruction. A toute idée partiale ou fausse, elle oppose une vérité complète, un exemple lumineux. Par moments, une pag-e de Beethoven ou de Wagner, hasardeusement ébauchée par moi sur le piano, nous repose des causeries ardentes, des flâneries buissonnières ou des incursions à bride abattue en quelque domaine nouveau.
Nous parlions fréquemment de Paris d'où je venais. Car le contraste était grand entre la capitale tourbillonnante et cette retraite florentine, nid de pensées harmonieuses, où à chaque retour j'avais la sensation surprenante de me retrouver moi-même avec l'univers et la liberté.
Si Paris a vraiment été, en ses grands jours, comme le dit Victor Hugo, « la ville lumière » et « l'œil du monde » il faut avouer que cette lumière a singulièrement pâli et que cet œil s'est bien troublé en cette fin de siècle. Depuis une série d'années j'observais avec