‹ Le CorrespondantChapitre 138 sur 171 · CHARLES DE LACOMBE · texte numérisé non relu

CHARLES DE LACOMBE

Le Correspondant passe de deuil en deuil, de funérailles eo funérailles. Après Lavedan, Charles de Lacombe I Après le cUrecteur, qui assurait la prospérité croissante de notre œuvre, tandis qu'autour de nous s'accumulaient les échecs, le chroniqueur politique, notre organe à tous, qui perpétuait, & travers les temps nouveaux, en face des événements contraires, les principes de « liberté civile et religieuse » inaugurés par nos devanciers, gage de succès jadis et, s'il plaît & Dieu, gage de revanche dans ravemr.

Gharies de Lacombe était destiné d'avance & cette tâche, où s'est terminée sa vie laborieuse et sans reproche. Il sortait du collège, quand il écrivit ici même, il y a près de cinquante ans, son premier article. Le P. Gratry, qui fut un grand éducateur avant de devenir un grand écrivain, avait formé son esprit et son àoie. Charles Lenormant l'avait initié à l'étude de l'histoire. Sous les auspices de Mgr Dupanloup, il s'enrôla d'abord à Y Ami de la reUgioriy dans la phalange résolue à défendre l'Eglise, à la fois contre l'école révolutionnûre qui l'attaquait, contre l'école intolérante qui la compromettait et contre le gouvernement impérial qui la trahissait. Au service de cette cause, et sans abandonner le Carrespondant^ il avait passé successivement de VAmi de la religion i la Gazette de France^ à la Défense. Il n'oubliait pas, d'ailleurs, que la liberté religieuse en France a pour condition nécessaire la liberté politique, et l'une et l'autre libertés, aussi bien que la grandeur et l'intégrité de la patrie, lui paraissaient alors ne pouvoir être mieux garanties que par la monarchie qui avait construit la France, s'était transformée avec elle et l'avait enfin, au début du dix-nwvième siècle, dotée du gouvernement représentatif : la monarchie des Bourbons.

Cette conviction, vers laquelle l'avaient incliné ses traditions ^ ses affections domestiques, avait été confirmée chez lui par la connaissance de l'histoire, car il ne se contentait pas d'apprécier les

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événements arrivés sous ses yeux. Il avait une vocation historique qui se mariait au sens politique. Son premier ouvrage parut d'abord ici, comme son premier article. Il avait pour objet : la Politique de Henri IV;il jetait une vive lumière, à l'aurore des temps modernes, sur le régime monarchique, instituant en France la liberté de consdence et de culte, en même temps qu'il sauvegardait la prépondérance de la foi catholique et préparait l'équilibre européen. L'auteur insistait surtout avec complaisance sur l'art et le soin de Henri IV à concilier les sentiments et les intérêts contraires, à mettre un terme aux discordes civiles, ce qui faisait dire & M. Grévy, lorsque, ayant connu Lacombe à l'Assemblée nationale, il avait lu son livre : « Il nous faudrait maintenant un chef d'Etat, je ne dis pas un roi, vous savez que ce n'est pas un roi que je souhaite à la France, je dis un chef d'Etat qui ressemblât à Henri IV. »

Bientôt le jeune historien passait du seizième siècle au dix- neuvième, faisait revivre, après Henri IV, M. de Serres, l'orateur, le ministre qui s'était épuisé à réconcilier la vieille royauté restaurée une fois de plus avec la France nouvelle.

Evoquer de tels souvenirs, professer de tels sentiments, c'était, sous l'Empire, se ranger parmi les vaincus. Charles de Lacombe n'y répugnait point. C'était parmi les vaincus qu'il recherchait accueil. Avec son frère (car les deux frères ne se séparaient point et ne se sont jamais désunis), M. de Montalembert le présentait & M. de Falloux et, comme s'il redoutait le charme de celui-ci, leur disait d'avance : <c Prenez garde de vous attacher à lui plus qu'à moi », montrant ainsi quel prix il mettait & cette jeune amitié. M. Berryer et M. Thiers l'attiraient auprès d'eux et l'une et l'autre relations devaient tenir, dans le reste de sa vie, une place considérable.

Lui-même a raconté quel mandat il a reçu de Berryer mourant : la mémoire du grand orateur, du grand royaliste, du grand patriote à sauvegarder et perpétuer, et tous savent comment il a rempli le mandat. Aujourd'hui cette mémoire immortelle est indissolublement liée à celle de l'habile, intègre et fidèle biographe; elles se conservent ensemble.

Quant à M. Thiers, après l'avoir fréquenté dans sa retraite, il devait le retrouver au pouvoir à Bordeaux et à Versailles. Son alliance avec une famille singulièrement respectée en Auvergne l'avsdt attiré et accrédité en ce pays et, s'étant promptement fait place & Clermont parmi les meilleurs défenseurs des bonnes causes, il était devenu, en 1871, député du Puy-de-Dôme i l'Assemblée nationale. Il avait dû de la sorte à son mariage, à la fois le bonheur domestique et l'entrée dans la carrière politique, et, cette

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curriëFe se brisant, U allait lui devoir on autre et plus rare UeiH feit : la sérénité dans les mécomples.

J'ai doac va, dvrant notre ooMmime vie pobUque^ Gèaries de Lacombe se rencontrant à rAssemUée oatbnaie arec H. TUen, et je ne saurais dire ce que j'û darantag^ admiré : la conBtaDoe de son affection o« rindépendance de aon opinion. Jamais son comt ae s'est détaché de M. Tfaiers, «t janaîs non {dus il m lui a sacrifie ni ses principes ni ses amis. Entre la droite ^ IL Thiers, il Aaitni intermédiaire aatoreU interaiédiaire toujours avisé, sto et <fiscr^; plût i Dieu qu'il eût tovjours été écouté. Ce rMe de cooctlîatear lui était d'ailleurs hsdMtôel : soit dans les entreti^is partkniien où il excellait à gagner la confiance des collées les plus divers, soit à la tribune, il dra'chait ce qui rapproche, il écartait ce (pu divise. Que l'on relise son discours sor la décentralisation ai il faisait appd mix Kbâranx ée toute origine, son discours sur le J017 où il soutenait une réforme conservatrice proposée par 11. Dofaure, son discours sur les lois oonstituttonaelles où il oonfiak la droite aux transactions nécessaires; de toutes les oj[Mniotts bonnètes, il réclamait la mesure pour parvenir à l'accord. Et cette inspiration, il prétendait la tenir de Berryer. Selon lui, le plm redoutable des orateurs était le plus conciliant des politiques.

La même inspiration se retrouve dans ses chroniques. Elle ppcH venait de sa conscience constamment en éveil, plus encore que de son généreux caractère. Aixssi, lorsque se voyant mourir, il a dA jeter sur sa carrière le regard sévère du chrétien qui, selon la parole de l'Ecriture, se juge lui-même pour n'être pas jugé, il lui a sans doute été permis d'avoir confiance, car, du début au terme de cetie carrière, n'ayant jamais cessé de travailler ni d'écrire, il s'était toujours proposé de servir la vérité sans manquer à l'équité.

G. de Meaux.

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