‹ Le CorrespondantChapitre 135 sur 171 · AU PAYS DE LA < Y» IHTERSE · texte numérisé non relu

AU PAYS DE LA < Y» IHTERSE

Laurent fût ime sorte de lac ronge; de l'autre, Montréal dresse en silhouettes noires les nayires de son port, les murailles de ses docks, et les clocbers d'innombrables églises où sonnent les Angélus. Le crépascnle s^emplit de beauté, de douceur, de religion, de sérénité. C'est là que je commence à ûmer le Canada. Chaque pays a une âme; tant qu'on ne Ta pas sentie palpiter en soi, on ne le comprend pas. L'âme canadienne, à laquelle j'ayais peur de rester réfractaire, pénètre dans mon âme ce soir. Le Canada est la région des lacs immenses, des forêts yierges et des neiges sans fin. Son fleuve est le roi desfleuTes* Ses espaces sont illimités. Il touche au pôle inerte, à l'Amérique exubérante, à l'Océan qui baigne l'Europe, à l'Océsm qui baigne l'Asie. Aux mondes surpeuplés il offre gratuitement ses territoires neufs, et l'avenir est sien. L'avrair est sien, et cependant c'est lui qui garde, comme un bon génie, le trésor traditionnel d^un vieux pays i^pelé France; que dis-je? par ses restes de peuples primitié, U fait rèvar aux siècles sans histoire. Le Canada, pour l'âme et pour les yeux, est le pays des grands horizons.

Si l'on voulait errer dans les glaces du Nord, dans les forêts de l'Est et du Centre, dans les montagnes de l'Ouest, on rencontrerait, fort nombreux encore, des Esquimaux, des Algoulûns, fidèles à leurs anciennes conditions de vie. Le Canada, aujourd'hui, renferme plus de cent mille Indiens, — pour leur garder ce nom, d'ailleurs très impropre, mais que l'usage impose ^ Si le plus grand nombre sont encore à l'état sauvage, certains groupements, bien protégés par les pouvoirs puUics, s'adaptent peu à peu aux haMtudes civilisées. Non loin de Montréal, dans un village nommé Caughnawaga, se trouve une importante réserve d'Iroquois. A mon désir d'y faire une visite, mes amis cèdent d'autant plus volontiers qu'eux-mêmes n'y sont jamms allés. Nous prenons le trsdn de neuf heures un dimanche matin, et, vers les dix heures, descendus & une simple halte, noos commençons à chercher nos sauvages. Un assez mauvais chemin nous conduit, par des champs de légumes^, aux abords d'un village banal, où s'espacent, entourées de jardinets, des maisons qui

< Le Statistieal Year-Book of Canada for 1902, publié à Ottawa en 1903, donne exactement le chiffre de 108,112. Depuis quelque temps, leur nombre augmente chaque année, dans des proportions assez fkibles, mais constantes.

3 hoB Iroquois de Ganghnawaga viTent de Fexploitation du petit domaine qui est concédé à chaque famille, de la part de jouissance qui leur revient sur ce qui reste de terres communes, enfin do salaire que gagnent quelques hommes en travaillant aux fabriques de Lachine. Ce dernier trait est fort récent et regardé comme d'un bon augure.

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rappellent assez la plus vilaine banlieue de Paris. Est-ce Caaghnawaga, est-ce le Bas-Meudon7 Tout est fermé. Les rares enfaoïts qui apparaissent ici ou li, s'éloignent quand nous approchons. Nous supposons que c'est l'heure de l'office et pensons à demander l'église. Mais à qui, et dans quel langage? Fermement résolas^et pour cause, à ne pas dire un mot d'iroquois, nous abordons en français la première personne que nous rencontrons. Elle noos répond en anglais qu'elle ne comprend pas. On s'explique alors, et sur ses indications nous nous rendons à la messe. Le prêtre en est à la préface. Nous tâchons, le plus discrètement pos^Ie, de trouver des places, et me voilà sur un banc entre deux dames fort recueillies. Leurs vêtements sont de paysannes endimanchées, mais leurs figures me semblent du plus pur iroquois. Tont benreu de cette constatation, je feds taire, pour le présent, ma curiosité, et je m'unis h la prière commune. Une fois de plus, je savoure h joie profonde, étant catholique, de retrouver partout ma religion, la seule universelle, telle ici qu'à Paris, à Cologne, à Rome, telle qu'elle renaît en Angleterre et en Norvège, qu'elle sabsiste en Palestine où elle prit naissance, qu'elle se répand en Australie avec le progrès du monde. Et quand, soudain, l'assistance i demi sauvage qui m'entoure élève sa voix pour les chants litnrgi([ue3, peu m'importe le son inconnu et rude des syllabes qu'elle prononce, je ssds que les mots traduisent une pensée qui est mienne, que ces accents de louange et d'amour s'adressent au même Diea que j'adore. Et il me plaît qu'ils chantent en leur langue mcompréhensible; notre communion de prières ne m'en parait que pins haute et plus idéale.

Nous sortons de la grand-messe mêlés à la foule. Nous la trouvons nombreuse, et cependant quelqu'un nous dit que la mdtië de la paroisse est allée en pèlerinage h Sainte- Anne de Bellevue. Les costumes sont ceux qu'on porte chez nous, avec des coulenrs un peu plus voyantes, des tons un peu plus criards; mais, heureusement, les physionomies ne déçoivent pas notre attente. Si presque partout on devine le mélange des races, il n'est pas de figures qui ressemblent tout à fait aux Européens, et plusieurs répondent suis nulle atténuation au type classique de leur race : cheveux noirs et rudes; pommettes et nez saillants; lèvres minces; teint cuivré de rouge et de vert; msds surtout, dans les yeux enfoncés sons un front étroit, des prunelles énormes et luisantes comme des escarboucles. C'est par l'expression des yeux que volontiers je classerais les hommes. Tant que ceux-ci conserveront un tel regard, ils seront autres que nous. Dans cette foule pIntAt laide, je distingue une jeune fille d'une étonnante besmté :

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tadlle harmonieuse, figare douce et fraîche, les yeux modestement baissés. Soudain elle me regarde; la yoil& transformée en Indienne féroce I Combien de siècles de christianisme seronl-ils encore nécessaires pour adoucir ces terribles natures, et dureront* elles assez pour se fondre en nous? Blille et mille ans de vie errante dans la forêt vierge ont incrusté jusqu'au fond de Tâme, dans toutes les fibres du corps, la sauvagerie indélébile.

Peut-être, et je le souhaite de tout cœur, peut-être me suis- je trompé. Après le repas, que nous prenons c^ez le missionnaire en unissant nos provisions et son déjeuner, nous faisons avec lui visite & quelques familles. On nous reçoit aimablement, on nous répond avec politesse, on nous montre les pauvres meubles, les chromos encadrés, les objets fabriqués pour vendre, et on nous laisse approcher des enfants. Cependant, je ne me sens pas & Taise. Ce rôle de curieux est pénible et lourd; je crains d'être indiscret, je revois les yeux fauves.

Apercevant une fillette d'une dizaine d'années qui mène son petit frère par la main dans la rue, je laisse ma compagnie et marche pour les rejoindre. Ils se laissent aborder sans effroi; nous échangeons quelques mots d'anglais et quelques sourires. La situation se détend.

Elle va devenir excellente, si j'en juge aux avances que me fait à l'improviste un grand diable d'Iroquois qui arrive enire trois jeunes gens des Etats Unis. « Bonjour, mon savant confrère! » s'exclame- t-il en me tendant sans façon la main. Très intéressé, j'accepte son shake hands et je lui retourne son étrange salut. «Moi, Big John; ces savants confrères, des Américains. Et toi? » Je lui réponds en me présentant comme Français de Paris, ce qui produit son petit effet.

Les jeunes gens, qui ont sans doute épuisé les conversations du grand Iroquois, m'en abandonnent la complète jouissance. « Toi Français? Moi speak français », commence- t-il sans soufiler; et le voilà qui, dans la plus étonnante mixture de notre langue et de l'anglaise, me raconte son histoire. D'abord, il a vu la Queen of Englandy et c'est vrai : « It is trucy Big John pas blaguer. » La reine lui a donné elle-même son portrait, avec signature, sa propre signature de reine. Il a été pilote des rapides du Saint-Laurent. Il a été emmené en Angleterre, je ne comprends pas bien pourquoi, ni en quelles circonstances; à ce qu'il me semble, quand il était jeune et comme champion de jeux ou de courses. On l'a conduit à Windsor, et ce qu'il réponi à deux ou trois demandes que je lui fais à ce propos prouve que c'est réel : « Big John pas blaguer. » La reine lui a touché la main, oui, cette msûnl oui, la reine I Aussi,

^ifÊÊÊÊÀ

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quand il est revenu, lui modeste, mais lui faire grands discoors aux autres Iroquoîs. C'est bien dommage qoe sa femme bAx absente, retenue auprès d'une de ses fiHes malades; sans cel&, il conduirait d^z lui ses savants confrères. D'ûUeurs on lai a offert 25d {nastres pour le portrait de la reme et il n'a pas Toohi le donner. Ge sera pour ses enfants quand il sera en Paradis, « parce que, si Big John ne va pas en Paradis, il 7 en a bien d'autres qn n'iront pas, n'est-ce pas, mon savant confrère? — Bien s&r, moD savant confrère. » Et du coup, je perds mon sérievx. Ob a-t-ï pa prendre ce titre baroque? Dans quel discours, aux portes de qôei congrès, l'a-t-il saisi au vol et fixé en sa tète comme la marqiw distinctive des gens bien élevés?

Big John, à tort, prend mon rire pour du scepticisme. « Viens to home. Montre & toi portrait de la Queen; Big John pas blaguer. » Aucune proposition ne pouvait me pbûre davantage, el je l'accepte, tout en protestant de mon entière confiance. Sed^ ment, avec le portrait, je voudrais voir autre chose : « Ta n'es pas allé chez la reine dans ce costume^là? — Of course^ non. — Ta avais ton costume d'Iroquois? — J'avais. — Tu Tas encore? — / hâve. — Tu vas me le montrer? — Yes^ mon savant confrère. — Tu vas le mettre devant moi? — Si plaisir à toi. » Et ce disant, nous atteignons la maison de Big John. Je n'en ai pas vc dans tout le village qui soit si mal tenue; mais soyons indulgents, sa femme est absente. Big John se précipite pour chercherle portraft; il ne le trouve pas. Il fouille tout, bouleverse tout, mais inodlement. Sa déconvenue fait peine : « Big Joinr pasbliaguerl » répètet-il à maintes reprises, et c'est tout juste s'il ne pleure pas. Je le consote de mon mieux; je lui dis que je ne mets point sa parole e& doute, que je suis sur « qu'il ne blague pas », qu'il a réellement le portrait de la reine, mais que j'en ai àèjk vu plusieurs et que je ne regretterai rien s'il me Mt voir son beau costume. D^un IxHid 3 monte au grenier; au bout de deux minutes, je te vois redescendre avec son haut bonnet à plumes et son justaucorps étincelant k paillettes et d'ornements variés. Il se redresse fiëremett : son regard, le mouvement de ses lèvres, tout marque Içs distances; F me sras très petit garçon et je vois bien que ce n'est plus I0 moment de le traiter de confrère, moi pauvre « fiice pâte ». to vain Kg John a repris son paletot et son chapeau de ptiHe; le courant de sympathie est interrompu; nous nous quittons très poliment, mais ce n'est plus Tamitié de tout à Pheure.

Je rentre à Féglise juste pour Fheure des vêpres. Par u» privilège apédal aux missions de Gaugfanawaga, de Saint-Régis, d'Ob el d'Onach, eties sont chantées en nroqwm, mus c'est uo privi-

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lège que nos oreUles n'apprécient guère. Je n'ai jamais ti&bl entendu d'aussi dur^ d'aussi monotone que' ce pauvre idiome; fl semble n'enfermer qu'une dizaine de sons, dont les trois quarts de gutluj»42z €t le reste en nasales.

^rës les vèprest noos visitons en détûl l'église. Elle est grande, jolie, bien entretenue; on s'y croirait, dis- je au missionnaire, dans une paroisse de canton français. Il me répond qu'elle fut, en effet, bâtie par les Français au dix-septième siècle, et que le maitre-autel, dont les biHseries fort belles, encore qu'un peu lourdes, attirent notre attention, fut envoyé de Pans sji nom de Louis XIV. Nous ne nous attendions guère & trouver ici des souvenirs du grand roL Un souvenir d'autre genre, mais ^mssi intéressant, nous est montré dans la sacristie : c'est la œiature symbolique qoi (ni envoyée aux Iroquois encore païens par nne tribn déjà convertie, i la fois comme un mgne d'alliance et comme exhortation & embrasser le cbrislîanisme : une crcûx représente la doctiine véritable; de baroques dessins en zigzags représentent les ruses du démon auxquelles on se doit soustraire.

Enfin, comme nous allions prendre congé, le missionnsdre nous montre un portrait de M. et de M'''' Botrel qui sont vraus au Canada cette année même et qui, ayant d'avance annoncé leur visite à Gaughnawaga, y ont été reçus en grande poa^. Les Iroquois, charmés de leurs belles voix, leur ont attritmé dîes noms ei^esfflfs et qui se Usent au bas de la photographie : a Au cher curé de Gaughnaw^iga et & ses braves et accueillants paroissiens. Souvenir de Rohatico et de Ouikourico *. » A cette dédicaoe le poète breton a syouté : « Vive Dieal vive la patrie! » et le quatrain suivant, qui ne vaut pas ses meilleures l>allades :

Bien -souvent avec ma « bourgeoise »

Je parlerai da Canada Et de la Réserve Iroquoise Qni m'attend à Canghiiawaga.

La journée s'avance. Nous passons en bac le large Saint-Laurent, et un « char » électrique nous reconduit à Montréal. J'arrive en retard chez le&Sulpiciens de Notre-Dame où je dois dîner. L'accueil n'en est pas moins affectueux. On slntéresse A nos impressions de Caughnawaga, et plusieurs vicsures, d'âge respectable, me parlent du temps qu'ils ont passé jadis dans les nûssions dlroquois tout & fait sauvages. Ma rencontre de Big- John rappelle à un vieux prêtre le souvenir que voici : <c Vers 1860, peu de temps après une vi^te

* Le premier d6 œs noms signifie la Douce, et le second celui qui chemte bien, «

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que le prince de Galles avait faite au Canada, j'arrivais à un campement non loin de Toronto, lorsqu'un des chefs sauvages se nût & courir au-devant de moi et à me crier avec des gestes frénétiques : « RakenU Queen son garçon raksatio^ akwa raksatio », c'est-i-dire : « Mon père, le garçon de la reine est un bon garçon, « un très bon garçon. » Le prince avait serré la main à ce brave sauvage. » Hais ce qui me frappa le plus dans les récits du missionnaire fut ce qu'il m'affirma de la profonde fierté de race qu'éprouvent les Indiens. Il voyait encore l'un d'entre eux, converti cependant au catholicisme, se dresser menaçant devant lui, un jour qu'il lui avsdt fait des reproches très vifs, et s'écrier d'un ton de suprême orgueil : « Tu onblies que je suis un Sauvage I » Hais, à vrai dire, où est le peuple qui ne se croie le premier du monde? Je ne l'ai trouvé ni chez les Arabes ni chez les Lapons; je ne l'ai trouvé ni en Allemagne ni en Italie, ni en Norwège ni en Espagne, ni en France ni en Angleterre; je ne l'ai pas trouvé à Washington.

Si intéressants qu'ils nous apparaissent, les Iroquois ne tiennent cependant pas, au Canada, la toute première place. A qui appartientelle? A l'élément français ou à l'élément anglais?

La question, il ne faut pas nous le dissimuler, ne se poserait même point si Ton regardait l'ensemble du Canada. Des neuf provinces, en comptant pour une les territoires du nord-ouest, des neuf provinces qui forment le Dominion, une seule, celle de Québec, est en majorité composée de Français; et, sur les 6 million3 d'habitants de la colonie totale, ce n'est pas plus du tiers qui parle notre langue. La fécondité justement vantée de nos compatriotes d'outre-mer ne suflSt pas à lutter contre l'imntigration irlandsdse, anglûse et américaine. La ville de Québec et presque toutes les campagnes du bas Canada nous restent bien acquises; mais à Hontréal déjà, les Français ne jouissent plus que d'une faible avance; et & mesure qu'on se dirige vers l'ouest, on se sent davantage en pays angisds. Dans la province même de Québec, pour être les plus nombreux, nous ne sommes pas en toutes choses les plus influents. Si, par exemple, les carrières libérales sont nôtres, ce n'est pas nous, en général, qui sommes à la tète des plas grandes entreprises, surtout lorsqu'elles exigent d'importants capitaux. Notre langue n'est pas comprise de tout le monde, les Anglais refusant de l'apprendre, tandis que la leur est, en ville du moins, d'un usage universel. Le vieux curé de ma paroisse qui, par exception, ne la sût point, convient que c'est une^ grande gène

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pour son ministère, et il s'estime fort heureux qne ses vicaires ne soient pas dans le même cas. Presque tous les enfimts de parents français parlent anglais sans difficulté : Est-ce & dire que la langue françûse soit en danger de disparaître? Non pas; mais, ce qui est fort remarquable, elle se maintient par un effort conscient, bien plus que par le jeu des lois naturelles. La race française au Canada veut parler français; et rien» heureusement, ne fsdt prévoir que là-dessus elle change d'avis.

Le catholicisme, par le lait même qu'il groupe étroitement ses fidèles et qu'il continue à user du français dans ses relations avec eux, dans les prédications, dans les catéchismes, dans les livres de prières, dans l'éducation des séminaristes, le catholidsme favorise l>eaucoup cette vitalité de notre langue. Qnand les statistiques nous disent qu'il y a au Canada -deux millions de catholiques, nous pouvons, approximativement, et défalcation faite de la population irlandaise, prendre ce chiffre pour le nombre d'habitants qui parlent français. Et en même temps qu'il maintient l'idée et la langue françaises dans le Canada orienud ob elles sont établies depuis trois âècies, le catholicisme est à peu près seul à les faire pénétrer dans rOuest. Là encore, la France est représentée par ses prêtres et ses religieux. Dans la province archiépiscopale de Samt-Boniface, qui comprend, avec le diocèse du même nom, les diocèses suffragants de New- Westminster et de Saint- Albert, puis les trois vicariats apostoliques d'Athabaska, de Mackenzie et de Saskatchewan, — c'est-à-dire, en somme, dans tous les territoires neufs, ^- les six évêques sont membres d'une Congrégation française, celle des Oblats de Marie Immaculée, qui naguère desservait le sanctudre du Vœu national à Montmartre, et qui a été dissoute par la loi de 1901 . Parmi les congrégations françaises ayant naguère leur msdsonmère en France, et propageant au Canada, avec le catholicisme, l'influence française, nous citerons : les Basiliens, établis à Toronto au nombre de plus de 50; les Pères du Saint- Sacrement, établis à Montréal au nombre de 72; les Dominicains de la province de Paris, établis à Saint- Hyadnthe, à Ottawa et à Montréal; les Eudistes, à Halifax; les Franciscains de la province de France, à Montréal ; les Chanoines réguliers de l'Immaculée-Conception, qui ne possèdent pas moins de 16 maisons au Canada; les Pères de la Compagnie de Marie, établis dans les archidiocèses de Montréal, de Kingston et d'Ottawa; les Sulpiciens, fixés à Montréal depuis 1657 et chargés de deux grandes paroisses en même temps que des séminaires où ils instruisent 302 étudiants de théologie, 106 étudiants de philosophie, 350 élèves de l'enseignement secondaire; les Clercs de Saint- Viateur, qui, dans leurs divers établis- 10 1UR8 1904. 61

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sements, n'ont pas moins de 5,060 élèves; les Ftères de Sunt- C^^briel, avec 1,^50 élèves; les Frères de Pldêrmel, arecr 4 Rétablissements; les Frères de la Gongrégatibn de Harie* qmont des écoles à Winnipeg et & Saint-Boniface; les Haristes, qui Arigent des collèges dkns les diocèses de Montréal, Qnébec, Cbicontimî, Saint- Hyacinthe et Yalleyfield. Nous ne parlerons pas^ fantedeplaoe, des congrégations de femmes, encore plus nombreuses. L'énumération paraît suffisante. Si nous ajoutons que tout ces ordres, i l'exception des Sulpiciens, sont maintenant supprimés en France, on en déduirar sans peine la diminution d'inffuence et de prestige qui en résulte pour nous dans le Canada. Il est toujours parlé du dommage qu'une telle politique nous cause en Orient; cette fds, il s^agit de contrées bien autrement importaotes, et qui, si elles présentent moins de souvenirs dans le passé, voient s'oufrir devant elles un splendide avenir de prospérité. Nous ne p^oos pas id que de la gloire; nous y perdons de la vie. Et quand on «onge aux destinées futures de TOuest canadien, et quand on se <lit, que de propos délibéré, nous détruisons le seul moyen d'action que nous y puissions avoir, que nous y ayons pour rien, l'esprit ^n demeure confondit.

W est un autre point de la question que j'ose à peine toncto, tant il est délicat, tant il est douloureux. Que pense dé nous, que pense db notre politique antireligieuse le Canada si tratfitionnef, le Canada si catholique? — Eh bien, oui, ayons le courage de le dire •comme nous l'avons vu de nos yeux et entendu de nos ordlles : les Canadiens s'étonnent, s'indignent, se détachent de nous. Et •quand, devant leurs blâmes, j'essayais d'excuser la France en b distinguant de son gouvernement, ils me fermaient la boudie de cette réponse, que je devais être aussi condamné à entendis de tous^ les catholiques des Etats-Unis : « Son gouvernement? la Finnce Te supporte I » Plaise à Dieu que ces sentiments d'ao)e^ tume disparsdssent bientôt, eux et là cause d'où ils proviennent; mais, s'ils duraient de trop longues années, c'en serait fini de l'amour dbs Canadiens pour « le vieux pays ». Peut-être, dsos l'histoire, ils vénéreraient encore une France disparue; mais aox Fhmçûs qui leur feraient visite, ils ne poseraient plus la question touchante : « Quelles nouvelles de chez nous? » et si jamais des heures revendent comme celles de la guerre prussienne, on ne verrait plbs Témotion s'emparer de chaque village dans la pnmoce de Québec, y susciter des souscriptions et des demandto d'engagements pour la France en péril ^

^ Qu^Oû lise, par exemple, dans la Revue canadienne de novembre 1901»

A^PiXBDI U< TU !im»l> Ml

Il finit savdr poorcaat que, mène alte boqs consemM knr 8f mpaible en ce momest bien hé»t8Dt€v le8 CanadieBs ftwaçtSM B*eo Teitereot pM' 001118, de loynix wjets de k ecraroone brin tnoique. L'oeuvre est «eooMpliet que def«iem opérer le mnnbfe, le temptr, la nécesiitèt et^ disoa9«le wêssî, le ré^ne libéral dMtt joneene tes colosies de T Anglererre. El si un jour, (fui n'est pas . procke, les Caoadieas devient roapve le lien qui les attache i ce denier pays, ce ne semt sûrement pas dons lldée de revenir à BOUS. En ce cas, paralt-il, quetqves^ns s'adjoindraient v>(doD« tiers anx Etats-Unis, qui ne s'y refoseraient pas; mus la très grande majorité, l'unammitè morale, serait poor l'iodépendance. Anglaâs et Fraoçm, nons sommes pour enx les « deux nations amies », ainsi qtie j'ai en l'occasion de le constater dans les dis* eonrs, les toasts^ les articles, qse provoquaient, à Hmitréal, dorant mon séjour, la rencontre de représentaoïs de nos deux marines : Nulle part, certainement, comme le disait un important journal ^ le rapprochement franco-anglais* n^a produit plus de joie que « sur cette terre libre du Canada où la France a laissé de si profonds souvenirs, et où l'Angleterre compte de loyaux sujets ». Hais les Canadiens ne confondent leur pays ni avec la France, même Taimant comme une mère, nî avec la Grande-Bretagpe, même s'ils la respectent comme une reine; au-dessus de Tune et de l'autre, comme il est naturel, ils placent leur propre contrée. II n'y a, au Canada,, qu'un vrai patriotisme : le patriotisme canadien.

Si Ton voulait, du reste, analyser ce sentiment, on le trouverait, par l'effet même des circonstances, extrêmement complexe. Les habitants d'origine angtafse paraissent dévoués à peu près également au Canada en général et à leur province en particulier, surtout dans l'Ontario, qui a déjà certsunes traditions; ils ne sauraient, d'autre part, hésiter dans leur loyalisme envers l'Angleterre. Pour les Franco-Canadiens de la province de Québec, les plus Intéressants à nos yeux, il n'est pas douteux que la patrie véritable, ce soit leur province elle-même, avec tout ce qui s'y garde de fidélité à leur langue, à leur religion, à leurs traditions. Autour de ce sentiment, le plus profond de beaucoup, on en remarque trois autres qui coexistent sans lui ressembler ni se

ce début d*uQ grave article de M. Alph. Gagnon, Autrefois et aujourd'hui : € Des événements politiques qui arrivent aujourdliui dans le vieux pays de nos ancêtres, il en est qui nous font Feffet d*un mauvais rêve, et nous sens demandons, kabitants de l'Amérique, si des ercèm d^absolutisme comme ceux qui viennent d*avoir lieu peuvent encore se produire au ^oftièniei sièela ches un feopls lépalé inloliigeDt e« seMisami Uhm » * La Patrie de Montréal, 9 sept. i903.

m àU PATS DK U c vu OITIRSK »

ressembler entre eux. Par intérêt Inen entenda et par amour de Findépendancet nos Canadiens tiennent i leur fédération avec les autres provinces, et il leur platt que le Dominion fasse figure de nation. Par devoir et raison, ils reconnaissent l'Angleterre conmie suzeraine» et comme suzeraine aujourd'hui bienCoisante. Par scrupule de fidélité, par fierté de race, par poésie, par survivance plus ou moins consciente de toutes sortes d'influences subtiles, généreuses et ennoblissantes, ils gardent le culte idéal de la France : de la France d'autrefois, dont ils se croient, non sans prétexte, autant que nous les héritiers; de la France d'aujourd'hui, qui les étonne, les inquiète, les effraie, et cependant, même pour eux, est encore la France. On dindt de ces villageois honnêtes et un peu rudes, s'informant toujours avec intérêt des brillants cousins qu'ils ont & Paris, et qui, sans doute, ont plutôt mal tourné, mais restent pourtant de la famille.

La conviction que le Canada est et devient de pins en plus un pays distinct, une patrie, me confirme dans le dessein que j'avais formé d'en aller voir la capitale politique. Si je n'écoutais que les sentiments, Québec l'emporterait; mais j'estime qu'Ottawa, du reste un peu moins connue de nos compatriotes, m'instruira davantage. D'autre part, elle ne me détournera pas de la direction qnll est temps de prendre vers le Niagara et vers les villes centrales des Etats-Unis.

Trois ou quatre heures sur le Canadien Pacific me porteraient directement de Montréal à Ottawa. Mais tout le monde me conseille de faire à mi-chemin une étape & Oka, station très pittoresque de Sulpidens et d'Iroquois sur le lac des Deux-Montagnes. Je vais donc, en compagnie d'un aimable professeur du petit séminaire, m'embarquer, & Lachine, sur le Saint-Laurent, un peu au-dessus des Rapides, qu'aucun bateau ne pourrait remontera Par une soperbe matinée, nous traversons le lac Saint-Louis, qui n'est qu'un élargissement du fleuve, et, arrivés au confluent d'un bras de l'Ottawa, nous bifurquons sur cette rivière. Elle a vite fait dé nous mener au lac des Deux- Montagnes qu'elle alimente elle-même en très grande partie, et il n'est pas onze heures lorsque nous touchons Oka. Dès avant le déjeuner, nous pouvons fûre un tour dans les bois qnî bordent de très près le village.

Les Sulpidens, à qui ils appartiennent, ont renoncé à en tirer

^ Les paquebots qui ont passé les Rapides reviennent à Lacbine par la voie d'un canal.

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ftucuD partit impuissants qu'ils se trouvent i les défendre contre les ravages des Iroquois. C'est réellement, comme on me le dit et comme je le constate, de la forêt vierge en pleine civilisation. Il faut prindpalement attribuer une teUe négligence an peu de valeur du bois dans un pays où il surabonde; mais on doit dire ausd que les Iroquois d'Oka, en dépit de leurs costumes et de leurs logements, sont restés à demi sauvages et professent aussi peu de respect que possible pour l'indulgence des seigneurs de l'endroit. Si jamais quelque brave Yankee s'établit dans leur voisinage, ils auront sans doute bientôt fait d'adopter d'autres manières. Aujourd'hui tout leur rêve semble être dé rendre la vie dure à l'honnête congrégation. La plupart sont devenus protestants, et Saint-Sulpice a même eu, cette année, la tristesse de leur voir bâtir un temple sur un terrain lui appartenant. Il faut dire qu'à leur tête est un apostat, autrefois distingué par les prêtres & cause de son intelligence et élevé gratuitement au petit séminaire. Son cas mérite d'être cité comme exemple d'atavisme. Jusque vers l'âge de seize ans, il avait donné à ses maîtres toute espèce de satisfaction pour le travail et la piété. Mais un jour qu'on était allé en promenade de Montréal à Gaughnawaga, ayant vu à l'horizon les montagnes d'Oka, il entra dan» une agitation indescriptible, laissa ses camarades, grimpa sur un arbre élevé et y resta longtemps à contempler le pays natal. Deux ou trois jours après, il quittait sans rien dire le petit séminsdre et s'enfuyait chez lui, poussé par l'invincible attrait de la vie primitive. J'ai de même entendu les Norvé^ens du nord aflSrmer qu'ils ne réussissent pas à garder au delà de l'adolescence les petits Lapons auxquels ils ont fourni jusque-là du travail et qui semblaient d'abord s'attacher à leurs bons traitements, au bien-être, à une vie de tous points meilleure. Les méchants Iroquois ne m'empêchent point de passer une heure des plus agréables dans la compagnie des bons Snlpidens. Quiconque a eu le bonheur d'être élevé dans un de leurs séminaires est toujours accueilli par eux en enfant de la mûson ; et je me sens là bien en famille. Après le repas, une voiture nous mène par des semblants de chemins verts, et toutefois sans perdre complètement l'équilibre, jusqu'à une fiedble distance du Calvaire, l'une des deux montagnes d'où le lac tire son nom. Comme les arbres l'emportent décidément sur l'herbe jusqu'au milieu de la route, nous grimpons à pied la distance qui nous reste, heureux de saluar de temps à autre quelque station du chemin de la croix, et bien récompensés de notre courage lorsque nous atteignons le sommet du pdnt de vue. Devant nous, à l'infini, s'étend un splendide panorama de montagnes, d'eaux et de forêts : à nos jieàs le 'lac bleu^

au ielà^ de gradenses c^Uinos basées; plus km, de ]ùÊfjà oeanx de Aaftves, te SayU^Aureot, tes direraes hraDckci de rOila«M^ qoe les reliefs da sol foftC tour A tour a^pfmrattre, diopiraltreen luie siiUe de capidoes; et, tout au fond, le iniff Dttr é» wwtagAes, doftt oo ne sait, taH dles sont dîstanies, A c'cm eacore da CaiMtda aq ai eUea appanienneat d^'à au Etats de Vermonl et de New- York.

Bddesoendu par eicës de pradence un pea plus t&t qu'il B'étak Béfiessûre, j'en profite ponr fûre une visita mçàde à une iM&iUe d'Iioquois anus de Saiot-iSulpice, jnste le temps d'atténuer li fâcheuse ifiaprèssion que j'iUfads emporter de leur raoe. Et le M est que œux-là ae montrent des plus affables. La oonnaisBaoce a'a pas le temps d'être approfondie; mais nous échaafeons qaelqaee bonnes paroles, et lorsqu'aa moment, tôt venu, de nous (pûtter, j'embrasse sur les déuK joues, apoès lui avoir tracé une croix sur le front, HA cai^de Iroquois de cinq ou six ans, il me semble que c'est là tout de môme un petit élangissemeot d'âme. En tout cas, cela sort de la vie basale. Mais ce qui en sort davantage, c'est ee qui m'arrive un quart d'heure après, lorsque je sois conduit de l'antre côté du lac par deux Sulpidens ramant en bras de cbeiuse. Et, me fardonnent les ombpes de M. Olier et de EL Icard^ c'est qu'ils rament 4knssi Uen que des étudiants d'Oxford I Nons ayons vite atteint la petite fiag station qui est en face d'Oka et qui se compose d'une i»bane administrée par un gentleman que j'sppollerais farde^barrière, si barrière U y avait. Quand le irain passe, notee foncdonaaire Ût signe avec un psdt dra^pean (flof) et, deox heures après, je snis à Ottaiva.

llion est parfois des villes comme des chefs élus. Lorsque, en 18W, Ommh, denot la capitale du Domtmon, cette ville n'avait goèit phs de 10,000 iiabitants, et rîen ne l'imposait sh choix de la mie, sauf k jràcessité de mettre on terme aux prétentions rivalei de Qnébec, de Montréal^ de Kingsteo et de Toronto. La pins petite l'emporta et reo^t son rûie aussi bien qu'une autie. fia popriation, qui double presque tous les dix ans, est anjourd'hui di 60,^00 Ames et représente assez fidèlement, par ses pro^itioas, l'étai général du pays. Plus de la moitié sont de langue sngliiiWi el, aaaf les irlandais, a^^t^artâennent A diverses confessàoBS prêtastantes, printâpalenont la i^resbylteiemae^ la mélhodîste -eit i'angii* cane. LesXianadiens français eit tes Irlandais aonC tons cathofiqneSr les premioB avec cinq paccdsaes et les autres avec trois. Cet-

AD PATS JUB U « III IBTENSI > .fti?

paroisses coîaddent quelquefois Gomme circonacriptious, et Ton peut voir deux ^lises presque .conliguês recevoir des fidèles qui ne se mélangeiit poin^t comme Sûnt* Joseph pour les Irlandais et ,1e Sacré-Cœur pour les Françûs. Le preoiier ministre, sir WilMd Laurier, est Fraudais et bon catlu)lique; les autres membres du gouvernement sont presque tous Âu^ikis.

Ottawa donne bien Timpression d'une capitale improvisée, avec ses rues immenses, dont la moitié ceste en temdns vagues, avec ses grands parcs plautés de petits arbres, avec le quartier flambant neuf de ses édifices officiels. Ces derniers ont, du reste, fort grand air dans Tél^nte gravité de leur style, gothique et de leur granit au ton chaud. Le ^parlement surtout et la bibliothèque, au bord d'une terrasse qui domine la rivière et un lointain horizon de iorèts^ marient fort heureusement les impressions de la richesse, de la Jbne et de la beauté. La seule erreui:, bien étrange en pays. de domination anglaise, a été de faire trop petit, de ne pas assez compter sur l'avenir. On ne pensait pas, en 1860, que le Canada aurait bientôt 6 millions d'habitants. Que sera-ce, lorsqu'il en aura, dans un siècle, 50 si ce n'est pas 100? L'humanité, ,plua longue à se mettre en marche sur le continent américain, sait maintenant y racheter le temps perdu. Quel étonnant contraste avec des siècles si peu éloignés I J'en ai la sensation aiguë en regardant sur la terrasse d'Ottawa le tronc d'un sapin de Douglas,^ apporté de la Colombie anglaise, et qui mesurait 8 pieds de diamètre sur 300 de hauteur. Comme on le peut vérifier aux anneaux de croissance, il avait cent quatre-vingt-trois ans lorsque Chris-^ tophe Colomb découvrit l'Amérique. C'est la lenteur et le calme de la iHkture en face de nos progrès ou de nos a^tations.

La session parlementaire s'est prolongée, cette année, au deli de toute mesure, et a été, paratt-il, violente. On se passionne ici ;pour des questions de chemins de fer, comme chez nous pour. la. politique .auticléricale. J'assiste, l'après-midi, à une séance de la Chambre ides communes, guidé par un des rédacteurs, le savant H. Gériu, et par H. Bourassa, député de Montréal. Si c'eût été la séaace du matin. Je J'aurais vu commencer par la prière, n'en déplaise à M. 3risson. A l'aspect austère de la salle, à l'habitude qu'ont les députés de parler de leur place, mais .principalement à la laqgue employée^ on se croirût i Londres. On Ji le dnût jde parler ai(glûs ou françidsi, et le compte-rendu est fait <dans les deux langues; mais comme tous les membres Français .savent rangbds et que la réciproque n'a .point lieut c'est notre laqgue qui est sacrifiée. Bu m(ûns n'en ai-Je pas entendu une syllabe de toute la séance.

94S ^ AU PATS DB U « YlB Umn» >

Da parlement à la bibliothëqae, — ^ d'ailleurs mise an sernce des représentants, comme à Washington^ — il n'y a que qudqaes pas. Elle est parfaite d'élégance et de commodité, mais déjà toate remplie de volumes. A l'endroit des Revues, j'ai plaisir & trouver le dernier numéro du Correspondant. L'administrateur, H. Decelles, nous en fsdt les honneurs en érudit et en gentleman, deux qualités que nous apprécions davantage encore quelques heures plus tard, dans la soirée que nous passons chez lui.

C'est dans la conversation de ce Canadien que je comprends et que, pour ainsi dire, je sens ce qu'est le Canada. Je ne m'étonne plus que ses fils l'aiment passionnément, avec la poésie et le loisir de ses longs hivers, avec le labeur entraînant et fécond de ses rapides étés, avec son bien-être solide, avec ses traditions ^ son honnêteté. Dans les campagnes du Cajiada français, il n'y a ni gendarmes ni gardes-champêtres; le curé et le connétable (noos dirions le suisse) suflSsent à mettre l'ordre en cas de besdn; si c'est plus grave, par extraordinaire, on en réfère au bailli. A en croire H. Decelles, les geôliers seuls seraient à plaindre. Il m'en cite un, dont la prison est assez éloignée de tout centre urbain, et qui se plugnait à lui, l'an passé, de manquer totalement de pensionnaires malgré l'étendue de sa circonscription. « Au mcnns, disait-il, l'autre hiver, j'en avais un pour faire ma partie de cartes, i S'il avût su l'histoire des Madrilènes et du Mançanarès, il eût sans doute demandé qu'on vendit la prison ou qu'on achetât un malfaiteur.

Ce soir-là encore, avec H. Decelles et mes hôtes, qui sont ses amis, — quelques Oblats, professeurs à l'université, — nous abordons le sujet de la colonisation. Pour se mettre en état d'en comprendre l'importance, il faut se Men imaginer d'abord que la partie cultivable du Canada, pour ne rien dire de ses plaines glacées da nord, est aussi grande que toute l'Europe du centre et de l'onest, toute l'Europe moins la Russie. Ce que les Françûs ont défriché, au bord du Saint-Laurent, sur quelques lieues de large et 150 de long, en représente peut-être la centième partie. Depuis un quart de siècle, c'est-à-dire depuis l'ouverture du Pacific Canadian^ qu'est en train de doubler parallèlement le Northern Pacific^ c'est un espace de 6,000 kilomètres qui s'ouvre à l'initiative des colons, de l'embouchure du Saint- Laurent jusqu'aux rivages du Pacifiqae. La forêt, sur laquelle les colons avaient fait jusqu'en 1870 tontes leurs conquêtes, n'a pas moins de 3,000 kilomètres de long, et eDe subsiste encore presque tout entière. Hais au del&, c'est-i-dire entre le lac Supérieur et les Montagnes Rocheuses s'étend, sor 1,500 kilomètres, une plaine extrêmement fertile, et qui, sous les

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noms de Blanitoba, de Saskatchewan, d'Asûniboia, d'Alberta, offre à Ténergie humaine des iacilités d'expansion qu'aajonrd'hai, troyons-nons, elle ne trouverait unlle part an monde. Pour ne parler que des jeunes colons disposant d'un petit capital et qui auraient acheté du bétûl, ils feraient là de réle?age à volonté dans des pâturages sans limites; on met en fait que, commençant de la sorte avec 20,000 francs, ils en gagneraient 500,000 en une donzsdne d'années. Tout ce qui est requis, c'est l'initiative, le courage et l'endurance du froid. Une telle perspective mérite qu'on se déplace. Avec 2,000 francs on peut aller voir et se décider en toute connaissance de cause. Gela vaut souvent mieux que de prendre de loin des engagements qu'on pourrait regretter. Que si, par grande exception, l'on n'est pas satisfit de ce qu'on trouve là-bas, on en est quitte pour revenir avec l'expérience d'un splendide voyage. Mais, encore une fois, l'insuccès est contnûre à toute prévision.

A l'intérêt personnel de la fortune en perspective et de toutes les énergies à développer plus librement, s'ajouterait, pour les âmes un peu hautes, la pensée de favoriser l'expansion et l'avenir de notre race, de notre langue, de notre religion. Jusqu'au dernier quart du dix -neuvième siècle, les éléments françûs et anglais s'étaient à peu près contrebalancés dans le Canada, le premier tirant de son extraordinaire natalité le même accroissement que le second tinût de l'émigration. Mais l'élément anglais l'emporte de plus en plus. L'année dernière, la grande plaine de l'ouest a vu affluer près de 100,000 colons, dont 1,200 seulement étaient des nôtres, c'est-à-dire Français, Belges ou Canadiens françsds. Actuellement nous y sommes de 40 à 50,000 en face de 500,000 appartenant à des nationalités diverses, mais qui toutes se fondent rapidement dans l'anglaise. Si, toutefois, dans les dix ou quinze ans qui vont encore s'écouler avant la saturation de cette immense contrée, les Françûs arrivaient dans des proportions un peu moins dérisoires, ils pourraient dans la suite, grâce à leur natalité deux fois plus puissante, espérer de reprendre le dessus ^

* Le défiiut de place m'empêche «eul de parler ici de Texcelleote univer* «ité d'Ottawa. Un terrible incendie vient de détruire de fond en comble cet établissement déjà si prospère ; mais Ton j^ut être certain que Tavenir n'en est pas pour si peu compromis. L'énergie canadienne, la générosité catholique, le zèle des Oblats, qni, sous le gouvernement du recteur actuel, le P. Emery, et de son prédécesseur le P. Fallon, ont fiait accomplir à Tuniversité d'Ottawa de si rapides progrès, tout garantit qu'avant quelques années, peut-être même à la rentrée prochaine, des constructions plus belles remplaceront celles qui ont disparu et qui, ajoutées au fur et à mesure des besoins croissants, ne brillaient point, si l'on excepte le musée.

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9M iO PATS I» U « Tll IHmSE »

Qui n'a r6vé de laCinièt vierge? Qui ne s'y^et, par rimagliiaâoa,. «yentoré en compagnie d'IniUens armés de hacbe et porleara de canote? Qui n'en a d'avance adodré les fiitiôes géantes, lesJianeB^ inextricablea, la ilore et la faune iantastiqnes? Et c'^at ainai, m effet, qu'inlle (doit se moiitrer nan loin de i'éqpaÉear. Il s'en tuA bien qu'an novd «lie présente le même pittoresque. D'Otta«va i Preseott, ob je vais prendre île steamer pour remonter le Saîni- Laurent, j'en parcours, 4in matin, en chenûn de fer, Jentement, de notables parties, à peine interrompues de quelques clairièss (habitées. Je n'enirie pas le sort de ceux qui doivent, quarante-buit heures durant, la tsaverser jusqu'au delà du Lac Supérieur. Un enchevêtrement xl'arbres verts, de branchage mort et de troncs ipourrissanta, avec des édairdes de locbers, de marécage^, de landes, voilà, de près, le bois mal entretenu qu'est la forêt vieige canadienne. Mais d'un .peu loin, quelle différence! Et ccNshienelle était plus belle, vue du Calvaire des Deux-Montagnes, adondssaiit l'arête des collines, comblant le creux des vallées I Combien plus belle encore elle sera tout à l'heure, baignant ses ombres dans le fleuve profond I

Us furent d'un bon conseil, ceux «qui me dirent de lemonter le SaintrLaurent au passage des Mille Iles et d'aller rejoindre âe Niagara par le tac Ontario. Je leur dois mon initiation à la poésie de l'Amérique.

Ne dùt-OD voir que le Saint-Laurent, il vandrût à lui sed la traversée de l'Atlantique. De Prescatt, où je m'embarque, jnaqa'i la majestueuse eairée dans l'Ooéan, il serait, certes, admirable à descendre, avec ses nombrau rapides (nous a^^ons dit un mot de c^ix de Lachine), avec les viUes de Montréal et de Québec, la première gracieusement assise, la seconde .audacieusement pochée sur aes bords, avec les gorges sauvages de la Saguenay et le grand cap Eternité. Sur laipariie que nous remontons par cette splendide journée de septembre et qui forme frontière entre le Canada et las Etats-Unis, lentement le fleuve se déroule dans un prestige de grftoe et d'immenâté. Enoore qu'il ait l'ampleur des lacs, sesteaox sont pures et claires comme -celles des sources dans les nmiitagBeB'r ses livesi, confondues avec Thorizon, se déTendent par des forte sanstiin^uaAtiela banaUtéiles atteintes humaines, ou 4t A de mes

par l'élégauœ ni Tharmoaie. Quant aux étudiante et aux collëgîeiis, Tém» là comme .daD8 presque toutes les nulversités américaiuea, ils restoo&t d'autant plus fidèles à leurs maîtres que nulle .paît dans le Gauada ikat trouveraient un enseignement mieux.adapté auxconditions modemea.

AD HM M Là « VIS «KNSE » flSi

intennUeSy cpolqaes iniUes apparaisBent, dhss ne reflètent dam «es «taux >ir8rteB qoe d'^gaiites viliaat des bôteis -de bon goût, 4e magHJfiques parcs i Tanglaise. Des lies tmMMnkirables, — on pliHdt •D tas a comptées, et dlss sent pbis de miUe, — barrent id le ^emin à la^monoltaQie, cette mauvaise fée qoi ^èÀe les ^plas beaux •doi^ BHes Sttrgisaent de tontes parts, variées et inattendues, grandes et petites, simples rocbers piqués de troki sapins «ou prairies couvertes de maisons de plaisance. Il en est qui s'étalent mollement presque aa niveau de Tonde «t'y baignent les brandbes de levTB arlires, tes liges mêmes de leurs fleurs épanouies; il en eet qni s'élèvent & pic, dressant au sommet des rocs les tours de leurs cbftieaux, et 31 splendides comme ardiilecture, comme végélaftion, que, malgré les noms trop modernes de leurs botes, elles fottt penser au lac Majeur et aux îles Borromées.

Mais non, point de rémkiisfieBoes ni de comparaisons. Id les «erveiUes sont autres que celles de notre vieux monde. Je viens d'en prendre une fois Ab plus conscience en détachant les yeux de la feoiUe où mes impreaaîens s'étaient fixées comme d'elles-mêmes, et en itvant aux grânds espaces ob s'^enfuit notre navice. Les eaux qui nous supportent sont celles d'^nn fleu¥e qui est le plus {miseait de tous après l'Amazone. Les lacs où tout à l'beure nous entrerons forment comme autant de mers; et c'est ici, pendant six mois de chaque année, le plus grand réseau de navigation intérieure qui eiiste au monde. Les six autres moia, un froid polaire y arrête les navires, pour ouvrir aux trafaieanx une ample route de glaces et de ndges. C'est d'bier seulement que ces contrées sont ouvertes à la civilisation, et «des villes y ont grandi qui dôpassciit en nombre, en .prospérité, la plupart des vieilles villes d'Ëurstpe ; des fortunes s'y amassent, qoi nousiparaissoat fabuleuses, et dont les possesseurs, lorsqu'ils se mettent à «ncourager les beaux-arts ou la science, font ennin an plus de largesses qu'un Médiois «n tout son régne. St les habitants de ce nouveau oionde prétendent n'être qu'au début de leurs destinées. Vis-&-vis de l'Europe, ils ont fait luie •ri«Ge Atlantique dont le cooimei?ce et l'industrie commençât d'écraser ^les nétres; au centre de leur continent, ils cultivent tam de céréales, qoe nos agricoltenrs en sont dans l'effroi et demandent en ^n aux gouvernements de les protéger contre l'impossible concurrence. Au dftlà, vmci qu'on annonce, void que déjà on inaugure une expansion plus grande encore de toutes ces fopces -entreprenantes. Un nouvel hémisphère prend pant à la lutte humaine. Les bords du JRacifique font leur entrée bruyante et douloureuse dans la civîlisatioft. Un monde s'enfante dans les cris et l'effort...

Je peux croire un moment que Kiqgston va me ramener à }a.

9tô iU PiTS DE U < TS MTmSB »

prose, malgré ce qu'on dit de ravancement de ses odlëges, et malgré ce qui apparaît de Télégance de ses clochers. Ses elewâ/»$ sont si laids et la hante masse noire de ces greniers à blé, tont prêts à être déversés dans le navire, fait payer si cher aax beauarts les services qu'elle rend à l'agricolturel Mais tnentôt ie steamer entre dans le lac Ontario. Les rives du Saint-Laurent s'écartent, s'éloignent, disparaissent et c^est, en plein continent, la mer indéfinie. Cinq heures de navigation r^ide nous seront uécessiûres pour atteindre le prochûn port de Charlotte dans l'Etat de New -York, et il en faudra près de huit pour aller de là jusqu'à Toronto sur la rive canadienne. Le soleil bsdsse à l'horizmi, et, comme sur les vrûs océans, une route éUncelante rejoint notre navire à son disque près de disparaître. A l'occident, le ciel s'empourpre, et le voilà bientôt qui se met à ruisseler d'or, plus riche que les milliardaires de ce nouveau monde et plus sûr qn'enx de ses lendemains. — Maintenant c'est la nuit, tiède et profonde, pleine de silence et chargée d'étoiles. Cette fois, c'en est trop; il faut penser et prier seul : sans compagnon, comme en tont ce jour de solitude bénie; sans même la confidence des futurs lecteurs, uniquement avec Dieu et le souvenir de ceux qu'on aime.

La fatigue, vers dix heures du soir, me fût quitter le pont du navire, et quand, un peu plus tard, nous touchons au petit port de Charlotte, je dors dans ma cabine. Révdllé par le bruit, j'attends avec patience le départ, qui est marqué pour onze heures et demie. A minuit, rien ne bouge, ou du moins, pas le steamer. On fût, en revanche, un bruit terrible sur le quai où nous sommes amairés. Par ma petite fenêtre, j'aperçois des troupes de démons qui veinent avec fureur des brouettées de charbon dans notre cale. Je prends un livre et achève de préparer mon séjour de Toronto. On ne paît toujours pas; je me lève pour lire plus commodément et je regarde ce qui concerne l'Ouest. C'est pour moi, qui me sens très loin, l'occasion de découvrir, non sans intérêt, que les cinq dxiëmes du Canada restendent à parcourir pour atteindre le Pacifique : nous sommes à peine au milieu de la partie orientale et forestière; rateraient à voir toutes les steppes du centre et la région des Montagnes Rocheuses. Il va être deux heures du matin ; je commence l'histoire de la formation des Grands Lacs et même la géologie.

Tant de résignation méritait d'être récompensée. Elle ne le firt pas d'abord sous la forme la plus attrayante. Comme, de gnene lasse, je venais de me remettre au lit, les garçons se lancent dans

AU PATS Dl U • YIR IRTOISK » 95S

les corridors en agitant des cloches^ et ils ouvrent les cabines pour nous cUre que, décidément ^ le steamer n'ira pas à T(Hronto, qu'il faut pour cela en prendre un autre, mais que nous sommes libres de fii^ la nmt sur le même, à condition de retourner le lendemain avec lui à Prescott, notre point de départ, pour en revenir le jour suivant; charmante perspective pour des voyageurs pressés. Quant à la raison de ce contretemps, nous avons bien autre chose à faire que de nous en informer. £n moins de cinq minutes, habillé tant bien que mal et chargé de mes deux valises, j'arrive sur le quai sans savoir que faire. D'un côté, le nouveau steamer qui arrivera à Toronto Dieu sait quand, et peut- être trop tard pour la messe (nous sommes au dimanche); de l'autre, quelques maisons oit luisent encore des lumières 'et où peut-être l'on trouverait une chambre. Je m'en informe auprès d'un débardeur qui m'en vante l'hospitalité, s'empare de mon bagage et m'entraîne tout surpris dans l'antichambre d'un broyant cabaret. Le patron, fort aimable, mais très afTairé avec les matelots du steamer en partance, m'installe provisoirement dans son modeste salon de famille et me prie d'attendre. Je me demande où je suis tombé. Peut-être ferais-je mieux d'aller prendre le bateau de Toronto. Biais suis-je sur d'y arriver à temps, ou même de le trouver? Du reste, voilà une grande cloche qui sonne, c'est loi qui va partir. Par bonheur, les matelots qui menaient tapage dans la pièce à côté se précipitent pour le rejoindre. L'hôtelier, libéré, m'installe dans une chambre presque propre et je me couche à demi vêtu, espérant, à défaut du sommeil qu'empêche une chaleur étoufiaote, goûter du moins le repos et le ^me. Hélas I nous sommes à la campagne et chacun sait la tranquillité matinale que ce mot comporte. Une heure après mon installation, le coq célèbre sous ma fenêtre le joyeux lever du jour, et, suprême hronie, je l'entends qui chante de tout son cœur : To- Toronto I To-TororUo! Après le coq, ce sont d'autres bêtes et gens, tant et si bien qu'il ne reste qu'à se lever. A six heures j'explore le pays, me demandant surtout la manière d'en sortir. Il y a, par bonheur, des voies ferrées et des lignes de tramways. J'entre à l'église dès qu'elle est ouverte, et, la conscience tranquille de ce c6té, je reviens à mon auberge. Deux gentlemen, qui ne me font pas très bonne impression me regardent avec curiosité, arrêtent leurs entretiens bruyants et vont avertir rhô(elier de mon retour. Décidé à me. passer de l'inaccessible Toronto, où heureusement je n'û pas prévenu les Basiliens qui m'avaient invité à leur collège, je demande quels sont les moyens d'atteindre au plus vite Bufifalo, où je dois aller austi et que je sais dans le voisinage. Il y aura, me dit-on, un train dans deux heures. Sur cette douce assurance, je

9M M Pais DK Là < irS

commaDdè le déjeuner^ et, es Tattenâant, je ¥afe m'asaeoir deboi»

sniT na petk monâcnle, regardant à mea pieds le lae et je

dft l'ioiprëfw* Je serai donc à midi daas un cdlfage wm^ k T

61 ee soir pcebablemeitt je verrai le Niagara ao cancher dm folel.

En rentrant à Thôtsl, — disons l'hôtel, — fafipreiida qne la traùn espéré ne mardie pas le dimanche malm» mais qne et sotr.^ Cela, par exemple, niml Pardre use joeiri^ dans et troo et dana œtte foomaise, je n'j eonsacis & aucun prix. « Où floèneat, demandai-je, les tramways électriques qui passent devant réglisef — A Rochester. — ^ Bh biai, je vais àRoefaestor. » On Urwtvem b dédsîon brusque. BIds de Roehester, qui est nue ville de 1&0,000 âmes, les trûns pour Ruffalo doivent être nombrrax; en m'en signale même un qne j'atteindrai peut-être et qoi y arrivwait k midi. Il faut dire aussi que Rocbester n'est pas pour nwi va banal. Il y a là un vieil évêque^ du nom de Mac Qnaidt qui pour l'un des plus remarquables des Etats-Unis et qaà a» aetan-^ ment, construit un grand séminaire dont la réputation s'étesd pv toute l'Amérique. On m'a, un peu partout, conseillé de lui fidre visite. Mais comme, à cause de certains démêlés qu'il ent avec Mgr Ireland, on le donnait naguère, en France, pour très hostile an mouvement d'idées où les drconstances m'avaient io^qnë^ j'ai refusé toutes les introdnctioas qui m'étsdent oflfertes auprès de tan. Je ne serais pas iàché d'astrevoir^ en passant^ s» ville épiaoapale.

Seulement il faut, avec mes valises, attendre le tvamwaf » ei le pays manque de porteurs. C'est alors que les doix homme» si mal jugés, et qui m'avsdent presque &ât peur, a'af^rodiaic de mn respectueusement : « Vous êtes prêtre cathoUque? — Oui* — Nous noua en sommes doutés en v(Mis^ voyant aller de si bonne henre à l'église. Voulez- vous nous donner votre bénédictien? x>^ Et ïa se mettent à genoux. « Mûntenant, Përe^ vous allez nous de porter votre bagage? » Et me voilà en route^ fiancé de < ouvriers irlandais, qui me content leurs petites* affiBures; j'y prcBdrus goût très volontiers s'ils voulaient t^eft parier plus lenteaeat et chacun à leur tour. Ils me consdllentt — em ausâl — cte voir, à Rochester, le séminake de Saint-Bernard^ qui e^, sus ancim doute,. « le meilleur dans le moadé n. An moment de les q^tast^ jeli«r serre la nndn très amicalement ; c'est le -snl pourboiis^'ia veulent accqiter. ^

Le traonvay file sur la roote à une allure df eapreas : j^opèce ne pas manqner le train de Buffalo.

Noua devons approcher de Rocheater, car taa viUas, enoare espacées^ succèdent aux champs et au prairies. Void, sur k ffaJixà%9 une construction ioBnensB, élégante, aévèie, avec w»

AU'PATS DE LA « yn DfTKMSS » 955

4oar surmontée de la croix. Ne serait-ce pas le fameax séminairefCn prêtre vient de monter; je lui pose la question et il me répond afQrmadvement. A son tour, il me demandé d'où je viens, et, comme le clergé de Paris n'a pas trop rhabrtude de passer ses vacances près du lac Ontario, ma réponse fîntéresse. « Il faut, drt-il, venir au séminaire. — Mkis je vais à BuiMb. —7 Vous irez plus tard'. — Mon temps est très limité. — Cependanty vous n'allez pas irayerser Rochester sans ftiîre vMie à notre évêqueT» Nous y voilit bieni Je fais valoir cRvers arguments, qui sont tous réfutés sur l'heure : « Enfio, dSa-je, me croyant sauf, je n^û pas d'introduction. — Qu'A cel^ ne tienne, je suis le supérieur du grand séminaire et je vous présenterai. Vous n'aver donc pas entendu parler de Mgr Mac Quaid'7' — Hais si, nnds si, et justement... J'ai beaucoup de sympathie pour kii, mus je crains... que ce ne soil pas réciproque! Tenez, soyons francs, voici: ma carte. )> L'^efifét ne fut pas du tout celui que j^attendaiis : (c Ohl alors, pas d'hésitationi Tévèque sera enchanté de vous voir, j'en réponde. Nous arrivons, laissezrmoi prendre votre bagage. » Sitôt dit, sitôt fait, et le tramway faisant une halte, voilà mes valises descendues : il faut bien que Je les suive. L'évècbé esta deux pa9. Le supérieur va prévenir Mgr Mac Quaid et me laisse seul dans le salon, plus qu'étonné de m'y voir.

Presque aussitôt, Févèque arrive et me tend la main de ce même air brusque et affable que j'aime tant chez Mgr Spalding. id n'ai rien vu encore de si américain que ce vieillard dé quatre-vingts et quelques années, droit, trapu, vigoureux, à l'allure franche et décidée, laissant flotter, par dessus le gilet et le pantalon corrects, sa soutane légère et entièrement déboutonnée. Loin de me permettre un mot d'excuse, il se déclare, d'un ton sans réplique, charmé de la rencontre et tout à fait à ma disposition : « Vous venez ici chercher des idées, c'est clair, des informations? — Mais oui. Monseigneur, l'exemple racourageant de ce qui se passe aux Etats-Unis... — Vos compatriotes, en effet, pourraient profiter de ce que nous avons di& bon au lieu de... Ils ne voient pas toujours juste, vos compatriotes. Ck>mbien de temps pouvez- vous me donner? — Mais je voulais prendre le train de Buffalo à dix heures. Y en a-t-il un à mi(fi? » Pour toute réponse, une figure qui se renfrogne. « Y en ap^il un à devx heures?' — Rien à faire dnta» de pareilles conditions» Je vens demande combien de jours. — Eh bien, frandKflMity Je resterri jusqu'à demain matin. — Jb regrette que ce smî si peu*.

956 40 PATS Dl U « TU MTUISI •

Enfio, il n'y a pas de temps à perdre. Vdd Totre chambre; tous êtes diex yoqs. Je commande la Toitnre. » Cinq minutes après, je reniais en landan ouvert avec le prélat qu'on donne en Europe pour le plus consenratenr des Etats-Unis.

La conversation, que Mgr Mac Quaid mettait une certaine coquetterie à tenir en français, et qui passa très vite au ton de la confiance, ne devait pas cb6mar un instant de la journée. « Je nb vous montrer d'abord mon école normale de religieuses. Il fiaotcpe les sœurs, avant d'ensdgner, reçoivent elles-mêmes une haate culture. Quand j'ai fondé ce cUocèse, en 1868, — vous savez qoe j'en suis le premier évêque, — il y eaistût huit pauvres soeurs de Saint-Joseph. Je les ni adoptées conmie congrégation diocésaine. Aujourd'hui, elles sont quatre cents, et j'obtiens d'elles tous les services que je veux, sans recourir à des supérieurs lointains, sans me heurter à des règles fûtes pour d'autres conditions. Elles passent leurs examens à Albany, au bureau d'État; ce n'est pas exigé par le gouvernement, mus c'est moi qui y tiens. Vous allex yoir comme elles travaillent. » Et^ en effet, nous viâtons les laboratoires, la bibliothèque, les salles d'études, où beaucoup de jeunes sœurs lisent ou écrivent, la grand-messe étant achevée. De tont ce que je vois, de tout ce que j'entends, se dégage l'impresmon d'un travail sérieux, de méthodes bien au courant, d'études intelligentes et proportionnées aux aptitudes de chacune. Celles- ci se destinent aux sciences, même du plus haut degré; celles-là aux lettres, à l'histoire, au latin, aux diverses langues vivantes. Sœurs et novices, presque tontes sont du diocèse, un petit nombre viennent d'autres parties de l'Amérique, deux ou trois même d'Allemagne, dont l'évêque parle aussi la langue. « Si vous connaissez, dit-il, se toornant vers moi, de jeunes Françaises qui aient une vraie vocation et ne puissent pas la suivre chez vous, envoyez- les à Rochester. » Cette invitation, très sérieuse, est fort appuyée par la sœor supérieure. Dans toutes les salles où nous passons, cuisine comprise, l'évêque est accueilli avec une joie évidente. Toujours de son même air brusque, il distribue les plûsanteries, les conseils et, quand on la lui demande, sa bénédiction sommaire : God blessyou^ God bless you. On sent que toutes ces bonnes religieuses se jetteraient au feu sur un ûgne de lui, et qu'il a conscience de leor dévouement.

L'école normale se trouve mûntenant à l'entrée de la ville, qni ne cesse de s'étendre. Le prix du terrain a beaucoup monté depuis que Mgr Mac Quaid a acheté ici pour les sœurs une propriété de 60 hectares; récemment, il en a vendu 20, et cela a suffi pour couvrir, non seulement le coût du lot entier, nuôs celui de tontes

l^rilfa

AO PATS DK U « YIE INTENSE »

les coDStructions. C'est ce qu'il m'explique pendant qi nous mène de là aux gorges et aux chutes de la Gei descendons sur un pont des plus pittoresques. L'évè admirer le paysage qui est fort gracieux. « Et tout ceb est aussi instructif que c'est beau. Ces terrains sont en espèces fossiles; et voyez cooune la rivière les tiennes, comme on y aperçoit aisément les différen cations. C'est un vrsd musée de géolo^e que la P préparé là aux séminaristes de Rochester. Nous en av< belle collection et de quoi feôre beaucoup d'échanges. » à l'offre que je fais de le mettre, pour cela, en rapport Lapparent, qui dirige notre collection de l'Institut a Paris.

« Maintenant, vous allez voir mon séminaire. » Et au ton de cette simple phrase, tout ce que l'idée de se représente pour le vieil évèque de travaux achevés, d'es dissants, de conscience satisfûte. Et certes, après l'avo comprend qu'il s'en montre fier. J'ai peur de tomber dans l'abus, tout américain, de la forme superlative; ment, je n'ai vu nulle part une meilleure entente, un( application de ce qui peut matériellement, intellec moralement, favoriser la préparation des jeunes de grande mission. Dès l'entrée, dès qu'on a passé sous gothiques de la gracieuse tour qui partage l'édifice en c saisi de l'harmonie et de l'ampleur des lignes générales l'exacte adaptation de chaque détail intérieur à la fin Rien qui n'ait dû être, longtemps avant la constructii décidé par le fondateur. Il y a (Ûx ans que le séminal il y en a trente que Mgr Mac Quaid l'a préparé. Et l'exécution, a visé au plus simple, il est vrai, mais au confortable et au plus distingué. Electricité, chauffage d'eau, aération savante, nombreuses salles de bain, com meubles, des systèmes de porte ou de fenêtre; qi l'immense et saine cuisine, la boulangerie à pétrin l'office réfrigérant; le réfectoire, qui est une salle à m] des tables séparées et des couverts d'argent; la salle qui est un salon, avec des revues et des journaux; les c sont des chambres, avec des meubles d'une sobre éU corridors, qui sont des galeries pleines de photographies vures propres à développer le sens artistique ; rîeo qi ici la civilisation, qui ne marque le Doble souci i gentlemen ces jeunes hommes sortis des entrailles du pourtant destinés à lui servir de guides en sa vie la

iO MARS 1904,

968 AU PATS DK U « VIS UmiiSK •

Dans la lettre même qa'il vient d'adresser à ses Hadms (20 août 1903) pour leur recommander son petit et son gnod séminaires, Mgr Mac Quaid affirme énergiquement U nécessité d'assurer la santé et le confort des jeunes g^fts qa'on y âète : K Trop longtemps a prévain cette idée fausse, que des eommencemeots rudes et pénibles affermissent le caractère. Il y a là peaVëtre une part de justesse, mais on n'a pas le droit d'appréder ce système sans tenir compte des misères qu'il sème sur sa roate, des estomacs rmnés, des nerfs détraqués, des maladies de pdirine, des morts prématurées, par où s'expie ce mépris des lois de Is santé. »

L'évèqne de Rochester peut juger de la vie que mènent ses grands séminaristes, car il la partage. U passe parmi eux la moitié de son existence. En arrivant, san» d'ailleurs être reçus par personne, noua allons droit cbez lui. Chez lui, ce n'est pas le solenod « appartement de Monseigneur, » habité deux fois l'an : c'est U chambre à coucher, qui a servi hier et est prête pour ce 8<ûr oo demain; c'est le cabinet de travail, où le bureau est couvert de livres qui se lisent et de lettres qui attendent réponse. Quand ik>qs allons à la salle à manger, l'entrée de l'évèque, bien que non annoncée, ne fait pas événement. C'est deux couverts & ajouter, voili tout; et non pas même, puisqu'il reste des places fides, beaucoup de professeurs allant chaque dimanche aider les prèuts de paroisse.

Le seul tndt exceptionnel du repas est le nombre de vins qu'on nous sert : quatre ou cinq, si je ne me trompe pas, ce qui, en Amérique surtout, et dans un séminaire, demande explication. U bot savoir que Mgr Mac Quaid, comme feu le cardinal Lavigme, doit il me rappelle plus d'un caractère, est un très grand viticulteur. Il produit je ne sus combien de sortes de vins excellents ; et, presque aatait que de son séminaire modèle, il est fier du dipl6me qu'ils lui ont Ttla à une exposition de Bordeaux. Un peu en traître, il m'intwpoge» sar ceux que nous buvions, et moi, qui m'obstinûs malgré lui à les noyer d'eau, j'en goûtai une gorgée de pur en me demandant oe que j'allais répondhre. A tout hasard, ou pour être ^ncère, apris un coup d'œil jeté sur la forme oblongue des boutâlles, je déclaiii d'un air connaisseur que ce pouvait être du vin de la Mk)selle, nsis qu'il y avait beaucoup plus de chance pour qu'il fût du Rhift* C'était justemient ce qu'il fallait dire, les crus de l'évêqaede Rochester ayant la prétention, peut-être justifiée, de rappekft voire d'égaler les Deidesheimer et les Liebfrauenndlch. Je crois bien que ce fut vtfs ce moment-là que le toa de Mgr Mac Qsûd passa de la bienveillance à la syni^)athie. Quant à mm sentisseats

^ÂU PATS D8 U < VIE INTEiSSE • d59

pour toi, ils avaient déjà tourné de la crainte à la curiosité, pois au respect, pais à radmiratioQ.

Je a'aursûs mëoie en ancune réserve à faire sur son compte, Vil ne m'avait^ entre une heure et trois, par une chaleur terrible et i la suite d'une nuit sans sommeil, promené, malgré mes tioùdes réserves, daas toutes les merveilles de son séminaire, depuis tes caves, bien garnies, jusqu'aux combles, intelligemment aménagés en gymnases et en salles de récréation pour les jours de pluie. Aussi n'ai- je gardé de beaucoup de choses fort intéressantes, — de la bibliothèque, des musées, des laboratoires, de la chapelle ellemême, — qu'un souvenir assez vague; et tout ce que j'en puis dire, c'est que Uen des universités voudrûent être équipées de la sorte. A la fin cependant, et comme l'heure approchait d'une conférence que le prélat devait faire à ses séminaristes, je déclarai nettement que je n'en pourrais pas profiter si l'on ne me permettait auparavant une petite sieste. L'infatigable vieillard me regarda avec étonnement et toutefois me conduisit près d'un so£a, où je tombai comme un plomb. Réveillé à temps et tout rafr^Uchi, j^écoutm avec un extrême intérêt sa causerie de cinq quarts d'heure.

Il parlait réellement à un auditoire d^âite, où l'intelligence, l'honnêteté, la franchise, la santé morale et physique se lisaient sur tous les visages. Les candidats incapables et douteux sont éliminés sans hésitation, les vocations se produisant déjà en assez grand nombre pour permettre un choix très sévère, et l'évêque ne supportant aucune médiocrité dans le sacerdoce. Sur les 13& grands séminaristes, 89 sont envoyés là de toutes sortes de pays à cause de la force des études, et 45 appartiennent à Rocbester, ce qui suffit bien pour tin diocèse de 110,000 fidèles. Entre cette belle jeunesse et l'étonnant vieillard qui s'adresse à elle, pas un instant ht communication ne se ralentit, ni ne cesse de se manifester. Du début à la fin de sa causerie, il reste maître de toutes ces âmes, les faisant, i l'unisson de la sienne, passer du rire à l'émotion, des grandes idées aux familières, du raisonnement à l'enthousiasme. On ne peut rien imaginer de plus vivant ni de plus pittoresque. Mais comment résumer une telle allocution? « La retraite d'entrée, disait-il en substance, était finie de la veille, et les cœurs étaient ouverts à l'amour de Dieu; maintenant il s'agissait d'ouvrir les esprits à la science. Les étudiants de Saint-Bernard étaient bien heureux d'avoir tant de moyens de travailler : les collections, les laboratoires, les livres les plus au courant, les professeurs surtout, les quinte professeurs, qu'on avait envoyés se former pour eux aux vieilles universités d'Europe. Ahl ce n'éûdt pas ainsi de son temps. Apprendre le latin en Amérique, au commencement du dix-neu-

960 iU PAYS Dl U « VIK INTKIISE >

viëme siècle» n'était pas chose aisée; il avait dû, pour cela, aller eu bateau et en diligence de New -York à Montréal; et qae d'aventnres le long de la route I En entrant au grand séminaire, il y aysdt trouvé tout juste deux professeurs, lesquels enseignaient tout et ne savaient rien. On n'avait guère le temps d'étudier alors : il existût, l'année de sa naissance, huit prêtres dans l'Etat de New- York; aujourd'hui il y a neuf diocèses. » Et il ne se lassait pdot d'opposer ce passé obscur an brillant avenir; avec une compétence de savant, il entrût dans le détail des méthodes pour mieux mettre en évidence les opportunités du présent et les devoirs qui en découlent : ne suivant en tout cela que ce que Pascal appelle l'ordre du coeur, mais le suivant si bien que, lorsqu'il eut achevé de |>arler, les étudiants continuaient de fixer sur lui leurs regards émus et fiers, comme pour me dire : « Cet homme-là, c'est notre évèque, à nous, et voilà conmient chez nous on comprend, on agit^ on marche I » Pour moi, en présence d'un catholicisme si prospère, j'avais peine à croire qu'il eût pu se développer en la durée d'aoe seule vie d'homme, et, quand l'évèque octogénaire parlait des humbles débuts de l'Eglise aux Etats-Unis, je me figurais les premiers apôtres de l'Eglise des Gaules assistant à l'épanouissement de notre treizième siècle.

Après sa conférence, l'évèque, réclamé par un visiteur, me confie quelque temps à un séminariste en le chargeant de me montrer les jardins, le verger, le parc, toute une vaste propriété qui s'étend de la grande route au lit encaissé et très pittorest^ae de la rivière Genesee. Il va sans dire que les jeunes gens, dans leurs récréations, ont la jouissance du domsûne complet, sans nulle de ces défenses qui montreraient qu'on ne les traite point en hommes. Mon compagnon ajoute que deux fois par semaine ils font de longues promenades en toute indépendance, visitant leurs amis de la ville ou courant la campagne. Dès que j'ai retrouvé le prélat et que nous avons quitté le séminaire, je lui fais mes sincères compliments de tout ce que j'y ai vu, sans lui cacher que certains usages, et notamment les sorties libres, difièrent totalement de ce qui se passe chez nous. « C'est pourtant simple, me rèpond-il : si j'ai confiance en nos séminaristes, je dois les laisser aller oii ils veulent ; si je n'ai pas confiance en eux, je ne dois pas les ordonner. Je les traite en gentlemen; ils le savent et n'en abusent pas. »

Il me montre, pendant que nous les longeons en voiture, les champs et les vignobles qui appartiennent à la Corporation du séminaire constituée par lui. Tout cela ne suffit pas encore aux fiids

AU Pays de la ' vie intense > %t

d'entretien, bien que les constructions soient totalement payées et qu'il y ait des fondations de chaires; mais des quêtes annuelles et une souscription permanente suppléent très largement au déficit : « Nous avons reçu, en 1902, pour l'œuvre des séminaires, 1&,023 dollars, sans dons exceptionnels, le tout par petites offrandes. Près de 75,000 francs pour les séminaires dans un diocèse de 110,000 âmes, qui n'existe que depuis trente-cinq ans et où l'on ne cesse de fonder de nouvelles paroisses avec églises, presbytères, écoles, le tout sans la moindre subvention du gouvernement, qu'est-ce que vous pensez de cela? » J'en pense, sans le dire, que l'évèque est un fameux homme, que le clergé a du zèle et que les fidèles sont généreux. Il est vrai que les catholiques, là- bas, sont libres, comme tout le monde. Un évèque, un prêtre, un religieux y possèdent les mêmes droits, personnellement, que l'ensemble des citoyens; et les associations religieuses sont tout à fait sur le pied d'égalité avec les civiles. La plupart même des institutions co nfessionnelles, comme les églises, les séminaires, les écoles, les asiles, offrant un caractère d'utilité publique, sont dispensées d'impôt. Sans pousser l'ambition jusque-là, ne pourrionsnous, nous aussi, en cas d'inique suppression du budget des cultes, lutter sur la plateforme du droit commun et conquérir, — je ne dis pas recevoir, je dis conquérir, — les libertés vrsdment nécessaires? Qui affirmera qu'en France les catholiques seraient toujours incapables d'un pareil effort? L'énergie natt, et le savoir-faire, lorsqu'ils deviennent indispensables.

Nous arrivons au cimetière catholique, propriété d'une autre corporation, qui paie une partie de ses frais avec la vente des fleurs qu'elle cultive près de là en jardins et en serres. Gomme le dmetière de Montréal, c'est, en même temps que le séjour des morts, un lieu de repos et de promenade pour les vivants. Nous en parcourons en vçiture les allées ombreuses, et nous ne descendons que pour prier dans la chapelle, où l'évèque officie le 2 novembre. Le culte des trépassés est, en Amérique, aussi fervent qu'à Paris; les tombes y sont aussi bien entretenues, mais sans offrir le même aspect de deuil. Chez ce peuple optinûste par nature et confiant en Dieu, la mort elle-même perd son sdr de désolation.

« Que pourrions- nous encore voir? Le dimanche n'est pas commode. >» Un peu reposé par la voiture et par la fraîcheur commençante du soir, je ne proteste pas. Il faudra bien, du reste, qu'avec la nuit mon cicérone s'arrête. Je me lusse conduire à une académie de jeunes filles, c'est-à-dire à une sorte do couvent, tenu par les sœurs de Saint- Joseph. Nous y arrivons pour assister à la bénédiction du Saint-Sacrement. Conversation, ensuite, avec les

9Gt AU HYS DE U « VIE IMURSE -

relieuses et les jeunes filles présentes. Noos nbcontons ooOt journée. Comme il se trouve là ploaieurs maîtresses et élfeves du cours de sciences, Tévèqne les invite A aller visiter le musée de géologie du grand séminaire ^ à oommencer une collection ellesifièa>es, en explorant les gorges de la rivière où elles trouferoit nombre de iossiles et de coquillages.

Avec un léger retard sur l'heure du dîner, nous revenons eofio à la maison de Tévèque, ne disons pas révècbé, car il ne £ut, a Amérique, se représenter par là que le presbytère de la cathédrale, où le premier pasteur du diocèse vit, sans train spédil de maison, avec son secrétaire, le curé, tes deux on trois vicaires de la paroisse et quelquefois un vicaire général. C'est, du ukhos, ce que nous trouverons, comme à Rocbester, chee Mgr Spaldiaget chez le cardinal (xibbons. Le dîner, heureusement simple et rafnde, ee passe à m'ioterroger sur la situation religieuse et politique de b France, qui leur parait à tous absolument invraisemblable.

Mais, le dîner ûm, c'est moi qui reprends l'offensive, et dès qœ je me trouve seul avec mon vénérable hôte, dont je n'ai décidëaieDt phts le moindre effroi, je lui demande sans autres précautions la vérité sur ce qu'on raconte jusqu'en Europe de ses ^ÙfTérends avec Hgr Ireland. Les adversa'ures de l'archevêque de Saint- Paul ont, ei effet, souvent dté la solennelle jm^teetation que fît entendre coatre lui Mgr Mac Quaid, après son intervention contre Tammany dais les élections de New- York. Le vieil évèque, en pleine chaire de sa cathédrale, était allé, s'il faut en croire la traduction que boos avons seule sous les yeux, jusqu'à prononcer des paroles coaae celles-ci, qui ne sont pas les plus violentes du discours : « Je prétends qu'en venant ainsi à New- York pour prendre part à une lotte politique, l'archevêque de Saint-Paul a commis un acte iacoavenant et contraire & la dignité épiscopale et qui constitoe oo scandale aux yeux des catholiques bien pensants des deux partis. C'était de plus, de sa part, un acte d'intervention injustifiable fue de quitter son Etat et de venir ici détruire toute discipline pami les prêtres et donner k ceux qui sont hostiles l'occasion de dire qae tes prêtres sont des partisans et emploient leur influence pour des fins de parti... Ce n'est pas une excuse de dire que l'archevêque travaillait dans l'intérêt d'une réforme gouvernementale. Tf^ antre clerc aspirant aux honneurs politiques dirait la même chose. Dn reste, la ville de NewYork est tout à fait capable de oondnire ses affaires sans aucune aide dn dehors, comme bi dernière électioa lâent de le prouver. Et, s'il £aut en croire les journaux, la législature do Mianesopa a grand besoin d'être purifiée, et Sa (kandeor

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