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LE SOCIALISME MUNICIPAL SIC ANGLBTEBBS

savant économiste pen suspect à coup sûr de tendances individualistes exagérées, lorsqu'il oppose très judicieusement à Tassocialion coopérative, « cette forme libre sous laquelle peut se constituer la solidarité », la « forme coercitive » sous laquelle elle tend à se développer, a forme d'une valeur inférieure au point de vue moral, mais d'une pratique plus facile qu'on appelle le socialisme d'Etat ^ » I

Ces paradoxales théories peuvent servir à défendre devant l'opinion et peut-être à justifier à leurs propres yeux ceux qui, sans fedre profession ouverte de socialisme, ont assuré par leur concours le succès de l'œuvre de municipalisation : elles peuvent faire illusion aux esprits superficiels qui n'en ont ni suflSsamment compris la portée ni mesuré les conséquences, mais elles ne sauraient modifier le jugement des observateurs sérieux et désintéressés. Un économiste d'une haute valeur, qui occupe une place considérable dans le parti libéral anglais et qu'on n'a jamais accusé de reculer devant la hardtesse d'une réforme, lord Avebury ^, a caractérisé d'un seul mot la transformation sociale qui s'opère sous l'apparence d'une extension des fonctions du gouvernement local. « La municipalisation, a-t-il dit, c'est l'essence du sodalisme. » Nous ûmons à rapprocher de ces paroles le langage que tendt & la tribune de la Chambre des députés un homme politique français, M. Charles Dupuy 3 : (( On nous demande, disait-il en termes excellents, à l'occasion du projet de création d'une pharmacie municipale à Roubaix, de faire le premier pas dans la voie du collectivisme. Ne franchissons pas ce premier pas : il coûterait trop cher. Car ube fois qu'il serait fût, tout y passerait, les habitudes, les institutions, les mœurs, la société même, cette sodëté qui est fondée sur deux assises immortelles selon moi : la liberté individuelle et la propriété individuelle. »

Pour ceux qui ont le sentiment de ce péril, l'étude du sodalisme municipal anglsds présente un incontestable intérêt. Nous voudrions essayer d'en mettre en lumière les principaux traits, d'en esquisser l'Mstoire, d'en faire entrevoir les conséquences prochsdnes.

Nous aurons pour nous guider dans cette recherche la grande enquête pleine de faits, bien qu'un peu confuse, de la commission instituée en 1900 par les deux Chambres, les artides du Times qui ont produit en 1902 une si vive sensation et provoqué de si ardentes controverses, et deux études, l'une de M. Eugène Montet, œuvre consdeocieuse et savante, sympathique dans son ensemble à l'industrialisme municipal, l'autre publiée par un jeune écrivain

^ Gide, La coopération, conférence de propagande, p. i65.

> Sir John Lubbock avant son élévation à la pairie.

' Séance de la Chambre des députés du 20 novembre 1894.

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belge, M. Robert Vermant, moins optimiste mais emprunte d'an esprit d'impartialité poussé jusqu'au scrupule, l'une et l'autre très documentées, et dont on ne saurait trop recommander la lecture à ceux qui veulent se former une idée exacte de la nature et de la portée de ce grand mouvement.

On peut éprouver quelque embarras à trouver une formule d'une exactitude rigoureuse pour délioiiter le domaine propre du pouvoir municipal. Ce qu'on ne saurait du moins contester, c'est qu'une munidpalîté n'est autre chose qu'un gouvernement local et qu'à ce titre elle doit être régie par les mêmes principes que l'Etat. Or s'il est un principe enseigné par tous les maîtres de la science économique et tenu pour certain par tous les publicistes de l'école libérale, c'est que l'Etat ne doit, dans aucun cas, substituer son action aux énergies indiiâduelles et que son rôle consiste uniquement à assurer le maintien d'un régime de sécurité et de liberté propre à favoriser le développement de ces énergies. Vérité fondamentale que consacre en termes excellents la constitution d'un Etat américain S lorsqu'elle proclame que « le seul but légitime du gouvernement est de protéger le citoyen dans sa vie, dans sa liberté, dans sa propriété et que, lorsqu'il assume d'autres fonctions, il commet une usurpation ». Par quel étrange défaut de logique ces idées universellement admises en Angleterre, lorsqu'il s'agit de l'Etat, y sont-elles aujourd'hui presque universellement méconnues dans l'ordre municipal?

Il appartient aux autorités locales, dans la sphère d'action qui leur est réservée, de veiller sur la sécurité et sur l'hygiène publique, d'ouvrir des rues et des chemins, de créer des égouts, d'amener et de distribuer les eaux salubres destinées aux usages domestiques, d'exercer, en un mot, dans cet ordre d'idées, toutes les fonctions qui ne sont pas une source de revenus, mais qui peuvent être nécessaires au bien-être de la communauté. Hais il doit leur être interdit de s'engager dans des entreprises commerdales ou industrielles, de mettre le crédit de tous les contribuables au service de quelques-uns, et de courir ûnsi des chances de pertes qu'un jour tous les citoyens pourraient être appelés à couvrir. Il ne faut pas surtout que l'esprit d'initiative, d'invention, de dévouement au progrès de l'industrie puisse être mis en échec par les entreprises industrielles des corps électifs locaux.

La plupart des munidpalités de l'Angleterre ont adopté un programme bien di£férent. « Le citoyen anglûs, a dit l'auteor

« y£ut d'Alabama.

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anonyme d'un des remarquables articles publiés en 1902 dans le Times sur le socialisme municipal, est l'objet de la sollicitude des administrations municipales depuis le moment ob, enfant, il se nourrit du lait municipal, jusqu'à celui où, après sa mort, il est réduit en cendres au crématorium municipal. » Sous une forme humoristique, cette allégation est vraie presque à la lettre. Plusieurs villes, parmi lesquelles il faut citer Liverpool, York, Belfast, fournissent aux enfants le lait stérilisé : Nottingham possède une vacherie pour ses hôpitaux, et déjà la société Fabienne réclame avec insistance la municipalisation absolue de la vente du lait/ Si, malgré des tentatives réitérées, la question de la création de grands services publics d'alimentation, tels que minoteries, boulangeries et boucheries municipales, n'est pas encore sortie de la région des discussions théoriques, déjà Gardiff possède une poissonnerie municipale, Golchester fait le commerce des huîtres, la corporation de Torquay élève des lapins dans des terrains qui lui appartiennent et a formé le projet d'avoir des troupeaux de moutons. Ajohtons que Liverpool se livre à la culture des betteraves et Tunbridge Wells à celle 'du houblon. Dès 1877, M. Chamberiain défendait devant un comité de la Chaoïbre des lords un projet du Board of Guardians de Birmingham tendant à la municipalisation de la vente de l'alcool au moyen du rachat des licences accordées aux débitants, et ses efforts couronnés de succès devant le Comité des lords n'ont échoné que devant la résistance de la Chambre des communes. Une proposition semblable présentée plus récemment à Glasgow n'a été écartée qu'à une faible majorité après avoir été prise en considération par un sons-comité du towncouncil. En attendant le jour prochain peut-être où les villes ouvriront des débits de spiritueux, plusieurs ont créé des maisons pour le traitement des alcooliques. Glasgow en possède une, le Comité de Londres vient de créer un établissement mmilaire. En dehors des hôpitaux municipaux qui sont nombreux, des sanatoriums pour les tuberculeux ont été ouverts dans un certain nombre de villes par les soins des autorités locales; Halifax ofire aux scarlatineux une maison de convalescence; l'asile d'aliénés de Westham est légendaire : il a coûté 7 millions et demi de francs et met à la disposition des pensionnaires, pour égayer leur réclusion, deux billards et dix pianos! La sollicitude des munidpalités ne se borne pas à pourvoir aux besoins matériels de leurs administrés, et à leur assurer des soins dans leurs maladies : elle s'étend à leurs récréations et à leurs plaisirs. Glasgow a installé un panorama; Brighton et Southborough entretiennent des théâtres, sans parler du champ de courses de Brighton qui est en même temps pour la munid-

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palité qui Texploite une excellente opération commerciale, paisqall loi rapporte 50 & 75,000 francs par an. Quelques administntioDs locales ne négligent pas d'ûllears les entreprises rémunératrices quel qu'en soit le caractère et quelque étranger qu'il puisse parattie à leurs attributions normales. C'est ainsi que Battersea et Cardiff ont monté des scieries, que Leeds, Saint- Helens et West Ham font et vendent des pavés, que Liverpool utilise ses immondices pour fabriquer des bétons, que Glasgow, qui exploite déjà une carrière de pierres, a demandé à contracter un emprunt de 500,000 livres pour acheter des mines.

Nous venons de citer quelques exemples d'entrq[>rises municipales qui présentent un caractère exceptionnel et qm mettent en lumière la véritable portée du mouvement. Il convient d'insister davantage sur celles qui sont d'une pratique plus générale et qui ont pour objet l'éclairage et la force motrice, les transports et les habitations ouvrières.

.L'exploitation directe du gaz par les vill^ est l'une des plus répandues. Les partisans de la municipalisation ont contune de la représenter comme un succès, et l'exemple en a soovent été invoqué par ceux qui cherchent à faire prévaloir sur le continent le système de la régie. Manchester avait, dès 18&3, pris TmitiatiTe de l'exploitation directe. En 187A, H. J. Ghamb^kdn la fit adopter par le town-council de Birmingham au nom de ce principe fcnidamental du socialisme municipal que « tous les monopoles qaonest obligé de supporter doivent être entre les nudns des représentants du peuple et adnûnistrés par ces derniers, au bénéfice de tons». L'exemple n'a pas tardé à être suivi : parmi les grandes villes de l'Angleterre, il n'en est qu'un petit nombre, au premier rang desquelles il faut placer Londres, Dublin, Liverpool, Bristol, Newcastle, Sheffield, qui aient résisté au courant, nîalgré les objurgations réitérées des apôtres de la société Fabienne *. En 1901-1902, sur 705 exploitations, la Grande-Bretagne et l'Iriande &i comptaient 251 dirigées par les autorités locales et hbh dirigées par les compagnies. Les capitaux engagés par les villes s'élevaient i 34,045,442 livres sterling (851,136,050 francs) contre 74,977,578 livres sterling (1,874,439,350 francs) engagés par les compagnies dans les entreprises de cette nature ^; les consommateurs soaoïis au régime de l'exploitation directe étaient au nombre de 1,872,633, tandis que les villes ob l'exploitation était restée confiée à des compagnies concessionnaires en comptaient 2,048,359 ^. Lss rilte

♦ Fabian tracts, n» 32.

^Board of trade retum on Gas vndertakings, 190!, p. 53.

^Econmnist du 17 janvier 1903. D'après le môme journal, le gaz

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