‹ Le CorrespondantChapitre 118 sur 171 · S26 JOURNAL INÉDIT DU BARON DR HUBNER · texte numérisé non relu

S26 JOURNAL INÉDIT DU BARON DR HUBNER

maison, ni ses habitants, ni la nature. C'est une construction imposante, solennelle, majestueuse, située entre une cour d'honneur et le parc. Au rez-de-chaussée, exclusivement consacré à la représentation, il y a quelques salons spacieux, richement et en même temps simplement meublés dans le goût du milieu du dixhuitième siècle. Dans une pièce isolée, un portrait en pied de grandeur naturelle du roi Louis -Philippe rappelle une visite de ce souverain à Tépoque du ministère Holé, et un conseil présidé par lui. Au premier étage se trouvent les appartements des maîtres et de leurs hôtes. De tous les hommes publics que j'ad rencontrés en France, depuis 1835 jusqu'à ce jour, le châtelain de Ghamplatreui rappelle le plus, par son extérieur aristocratique, son maintien grave, par l'expression spirituelle et parfois caustique de ses traits et par le don de la parole qu'il possède et par l'usage qu'il en foit, les grands seigneurs hommes d'État des temps passés. Je l'ai n plus d'une fois à la tribune. II imposait par son attitude fiëre et réservée, par ce qu'il dissdt autant que par ce qu'il ne disait pas, et peut-être aussi par l'abtme qui le séparait de son auditoire. L'affinité entre lui et ces lieux me frappe toutes les fois que je viens le voir id. Ghamplatreux semble avoir été bàU pour lui et il semble être né pour l'habiter. Dans l'après-midi, toute la compagnie se promenût dans le parc. Le soleil, déjà sur son déclin, le dorait de ses rayons obliques. Le château, avec ses carreaux miroitants, pandssût embrasé; tout était lumineux dans ce tableau, honnis les ombres foncées que des quinconces séculaires, non encore privés de leur feuillage, projetaient sur la pelouse. Ile enchanteresse, me dis-je, où il m'a été donné de toucher barre pendant quelques heures après une navigation tempétueuse et avant de reprendre la mer avec ma faible nacelle qui, cependant, porte la paix dans ses modestes flancs. Ghavirera-t-elle? Voilà le terrible de ce régime napoléonien, que la moindre divergence de vue menacé de dégénérer en guerre, comme une légère indisposition enlève un corps malsain dont le sang est vicié.

La suito prochainement.

LE SOCIALISME lilGIPAL EN ANGLETIRRE'

Le congrès socialiste international, qui s'est réuni à Paris au mois de septembre 1900, a voté à Tunanimité les résolutions suivantes :

« Attendu que par socialisme municipal on ne peut entendre un socialisme spécial, mais seulement l'application des principes généraux du socialisme à un domaine spécial de l'activité politique;

« Attendu que les réformes qui s'y rattachent ne sont pas et ne sauraient être présentées comme devant réaliser la sodété collectiviste, mais qu'elles sont présentées comme s'exerçant dans un domaine que les socialistes peuvent et doivent utiliser pour préparer et faciliter l'avènement de cette sodété;

« Considérant que la commune peut devenir un excellent laboratoire de vie économique décentralisée et, en même temps, une formidable forteresse politique à l'usage des majorités social i tes locales contre la majorité bourgeoise du pouvoir central, uoe fois qu'une autonomie sérieuse sera réalisée :

« Le congrès international de 1900 déclare :

« Que tous les socialistes ont pour devoir, sans méconnatîre l'importance de la politique générale, de fadre compreo ire et apprécier l'activité municipale, d'accorder aux réformes coramunales l'importance que leur donne leur rôle d'embryons de la Société collectiviste et de s'appliquer à faire des services coimiunaux : transports urbains, éclairage, eaux, distribution de la force motrice, bains, lavoirs, magasins communaux, boulangerie» uiunicipales, service alimentaire, enseignement, service méiical, hôpitaux, chauffage, logements ouvriers, vêtements, police, travaux communaux, etc., de faire donc de ces services des institutions modèles, tant au point de vue des intérêts du public que de la situation des citoyens qui les desservent;

N Que les communes, trop faibles pour procéder i elles seules à

^ Beport from the jovnt sélect committee of the home of Lords ànd the hous^ ofCcmmons on municipal trading. {200. Municipal soaaHsm {ardeies reprinted from the « Times ») 1903. Eugène Montet, Efude sur le socialisme municipal anglais, Rousseau, 1901. Robert Vermaut, Les régies munic^les en Angle^ terre. Courtrai,.1903.

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la réatisation de ces applications, doivent s'attacher à former des fédérations communales;

« Que, dans les pays où l'organisation politique ne permet pas aux communes d'entrer dans cette voie, tous les élus sodaUstes ont pour devoir d'user de tous leurs pouvoirs en vue de fournir aux organismes communaux la liberté et l'indépendance suffisantes pour réaliser ces desiderata '. »

Jamais programme d'un caractère plus pratique n'a été formulé dans ces assiies du socialisme contemporain. Les socialistes français, qui ûment les formules sonores et les manifestations bruyantes, ont heureusement dédaigné jusqu'ici d'en poursuivre la réaliisation. L'Angleterre les a devancés et sir Charles Dilke a pu dire avec vérité que le socialisme municipal existe dans ce pays plus que dans tout autre et qu'il n'est pas de limites qu'on puisse assigner à son développement ultérieur.

C'est en effet sur ce point que s'est porté, depuis un certain nombre d'années, l'énergique effort des socialistes anglais qui gardent, jusque dans la poursuite de dangereuses chimères, quelque chose de l'esprit pratique de leur race. Les trois grandes organisations entre lesquelles se répartissent leurs forces se sont trouvées réunies sur ce terrûn ^. Le groupe intransigeant de la Social démocratie fédération^ qui se rapproche plus que tout autre des doctrines et des procédés du socialisme continental, reconnaît dans l'œuvre de munidpalisation des services publics qui s'accomplit, un pas en avant vers la réalisation de son programme, et déclare, tout en jugeant ce progrès modeste, qu'il importe de ne pas revenir en arrière ^. L'Independent labour party^ qui veut une république industrielle fondée sur la socialisation de la terre et du capital, recommande comme un des moyens d'actîon les plus eflScaces, la représentation des principes socialistes dans tous les corps élus. « Le caractère pratique du socialisme, dit l'aatenr d'une brochure qu'on peut considérer comme un manifeste de ce groupe ^, n'a jamais été mieux démontré que par les récents progrès de la munidpalisation. Le grand point que les expériences de municipalisation qui ont été fûtes ont mis hors de discussion, c'est que les pouvoirs publics peuvent organiser le travail et pourvoir aux besoins du peuple, non pas moins bien, comme on l'avait

< Petite République, 29 septembre 1900.

> Nous avons, dans une précédento étude sur le Mouvement socialiste en Angleterre {Correspondant des 25 novembre et 10 décembre 1898), essayé de caractériser les tendances et le mode d*action particulier de chacune de ces fractions du socialisme anglais.

^Juétice, 18 décembre 1901.

* The independent labour party : What it is et where it stands.

l^ SOdALlSIf! MUNICIPAL IN AN6LETKRRE 82»

cru jusqu'ici, mais beaucoup mieux que les particuliers capitalistes. Chacun des conseils munidpaux de ce pays poursuit quelque application plus ou moins importante de l'idée socialiste à ses besoins particuliers. C'est ainsi qu'avec les idées qui sont au fond de toute action politique efficace, le socialisme opère une transfor* mation révolutionnaire. Les vieilles notions d'entreprise individuelle s'en vont. » Biais si le mouvement a été éner^quement appuyé par les fractions avancées du socialisme anglais, c'étut aux possibilistes de la Société Fabienne qu'il appartenait de discerner, avec la cUdrvoyance dont ils ont si souvent fait preuve, les services que pouvait rendre i leur cause l'extension de la munidpalisation des services publics, et de travûller avec une persévérante énergie à en favoriser les progrès. Leur représentant le plus autorisé, M. Sidney Webb, en a formulé la thtorie; leurs tracis^ populaires l'ont vulgarisée ^ Leurs vues sur ce qu'ils nomment eux-mêmes le collectivisme municipal ont été très nettement exposées dans les résolutions votées en 1896 sous leur inspiration par V International Sodalist workers and trade unions congress. Avec la nationalisation immédiate des mines, des chenùns de fer,, des canaux, des télégraphes, des téléphones et de tous les monopoles nationaux, les auteurs de ces résolutions réclament la munidpalisation également immédiate des fournitures d'eau, de gaz et de lumière électrique, des docks, des marchés, des tramways, des omnibus, des bateaux & vapeur, des maisons de prêts sur gage et de tous les monopoles locaux.

Une partie de ce programme est déjà réalisée; chaque jour le mouvement s'accélère et s'étend. Est-ce à dire que dans ce& assemblées locales où le socialisme ne compte encore qu'un petit nombre de partisans déclarés, tous ceux qui s'assodent à ce mouvement en comprennent et en acceptent toute la portée? Assurément non. Une importante fraction du parti libéral anglais a pris à l'œuvre qui s'accomplit une part considérable, et en doit, dans une très large mesure, porter la responsabilité. Un des jeunes écrivains français qui connaissent le mieux l'Angleterre contemporaine, H. Jacques Bardoux, analysait naguère avec beaucoup de finesse et d'exactitude l'état d'esprit de ces doctrinaires d'une nouvelle école qui font profession d'une sorte de radicalisme démocratique et qui, répudiant la vieille théorie du « laissez passer », demandent, non plus à la liberté seule, nuds à l'intervention de l'Etat, la solution des problèmes sociaux K 11 les mon-

* Voy. les ouvrages suivants de M. Sidney Webb : Beform ofLondon. Some facts and considérations about municipal socialism et les Fahian tracts 30 à 37» 9 Journal des Débats, 29 septembre 1903.

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trait séparés des socialistes, quant à la méthode & suivre et qoantan but final à atteindre, mais marchant d'accord avec eux à It réalisation actuelle d'un programme commun. A ces alliés, dont l'action a été décisive, sont venus se joindre en assez grand nombre des auxiliaires plus ou moins inconscients qu'a attirés le prestige d'ane grande et audacieuse entreprise d'intérêt général, et que H. Sidoey Webb, tout en s'applandissant de leur concours, a en passant effleurés de ses sarcasmes, ce Le conseiller municipal individualiste, dit -il, marche sur le pavé municipal, éclairé par le gaz mumcipal et nettoyé par les balais municipaux, avec l'eau mnnidpale. Voyant à l'horloge munidpale du marché municipal qu'il est de trop bonne heure pour rencontrer ses enfants venant de Técole municipale, située à côté de Tasile des aliénés du comté et de rbôpital municipal, il se servira du télégraphe national pour leor dire de ne pas venir par le parc municipal, mais de prendre le tramway municipal afin de les rencontrer dans la bMotbèqae municipale et au musée municipal oh il désire consulter certûnes publications nationales en vue du prochain discours qu'il compte prononcer dans la salle municipale du conseil pour la nationalisation des canaux et l'accroissement du contrôle gouveraerneotal sur les chemins de fer. Ne faites pas, dira-t-il, perdre le temps d'un homme pratique à discuter les absurdités du sodalisme. Selfhelpy Messieurs, c'est le self-help individuel qui a fait de notre cité ce qu'elle est. L'homme pratique rejette et méprise le socialisme*.» Les sophismes n'ont jamais fait défaut aux artisans d'une œuvre malsaine ni aux défenseurs d'une mauvaise cause. Ceux des partisans de la municipalisation à outrance qui prétendent se défendre de toute complaisance pour les théories socialistes ont invoqné, pour justifier leur attitude, des arguments qui rappellent le langage du personnage mis en scène par M. Sidney Webb. A entendre quelques-uns d'entre eux, cette extension abusive des pouvoirs locaux, qui menace d'étouifer toutes les initiatives privées, n'est qu'une application nouvelle et hardie du principe du self-govemment^; c'est, si l'on en croit H. Chamberlain, une forme inconnue de la coopération qui se révèle. « C'est, dit-il en propres termes, l'activité coopérative de toute la communauté qui met à la disposition de tous les privilèges et les avantages qui avaient été jusqu'ici réservés aux habitants les plus riches de la commune '. » Etrange confusion de mots contre laquelle semble avoir voulu protester un

^ Socialism in England, p. 116.

> Albert Shaw, Municipal govemment in England, p. 6, cité par M. Eugène Montât dans sa très intéressante étude sur le socialisme municipal anglai** * Municipal govemment, past, présent and future, <894,

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