L'ÉCOLIER
Passant I celai qui dort sans bouquet d'immortelles Sous cette croix, vivant fut un pauvre écolier, Désireux de s'instruire, ennemi des querelles, Mais victime d'un rêve amer et singulier.
Consumé d'un fervent amour de la justice , il ne comprenait pas, en sa simplicité, Comme il se peut qu'en soi le Créateur unisse Et la toute-puissance et la toute bonté.
11 demeurait surpris de voir des âmes dures, Des cœurs, sous triple airain fermés à la pitié; Car il avait senti les maux des créatures, Jusqu'aux plus bas destins s'étant humilié.
!► Le mal universel troublait cette âme douce,
Lui qui laisse les rois du jour indifférents, Lui qui laisse dormir le sage sans secousse. Sous les palmiers sacrés, à deux pas des torrents I
A deux pas des torrents dont il n'a rien à craindre, Puisque leur bruit est fait du cri des malheureux. Et que leur masse d'eau, qui ne doit pas l'atteindre, Enchante son sommeil d'un murmure nombreux.
Mais du pâle écolier l'esprit plein de détresse INe pouvait un instant se détacher d'autrui, Kt, dans tout l'univers voyant souffrir sans cesse, Ne s'attrister du mal que s'il frappait sur lui.
Vu jour donc, il voulut, pour éclaircir son doute, Consulter les docteurs sur le mal et le bien,
L'ËGOLIER
Et, la besace au dos, devant lai prit sa roate, S'en rapportant à Dieu du pain quotidien.
Parmi des jeunes gens à l'attitude austère, Il monta les parvis de ces palais dorés Que les villes les plus fameuses de la terre Se font gloire d'offrir aux maîtres consacrés.
Et le premier lui dit : « La douleur est un rêve. Ce soir, je réunis chez moi des amis; viens, Cœur inquiet! Avant que le banquet s'achève, Je t'aursû démontré qu'il n'est ni maux, ni biens.
Un autre l'écouta, vieillard à tète fine, Sans surprise, un léger sourire dans les yeux, Puis le mena devant une antique vitrine Pleine de ballons, peints de mots mystérieux.
« Jeune homme I Le savoir aguerrit et console; Regarde : la réponse au doute, la voilà. » Et ces ballons étaient des arguments d'école Que l'écolier, d'un coup d'épingle, dégonfla.
Un troisième se mit promptement en colère : « Tu ne résonnes pas dans les règles, dit-il. Et depuis si longtemps que le soleil m'éclaire, Non I je ne vis jamais un esprit moins subtil. »
Le dernier se montra plus franc : « Le mal des a A trop s'en occuper on finit sur la croix. Pour inscrire ton nom parmi les noms d'apôtres. Tu suivras un chemin plus doux, si tu m'en crois
Amasse de l'orl L'or n'est pas chose si rare; On en découvre un peu partout, en se baissant : Aux bouches d'un égout, au fumier d'une mare. Et parfois, que veux-tu? dans le sang innocent.
L'or, avec les honneurs, confère le génie Et, — n'est-ce pas à quoi tu vises? — la vertu. Tu seras un martyr sans subir d'avanie, Tu seras un héros sans avoir combattu. »
^G6 L'iCOUfiR
Honteux, hainilié, l'écolier, tète basse, S'échappe de la ville et rentre en son chemin; Mais, auprès d'un calvaire, un vieux prêtre qui passe A deviné sa peine et le {M^nd par la main.
Il lui parle : « Diea seul est au centre des choses; Ni toi, mon fils, ni moi, n'en avons fait le tour, Ni ces savants à qui les vérités sont closes Plus encore qu'à toi, car ils ont moins d'amour.
La soufiTrance est le lot de toute créature^ La terre un lieu d'épreuve et de perversité. Et, si le mal partout règne dans la nature. Hélas I l'auteur en est la seule humanité.
L'humanité commis la faute originelle
Qui pesa désormais sur l'astre douloureux ;
Les êtres innocents souffrent à cause d'elle
Sans qu'elle ait de remords ni pour soi, ni pour eux. »
Le vieillard dit encor : <€ Celui qu^un mauvais rêve Opprime, se débat, s'épuise avec terreur Contre de vains dangers; mais, quand l'aube se lève, II s'éveille, il respire, il connaît son erreur.
Après la mort, ainsi tout sans doute s'éclaire; Va! nous saurons pourquoi ce monde fut formé, Sa part d'illusion, et comment Dieu tolère La lutte entre Satan et son Fils bien-sdmé.
Oui I que ta volonté soit faite, et non la mienne, Seigneur >», dit le vieillard, « sur terre comme aux deux! J'attendrai que le jour de ta lumière vienne; Je ne jugerai pas ton œuvre par mes yeux. »
L'écolier, aux accents de cette foi sévère. Emu, sent tout à coup s'alléger son fardeau : '< Iklerci, mon pèrel » Il court au rustique calvaire Et tout haut, le front nu, récite le Credo.
Frédéric Plessis.
REVUE DES SaENCES
Découvertes et iaventioufr. — Physique : Les rayons n et raccroisasmaaii d*éclali des lumières fiiibles. — Photographie d'uae étincelle électrique sous rinfluence des rayons ru — Augmeotation de netteté de Timage. -« Une conséquence problématique. — Les rayons n peuvent-ils accroître gratuitement l'éclat d'une flamme?' -^ Observations contradictoires. — Mécanique- : Attelages élastiiqaes. — Expériences de Yrncennes. — Attelage d'artillerie avec liens élastiqoes. — Contre la fatigue des che^ vaux. — Un gain de force de 25 pour 100. — Applical^ion aux tracteurs quelconques. — Dans les mines» — Machines d'extraction et gaspillage de la vapeur. — Nouveau dispositif. — Economie considérable de charbon.
— L'accumulateur réchauffeur. — Gomment on peut utiliserdes centaines de chevaux- vapeur perdus. — Chimie : Stérilisation de l'eau en campagne.
— L'iode et les microbes de l'eau. ~ Comprimés stérilisateurs. ^- Anthropobgie : Une négresse blanche. — Agriculture : guerre aux longeun.
Rayons N. — Noua avoD3 défini dernièrement ^ les rayons N de M. Blondlot et fait remarquer qu*an grand nombre de corps exposés pendant quelques heures au soleil emmagasinaient ces radiations nouvellement découvertes. Dn caillou ensoleillé émet des rayons N. Or ces rayons jouissent entre autres propriétés curieuses d'exalté n(m seulement la phosphorescence d'un corps phosphorescent,, du aolfare de calcium, par exemple^ mais encore l'intensité lumineuse d'une flamme et même la vision. Il suffit de placer une source de rayons N près de l'œil pour permettre de lire les caractères d'un journal dans une demi-obscurité, alors qu'on les lirait difficilement avant l'action de ces rayons.
H. Blondlot vient de démontrer par une expérience récente l'accroissement d'action due aux rayona N sur l'impressionnabilité d'une plaque photographique sensible. Il a pris une plaque photographique, il a fût éclater au-dessus une étincelle électrique d'intensité constante; naturellement l'étincelle a marqué sur la plaque une image. Après quoi, il a recommencé Texpérience en faisant intervenir au-dessus de l'étincelle une source de rayons N; dans l'expérience actuelle^ deux limes d'ader très riches en rayons. Or, la photographie de l'étincelle électrique a donné une ioiage beaucoup |dus nette que dans le premier cas. Le noir de l'image est au moins doublé d'intensité. Par conséquent > là encore apparaît
' Voy. le Correspondant du f 0 janvier.
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nettement Tinflaence des rayons N sur Tintenûté de la lamière ordinaire; elle s*aviye et la petite étincelle électrique a évidemment pris de l'éclat, puisque la photographie en fait foi. Les rayons N avivent les rayons lunûneax. La pratique ne poamdt-elle tirer parti de cette singulière propriété?
Nous ne le pensons pas personnellement parce que Taccroissement d'éclat est appréciable quand il s'agit de faibles lumières, mus il doit & peu près passer inaperçu vis- &- vis des lumières un peu intenses. Nous n'avons pas observé ainsi de différences bien nettes entre un foyer lumineux ordinaire et un foyer lumineoi excité par une source de rayons N. Sur l'écran phosphorescent, il y a augmentation, nuds une flanmie de lampe ne nous a pas para briller davantage quand on en approche une source de rayons N, tel un caillou ensoleillé ou un morceau d'acier trempé. Noos devons ajouter que, contrairement & nos observations, un jeone physicien qui demande & ne pas être nonmié, prétend être parvenu à accroître la lumière de sa lampe de travail. Il a pris simplement une petite lame d'ader de quelques centimètres carrés qu'il a placée en guise de réflecteur devant la flamme. Or, Téclat aurait augmenté sensiblement, d'après des mesures photométriqnes grossières. Nous signalons le fait sous les plus expresses réserves parce que, en matière d'intensité lumineuse, on peut se tromper facilement. Puis la lame d'acier, bien que non polie, peut parfaitement renvoyer dans l'horizontal des rayons qui augmentent un peu l'intensité de la lumière.
Nous mentionnons l'expérience surtout pour engager les spécialistes à la contrôler. Il serait bien intéressant d'arriver à aviver l'intensité d'une flanmie gratuitement par l'influence de radiations autres que celles de la lumière.
Le problème à résoudre paraît tout simple de prime abord, mais il l'est moins qu'on ne le suppose. H. Blondiot a découvert, en effet, ces jours derniers que les rayons N étaient loin d'Mre homogènes; il y eo a d'autres qui leur 3ont mélangés, il en esï même toute une espèce qui, loin d'exalter la phosphoreâcence, b diminue au contraire. Quand on observe un écran phosphorescent normalement à la surface, les ray^>ns émis par une source rend cet écran plus iumineux; si on regarde presque tangentieHemeDl, il J a diminution d'éclau Les rayons que M. Blondiot nomme rayons N, ont une action inverse des rayons N, ils diminuent la lumière émise normalement et augmenteot la lumière émise tangentiellement. La question, comme on voit» se complique et il est indiâpensable d'attendre que les connaissances acquises sdent pris une forme définitive, pour formuler des conclusions certaines .
Il est singulier comme nous avons de la peine en France & tirer parti des découvertes scientifiques faites dans notre pays même. Ainsi il y a bien trente ans que M. J. Harey de l'Institut montra que lorsqu'un homme ou un cheval on un tracteur quelconque remorque une voiture, on peut faûre une économie de force considérable en opérant la traction par l'intermédiaire d'un lien élastique. Des ressorts à l'extrémité des timons, une courroie en caoutchouc et l'on peut réaliser 25 pour 100 sur la force de traction ^ On gagne un cheval sur k. Gela fut prouvé expérimentalement en 187& par M. llarey. Or, depuis, qui a mis en pratique l'attelage élastique? Cependant, si en France personne ne s'en préoccupa, il n'en fut pas de même à l'étranger. La traction par ressorts, dans l'artillerie, fut d'emblée utiliser en Danemark, en Suède, en Allemagne, en Autriche. Des essais furent aussi poursuivis dans plusieurs stations agrononûques avec des résultats extrêmement favorables au système. Pour ménager les chevaux, on a substitué aux traits rigides des traits élastiques. C'est que les ressorts régularisent les excès de travail diminuent les chocs douloureux, la fatigue, etc.
On attendrsdt peut-être encore en France l'application du système Marey si deux officiers de la 19* brigade d'artillerie, MM. Macbart et Ferrus n'avaient eu la bonne idée de mettre en évidence par de nombreux essais les avantages des ressorts élastiques. M. Marey, pour prouver le gain de force que l'on tirait de l'interposition des ressorts s'était servi de dynamomètres que l'on interposait entre le tracteur et la voiture. MM. Machart et Ferrus ont opéré autrement. Depuis 1897 ils ont recherché non seulement l'économie mécanique due & l'emploi des liens élastiques, mais l'économie totale due à ce mode d'attelage sur l'organisme, sur la suppression des chocs douloureux pour les épaules des chevaux. Us ont e« recours dans leurs longues expériences à la méthode de « retournement », qui consiste & employer simultanément deux attelages placés constamment dans les mêmes conditions, sauf en ce qui concerne le mode d'attelage et le poids traîné. On fait produire aux chevaux le maximum de travail utile avec une ration donnée pendant un certain temps. Au bout de ce temps, on permute les attelages et on leur fait encore produire le maximum de travail pendant une période de temps égale à la première. Par comparsdson, on déduit l'économie réalisée au moyen des appareils élastiques. On choisit bien entendu pour ces expériences des chevaux
* Certains marchands ambulants ont Thabitade de traîner leurs petites Toitures par ilntermédiaire de bretelles élastiques, sans trop se rendre compte des avantages qu'ils en retirent. Cela fatigue moins, disent«iis.
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aussi semblables que possible à tous les points de rue : force^ taille, âge» etc. Même alimentation, même parcours, etc. Les exp6^ rieoces ont été entreprises avec 2, 3, 6 et enfin 24 attelages. ERes ont duré au total dlx-buit mois avec des résultats toujours concordants.
Cette fois, la démonstration ne peut plus être sujette à caution. On est entré en pleine pratique. Or la conclusion des deux officiers est très nette. << Pour des attelages à deux de Tartillerie traînant du matériel ordinaire, remploi de ressorts de traction convnable permet d'augmenter de 20 & 25 pour 100 le poids des Toimres, fat longueur des parcours restant la même. » En générât, il y a économie d'un quart par traction élastique. Quelques ressorts intercalés, et Ton peut réafiser une économie très sensible de travaH et ménager les cberaux.
Llnrention a donc sa portée et mérite d^être signalée puisqu'elle siftpirfique à tous les moJes de transport, depuis les transports nûUtaîres jusqu'au balage des bateaux et aux voitures de maître. Et le procédé est à la portée de tous, puisqu'il ne s'agit que d'interposer quelques ressorts métalliques entre le tracteur, quel qu'il soit, et la Toiture à traîner.
11 nous paraît utile de ngnaler aux ingénieurs et aux êxfdoitants^ de mines un (fispoaitif nouveau très ingénieux qui permet de réaliser de grandes économies dans la proôhiction de la force motrice. La solution du problème est dite i H. Râteau, ingénieur au corps des Mines; elle est dÈ]i appEquée dans dherses usines avec un succès qui mérite l'attention. Dans une ^ptoîtation de bomllère à puits profonds, par exemple, les eâUes d^ cages sont aitraioés par des moteurs & vapeur d'une fkçon intermittente. La machine travaille pendant Tascension et s'arrête pendant le déchargement des bennes. SI le puits a 200 mètres de fond, la vapeur a^ dans les cylindres du moteur f 8 à 20 secondes, puis, et c**^ le cas général, s'échappe à fair libre. Et ainsi sans cesse. On ne peut gtsère adopter (fe disposition plus économique, précisément i cause de l'intermittence du travail. Il en résulte un gaspSlage énorme de la vapeur, et par suite de charbon. On ne s'en âl généralement pas une idée exacte. Précisons.
Aux mines du Pas-de-Calais et du Nord, fextractîon moyenne par puits est de 200 tonnes de houille à l'heure remontées d^me profondeur de 250 mètres, ce qui représente un travail de h nuielûnia dfi 17âi cbewiUL Ia CQUâiMniiiaâiûn emptoyéea s'élève par ctevaihhettire à emînm Aft kitos, ce qâ conduit à une consommation totale de vapeot par heure àe
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7,000 kilos qui s'échappent des cylindres & la pression atmosphérique et sans avoir épnisé l'énergie qu'ils possèdent encore.
Or, un cheval-heure produit par de la vapeur qui travaille entre la pression atmosphérique et un vide au condenseur de 0 kil. 15 consomme environ 15 kilos de vapeur. C'est donc une puissance de &00 chevaux par puits qui s'en va dans l'atmosphère en pure perte. On n'utilise presque rien dans cette manière d'opérer. M. Râteau s'est proposé de récupérer cette puissance perdue et de l'utiliser au grand profit ^tes exploitants. Au lieu de laisser aller ia vapeur dans l'air, il s*en sert au contraire. Il l'arrête au passage quand elle sort des cylindres de la machine d'extraction et l'envoie dans une turimie i vapeur à basse pression munie d'un condenseur. Mus cette vapeur doit être emmagasinée pour faire face au délnt de la turbine et maintenue à 100\ M. Râteau envoie cette vapeur, & la sortie de la machine, dans un accumulateur de ciJorique.
L'accumulateur est un appareil bien simple que nous décrirons en quelques lignes. Mais avant, il &ut aussi faire remarquer que cet accumulateur est d'autut pins essentiel que la marche de la machine d'extraction étant intermittente, la vapeur ne pénétrerait dans la turbine que par intermittence aussi. Or il lui faut un débit de vapeur constant. L'accumulateur résout la question en constituant comme un générateur auxiliaire de vapeur. Il faut un débit constant parce que la turlnne a naturellement à actionner des pompes, des dynamos qui exigent une marche constante.
Par conséquent, la vapeur autrefois perdue qui sort de la machine à extraction est conduite non pas directement dans la turi>ine, mais dans l'accumulateur d'abord. L'accumulateur est un réservoir en t61e contenant des matières métalliques, cuvettes, plateMx en fonte, etc., ou simplement de Peau. Le fonctionnement se devine. La vapeur d'arrivée se condense sur ces masses métalliques ou dans l'^ui; elle les échauffe. La chaleur s'emmagasine; pais enwite l'accumulateur restitue une partie de cette chaleur à la nouvelle vapeur qui sort de la machine d'extraction. La turbine est ainsi alimentée sous pression constante. Il est bien dair qu'au lieu d'employer une turbine, on pourrait avoir recours & tout autre moteur h vapeur à pistons. Mais comme la pression de la vapeur est faible, il fondrait donner à cette machine des cylindres de grandes dimensions et d'un grand pmds et la vapeur encore se condenserait trop dans ces cylindres. Le rendement aeimi mauvais. Au contraire, les condensations pont nulles dans la turbine; la vitesse de rotation est grande et l'encombrement de la turbine très réduit. Evidemment, la turi>ine est toute désignée en pardlle circ(mstance.
L'écoDomie résultant de l'emploi de Taccamulateur régénératenr de chaleur est considérable. Dans les usines métallnr^qnes, on emploie, comme dans l'exploitation des mines, des machines i vapeur à marche intermittente pour actionner les laminoirs réversibles des aciéries. Si nous considérons des machines à vapeur consommant 20,000 kilogr. de vapeur par heure, ce qui n'est pas rare, dans le système Râteau..., il devient possible avec la vapeur de décharge perdue aujourd'hui d'alimenter une turbine à vapeur pouvant produire plus de 1,000 chevaux. Le gain est énorme. 11 ne s'a^t pas de projets, d'études ou d'expériences. Toute vapeor de décharge peut être utilisée maintenant. On va appliquer le système aux oûnes de Béthune (Pas-de-Calais); il est installé depuis 1902 aux mines de Bruay et fonctionnera bientôt en France et à l'étranger dans plusieurs exploitations, notamment aux aciéries de Donetz, de Pœnsgen, & Dûsseldorf, aux mines de Fontaine-l'Evèque (Belgique), etc.
C'est un grand progrès réalisé et malgré son caractère, technique, il nous a paru indispensable de l'indiquer souunairement aux intéressés.
On cherche toujours un moyen pratique de stériliser l'eau et malheureusement la solution complète et parfaite reste à trouver, les filtres sont insuffisants à moins d'être nettoyés très souvent Tout procédé physique est du reste & rejeter en campagne parce qu'il exige trop de temps. Pour les voyageurs et les soldats; qui sont les plus exposés à boire des eaux dangereuses, le procédé d'épuration chimique est incontestablement le meilleur. On en a déjà indiqué beaucoup. En Autriche, on emploie des doses de 6 à 8 milligrammes par litre de chlorure de chaux ; en Allemagne, le brome qui tue les germes en trente minutes, & la dose de 6 centigrammes par litre. En France, on a employé les permanganates à une dose telle que la teinte rose produite par ces sels devienne à peine sensible. Dans ces derniers temps, d'après un rapport de HU. Vaillard et Georges au Comité technique de santé, on préconise maintenant le procédé suivant qui serait, d'après le rapport, le plus simple, le plus rapide, le plus efficace et le moins coûteux.
L'iode libre détruit rapidement les bactéries. Toute eau où l'on verse de l'iode libre est stérilisée en un quart d'heure environ. On a eu ridée, en conséquence, de faire réagir sur de l'iodate de potasse de Tacide tartrique en présence d'iodure de potassium pour dissoudre l'iode. Lorsque l'iode a agi, on le neutralise par de petites quantités d'hyposulfite de soude. Cela semble & première vue très compliqué, mais en fait, c'est simple de manipulation parce
que ces produits divers sont préparés sous forme de comprimés. Voici comment opèrent les soldats en campagne : *
Dans chaque escouade, un homme reçoit trois paquets de comprimés, un paquet de comprimés d'iodure de potassium et d'iodate de soude, colorés au bleu de méthylène. Chaque comprimé bleu renferme ainsi 0 gr. 1156 d'une dose préparée pour 100 comprimés de 10 grammes d'iodure de potassium et de 1 gr. 156 d'iodate de soude sec. Le deuxième paquet de comprimés rouges contient 100 comprimés d'acide tartrique en doses de 0 gr. 01. Le troisième paquet renferme 100 comprimés blancs d'hyposulfite de soude (Ogr. 116).
Dès lors, pour traiter une eau que l'on soupçonne dangereuse, le soldat n'a plus qu'& jeter deux comprimés d'abord par litre, le bleu et le rouge, puis quelques minutes ensuite le comprimé blanc. Et la stérilisation de l'eauest complète. II va de soi qu'il est utile, avant de stériliser, de clarifier l'eau par son passage à travers une étoffe ou un filtre grossier.
Une négresse blanche!... Elle a été présentée à l'une des dernières séances de la Société anthropologique de Berlin. Agée d'une vingtaine d'années, cette négresse a la figure et les cheveux d'une couleur très claire; elle est originaire d'Acora sur la Côte d'Or. Ainsi que le fait remarquer M. le conseiller Sanitaire Lissouer, il s'agit simplement d'un cas d'albinisme complet. On sait bien que l'albinisme est l'état des individus chez lesquels la coloration pigmentaire fait défaut plus ou moins complètement. L'attention est vite attirée sur les cheveux, les cils, les sourcils, qui sont très fin et d'aspect duveteux. L'albinos a la vue courte, la pupille est rouge comme un rubis. Chez la race nègre, l'albinisme est plus rare que chez le blanc. La peau se décolore seulement par régions; le pigment oculaire ne manque qu'en partie ; l'œil apparaît le plus souvent bleu. Dans la négresse dont nous parlons, l'albinisme est très complet; elle est blanche comme une blanche et ses yeux sont rouges et clignotants. Son genre de beauté l'avait fait remarquer dès son jeune âge; elle n'en est pas moins négresse à la couleur près. Aucun des membres de sa famille n'a jamais présenté des caractères quelconques d'albinisme. Sa sœur que l'on avait aussi amenée à la Sodété de Berlin, présente bien le type normal des négresses.
Ce cas est assez rare; toutefois il a des précédents. O'Beccari
a vu, à la Nouvelle -Guinée, des jeunes femmes albinos de la tète
aux pieds. Livingstone, Simonot et Berchvan ont rencontré plusieurs
albinos; de Rochas en a observé aussi à la Nouvelle-Calédonie. On
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en trouverait encore* des exemples en fouillant les comptes-rendus de noti% Sodé té française d'anthropologie. M. E. Deschamps, par exemple, pendant son séjour à Mabé (côte de Malabar) a rencontré huit cas Impartis dans huit familles.
Les albinos sont presque toujours mal vus chex les races sauvages. On les repousse et ils vivent ordinairement errants et dénaés de ressources ; certûnes peuplades les tuent croyant à leur influence néfaste, ainsi chez les Bôchuanas, selon Livingstone. Au conuwe, dans d'autres tribus, ils sont l'objet d'une sorte de culte analogœ au respect proverbial que l'aliénation mentale insjHre aux indiens.
Au Mexique, au Congo et dans l'Archipel indien, on les recherche, et longtemps l'usage exista d'entretenir dans les maisons royales et prindëres, des albinos, comme jadis les cours d'Europe eurent leurs nains et leurs fous.
, On va entreprendre une guerre acharnée contre les rongeurs qui, dans certains départements, ravagent les cultures. Une commission ministérielle a fait récemment des expériences décisives dans le département des Gharentes, un dés plus infestés par les campagnoles et les rats. On a opéré sur environ 1,200 hectares à l'ûde des bouillons de culture microbiens préparés par M. le docteur Roux, sous-directeur de l'Institut Pasteur. Ces bouillois sont absolument toxiques pour les rongeurs. Des récipients ont ët6 emplis de bouillon auquel on a mélangé de petits cubes de pains. Des ouvriers ont semé cette pâture empoisonnée un peu partent et de préférence aux abords des trous habités par les campagnoles : on a employé 1,200 bouteilles de virus, 4,200 kilos de pain et 93,000 kilos d'avoine. 11 a fallu 1,200 demi-journées d'hommes. Mais les résultats ont été remarquables. M. le D' Roux estime qve, dans la région ainsi traitée, le nombre des rongeurs empoisonnés s'est élevé à 05 pour 100. On ne trouve partout que des rats morts» quelquefois au nombre de 15 à 20 dans le même trou. A la suite de cet essai, le ministre de l'agriculture a soumis à la signature de président de la République un projet de loi portant ouverture d'os crédit de 350,000 francs en vue de la destruction des rats des champs dans les départements les plus infestés.
Henri de ParvilleJ
CHRONIQUE POUTIQUE
La guerre du Japon et de la Russie exdte une énotion autr^ ment forte que crile de la curiosilé : celte guerre sovlève dfee problèmes qui hit^esseirt le monde entier. Plus eUe dureta, pkis elle risque de multipBer les sujets dinquiélude. Or, géoéralement, on eonjeeture qn^elle sera lengne. Le Japon Teftl^il comaoïeDcée par les eoups d^écht les plus fodrmidafales, ce n^est pas avec un empire cokiseal comme la Russie qu'ils auraient pu dtre des covps dédsifa. Outre rimmensitè dee territoires, les obstacles des parccMoirs, tes empè* cbements de la sûsen, les cBfficnhés des transpcHts ^ des approyi^onnements, tes lenteurs de eoncefttratiims qui s^opèrent de loin, les deus adrersaires ne saunuent, sur les temdns oft ils s'abordent, s*attetnâre dans la vitalité de leur puissance. 11 fandra répmsement de leurs ressources, une suite de ^faites désespé* rantes, avant qu'un des deux drapeaux s'abaisse; et c^est pourquoi, grftce i plus d*une supériorité, d'abord latente ou tardive, k Rosffle, que l'agression du Japon semble avoir surprise sur tous les pcnnts, feira par trioa^)her. Aujourd'hui, à travers lé tourbiUon de tant de dépêches ^ eontra£ctoires, on ne cKscerne que trois on quatre fiiits certains : Port-Artbur, quatre fois attaqué, a résisté^ et la flotte russe j subràte presque entièrement; di^is le 28 féyrier, la flotte japonaise n'a pas reparu à l^orîaen. ContinueUe* naent le Japon débarque des troupes en Ck)rée et la Rusôe en amène dans la Manckhourie : les deux armées ont des avant-postes entre le fleuve Yalou et la ville de Ping-Yang. Quant an pian de eamr pagne, 3 se dessine vaguement : les Japemus veulent prendre ou da moins investir Ih>rt-Arihur, avant de s'avancer sur le Yalou, ou stHt réduire, soit masquer Thidivostok, avant de pousser vm*s le Tommen. Les Russes, provisoirement, gardent la défeniûve* Le soleil du printemps éclairera les grandes batailles, les grandes jonchées de morts et de mourants, sur cette terre étrangère qu'ils seront venus se disputer.
Ceux qui s'étaient écriés, à ta première nouvelle de cette guerre, que la France n'avait rien à voir dans ce conflit^ rien à faire dans
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cet Extrême-Orient, ont, après réflexion, reconnu leur erreur. Si les traités obligent la France & seconder la Russie, dans certains cas déterminés, l'honneur même lui commande le respect de ses engagements. Ses sympathies vont, d'ailleurs, à la nation qui, seule dans le monde, lui a généreusement tendu la nudn, à une époque où il y avait quelque mérite à le faire. La Frsmce n'oublie pas : elle sait aussi discerner ses véritables intérêts; elle sait que l'avenir de sa belle colonie d'Indo-Ghine est lié aux succès de la Russie. Les projets du Japon ne sont un mystère pour p^sonne. Les hommes d'Etat européens savent, à l'heure actuelle, ce qu'ils peuvent attendre de lui.
Le Japon n'est pas seulement devenu une puissance forte de tous les arts militaires et navals, de tous les engins, de tout l'appareO technique, qu'il a reçus de l'Europe avec la civilisation du dixneuvième siècle. Il constitue une puissance plus que conscieate d'elle-même, dans ce monde asiatique où, seul, il a gardé h tradiUon de ses héroïques épopées et le sens, tantôt très exalté, tantôt très raffiné, de l'honneur. C'est un peuple ambitieux ^ audacieux, enfiévré par un patriotisme violent. Il est fier de soo armée et de sa marine, aptes, selon lui, à soutenir la lutte avec celles de l'Europe. Sur ou non d'un appui éventuel, dans la oollisioQ à laquelle il vient de provoquer la Russie, il a agi par lui-même, sans peur de se mesurer avec le plus grand empire du ndonde. Il a, de plus, agi en violant le droit international sans scrupule : brusque rupture des relations diplomatiques ; la guerre entreprise avant toute déclaration; les navires marchands capturés et h flotte de Port- Arthur assaillie, ceux-là une journée et celle-ci une heure avant que la rupture fût signifiée ; le combat de Tchemnlpo livré dans un port neutre. Les hommes d'Etat européens peaveniils, dorénavant, se fier, non seulement à la sagesse du Japon, mais à sa loyauté? Il vient de placer la Corée sous sa domination, par un traité arraché & la puùllanimité de l'empereur Li-Hsi. Il exhorte la Chine à combattre*4a Russie, alors même que les Etats- Unis obtiennent, pour la neutralité de la Chine, la garantie de toutes les nations intéressées. Comment donc ne pas craindre qu'insidieusement ou désespérément, il ne crée tous les incidots possibles pour mettre les neutres d'aujourd'hui aux prises les uifê avec les autres?
Les neutres I II n'est guère, en Europe, un peuple qui n'ait d^ proclamé solennellement sa neutralité; mais il n'en est pas noi plus qui ne s'empresse d'armer : même l'Espagne. A plus forte raison, est-ce le double devoir de la France. Ce n'est pas pv l'inertie qu'elle pourrait neutraliser l'Angleterre au profit de la
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Russie, comme le veulent son rôle et son intérêt. L'Angleterre, liée an Japon par le tndté du 30 janvier 1902, en ressent plus ou moins l'embarras. Si furieusement « japonophile » que soit le peuple anglais, peut-être son gouvernement appréhendet-il une guerre générale od l'Allemagne se joindrait à la Russie, avec la France. Toutefois, l'Angleterre est la seule qui n'ait rien à perdre dans une défute de la Russie, en attendant l'époque, plus ou mo^s prochaine, où le Japon disciplinerait, selon ses méthodes, la race chinoise et pourrait en exploiter militairement l'empire. Il n'est pas même sûr qu'aujourd'hui l'Angleterre ne contemple avec quelque secrète volupté l'affaiblissement mutuel des flottes japonaise et russe. Chaque fois que, sur un océan quelconque, deux marines s'entre-détruisent, l'Angleterre récite, avec les « fellows » de ses Universités, ces vers que Lucrèce semble avoir, par intuition, composés pour elle, pour son égoîsme souverain :
Suave, mari magno turbantibw œquora ventis, E terra magnum alterius spectare laborem.
L'Allemagne observe. Elle s'apprête, selon le précepte de M. de Bismarcl, à remplir, par devers la Russie, l'office de « courtier honnête x>. D'ailleurs, si le Japon était vainqueur, ne pourrait-elle pas, tôt ou tard, être dépossédée du Ghang-Toung? L'Autriche et l'Italie se réservent pour la question d'Orient. La Suède et le Danemark ont signé une convention, que l'Allemagne approuve sans doute, en vue de fermer à tout belligérant l'entrée de la Baltique. La Hollande prépare la défense de Batavia pendant qu'à la Haye, fonctionne platoniquement ce tribunal des neutres dont le Tsar fat le fondateur. Biais, l'heure la plus critique, ce sera celle, ce semble, où la Russie victorieuse réglera son différend avec le Japon. Se fera-t-il alors une seconde édition du traité de Berlin, qui corrigea, en 1878, celui de San Stefano? Ou bien du traité de Simonosaki, subi par le Japon en 18957 Quelles seront les velléités des neutres7Leur groupement? Et les péripéties de leur intervention? Si presque tout le monde sent les nécessités (elles valent parfois plus que les traités mêmes) qui unissent, dans les éventualités de cette guerre, la Russie et la France, bien rares sont ceux qui connaissent les engagements exacts des deux gouvernements. La convention du 23 février 1902 a-t-elle des clauses complémentaires? C'est un mystère dont pourraient s'étonner surtout les théoriciens du régime républicain. La République, à en croire ses doctrinsdres, devait mettre dans la luoiière la plus pleine toutes les affaires du pays, sans exception. On pouvsdt crdndre, vraiment, que, désormais, notre diplomatie ne fOit condamnée à ne plus parler ni agir
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qae sur la plaee publique I II s^en est rien. La cUfriomatie de h République est plus occulte que eelle d*aiieane oKHiarcIne consôtutiounelle de IHEurope. M. Delcassé est le maître de» secrets de la France, à rëtraager, ph» que ne le fut jamais M. GoboC, ni, ei Angleterre, lord Pahnerston, ni, en Italie, Gavovr. Fallait-il fiBte^ peller? On a beaucoup disputé là-dessus, à droite et i gaocfae. Finalement, on s'est 2d)stenu. On s*esf décidé à Tabstentioii, li pour des ndsons de prudence patriotique ; ici pour des nûsona k prévoyance électorale et d'épouvante gouvernementale, aillean. Le ailemce aura donc régné, dans le Parlement, sur la q^estioD. Après avoir prooiis et assuré au peuple que FindiscréCion parkmeotaire aurait la vertu de Fédifier sur tous ses intérêts, fusseni-iB diplomatiques, on argue de cette même iBdiscrétien pour ne riea hu dire, en ne £sant rien au Pariement. H. Delcassé ne se plunès pas qu'on gène sa liberté et son génie I L^atvenir nous appre&dn si on a bien faîL Ce qui est sûr„ c'est que,, plus la nation reste dans cette ignorance^. plu& la. respnnsahilUft du gouvernement et de sa majorité s'accroît et devient effrayante.
La seule perspective des redoutables compBcaâons que, dbns la conjoncture, les basards de la lutte ou les madunations de tel ot tel des rivaux de la Russie, des ennemis de la France, pouvaient occasionner, a d'abord déconcerté, parmi nous, l'opinion pvMiqne. L'hésitation pourtant n'a pas été longue. La masse, dans le pays et même dans le Pariement, a compris, si peu initiée qu'elle pât être au « secret » de M. Delcassé, que hntérèt dfe la France, nm moins que son honneur, était du côté de la Russie; fautant mîeax que la peur de la guerre, lui a-t-il paru, serait une lâcheté nuisible à notre neutralité elle-même. Elle s'est ressaisie patriotîquement. Pisut-ètre HncBgnation qu'a excitée M. Jaurès par s(m discours de Saint- Etienne y a-t-elle contribué un peu. Rbéteor par goût, sophiste par métier, démagogue par affectation et socsliste par ambition, H. Jaurès est, de plus, un « humanitariste ■ qui habite, non la terre de France, telle que le traité de fVancfert nous l'a ftiite, mais les nuages, par dessus le RMn, & une hauteur d*où il ne distingue plus les frontières tracées dans notre sang. Mais, qu'il s'agisse de nos affaires extérieures ou des autres, son incapacité politique égale ou même surpasse sa capacité (Htttoîre. Il n^est pas seulement Thomme qui a salué dans Bet Trii^e Alfiance une puissance créée pour réduire à nmmobilîté ta nationaBté françafee; il ne s'est pas contenté d'inviter nagaère l'Alsace- Lorraîne et la France à s' « oublier » réciproquement. ïl a fiifln que, dans sa harangue de Saint-Etienne, il proférât ces paroles dont la première est un non-sens et la dernière un illogistoe qui
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tourne & l'absurde : « Dénonçons une alliance devenue dangereuse; défendons^nous nous-mêmes. » Il y avait là un tel parti pris de dénier la vérité historique, une telle méconnaissance de la situation présente et de nos nécessités futures, qu'il s'est élevé, dans la France entière, un grand cri de protestation. Au Sénat et à la Chambre, les groupes les plus ministériels, sauf celui des socialistes, ont désavoué M. Jaurès par des déclarations favorables à « la nation amie et alliée ». En même temps se posait l'anxieuse question de savoir si la France ét^t prête à une guerre, quelle qu'elle fût, et M. Pelletan ordonnât, en toute hâte, quelques envds de croiseurs et de torpilleurs dans les eaux de l'Indo-Ghine, pour la parade.
Le Pariement n'avait pas voulu interroger M. Delcassé. N'allaitil pas interpeller M. Pelletan, alors que chacun, jusque sur les bancs du « Bloc », sait que l'incurie de ce fantasque paresseux, sa présomption, son despotisme incohérent, ses complaisances désordonnées, ont mis notre marine dans un déplorable état de désorganisation et que des radicaux eux-mêmes, comme M. Lockroy, M. de Lanessan, H. Ghaumet, le dénoncent presque tous les jours? M. Combes a tremblé pour l'existence de son ministère, en constatant que sa majorité était divisée par cette question qui devient toute nationale; il a fait ajourner l'interpellation. II en démontrait néanmoins, à son insu, l'importance suprême et l'urgence, quand, pour couvrir de sa confiance les fautes de M. Pelletan, il ne craignsdt pas d'affirmer, avec une jactance qui révdllait un souvenir lugubre, que « rien ne manquait i la marine », quel que fût le .danger auquel elle dût tenir tête. C'était une assertion scandaleuse par la témérité ou par l'inconscience du personnage. On l'a senti aussitôt, parmi la majorité que M. Combes prétendait s'associer dans une responsabilité si grave, désastreuse peut-être. M. Doumer, qui |nréside la commission du budget, a surgi pour annoncer qu'elle demanderait au gouvernement des explications, en discutant les cré^ts qu'il ne pouvait manquer de lui proposer. M. Combes a dû accepter, sous cette forme, l'enquête qu'il déclinidt. Mais telle est, dans des moments si critiques, la force des choses, que l'interpellation qui ne se produisait pas & la tribune, s'est, pour ainsi dire, produite par la presse. Un journal a publié, avec une sûreté presque terrifiante, des documents « dissimulés » par M. Pelletan, et qui attestent sa criminelle négligence dans les armements de nos vaisseaux. La commission du budget s'est assemblée et, devant elle, les plaintes, les révélations, les accusations ont été si nettes, si véhémentes, qu'il est impossible, désomuds, que M. Combes conjure ce débat douloureux ou que M. Pelletan demeure
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chargé d'une fonction si indignement et si malhenTeasement exercée par lui.
L'attention du monde est tournée tout entière vers rExtrème- Orient; M. Combes concentre celle de la France sur )es congrégations. Une guerre qui peut entraîner demain la France dans le conflit de trois ou quatre grandes nations* intéresse moins H. Combes que la guerre religieuse, chez nous. Il faudrût l'union de tous les Français, de tous leurs partis, devant un tel péril; M. Combes ne se préoccupe que d'irriter nos dissensions. Pendant que, là-bas, se frappent des coups terribles qui peuvent retentir sur notre patrie et la blesser presque à mort, M. Combes ne s'emploie qn*l fermer des écoles libres, à en expulser des enfants, à en chasser des reli^eux et des religieuses, à leur extorquer leurs biens, à leur imposer l'exil. Quelle que soit la circonstance, il continue impitoyablement son dessein, son œuvre, comme un halluciné enfermé dans son rêve ou un aliéné absorbé par son délire. Et son Parlement ratifie de plus en plus ses volontés. Le Sénat a voté la Im par laquelle M. Combes restreint à, bien la liberté de l'enseignement secondaire que, tour à tour, il l'annule ou l'abolit. Cette liberté, toutefois, n'aura pas été défendue en vain par ses amis, par les nôtres : ni moralement, parce que, leurs protestatioas, le pays les entendra peu à peu et que l'avenir n'aura qu'& les légitimer; ni effectivement même, puisque M. le comte de Blois, dont il font louer la dextérité parlementaire autant que l'énergie éloquente, a reçu, pour l'équivalence des grades, deux satisfactions importantes. Maintenant, c'est la Chambre qui délibère sur la loi forgée par M. Combes pour supprimer l'enseignement des congrégations autorisées. Dans ce débat où la majorité, pour être plus tumultoenae qu'au Palais du Luxembourg, n'est pas plus tyrannique, sont intervenus déjà, en faveur du droit et de l'équité : M. Lerolle, â véhément, si pathétique, avec les documents les plus péremptoires; H. Denys Cochin, qui apporte à sa cause des mérites si rares, tant de bon sens et de bonne grâce, tant d'esprit et de justesse, tant d'élévation d'âme et de mesure; H. Charles Benoist, dans un langage brillant et précis; H. Ripert, dont le talent promet un véritable orateur. De l'autre côté, H. Jaurès, inférieur à lui-même et qui, en dénigrant le christianisme, dans une dissertation si gratuite, a \m montré l'intention tout irréligieuse de la loi; M. Gouzy, avec ses comparaisons mathématiquement bizarres; H. Buisson enfin, qai< devant d'autres juges que des sectaires et des Jacobins, discréditerait la violence de cette loi à force d'arguties, d'habiletés miaérâbles, d'équivoques voulues et de démentis involontaires. Tont n'a pas encore été dit, dans ce débat. Mais déjà la leçon des chif-
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fres est bien instructive. Ah 1 si le suffrage universel savait ou voulait I Combien facilement, dans les élections municipales de mai, une manifestation qui inquiéterait les « nûnistériels » prévaudrait contre M. Combes, le destructeur de nos libertés, et, derrière lui, contre M. PelletaD, le désorganisateur de notre puissance navale, et contre le général André, le restaurateur de cette affaire Dreyfus qui obtient de la Cour de cassation la fallacieuse ordonnance d'une enquête, mais qui n'aura été reprise que comme un complot, pour l'unique vengeance d'une tribu et l'assouvissement d'une bande 1... Le gouvernement de M. Combes a fait éclore un mal qui manquait à la souffrance du pays : la grève agricole. Défiants des raisons qui défendent nos populations rurales contre la propagande révolutionnaire, les artisans de la grève générale n'avaient pas osé, jusque dans ces derniers temps, opérer dans nos campagnes. La tolérance de H. Combes, que le parti socialiste domine ou assouplit, comme il veut, les a enhardis. La grève agricole est un fléau qui ne pourrait être intense et s'étendre, sans détruire non seulement \x sécurité, mais la richesse de presque toute la France : en troublant les œuvres de notre agriculture, elle désorganiserait la plus essentielle de nos productions nationales. Et puis, ce genre de grève devient vite une jacquerie : on le sait par plus d'un triste souvenir et par le spectacle même des violences qui ont sévi, au détriment de toutes les libertés, au préjudice de tous les droits du travail et de la propriété, dans les départements de l'Aude, de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales. Hais, quand, à la Chambre, on s'est plaint des excès commis sous le regard indifférent et presque encourageant de l'autorité publique, M. Combes n'a eu que des excuses louangeuses pour les grévistes. Insouciant comme un ministre qui aurait perdu le sentiment de son devoir, il a répondu à M. Lasies par cette délaration plus qu'extraordinaire : « Je donneras volontiers la grève agricole du Midi, telle qu'elle a fonctionné et telle qu'elle fonctionne, comme un modèle des grèves à venir. )• Singulier langage I Acte étrange 1 Un chef de gouvernement indique le genre de grève qu'on peut organiser impunément et fixe le minimum des désordres qu'elle peut susciter I Par bonheur, la grève agricole a eu des causes particulières et locales qui semblent devoir en limiter l'action. On peut croire qu'un règlement équitable de la besogne et du salaire rétablira la paix dans cette région du Midi. Il faut surtout souhaiter que cette région qui possède si peu de syndicats mixtes, sache bien, désormais, que le meilleur moyen d'assurer fructueusement les bons rapports dans le monde agricole, c'est de créer de véritables syndicats « groupant dans une même association propriétaires, fermiers, métayers et ouvriers ».
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Le 29 février, H. le marquis de Vogué prononçait, devant la Société des agriculteurs de France qu'il préside, un discours qu résume et qui précise cette histoire de dix-huit mois que le goairtfnement de H. Combes nous a feiite si douloureuse, si inquiétante, presque tragique. Ayec une éloquence aussi juste que Crante, H. de Vog(ié a dit, courageusement, i ces agriculteurs venus de tous les points du pays et unanimes dans lair approbation, dans leurs applaudissements, quel était l'état réel de la France, le mal, le péril et le salut ou plutôt le devoir. « A quel momait, s'est-il écrié, ajurës avoir décrit ce régime d'arbitraire et d'intolérance, ses violences d'hier, ses menaces d'aujourd'hui m^e, à qod moment se produit cette perturbation menaçante? A un moment solennel entre tous, où les plus graves problèmes se pos^t, embrassant la surface entière du globe terrestre : l'équilibre ds vieui monde est ébranlé, son axe se déplace, sous la poussée de nations jeunes, ambitieuses, aspirant k se faire une grande place dans le monde et un nom dans l'histoire. Devant cet inconnn redoutable, le devoir le plus élémentûre commande le recueillement, la concentration des forces, l'ajournement des expériences douteuses, l'apaôsement des querelles stériles, le seul soud de l'intérêt supérieur du pays. L'histoire n'a pas eu assez de sévérités, assez de railleries dédaigneuses pour les inconscients de Bjzance, les rhéteurs, les sectaires qui s'é4[>ttisaiect en vaines disputes théologiques, en frivoles compétitions de cirque, alors que, dans les jMTofondeurs mystérieuses du monde asiatique, grondait l'orage qui devait les emporter, rayer leur nom de la carte de l'Europe, ensevelir côte à côte. Bleus et Verts, persécuteurs et persécutés, sous les ruines de la patrie. Dieu nous garde d'humiliantes comparaisons I Nous avons foi quand même dans le génie de la France, dans son intelligence traditionnelle, dans ses instincts généreux; nous avons foi dans nos populations rurales, que nous ne jugeim pas d'après des incidents isolés, produits de drconslances locales, d'excitations ou de pressions venues du dehors. Noos savons la réserves de bon sens et de patriotisme qu'elles recèlent; nous n'oublions pas que, dans les jours d'épreuve, elles ont toujours sa resserrer leurs rangs, discerner les véritables amis de l'agriculture et les bons serviteurs du pays. »
Jamais, certes, notre pays n'eut un plus grand besoin d'entaidre des vérités émouvantes comme celles-là. D'autant plus que, p&r un néfaste privilège, la France^ plus malheureuse que les nations qui sont engagées dans le conflit du jour ou qui pœ?ent l'être bientôt, mêle la crise de sa politique intérieure & celle de sa politique étrangère. Nous sonmies àun moment ob, après avoir presque
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épuisé DOS fautes et nos chances, nous allons voir les événements résoudre deux questions qui sont celles de notre destinée ellemême. La France n'a- 1- elle, dans le gouvernement qui menace de la perdre, qu'un gouvernement né de ses erreurs, de ses faiblesses, et fatalement approprié à son indignité volontaire? La maxime de l'illustre ècrhain, demi-phflosophe et d«mi-{>ropliète, qui professa qu'une nation n'a jamais que le gouvernement qu^elle mérite, n'est ni certaine dans tous les temps, ni vraie pour toutes les nations. BIsds, que sa sentence soit ou non contestable, on ne pourrait pas, sans un pessimisme injuste, ne pas reconnaître que la France vaut mieux, dans son immense majorité, que la minorité qui la gouverne. Sommes-nous, d'autre part, pour des causes moralement ia*ofondes, pour des ndsons déjà séculùres, ua peuple en décadence? C'est ht seconde question et le doute, l'Angoisse qu'dle laisse, trouUe la confiance des uns, énerve l'énergie des autres. Aussi aimons-nous à recueillir également dans les paroles de M. le marquis de Vogtié ce qu'elles ont de réconfortant.
Quand on compare studieusement la France à plusieurs des peuples dont la fortune parait le mieux assurée par leurs gouvernements ; quand on se remémore la série perpétuelle de aes discordes et de ses luttes, depuis ses origines; quand on se mppelle les lamentations du passé sur ses lois, sur ses mœurs, sur sa misère, sur sa chute^ pendant les quatre ou cinq épreuves où elle £ûllit périr et où, à cluuiue fois, elle trouva la force qui relève et l'homme qui sauve; quand on considère tout ce qui lui reste de vitalité, de ressources et de vertus, son courage, sa gén^osité, son amour du travail et son goût de l'économie, son esprit ingénieux, son intelligence inventive, sa fécondité scientifique, les élans de sa charité, sa foi religieuse et patriotique, tout ce que M. de Yogûé appelle a le génie de la France », et qui est ansd son âme, sou CQBur, non, on ne peut pas croire qu'elle soit dans la phase mortelle de la décadence. « La France est un peuple gouverné par la Providence », disait un Pape qui se demandidt oooiment elle avait pu survivre à tant de désordres, à tant de folies mêmes de ses gouvernements. Suis penser que la &veur de la Providence soit étemelle, fût-ce pour le peuple qui a été le plus vaillant serviteur de Dieu dans les œuvres de la civilisation chrétienne ; sans oublier non plus que la Providence veut qu'on l'aide, on nous permettra de compter encore un peu sur elle, dans les incertitudes d'aujourd'hui et les vicissitudes de demain.