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LES OEDYRBS IT LES HOMMES

entrées au Val-de-Grâce, il y aura cinquante ans au mois de mai prochdn. Elle avdt eu pour collaborateurs les médecins en chef, et avait donné à son bataillon de cornettes des allures, une méthode, une précision toutes militaires.

Ont-elles donc démérité; donné lieu à des plaintes? Nullement! Les gouverneurs de Paris leur ont toujours témoigné leur estime. Les médecins se sont toujours prononcés en faveur de leur maintien. C'est évidemment pour cela que, cette fois, on ne les a pas consultés I

M. de Freycinet avait pris plus de précautions, avant de libeller son décret du 25 novembre 1889 sur le service de santé. Il avait d'abord pris l'avis d'une commission composée des chefs les plus haut placés et les plus compétents. Et la conclusion avait été que les Sœurs affectées jusque là aux services hospitaliers à titre précaire, y furent attachées désormais à titre of&ciel I

Le général André lui-même, pressenti, il y a quelque temps à ce sujet, avait répondu impatiemment, et dans le style des camps : « Jamais je ne marcherai dans cette machioelàl » Il marche pourtant sous l'aiguillon de M. Clemenceau. Suivant le mot légendaire, il grogue quelquefois, mais il avance toujours.

Pour toute excuse, il nous montrerait peut être le numéro du journal le Radical^ du 12 janvier dernier, ob se trouve cette déclaration : « Les médecins des hôpitaux, par ce fait qu'ils appartiennent à l'administration.. ., n'ont rien & voir dans les résolutions gouvernementales. » Cette morale est très simple ! De plus elle est uniforme, a&n de ne pas compliquer les opérations de l'esprit : Les curés n'ont rien à voir aux affaires d'Eglise ; les médecins n'ont rien à voir aux affaires d'hdpitaux I Nous pourrions continuer ainsi par une analogie trop souvent vérifiée : les amiraux n'ont rien à voir & la marine, c'est l'affaire des journalistes; les généraux n'ont rien à voir à l'armée, c'est l'affaire des caporaux-bottiers I Hais est-ce que les ecclésiastiques, les malades, les marins, les soldats qui sont ou deviendront électeurs, n'auraient rien à voir avec le gouvernement de leur pays ni avec les députés qui le soutiennent?...

S'ils en doutaient, je voudrais bien les conduire devant le tableau satirique exposé par H. Jean Veber au Cercle Volney, où s'est ouvert, aux premiers jours de février, le premier en date des Petits Salons annuels. Il s'appelle : la Terreur et je ne crois pas qu'on ait jamais représenté la politique du jour sous des traits plus expressifs. Une hideuse mégère, coiffée du bonnet phrygien, d'une taille monstrueuse et d'une opulence surabondante, gtt étendue au milieu 25 FivRiER 1904. 50

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d'an yillage que sa ehote a bovle^ersé» De tons côtés, on relève des morts et des blessés. Au premer plan, des religieuses s'enfoienl épouyanfées. De nombreuse maisons sont en ruiies. Mais Vé^ dresse encore la flèche intacte de son cloeber, comme une protestation. C'est nne scène de Gulliver transposée à notre nsage, et Ton ne peut nier qu'une forte impression n'en reste dans l'esprit, sans qa^il soit besoin de Tanalyser plus longuement. M. Jean Veber seinble se spécialiser depuis quelques années dans ce genre de compositions, et il faut lui rendre cette justice que les intentions satûîpies de sa peinture ne nuisent pas à ses qualités techniques.

J'ai hâte pourtant de contemirier des sujets pkts agréables, et ▼oici l'enroi de M. Jules Lefebvre, Carlotta, qui disperse les souvenirs terrifiants. Un délicieux profil perdu de jeune fille, aux chereux blonds, à la main diaphane. Les contours de limage légèrement cernés d'un trait noir donnent à l'ensemble je ne sais quel caractère arcfaaîque dont le charme est attirant. Kais voici, sans doute, le portrait le phis exquis de cette Exposition, celui de Jf"" Soret dans « Célimene », par H. F. Flameng. Ce n'est plas le portrait solennel et triomphal de l'an passé, mais, dans un tout petit format, une œuvre de grâce et presque de mignardise. Les tons chauds du corsage jaune s'harmonisent à souhait avec le vieui rose de la draperie qui l'entoure.

Oserai-je dire ici que les petits cadres me séduisent? On a tant abusé des portraits ambitieux et des anecdotes contées sur des toiles démesurées I M. Piguet a mis dans un espace grand comme la main, le portrait d'un jeune enfant à l'étude, dont l'expression est saisissante. Avec des teintes à peu près plates, S est arrivé à une réelle puissance. Par des procédés d'une autre nature, mais aussi simptes, M. Tony Robert-Fleury a peint une Ouvrière enfilant son aiguille, d'une délicatesse raffinée. M. Henner a envoyé une Petite Alsacienne traitée suivant sa formule tra^tionnelle, et H. Humbert un très beau portrait de femme. De M. B<Kinat, no portrait d'une extraordinaire liberté de pinceau, et qui est, traité dans une gamme de tons clairs, un vrai Goya. Des portraits aosa de M. Gabriel Ferrier, notamment un Comte de Blois d'une vie intense el d'une facture en trompe^fodl qu'on peut aimer phis ou moins, mais dont l'efet s'impose. Un portrait, encore, de M. Pascal Blanchard, dans ht note de F!an(hrin.

Et maintenant des paysages de H. Gosselin, de H. Bisson, de Bi. Imbert, de M. Rigotot; des marines, et, ce qm est inHnaoqnabte, des Venises multipliées, notamment un Canal de la Pietà, de M. Maurice Bompard, aux transparences d'autant plas aavoiireioes«

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qu'elles sont tiràées en une pâte plus grafise, mais snitooi] les envms de M. IwilU le roi des Venises : im Canal dei Carceri entre antres^ où le blea profond des eau et les verts pins légers des arbres débordant les janrs se marient dans nne Imnière ardente ffua attrait souriait.

A la 8cnl{tture, H. Ernest Dobds, l'antear da beau monument de BoBsnet, destiné à h cathédrale de Bleanx, a exposé un buste en marbre de M. Le Breton, qui est une leuvrc d'une expresaicm et d'une exécution parfaites.

Je ne saurais tnniver de meileune transition pour arriver au buste de Gérôme^ par Gai^peaux, qm occupe la place d'boB&eur dans le grand Salon du Gm^e de l'Union Artiatiqae. Naos somoies kd dans un nûlieu très choisi. L'Exposition y coaupte moins d'-ceuvres qu'aiUêiirs; Tinatallation y est plus discrète. On a l'impression de se trouver dans la galerie d'un amateur éclairé^ plus que dans une salle destinée au public banal.

La Gtmmiasion a voulu rendre hommage à la mémoire d'un artiste qui fut pendant longtemps l'hoiisenr de ses •expositions; elle a tenu & rappeter aux visiteurs les traits de Gérôme, par le buste de Carpeaux qui date de 1871 et par le porUrait d'Aimé Uorot qui est de 1894. Ces d^ix oravrea permettraient, à qui serait tenté de l'entreprendre, de faire des comparaisons ratre l'art d'hier et celui d'aujourd'hui. J'aurai garde de m'y laisser entraîner, estimant que, surtout en pareilles questions, il est sage de s'en tenir an Carpe diem du vieil Horace.

Nul, peut-être, mieux que Gérôme ne le mit en pratique. Toiur à tour orientaliste, portraitiste, paysagiste, animalier, sculpteur, statuaire, il n'est guère de forme d'art qui ne l'ait séduit ^ de teirtatives où il n'ait réussi. Il passait avec facilité d^une scène de cirque romain à une promenade de Louis XIV dans le parc de Versailles. Il exposa des marbres polychromes et des statues chryséléphaAtines, presque en même temps que des statuettes équestres de [Bonaparte d'une précision à émervdller les collectionneurs d'uniformes I J'ajoute qu'il était un professeur modèle s'intéressant aux succès de ses élèves, ce qui suffirait à expliquer, en les justifiant, la sincérité et l'universalité des regrets qu'a excités sa difiçariâon.

Mais nous avons encore, pour notre plaisir et pour notre honneur, des maîtres dont les cBuvres appellent, id même, notre admiration. M. Bonnat expose, cette année, un portrait de M. Marshall Field, de Chicago^ où l'on peut vœr que la dureté reprochée à

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quelques-uns de ses tableaux s*est transformée en simple vigueur. C'est un de ses meilleurs portrsdts, peut-fetre même le plus pondéré, celui où il a le plus maîtrisé son sujet, sa palette et ses pinceaux. H. Bordes a envoyé un portrait de M. Duclaux^ très bien venu en sa pose méditative. M. Humbert, un portrait de M^^ F., d'une exécution admirable de souplesse et de vie. H. Dagnan-Bouveret, un portrait de femme traité dans cette manière délicate et dans ces teintes légèrement mélancoliques qui sont une des caractéristiques de son beau talent. Du même artiste, je signale un petit portrait presque hiératique du sculpteur Jean Dampt. Pais, des portraits de H. Blanche, de M. Garolus-Duran, de M. Jules Lefebvre, de M. Ghabas, de M. Cormon, de M. Ferrier; une charmante étude de M. Mercié, une jolie tète de femme encapuchonnée de fourrures et voilée de neige, par M. Gervex; des paysages d'une poésie de rêve par H. Billotte, et un Doge Morosini^ rutilant, par M. Roybet.

Gérôme, dont les salons de peinture possèdent deux pages d'Orient d'une sincérité réaliste ornée de poésie : le Fayoum et Devant la Mosquée^ est représenté à la sculpture par un cheval pur sang, en bronze doré, de la plus svelte élégance. M. Denys Puech y expose deux bustes de jeunes filles très étudiés; M. Foumier- Sarlovèze une statuette de général très crânement campée; H. de Saint-Marceaux une curieuse tète de bohémienne en pierre, et M. Grauck une sobre statuette, en bronze, du cardinal Perraud.

Hâtons-nous maintenant vers le Salon des Femmes peintres et sculpteurs, et, comme un hommage à la présidente honordre de la Société, saluons d'abord le bubte en marbre envoyé par M"* la duchesse d'Uzès. Quatre pastels y proclament le talent de la présidente en exercice, M"' Huillard. Un d'entre eux représente M"* de Gharette, coiffée du « chapeau Gharette » à plume blanche, et tous sont remarquables par la brillante audace de l'exécution. Quelques autres portraits retiennent l'attention, celui de Charles de LuyneSf par M"' Vallet-Bisson, qui est remarquable; celui de M. Ronjat^ par M"' Polonceau, d'un dessin très ferme; ceux de M"' du Fraysseix, très séduisants; ceux de M"" Lavrut, de M"'Lamy, le portrait de Û""' Uoiono, femme de l'ambassadeur du Japon à Paris, par M"' Darmesteter; et les portraits exposés par H|l"'Bézard-Pératéet par M"' Bourrîllon-Tournay.

L'Exposition des Femmes compte 1255 envois de peintures, pastels, aquarelles ou miniatures. Je n'aurai pas l'impertinence de trouver que c'est trop; je dirai seulement que c'e?t beaucoup. On

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y découvre, comme aux grands Salons annaels, des maîtrises d'enfants de chœur, et des cardinaux dans l'intimité. Parmi beaucoup de paysages, il faut citer les Premiers feux du soir, où le chevet de Notre-Dame commence à s*estomper dans la brume crépusculaire, de M"' Bézard-Pératé; une bonne Fenaison, de M"' Cotard-Dupré; une Entrée de village^ à l'automne, de M""' Joseph; les SouS'boiSf de M"' Popelin, et surtout une Entrée de maison à Anacapri^ de M""* Sain de Heers, qui est un rayon de soleil, au milieu de trop de toiles molles et sans relief.

Le vrai triomphe du Salon est pour la peinture de fleurs et l'on ne saurait s'en étonner I Je citerai seulement M""' Faux-Froidure pour sa précision sans sécheresse, M"* de la Rlva-Hunoz pour sa puissance de coloris, M"* Massard et M^*'' Duminy. II est juste de mettre tout à fût hors pair M"* Olivier qui, avec ses BoHensias bleus, a su composer (chose unique dans cette Expositiou) un grand tableau, frais, agréable, gai, où la couleur un peu étrange des hortensias s'harmonise très habilement avec les teintes douces des roses- thé dout l'artiste a su les encadrer.

Il y aurait là de quoi réconcilier avec la vie les femmes comme <c la seconde M*^' Tanqneray » dont nous avons appris, récemment, à ro Jéon, la triste histoire. Mais, avant de parler de la pièce, il est peut-être bon de dire un mot de l'auteur, M. Pinero.

Il est un des trois principaux écrivains dramatiques qui, depuis 1872, sont parvenus à faire, dans le théâtre anglaic, une place à la Comédie moderne. Des deux autres, le premier, M. Sydney Grundy, a commeocé par adapter surtout des pièces françaises; le second, M. Arthur Jones, semble avoir pour but d'attaquer l'exagération de puritanisme dans la petite bourgeoisie. Quant à M. Pinero, il a voulu donner à ses pièces un fondement psychologique, et c'est à quoi son œuvre a dû le succès qui lui reste fidèle. Les titres seuls de ses comédies en indiquent la portée sociale. En 1881, il donne Tàe Squire; en 1885, The Magistrale; en 1889, The Profligate. Ensuite The Cabinet Minister. Depuis 1898, où il a fait jouer Trelanny of the Wells, dont le réalisme est déjà accentué, on connaît de lui The gay lord Quex, Iris que M"' Hading se prépare à présenter prochainement au public parisien, et Letty qu'on joue en ce moment en Angleterre.

DaDS cette série, la Seconde Madame Tanqueray^ qui occupe la scène de l'Odéon, se place en 1893. C'est une considération dont la critique n'a peut-être pas tenu assez de compte, lorsqu'elle a jugé la pièce de M. Pinero. Sans le dire toujours avec brutalité,

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on l'a trouvée yièilloUe et démodée. Or dix ans, dans rhistoire dramatique, sont oiie loQgae période I II y a dix ans, qui nous eût dit qu'Emile Aag^, et même Alexandre Dumas fils, seniefit eotfés, dès aujourd'hui, dans ce demi-sommeJl de la renommie dont iis s'éveilleroiit, je l'espère, mais dont, pour le moment, il est incontestable qu'ils sont la proie?

Quoi qull en soit, on a reproché à M. Pinero d'avoir {»Ué je ne sais plus au juste combien de pièces françûses. Avouerai-je que la question me paraît oaal posée, car l'histoire Ettéraire, depuis qu'il y a des écrivains n'est, à le bien pr^idre, qu'une perpétuelle réédition, en des langues et sous des formes diverses, du mèae fonds commun. Quand on veut être bienveillant, on parle de « nouvelles variations », sinon on emploie le mot de « plagiat». fit parmi les littérateurs il en est beaucoup qui ne tienneot p» à être trop accueillants aux ceuvres de leurs confrères d'Ao^terre; il y a, de l'autre côté de la Hanche, une rensûssasce dramatique dont ils s'inquiètent, sans se préoccuper assez d'en combattre le succès par la valeur de leurs travaux personnels.

Il est, eu effet, difficile d'admettre qu'un directeur de théâtre, dont le succès est la suprême loi, donnât la préférence à la traduction d'une œuvre étrangère, s'il avait les mêmes chances de le conquérir avec des œuvres d'écrivains français. Et l'on peot \m convenir que, sauf des exceptions très brillantes mais trop peu booibreuses, notre production dramatique devient assez indigente. La « Revue », dont le domaine autrefois restreint s'étend de plus en plus, et jusqu'à envahir des théâtres de genre, aura bientôt, si Ton n'y prend garde, blessé à mort la « Comédie ».

Voilà pourquoi, au point de vue de l'art dramatique, le soccès de la Seconde Madame Tanqueray à l'Odéon ne saursdt nous ètie désagréable. La traduction de M. Robert d'Humièree, qui a fiait connaître en France les œuvres de Rudyard Kipling, n'y est pas pour peu de chose; elle est élégante, précise et demeure toujours claire. Le sujet de la pièce est aaseï cfifficile à raconter ici» car b seconde W^ Tanqueray ne vaut pas la première! Elle a en des aventures, et, si Tanqueray Tépouse, c'est parce qu'il lui a décotv^rt une âme à guérir. Paula, c'esi son nom, se lance avec pa^ dans ce sauvetage d'elle-même, tant elle a soif non seulement de considération, mais de véritable amélioration morale. C'est là l'œuvre très personnelle de M. Pinero. Piuda voudrait que la siacèrité de ses désirs fût récompensée tout de suite par les égards discrets de l'entourage de son mari. Mais tout le monde n'a pas et ne peut avoir ni la bonté de Tanqueray, ni son

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particulière des besoins et des souffrances de Paula. Elle s'énerve, s'aigrit, se sent jugée non seulement par les voisins, mais par la grande fille de son mari, et glisse sans cesse de l'exaltation à l'abattement. Quand elle est pleine de bonne volonté, on la néglige, et l'on vient à elle quand il est trop tard. La vie se passe & manquer l'occasion. Et là, sans doute, est la partie vraiment neuve de la pièce.

De l'affabulation générale, des rencontres pénibles et du suicide final de Paula, à quoi bon parler? L'essence de la comédie, ce qui en fait la valeur, c'est la psychologie de cette âme trop troublée pour r^rouver faôlement son équilibre, c'est la difficulté de réparer socialement un passé de faiblesses.

Et par là, il est une fois de jrius démontré qu'une régtoération morale est imposable quand elle ne s'appuie que sur l'humanité. S'il en fellait un nouvel exempte, nous le trouverions ctans la pièce de M. Guinon que la censure vient d'autoriser après quelques années dlnterdiction : Décadence. Il semble bien que la mise à la scène de ce pamphlet soit une réponse au succès du Retour de Jérusalem. Ici Ton vise les Juifs. Là ou attaque la noblesse. C'est au pubfic de faire la mise au point. A vrai dire, il n'y manque pasi On a^beau être démocrate ou socialiste, on ne peut croire sérieusement qu'il existe un rapport quelconque entre notre aristocratie et la famille ducale de BarfleurI Comme la comédie a paru en volume dès l'origine, tous ceux qu'elle peut intéresser l'ont déjà lue, et le nom des personnages est cité couramment, dans la presse, depuis longtemps. Aussi pourrai-je être bref.

Ce qu'on en peut dire de plus exact, c'est qu'elle est fausse pour le fond, et qu'elle retarde pour les accessoires. Il n'y a plus de cirque Molier depuis longtemps. Et à qui fera-ton admettre qu'un père puisse parier à sa fille connue le duc de Barfleur le fait, au second acte? Il y a là un cynisme révoltant qui suffirait à stigmatiser cette oeuvre. Jeannine vendue au juif Stroèmann pour avrâr du luxe et pour procurer & son père et à son frère l'argent qu'ils dépensent en fofies, Jeannine se méprisant, s'avilissant et discutant, justifiant son avifissemenf... Sommes-nous en 190A ou en plein romantisme?

La censure a pu laisser passer ki pièce, sans aucun danger. Elle n'atteint personne. Ce qui mms surprend davantage, c'est que l'auteur, dont le talent fittéraire n'est pas en cause, ait pu croire qu'H avait traité là une crise de ccenrl Ce n'est pas expliquer le cœur Innnain que de le fsûre parler ainsi, c'est le rabaisser jusqu'à un niveau ob il ne descend pas.

Edouard Trogak.

CHRONIQUE POLITIQUE

23 février 1904.

Les conps de canon ont suivi de près U rnptare des relations diplomatiques entre la Russie et le Japon. Le Japon n'a pas attenda de déclarer la guerre pour l'engager. Sans souci des moyens, il a préféré surprendre l'adversaire; et la nuit, tandis que l'escadre russe, trop confiante dans la loyauté de l'ennemi, se reposât sur l'état de paix encore officiel, il envoyût ses cuirassés et ses torpilleurs l'attaquer dans Port-Arthur. Il a réussi à mettre hors de service plusieurs des vaisseaux russes, mais quelque bruit qu'il en ait fait dans le premier moment, les avaries qu'il a causées sont moins graves qu'on ne l'avût cru d'abord, et la réplique que l'agresseur a reçu de ceux qu'il attaquait a pu le faire réfléchir lui-même sur les risques de pareilles entreprises.

L'acte du Japon ne mérite qu'un nom : c'est un aae de par banditisme. On ne l'eût pas attendu d'un peuple qui paraissait vouloir se donner les apparences de la dvilisation la plus raffinée, et dont nul ne méconnaît, d'ailleurs, les rares qualités : l'utelligence, l'activité, l'intrépidité, l'initiative.

Cependant, il ne faut pas croire que l'attentat a soulevé dans le monde l'unanime réprobation qu'il méritait. Le cri sauvage : « La force prime le droit », rugit au fond du cœur de bien des peuples, et quelques-uns n'ont pas craint de le formuler à pleine voix; aox Etats-Unis, le guet-apens de Port-Arthur a été l'objet des plos grands éloges, et l'on écrivait de New- York au Times le 9 février:

« Il n'y a qu'un cri d'admiration pour la décision et l'habileté dont les Japonais ont fût preuve dans leur première attaque contre la flotte russe; tout le monde se réjouit de leur succès. »

Le Tùnes reproduisait sans déplaisir cette apprédation, et, sons des formes plus ou moins déguisées, elle parait avoir rencontré plus d'une adhésion dans la presse anglaise. Cependant, le langage des gouvernements ne répond pas partout à cette hostilité des journaux; le roi d'Angleterre, recevant dernièrement le corps diplomatique, avutavec l'amba^'sadeur de Russie un long entretien

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dont l'intention bienveillante se révélait, aax yeux des assistants, sur la physionomie satisfaite de l'envoyé du tsar; les feuilles officielles d'Allemagne ne se sont pas prêtées davantage, sans doute par ordre de leur souverain, à l'apologie de l'attentat des Japonais.

Il n'en est pas moins vrai, que bien des courants multiples et divers se développent sous les attitudes convenues des chancelleries et des cours. On disait autrefois « le secret'du roi » pour désigner la politique occulte qui s'agitait souvent, et généralement pour la contredire, à c6té de la politique avouée des cabinets. Oa ne compte plus aujourd'hui les secrets du roi; les maîtres du monde se recrutent désormais un peu partout et plutôt dans les banques, dans les synagogues, dans les comptoirs que sur les trdnes. C'est tout un autre ordre d'influences qui a surgi; il n'en développe pas moins à travers le monde des combinaisons rivales qui peuvent à un moment donné, sans qu'ils s'en doutent, changer l'orientation et l'avenir des peuples.

L'Amérique et l'Angleterre se défient évidemment des progrès de la Russie dans l'Extrême-Orient; il est difficile de penser que le Japon, si entreprenant qu'on le suppose, se soit jeté dans l'aventure où il est engagé sans y avoir été encouragé par les rivaux de l'empire moscovite; d'un autre côté, les puissances européennes feront bien de réfléchir avant de favoriser dans le gouvernement de Tokio une ambition qui ne connaît guère de limite et dont leurs propres divisions risqueraient de les rendre victimes.

Depuis leur victoire sur la Chine, les Japonais ont conquis en Asie un prestige qu'ils s'appliquent par tous les moyens à maintenir et à étendre. Suivant l'expression d'un journal, ils sont devenus le « leading peuple de l'Asie », ils entretiennent daus toutes les régions de cet immense empire des missions destinées à ranimer les souvenirs du passé, à relever les anciennes civilisations du monde bouddhiste et musulman pour s'en fûre une force et un point de ralliement contre l'influence européenne.

S'ils triomphaient dans leur entreprise, s'ils arrivaient à vaincre les Russes, l'Europe entière se sentirait atteinte par leur victohre, ce serait le monde jaune, se préparant à se lever contre elle; les Chinois sortiraient de leur sommeil, réveillés par ses cris de triomphe, et comme ils sont bons soldats, braves jusqu'à la mort, n'ayant besoin que de chefs, ils marcheraient sons la conduite des Japonais aux destinées que ceux-ci leur auraient fixées. Nous n'en soaimes pas là, heureusement, et nous croyons sincèrement que le dernier mot, cette fois, restera aux Russes; mais combien de temps dorera cette guerre? Quelles complications peut-elle entraîner? Et si d'autres puissances étaient appelées à y intervenir, combien y

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en aurait-il qui ponrraîent ne pas s'en mêler? — Nul ne peat le dire, et le chef du cabinet angÛs, M. Balfour, faisait ^trevoir la gravité de cette guerre, qu'il espérait alors ne pas voir éclater lorsque, dans un discours politique, prononcé à Manchester, le 11 janvier, il disait : « Personne ne peut envisager la possibilité d'hostilités entre deux grands pays civilisés, sans un seotiment d'appréhension et de dépression que doivent ressentir les amis de la psûx en pareille circonstance; mais comme il est, je crois, ioatile de le dire, la Grande-Bretagne remplira pleinement tous les engagements, toutes les obligations que lui imposent les traités à l'égard de ses alliés; je pense que je rendrais un médiocre service à la cause de la paix, si je faisais entrer dans une discassion publique le sojet du désaccord entre le Japon d'un côté et Yem^t russe de l'autre. »

C'était assez faire entendre que, tout en souhaitant circonscrire les limites d'une guerre si elle venadt à éclater, il était obligé de prévoir les circonstances qui ne le lui permettr^dent pas. En réalité tous les gouvernements sont sous la même impression, tous ont les yeux et l'esprit tendus vers les événements d'Orient; tous interrogent les forces des belligérants, supputent le nombre de leurs bâtiments, l'étendue de leurs ressources; calculent poar eaxmèmes dans quelles stations ils pourraient envoyer leurs soldats et leurs navires, sdt comme observateurs, soit au besoin comme combattants, tous enfin, en désirant la paix, envisagent la gaerre.

Il n'y a qu'un gouvernement à qui ces pensées sont étrangères, c'est celui que la France a le malheur de subir. Son chef l'a dit : « Je n'ai pris le pouvoir que pour chasser les Congrégations ! » Toat le reste lui est indifférent; que l'Orient soit en feu, que nos établissements soient menacés, que les puissances entrent dans le conffît et que la France soit forcée de s'y mêler, qu'un succès possible quoique improbable des Japonais mette en péril notre empire de l'Indo-Ghine, de tout cela, il n'a souci.

A l'heure présente, le nonce apostolique vient de faire une démarche auprès de l'ambassadeur japonais à Paris pour lui recmmander les établissements catholiques du Japon; Tambassadeor, au nom de son gouvernement, lui a promis que tout serait iait, même en pleine guerre, pour assurer leur sécurité.

Pendant ce temps, que voyons- nous en France? Les étabUssements religieux crochetés et pillés ; les maisons des congrégations, les prêtres, les propriétaires traduits tous les jours devant les tribanaux pour avoir commis le crime d'avoir ouvert une école on rm asile. Dans le département de Meurthe-et-Moselle, aux frontières, le ministre de la guerre ferme les cercles militaires et mérite qoe

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Téyèqae de Nancy lui adresse cette séfère remontrance : « Vous feroiez ces cercles nnlitaîres où tont contribue à resserrer les liens des jeunes soldats arec leurs familles et leur patrie, à élever leur caractère, à les attacher plus étroitement à Tansiée, au drapeau et à la France; mus vous ne leur interdisez pas les cabarets où ils peuvent lire les journaux les plus ignobles, apprendre tous les vices, entendre la Carmagnole et riniernationale. »

A Ploérmel, on chasse les Frères, on expulse de force de pauvres moines accablés par la maladie et dont quelques-uns meurent sous le coup de Témotion. Pour accomplir cette exécution, le ministre de la guerre et le ministre de Tintérieur, comme s'il s^agîssût de se préparer à quelque guerre étrangère, organisent une véritable mobÔisation; on emprunte à Vannes trois compagnies du 116% un escadron et deux batteries d'artillerie ; on prévient à Lorient le 62' de ligne pour qu'il se tienne prêt à marcher, et un train est spécialement prévu pour transporter ces forces pendant la nuit. Six offiders ont refusé de marcher contre les vieux moines; on les a mis aux arrêts de forteresses. Voilà quelles scènes se passent en France pendant que les nations, tournées vers te drame japonais, se demandent quel sera demain leur avenir.

Enfin au Sénat, malgré les abjurations de H. de Lamarzelle, de M. de Guverville, de M. de Ghamaillart, de M. de Bk)is, malgré un superbe et lumineux discours de H. de Las- Cases, le projet de loi qui achève de supprimer les derniers débris de la loi d'enseignement a été voté dans ses'prenders articles; il a été voté après une Imrangue du ministre de l'Instruction publique, M. Ghanmié, d'autant plus inexcusable de le soutenir qu'au fond il en était l'adversaire. C'est en vain qu'il a essayé de voiler sous de belles phrases de morale l'iniquité de la thèse qu'il défendait; il osait parler du besoin de créer une nouvelle conscience au peuple dans le moment même où son gouvernement s'attache à détrmre le vieux patrimoine de religion et de vertu qui a fait la France; il n'a réussi, par le» contradictions auxquelles il s'est condamné, qu'à s'attirer le mépris de ceux-là mêmes qui votaient avec lui. Mais quelle est donc cette morale nouvelle, soit au point de vue social, soit au point de vue privé, que nous réservent ces réformateurs? Nous avons pour nous en instruire leurs maximes et leurs actions. Il n'est pas inutile d'en dire un mot.

Il y a quelques semaines, la révolution envahit quelques-uns de nos départements du Midi; les scènes de jacquerie se produisent. Devant les gendarmes impuissants, les grévistes font régner la terreur; les témoignages sont flagrants. Un ancien ministre, un ancien membre de la majorité, H. Turrel, écrit lui-même pour

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raconter les horreurs dont il est témoin ; de ces rédts, M. Combes ne tient aucun compte; il Tient faire à la tribune cette déclaration : « Je donne volontiers la grève du Blidi, telle qu'elle a fooctiooDé, et telle qu'elle fonctionne, comme un modèle pour les grèves i Tenir. » Voilà pour la paix sociale I...

Un autre exemple nous étût offert, ces jours derniers, plein des mêmes promesses; le congrès socialiste Tient de tenir ses assises à Sûnt- Etienne, les guesdistes ne sont pas pour le moment les partisans de M. Combes; s'ils devenaient les plus forts, il n'aarait rien de plus pressé que de les suivre, mais les amis du ministre, MM. Jaurès, Briand, Rouanet, étaient là, ils ont été accudilis i coups de poing par les guesdistes et si l'on ne dit pas que le congrès se soit terminé par une nouvelle charge, il n'en est pas moins Trai qu'entre les guesdistes Tainqueurs au TOte final et les ministériels, les hidnes demeurent violentes. Voilà donc encore an indice de la concorde que nous promet la nouTelle morale! Voulezvous maintenant un autre échantillon des mœurs de ce monde choisi, qui repousse l'enseignement religieux pour y substituer la libre-pensée? Deux journaux marchadent de concert^ à la soite de M. Combes, dans cette lutte pour l'émancipation du genre humain : VAciion et la Raison ; tout à coup, la division se met dans les rangs des rédacteurs. L'un d'eux, l'ex-abbé Charbonnel, accuse ses collaborateurs d'avoir comploté, moyennant finances, avec une bande de juifs une campagne contre les agents de change, et l'imputation à peine formulée provoque entre ces amis de la veiUe, si unis pour la bonne cause, un torrent d'injures plus flétrissantes les unes que les autres. Parmi ces collaborateurs, celui que dénonçait principalement M. Charbonnel est tout simplement un sénateur, 11. Delpech, grand dignitaire de la franc-maçonnerie, ennemi personnel du Christ et qui, l'année dernière, venidt à Clermont tout exprès pour faire interdire par le préfet la procession sècalaire de Notre-Dame du Port. U. Delpech n'admet pas, bien entendu, les soupçons portés contre lui et il appelle ses accusateurs devant la Cour d'assises. 11 est vrai que c'est devant la Cour d'assises de l'Ariège, dans un département où il peut compter que les jurés sont ses bons électeurs et où il lui sera plus facile d'étouffer le bruit de la lutte. Notons que l'association des librespenseurs, présidée par 11. Buisson, s'est réunie tout exprès pour tâcher de mettre la paix paroii les combattants et qu'elle n'est arrivée qu'à se partager elle-même en deux camps. Voilà donc encore un symptôme édifiant et rassurant de l'avenir nouveau qu'on prépare à la France.

Que dire du drame abominable qui s'est passé à l'asile m*}ni-

GHRORIQOfi POUTIQUK 777

dpal et laïque des aliénés de Tours, et qui>e juge en ce moment devant le tribunal de cette ville? Un pauvre fou inoffensif y a été tué, le surlendemûn de son entrée, par cinq des gardiens de l'établissement. Familles à qui on enlève les religieux et les religieuses hospitaliers pour soigner vos membres infortunés, savez-vous par qui on les remplace? Par des repris de justice, par des hommes dont l'un a été condamné jusqu'à sept fois pour Vol et autres délits, et dont un autre a déjà à sa charge d'avoir laissé périr dans l'eau bouillante un aliéné deBicètrel Lorsque les faits ont été révélés et avoués au tribunal devant le maire socialiste de Tours, qui est le principal fonctionnaire responsable, le préûdent et le substitut n'ont pu retenir quelques paroles sévères. Elles s'adresssdent moins à ces gardiens dont l'excuse était leur alcoolisme, qu'au gouvernement infâme dont les choix, étrangers à toute considération morale, ne sont inspirés que par des calculs et des convoitises de politiciens.

11 restait à nous donner quelque idée de ce que deviendra, sous ce régime, la magistrature. A part quelques cours dont on ne saurait assez honorer l'indépendance, les juges vivent aujourd'hui sous la crainte d'un ministre qui ne leur laisse pas ignorer qu'il leur demandera compte de leurs décisions ; et cette crainte leur fait trop souvent oublier ce qu'ils doivent à la dignité et à l'honneur de leurs charges.

Blaiâ il s'est produit tout récemment un fait qui a surpris ceuxlà mêmes qui n'ont plus l'habitude de l'être. On sût que le procureur général à Paris s'appelle M. Bulot; c'est un franc-maçon de marque; il était l'ami des Humbert et on lui a plus d'une fois reproché la protection dont il était l'objet de la part de cette famille. Terrible aux humbles, impitoyable pour les religieux et les religieuses, ce magistrat vient d'être engagé dans une singulière aventure. Une jeune fille du Chili était morte au couvent de l'As- . soniption, léguant à un agent de change de Paris son immense fortune, qu'on a dit immédiatement être frauduleusement destinée à la communauté; un journal friand de scandales, le Matin ^ a aussitôt ouvert la campagne et s'étonnant de l'inaction du procureur général, il l'a attaqué avec la dernière violence, laissant tomber sur lui, pendant plusieurs jours, les plus noires insinuations. Le procureur général ne répondait pas; mais ce qui est à remarquer, c'est que le rédacteur du journal où il étsdt ainsi attaqué, était au moment même, décoré de la Légion d'honneur. Etait-ce donc, pour le récompenser d'avoir pris à partie U. Bulot? Dans tous les cas, celui-ci a paru comprendre; il a écrit au rédacteur du journal, la lettre la plus déférente et l'insulteur lui a fait grâce.

773 cnMRHOin poiiiwn

Bfaid gcand Dieal qa'esiH^ donc que ce monde là? Estre ce g90r Ternement^ ces magistrats, ce» Journalistes, ces booimes d'affairesy qneis secrets? quels marchés? qaels trafics? et comne on dit aajoard'hni quels cadavres y a-^iC donc? Et voil& pomtam les gens qui se donnent comme les régénérateurs de la France.

Y auratt41 quelopie Maniement dans les rangs de cette maj^ rite? et devant lés événements qui se pressent, tes périls që s'annoncent, les foutes qui se découvrent, les hommes du blœ commenceraient-ils à douter les uns des antres? Deux votes récents fournissent à ce titre des indicailions qu'on ne peut négliger.

Le premier est relatif à la franc-maçonneri». Vm député de Pari9^ H. Pmche, avait depuis plus d'un an déposé une interpeilatioD sur la situation illégale faite à cette société. La Chambre avût toujours trouvé quelque prétexte pour ajourner la date de ceti» interpelliation. Nous avons souvent gémi de la facilité avec laqueHe son auteur acceptait ces délais. Nous ne savons s'il faut le regrette! aujourd'hui; la secte a poussé si loin les abus, elle a fait sentir partout, avec tant d'audace, son intolérable pouvoir, que mècoe parmi les indiiférenls ou même parmi ceux qui peolhètre loi étdeit fevorables, une réaction s'est pvoduite. Toujours est-il que loratpK M. Prache, il y a quelques jours a demandé qu'on fixât enfin une date à son interpellationi, la Chambre lui a donné raison, mais raison quand celui qui la présidait était f>réciséaient on des bonzefl de la franc-maçonnerie. Qu'allait faire M. Brisson devant an tel vote? Le mensonge ne coûte pas aux francs-maçons ; seulement, les uns, comme U. Combes, le fbnt en se jouant, ïes autres comme M. Brisson, avec tristesse. Devant u2d vote presque unanime, il a donc proclamé, d'un ton lugubre, qu'il y avait doute. A cette iotpBdente préteiïtion, la Chambre tout entière s'est récriée et le pré»dent couvert de buées a dû suspendre la séance. Quand on a procédé k un deuxième vote, h majorité a été encore plus grande.

Qu'en adviendra^ t-il des enfants de la Veuve? Ne chercheront^Ss pas un moyen d'écarter encore cette discus^on? Tout est possibk, mais la nantfestation reste.

Le second symptôme s'est produit dans la même séance à propos du projet de loi sur la réintégration des officiers mis en réfbrâe. On sait que ce projet a été &it pour un bonmie; il n'a d'autre objet que de faire rentrer dans l'armée ML Picard. Ce gouvernement n'a que deux préoccupations : détruire la religion ; refiaiire, au mépris des arrêts des conseils de guerre, la situation de Breyfus et de tous ceux qui lui tiennent de près.

Quel est donc le projet inventé par le ministre de la guerre et par la commission de l'armée? H semble, comme Font fait observer

caaa9UQ0£ bûlitiqde 779

deux hommes compétenis, M. de MoatebeUo et le lieutenanlnct^oDel Roussel, qu'il a]>partie&iie à rautodté militaire de réviser les décisions de rautûrité militaire. Mais M. André ne Teotend pas ainsi; pour lui) s'adresser à l'autorité militaire dans une question militaire, c'est faim de la politique, et cette politique comaaenit l'éviitet-iI7 En s'adressanft au Conseil d'État, composé de fonctionnaires ifOLÎ ne doivent leur situation qu'& la polKdque. La dhambre, il £Biut l'avoi^r, a voté le projet du oniniatre, mais, malgré les instances de^M. André, elle M a refusé l'uiçence qm eût permis de rendre, après une «eule délbération^ sa décision définitive. 11 faudra un second débat, cdui-li nécessairement plus approfondi, plus lent, et dont la date peut ^e éloignée. C'est donc autaul de temps de gftgné, et pour beaucoup de ceux dont les convictions dépwdent des événements, il y a là peut-èttre des chances de modifier leurs votes selon les circonstances.

M. Delcassé avait préparé, en 1902, un projet de traité avec le Ssam qui, malgré quelques «essais laudatifs de ses thuriféraires aoconiumés, ne put être soumis aux Chambres, tant le sentimenl pnUic en étaU révolté; il vient de signer une nouvelle convention qui psu-ait destinée à une meilleure fortune si l'on en juge par le lan^ftge d'un des adversaires les plus décidés du premier projet, M. Etienne, président du groupe colonial de la Chambre. A dire vnd, les laiâons que M. Etienne donne de son contentement ne nous parussent guère le jualifier : aifisi, il reconnatt s'être ajperçn mvoc inquiétude qu'on avait omis de rappeler dans le traité l'engagement pris par le Siam de feûre commander dans certaines provinces déterminées les forces de poHoe locale par des officiers français, mais on lui a dit que la clause serait insérée dans une lettre non publique et cela suffit pour le rassurer. De même de la partie relative à la juridiction française; il aurait voulu que les Cambodgiens en bénéficiassent, et il se persuade qu'on pourra, en effet, les coihprendre dans cette expression générale : « les personnes asiatiques»; mais alors pourquoi ne pas l'avoir exprimé plus clsdrement? Cest le cas de répéter le mot de M. de Talleyrand au congrès de Vienne : « Vous dites, cela va sans dire, eh bieni cela ira encore mieux en le disant. »

De ces observations que nous empruntons à M. Etienne luimême, il semble résulter qu'on a cherché surtout, dans la convention nouvelle, à Isdsser dans l'ombre toutes les conditions qui pouvaient froisser l'amour-propre des Siamois; en revanche, on annonce bien haut que Chantaboun, dont l'évacuation par nos troupes sera tenue évidemment pour une reculade dans tous ces pays d'Orient, va être restitué aux l^amois. Nous y avons dépensé

780 CBRONIQUE POLITIQUE

10 millioDS, avoue U. Etienne; en échange, on nous donne le port de Rratt que M. Etienne proclame excellent* mais que M. Denys Cocbin déclare avoir eu toutes les peines du monde à découvrir sur la carte.

La Chambre sera- 1- elle amenée par la discus&ion du traité de Siam à s'occuper du conflit qui tient le monde en suspens? Evidemment, elle préférerait n'en rien dire, elle voudrait l'ignorer; cependant, il y a des choses qu'on ne peut Isûsser passer sans les relever. Renouvelant à Saint-Etienne la campagne qu'il avait commencée à la Chambre en faveur de la Triplice, M. Jaurès a osé dire au congrès socialiste : a Ne faisons rien pour provoquer le Japon, ne faisons rien qui provoque l'Angleterre, ensuite dénonçons une alliance devenue dangereuse et défendons-nous nousmêmes. » Il a voulu expliquer plus tard qu'il avait dit détendons et non dénonçons^ pure subtilité qui ne change rien au fond.

On répète souvent que ce sont là des utopies de rêveur et de rhéteur auxquelles il n'y a pas à s'arièter. C'est vouloir ne pas regarder la vérité en face; la vérité est que M. Jaurès est le conseiller principal, le vrai maître du gouvernement. H. Combes ne perd pas une occasion de se vanter publiquement de son intimité avec lui, et il se charge de transformer en lois les rêves de H. Jaurès. Or, que pense M. Combes des opinions émises par son ami à Saint-Etienne? Tout porte à croire qu'il les partage, car il nous revient de plus d'un côté que dans les couloh^ de la Chambre, le président du Conseil s'exprime dans le plus mauvais langage sur l'alliance russe. S'il en était ainsi, nous ne comprendrions pas que deux ou trois membres de l'opposition ne s'entendissent pas pour saisir le ministre au moment où il tient de pareils propos et pour le mettre en demeure de venir à la tribune les désavouer ou les confirmer; il faut enfin que l'on sache ce qu'il y a dans la pensée de ce gouvernement.

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