‹ Le CorrespondantChapitre 146 sur 171 · APR · texte numérisé non relu

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Ce n'est pas moi qui ai cboidi le titre donné à ces qnel^imshpagâs Je Tai tronyé dans Y Action du dimanche 13 mars 190i, « 25 ventôse, an 112 », en tète d'on article de fonds de H. Charles Beauguier, député du Doubs. 11. Charles Beauquier est, à la Chambre, en quelque manière, une figure représentative : c'est lui qui, il y a peu de temps, dénonçait, comme gangrenée par le cléricalisme, l'Ecole de Sûnt-llaiient parce que la dernière promotion appelée, suivant l'usage, à choisir son nom, avait préféré celui de « pro-,. motion d'EUMounghar » au vocable « d'armée républicaine ». Toute une mentalité apparaît dans cette conception de l'esprit militaire. V Action est, comme on sait, un des journaux les plus dévoués à la politique ministérielle, un de ceux qui exercent sur elle la plus décisive inflaeoce. Son langage, d^ailleurs, ne diffère pas de celui que tiennent journellement la Lanterne et les autres organes du « Bloc ». Si j'ai retenu, entre tant d'articles semblables, celui de M. Beauquier, c'est qu'il m'a paru, dans sa candide brutalité, exprimer plus clairement qu'aucun autre les passions qui animent la majorité du Parlement. C'est aussi qu'il formule avec une parfaite précision une situation dont l'évidence doit, à l'heure présente, frapper tous les esprits attentifs, mais qu'il est nécessaire de mettre bien en lumière, pour ceux qui ne le sont pas, et c'est le plus grand nombre I

Donc M. Beauquier écrivait, il y a huit jours, au moment où allait se teroûner la discusûon générale du projet de loi sur l'enseignement coBgréganiste :

c< Enfin, nous allons arriver à la première étape I Les éducateurs religieux de notre jeunesse vont être, sinon tous, au moins pour une bonne partie, privés du droit d'enseigner. » Il ajoutait, un peu plus loin : « L'enseignement du catéclûsme aux enfants constitue un attentat immoral & leur raison, un essai de mutilation de leur intelligence dont ils peuvent souffrir tonte leur vie. » II concluait enfin ; « Voili pourquoi il doit être interdit de donner aux enfants

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une instruction religieuse. » Cette franchise est salutaire : elle* éclaire la tortueuse dialectique de M. Buisson et met & découvert r&me secrète de H. Combes, comme le brusque rayon d'un projecteur électrique fouille et illumine un moment la menaçante obscarite de la mer.

Je Tondrais profiter de sa lueur pour essayer de recosnaltre notre position et de montrer à tous, catholiques, chrétiens, on indifférents, respectueux cependant de l'idée religieuse, la gravité de cette première étape que nous allons franchir, sur le chemin douloureux ob, depuis quatre ans, la France se laisse traîner avec une stupéfiante inertie.

Les journaux» les députés, sodalistes et racficaux, payent-ils d'audace, prennent-ils lears vœux pour des réalités, font-ils enfin une sorte de « bluff » anticlérical, quand ils parlent de la prochaine destruction de toute éducation religieuse? Est-ce bien jusque-là que nous précipite, par une pente toujours plus rapde, la route où nous sommes engagés?

Telle est la question qu'il faut examiner, pour se rendre nn compte exact de la situation présente.

Elle peut sans doute paraître déplacée après que tant de discoars éloquents, tant d'écrits courageux ont dénoncé et dénoncent encore chaque jour les progrès de la guerre religieuse. Je ne la crois pas toutefois superflue.

L'un des plus grands dangers de notre temps, sinon le phis grand, est l'habitude que nous prenons de la persécution. La méthode parlementûre et le mécanisme légal agissent sur l'opinion publique^ comme les procédés d'anesthésie sur le patient d'une opération chirurgicale. Les discussions de la Chambre suscitent d'abord quelque passion : on applaudit aux courageuses protestations de la minorité; on en lit avec satisfaction les comptes rendos; on s'indigne un moment des violences de M. Combes et des transports de sa majorité, et puis... c'est la force des choses! on retourne à ses affaires, à ses intérêts, combien, hélas I à ieai3 plaisirs! Dans ce curieux roman de Sénac de Heilhan, /'fm^^, que MU. Franz Funck-Brentano et Casimir Stryienskî ont remis au jour, il y a une scène très frappante. Cest le soir du 6 octobre 1789; la famille royale vient d'entrer & Paris, avec son hideux cortège. Dans un hôtel particulier, la compagnie ordinaire, une sodété d'élite, est rassemblée; de temps en temps, un visiteur arrive : « Avez-vous vu passer le Roi? — Non, j'ai été à la Comédie. -^

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Holé a-t-il jouéî— ... Jouez-vous au whist? — Je jouerai après sotiper, ou ya servir... » On entendit du canon : « Le Roi sort de rhôtel de viUe, ils doivent être bien las! » On soupe; propos interrompus ; on joue au trente et quarante, et tout en se promenant, en attendant le coup et suryeàlant la carte, on dit quelques mots : « Gomme c'est affreux! »

N'est-ce pas notre état 7 Que de fois chacun de nous ne Fa-t-il pas entendu, et peut-être, lui-même, redit ce mot de rinsouciance résignée : <c Gomme c'est affreux! » sans que l'ordinaire de sa vie en fût troublé?

Gependant, après que les Chambres en ont fini avec les discussions écœurantes, dans le pays l'œuvre horrible se poursuit. Chaque matin, dans les journaux, on lit le rédt de quelque expulsion nouvelle, de quelque fermeture d'école, de quelque condamnation contre des reli^eux ou des religieuses. « Comme c'est affreux I » D'abord, c'étsdt en première page; maintenant, c'est à la troisième, i la quatrième, aux faits divers. On s'habitue I

Ces faits divers, pourtant, ce sont autant de petits drames poignants I Des pauvres prêtres qui vivûent, en comomn, dans une intime et pieuse fraternité, obligés de se séparer, de se loger nlmporte où, n'importe comment, seuls, tristes, déracinés! Des pauvres femmes qui se consacrsdent, modestement et sans bruit, & quelque œuvre charitable, abritant, sous leur cornette respectée, leur visage et leur nom, jetées dans la rue, sans qu'elles sachent pourquoi, réduites, pour rester fidèles à leur Vocation, à s'exiler si la communauté est assez forte pour les envoyer au loin, ^non à cacher, dans une maison amie, leur douleur souvent incomprise, bientôt importune, ou bien à gagner leur vie sous un vêtement d'emprunt qui les choque, les gêne et les humilie. Et puis, c'est le déchirement que Cochin a si bien décrit : « J'ai été élevé dans cette maison qu'on ferme ! . . . Mes en&nts ont grandi dans celle-ci ! . . . Mes parents avaient fondé celle-l& !»...« Ah ! comme c'est affreux ! » Mais il y en a tant! On ne sait plus au juste cond^ien, ni où. Au commencement, c'étûent des manifestations publiques, des cria, des tumultes : i présent, plus rien ou si peu de chose, et, de ce peu de chose, le public ne s'occupe qu'un moment. On s'habitue! L'anesthésique opère.

Je parle ici des meilleurs, de ceux qui se sentent vraiment atteints au vif de leur conscience, qui souffrent avec les persécutés. Mais les autres? Je n'entends pas seulement cette foule de braves gens que nous connaissons tous, gens du monde, gens d'affaùrea, commerçants, propriétmres, qui jugent bien cette politique iJ>surde, ânsupportable surtout par le bruit qu'elle fait et les discussions

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qu'elle suscite, nuds n'ont penr, an fond, qae pour leur boarse, qni, jusque -U, trouvent que le mal n'est pas si grand, qu'on ezag^ que les congrégations, après tout, ne sont pas si nécessaires, que, du reste, c'est leur Ceuite, « la faute des Assomptionnistes et de la Croix », et qui se rassurent parce que M. Rouyier est 1& poor les protéger, tant bien que mal, contre l'impôt progresûf. Je n'entends pas seulement ceux-là, bien que ce soit une légion ; mab la masse, la masse qui n'est guère éclairée sur le fond des choses, encore qu'elle doive les trancher par son vote, la masse qu'on trompe si facilement avec des mots, qui croit A volontiers ce qu'il y a a sur le journal», on ce que lui dit la forte tète du village, ah I c'est sur elle sortont qu'opère le plus puissant des anesthésiqoes, la légalité, force intangible, fatalité supérieure, représentée par la signature du sonspréfet et le tricorne du gendarme I

Ainsi, peu à peu, le pays se résigne à la tyrannie. Ce qni, il y a cinq ans seulement, lui eût paru impossible à concevoir, vmll qu'il le subit aujourd'hui, sans révolte, presque sans marorare. C'est la première étape I L'exemple vaut qu'on le médite. Espérer qu'il en ira autrement, lorsqu'il s'agira de l'impôt progressif et de la propriété laïque, c'est une pure chimère. Les indifférents, qoi regardent, sans s'émouvoir, chasser les religieux et confisquer leurs biens, recueilleront alors le fruit de leur égoîsme. On dira peut- être : « Gonmie c'est affreux! j» Hais, après tout, ce sera la loi : et le pays, fa^pnné i la proscription, courbera la tète pendant que les révolutionnaires crieront : A bas les riches I, comme il la courbe déjà quand ils crient : A bas la calotte I

Notre plus grand mal est là, dans cette passivité, qu'engendrent l'habitude et le fonctionnement coutumier de la machine administrative. La persécution régularisée est la pire de toutes, parce qu'elle a les allures de l'ordre et de la justice.

Cest pourquoi il faut, sans trêve, en réveiller le sentiment engourdi. Lassalle, le tribun socialiste, le disait des misères populaires : les ouvriers s'habitueraient à l'oppression si nous n'étions là pour leur apprendre à connaître leurs souffrances I

Le conseil est bon et marque l'expérience des âmes. Suivons-le.

Donc, oix en sommes- nous? Essayons de repasser, en un tableau rapide, le chemin parcouru dans ces quatre années. L'entreprise, sans doute, n'est pas nouvelle, mab on ne la répétera januus assei.

Je dis dans ces quatre années, et il me faut aussitôt, par une brève explication, débarrasser de toute autre discussion, le terrain

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ûe combat où je voudrsûs voir se grouper tons les aims de la liberté.

Sans doute, on pourrait, en jetant un regard sur Thistoire de la troisième République, trouver sans peine, à son origine même, dans les discours et dans les actes de ses premiers hommes d'Etat, le principe de la politique antichrétienne dont nous voyons aujourd'hui la violente application. Le trop célèbre article VII, les décrets du 29 mars 1880, les eipulsions des religieux alors ébauchées, en furent les premières manifestations, et si les nouvelles générations n'ont, de ces instructifs enseignements, vieux d'un quart de siècle, qu'une notion confuse, les hommes de mon âge n'en ont que trop conservé le souvenir. Plus que tout le reste, la législation scoldre, établie de 1882 à 1886, marque, dans notre histoire, une époque décisive, dont nul ne saurait méconnaître la portée sociale.

En posant à la base de l'éducation populaire ce qu'on a appelé le principe de la laîdté absolue, qui, en fait, s'est traduit, non seulement par la suppression, dans l'école, de tonte pratique, de toute leçon confessionnelles, msds par l'obligation fedie au maître de n'ensdgner qu'une morale indépendante de toute idée religieuse, en jetant un vieux pays comme le nôtre, encore tout pénétré de la tradition chrétienne, dans une expérience si nouvelle et si téméraire, les législateurs de 1886 ont assurément ouvert la porte aux doctrines dont les conséquences frappent aujourd'hui tous les yeux.

La neutralité, condition fondamentale de cette expérience, présentée comme sa justiGcation et promise comme sa garantie, contraire, d'ailleurs, pour tous les chrétiens, à l'idée même de l'éducation, devait nécessairement, en pratique, demeurer, dans le violent conflit des passions religieuses, une conception chimérique. Pas plus que les adversaires de la morale, dite indépendante, ses partisans ne pouvsûent l'accepter. Les manuels, inspirés par l'esprit sectaire, les instituteurs, excités à la lutte contre l'Eglise par leurs protecteurs politiques, se chargèrent bien vite de le démontrer.

Ainsi les hommes qui, il y a vingt-cinq ans, profitèrent de leur puissance, alors incontestée, pour imposer aux familles françaises, obligées à subir la loi commune, une éducation de plus en plus antichrétienne, ont pris une responsabilité dont peut-être, aujourd'hui qu'ils se rencontrent avec les générations issues de l'école fondée il y a vingt-cinq ans, ceux d'entre eux qui survivent commencent à mesurer l'étendue. Débordés par leur œuvre elle-même, impuissants à en contenir les effets, et discrédités, pour l'avoir essayé, dans le parti qui les soutenût autrefois, ils sont réduits, quand ils ne veulent pas s'abandonner au courant, à lui opposer d'honorables, mais stériles résistances.

Rien ne serait plus fadle que d'instituer un semblable procès,

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eomme aussi on pourrait, sans plus de peine» en retournant aux sources de Thistoire contemporaine, en remontant aux ongles de la Révolution française, découvrir dans ses doctrines phUosoplôqoes, dans la rupture qu'elle préten£t consommer entre la loi divine et les institutions publiques, le fondement même des idées modernes sur la laîdsation ou, pour employer Texpres^n bien plus exacte de M. Clemenceau, la sécularisation intégrale de la sodété.

Mus ce n'est pas, à mon avis, en pleine bataille, quand il s'agit, hélas! non plus seulement, coname en 1886, d'empècber l'établissesient d'une législation funeste, encore moins de reconstituer l'édifice national, mais de combattre, jned à jded, pour l'existence, qu'il peut être utile de soulever ces débats rétrospectifs. Nous avons lutté, de toutes nos forces, les uns et les autres, en 1886, dans les assemblées et dans le pays, pour prévenir le mal. Peut-être, à cette époque, une mesure radicale, prise par qui de dnût contre l'école neutre, eût- elle ouvert les yeux d'un grand nombre de familles, encore assez chrétiennes, pour ne pas en counalssmce de cause livrer à l'irréligion l'âme de leurs enfants. La Bel^qoe a fait, de cette énergique méthode, une salutaire expérience. I^ terrains, il est vrai, différaient piofoodément. Les évèqnes de France, en tout cas, n'ont pas jugé c^u'une telle attitude fût opportune et ce n'est pas moi qui me penceturai de les blâmer.

La loi scolaire est ainsi entrée dans nos mœurs. Elle créait aux catholiques une situation toute nouvelle. Sans oublier aucune des réserves de principe que je viens de rappeler, sans méconnaître les responsabilités que, d'un mot, j'ai indiquées, je pense cependant qu'il faut se placer au point de vue de cette situation nouvelle, pour envisager les circonstances présentes et les devoirs qu'elles imposent.

Les lois qui, de 1882 à 1886, établirent la laïcité de l'ensëgnement primaire, prodamërent du moins la llb^té de l'enseignement privé; les modifications successivement apportées i la kn de 1850 la laissèrent également, en abolissant les privilèges que celle-ci accordait â l'Eglise, subsister dans l'enseignement secondaire. Tel est le fait cs^pital sur lequel, pendant quinze ans, a reposé tout le régime scolaire de la France; on peut dire qu'il constituait, en réalité, la charte de l'enseignement.

Avec quel courage, les catholiques l'accept^ent, ce n'est pas ici qu'il est nécessaire de le dire.

Grâce â leur énergique activité, les collèges congréganistes passés, depuis les décrets de 1860, aux mains de propriétaires laïques, continuèrent sous cette forme nouveUe leur cravre édnca-

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trice; en même temps, les écoles chrétiennes se multipliërent de tontes parts et conyrirent le pays, an prix de sacrifices^, d'autant pins méritoires, qne leurs fondateurs avaient à payer doublement, pour elles et pour leurs ritides.

Jamsds, nous pouvons le proclamer hautement, jamais on ne vit plus bel exemple de dévouement à une cause et à une idée, plus noble et plus généreux usage d'une liberté téduite et surveillée, mais sub^tant encore dans sa partie essentielle.

Les catholiques, comme en général les Français, se calomnient trop aisément eux-mêmes; les générations successives, à mesure que l'action les emporte, oublient ce qu'ont fait leurs devancières : frappées des maux et des difficultés du présent, irritées des défaites répétées, elles se laissent aller à d'injustes récriminations contre les combattants du passé : cela n'est ni légitime ni profitable.

Quiconque, ami ou ennemi, voudra, de bonne foi, étudier l'histoire des luttes religieuses de notre temps, devra rendre hommage à l'œuvre scolaire accomplie par les cathoFiques dans les contSt!ons les plus défavorables, sous des ministères toujours hostiles, souvent agressifs. Si la France garde aujourd'hui, aussi bien dans le peuple que dans la bourgeoisie, une intensité de foi religieuse et de vie chrétienne d'ob lui viendra peut-être le salut, c'est à ce gigantesque effort qu'elle en est redevable.

Il me parait équitable de le constater au moment oà la flagrante violation de la charte de 1886 et la brusque destruction de toute liberté d'enseignement vont créer encore une fois un état de choses nouveau, bien autrement douloureux, devant lequel, assurément, nul ne songe à désarmer, mus qui nous obligera sans doute à modifier nos positions et nos moyens d'action.

Cet état de choses apparaît aujourd'hui dans toute sa précision. U faut l'envisager résolument.

Je n'examinerai pas dans quelle mesure nos funestes divisions ont pu contribuer à l'aggraver.

Que valent, à l'heure présente, ces disputes? Les faits sont plus forts que les volontés; et, quelles qu'aient été les conséquences de nos discordes, tful ne pouvait prévoir ni empêcher celui qui domine, dans sa tragique fatalité, toute l'Mstoire de ces quatre années.

L'affsdre Dreyfus apparaîtra à ceux qui voudront, plus tard, en pénétrer le secret, comme l'un de ces coups imprévus par lesquels Dieu permet que, soudain, se prépare et s'annonce le bouleverse-

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ment des nations. Il font chercher là, sinon l'explication, da moins le point de départ de la crise actuelle, qui nous jettera dans les violences de la guerre religieuse et, par une inéidtable conséquence, dans les épouvantes de la guerre sociale, û, avertis enfin par l'évidence du danger, tous ceux que rapprochent leur foi, leur raison et leur intérêt, ne s'unissent pas en un faisceau compact pour faire face à l'ennemi commun.

Ce n'est pas aux lecteurs de cette Revue qu'il faut rappeler aiec quelle passion, à la fois savante et emportée, l'affdre maudite fat, dès les premiers joars, tirée violemment du domstine judiciaire, et transformée en un engin meurtrier contre l'Eglise et contre l'armée, comment cette guerre civile, ouverte entre les âmes, les esprits et les intelligences, forma deux camps dans la nation, désorienta et finit par déterminer toute la politique intérieure da pays, on dira peut-être un jour aussi toute sa politique extérieure.

Hsds quand, dans la vie des peuples, des événements surgissent qui mettent en question leur destinée, il dépend encore des hommes, investis du pouvoir par les circonstances, d'en ralentir sinon d'en conjurer les effets, ou de les précipiter par d'irrémédiables complicités. Entre ces deux partis, à l'heure trouble et indédse où la lassitude venait de condidre H. Héline & abandonner une lutte inégale, M. Waldeck- Rousseau eut à choisir.

Il est malsûsé de parler, à l'heure actuelle, de H. Waldeck- Rousseau : sa maladie commande les égards. Ce n'est pas y manquer, cependant, que d'établir ici une responsabilité dont le poids ne peut, ce semble, manqder de l'obséder lui même.

Que de fois, en ces quatre ans, depuis que la France chrétienne et militaire gravit son douloureux calvûre, que de fois j'ai revu, et bien d'autres comme moi, ces séances de 1901 où U. Walded- Rousseau, avec sa froide maîtrise, faisait voter la première bi contre les congrégations, trouvant les traits qui s'enfoncent et les mots qui tuent, donnant, pareil aux légistes de la Convention, à la théorie de la proscription sa forme juridique et livrant ainsi le moyen légal de la pousser jusqu'au bout aux jacobins attentifs et surpris d'une si rare fortune.

A ces hommes que longtemps il avait combattus, dont il n'ignorait ni les desseins, ni les passions, H. Waldeck-Rousse&a ouvrit le chemin du pouvoh:; depuis, ils l'occupent en maîtres. On a dit qu'il les avait appelés parce que d'autres, plus modérés, lui avaient refusé leur concours. Il se peut : fallait-il donc à tout prix qu'il gouvernât?

Quoi qu'il en soit, il a gouverné et c'est à la fois son malheur et sa condamnation. Lorsqu'il voulut, dans un geste désolé, protester

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contre son œuvre, on ne Téconta pins. L'aventure est commune et toujours lamentable : celle-ci comptera, dans Tavenir, parmi les plus instructives.

Pour nous cependant, emportés dans la tempête que déchaîna H. Waldeck- Rousseau, nous subissons les coups de Tarme empoisonnée qu'il jeta, par dégoût ou par calcul, aux mûns de H. Combes. Empoisonnée? Oui, je dis bien : empoisonnée par le redoutable sophisme qui est au fond de la loi de 1901, dont M. Combes se sert comme d'un couperet, et que H. Ferdinand Buisson vient d'sdguiser de nouveau, à son usage, en la dissimulant sous l'enveloppe des distinctions subtiles. Ce sophisme, c'est celui de l'incapacité dont frappent, dit-on, le religieux les vœux qui lient sa conscience, et qui le rendent indigne de concourir au ministère de l'éducation. H. Waldeck-Rousseau Ta exposé dans sa célèbre théorie sur l'aliénation des biens qui ne sont pas dans le commerce, et sur l'abdication àe la personnalité bumsdne.

Voilà le couperet, au moyen duquel, depuis quatre ans, on retranche de la société civile, du droit commun des citoyens, tous ceux, hommes et femmes, qui, dans la liberté de leur âme, ont promis d'observer la chasteté, de se soumettre & un supérieur et de renoncer à l'usage personnel de leurs propriétés.

M. Waldeck-Rousseau prétendit subordonner i l'autorisation du pouvoir les effets de cette incapacité, et comme on lui objectait qu'elle portait atteinte( au libre exercice d'une religion dont la vie monastique découle naturellement, il se défendit de vouloir pousser jusque-là les conséquences de sa doctrine. Mais on n'arrête pas avec la main le volant d'une machine.

L'ayant entendu, les alliés qu'il s'était donnés, et dont il subissait la protection, prirent aussitôt leurs sûretés pour l'avenir. Qu'était-ce qu'une autorisation légale donnée à des associations fondées sur un illégitime usage de la liberté, sur une violation des règles fondamentales de la société civile? La discussion de la loi de 1901 n'était pas finie que H. Lafferre, l'un des chefs occultes délégués par la franc-maçonnerie au gouvernement de la France, demandait formellement que la congrégation autorisée des Frères des écoles chrétiennes f&t dissoute comme les autres. Qu'était-ce encore que cette persistance surannée, reste d'une prudence désormais inutile, à distinguer le clergé séculier et le clergé régulier, l'Eglise catholique et les congrégations? H. Viviani la flétrit en termes enflammés et marqua, d'une parole décisive, la guerre ouverte contre l'EgUse comme le terme nécessaire de la campagne commencée.

M. Waldeck-Rousseau accepta sans protester ces concours

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menaçants, et, quand il les fallut payer, froidement il Ëfra k ses auxilidres impérieux TEglise et Tannée, avec le gouvera^nent dn pays, dont il put dire, comme Uirabeau : « Après moi, les iaclieax s'en partageront les lambeaux I »

Henri Graltan s'écriait, un jour, au Parlement anglais : t Oa suivrait, dans nos annales, l'histoire de l'Irlande, comme on suit un blessé à la trace du sang qu'il perd. » Ainû peat-<>n, depûs \m ans, suivre sur la terre de France la trace de la relig^n et de la liberté. Faut-il une fois de plus écrire leur martyrologe, rediie l'indignation qui, d'un élan magnifique, hélas I trop tôt brisé, souleva les âmes chrétiennes et les cœurs libéraux, lorsque, révélant par son coup d'essai ses desseins et ses procédés, H. Combes, i peine assis à la place où M. Waldeck-Rotisseaa l'avait porté, déchira les engagements pris à la face du pays, prétendit appliquer aux congrégations autorisées une loi qui ne les touchait pas, i l'enseignement primaire un texte qui ne l'atteignait pas davantage, et ferma, au mépris de tout droit et de toute légalité, 8,000 écoles de filles? Faut-il rappeler les fournies du peuple criant, au miliea de Paris stupéfait, leur douleur et leur colère, la Bretagne secoaée d'un sursaut de révolte, les bourgs assiégés, les portes briséos, les sœurs traînées sur le grand chemin, les soldats de la France condamnés à cette besogne, réduits à en escorter les louches exécuteurs et placés, entre leur conscience et leur devoir, dans la ^ua horrible des alternatives?

Puis, qui ne s'en souvient? ce furent, devant la Chambre, transformée par arrêt exprès du Conseil d'Etat en tribunal révolodonnaire, les fournées d'accusés, traduits en bloc, coupables du crime étrange inventé par M. Waldeck-Rousseau, l'aliénation de la personne humaine, déclarés, sans jugement, indignes d'appartenir i une société libre et jetés sous le couperet du sophisme meurtrier : cinquante -quatre congrégations d'hommes, les fils de saint Bruno poursuivis jusque dans leur désert et ceux du Pauvre d'Assise arrachés à leurs œuvres fraternelles, les successeurs de Lacordaire sacrifiés malgré sa gloire et les émules du P. Damien qui donna sa vie pour les Lépreux, les Oratoriens héritiers de Bérulle et de Biassillon, et les instituteurs du peuple breton vengeurs du nom de Lamennais, tous confondus dans le même tombereau, comme autrefois les nobles et les artisans, les pauvres et les riches, les prêtres et les magistrats, dans les funèbres convois des échalàods de la Terreur! quatre- vingts congrégations de femmes, obscures ou

U PlUSmiRl tTAPK tel

Ulustres, diverses de nom' et d'habit, toutes eonvûncues da erime irrémissibiei Tabdication de leur personnalité, elles aussi condamnées au même supplice, qui n'est pas la mort, mads quelque chose comme l'angoisse de Dante :

Je ne mourus point et ne demeurai point vivant!

Alors commença le lamentable exode. Qui n'a vu, chez lui, dans sa ville, dans son village, ces scènes déchirantes, les en&nts éplorées, les mères en larmes, et les pauvres sœurs s'arrachant à leurs étreintes pour suivre, dans quelque carriole, le gendarme ou le commissaire, au milieu d'un peuple presque toujours ému de sympathie, souvent de douleur et d'indignation, mais* dont la passive résignation fait comprendre, en la renouvelant sous nos yeux, celle qui pliait, il y a un siècle, les ancêtres de ces hommes sous la stupide bart)arie des proconsuls de la Convention?

Encore si cette honte n'eût été connue que de nous seuls I Hais les nations étrangères, attentives à cette foBe, promptes à en tirer profit, accudllaient avec empressement ces débris de notre force morale jetés, par nos mains, sur leurs frontières on poussés vers leurs rivages comme des épaves rebutées.

Toutes, pendant qu'ici les aveugles contempteurs du dévouement chrétien en célébraient la proscription comme une victoire de la fiberté et de la raison, toutes, au nom de cette liberté même et des droits de l'humanité, offraient aux proscrits la protection de leurs lois. Toutes I l'Allemagne joyeuse d'ouvrir à ces Français, comme un asile hospitalier, l'Alsace germanisée, et jusqu'à l'Italie, notre sceur suivant le rite maçonnique, où le prender nûnistre Giolitti refusait hier, à un député qui le lui demandât, dlnterdire aux congrégations françaises rentrée du royaume.

Quand les Frères de Ploërmel durent quitter les tles de Saint- Pierre et Miquelon, ils vinrent à la côte, ne sachant qui pourrait se charger de les transporter sur le continent. Un bateau anglais était 1& qui, aussitôt, leur offrit passage; il fallut y monter. Lorsqu'ils furent à bord, l'Angbûs les salua de son canon, tandis que, courbant la tète, ils versaient des larmes : sur le rivage, le peuple poussdt des acclamations; dans les barques de pèche, les Terreneuvas se découvrirent en pleurant. Voilà ce qu'ont hit les iionmies qui gouvernent la France.

Et je passe sur les violences de tous les jours, sur les perquisitions, les nudsons fouillées, les prétoires encombrés, les procès sans fin, et le cri de ce garde des sceaux, lassé de voit* la justice si lente, sommant ses procureurs de faire plnsinte avancer les

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charrettes, et menaçant les magistrats de sa colère s'ils tardent à les remplir.

Une congrégation d'hommes demeurait cependant debout dans la tempête, Tune des plus illustreSi celle même dont H. Lafferre rédamsdt, en 1901, Texécution au nom du principe établi par H. Waldeck-RousseaUy la congrégation des Frères de La Salle, qui portent comme un titre de gloire ce nom d'ignorantins dont on les voulût flétrir, ainsi qu'autrefois les k Gueux » des Pays-Bas arboraient fièrement l'injure qu'avait cru leur infliger le nûnistrede Philippe II.

Ces hommes, toute la France les connaît : leur robe de bure à l'agrafe de fer et « aux quatre bras », avec son rabat blanc, passe dans tous les quartiers populaires, saluée de l'universel respect, et Paris fit un jour au Frère Philippe les funérailles d'un roi. Leurs écoles sont partout et partout florissantes, ils ont inventé les méthodes pédagogiques que tous leurs rivaux ont adoptées, fondé les premiers l'enseignement moderne, créé, pour l'apprentissage des métiers, des établissements modèles; ils soutiennent au àdk des mers le prestige et l'inflaence de la patrie; par eux, l'Egypte abandonnée garde encore quelque chose de cette âme française qui la remplit de souvenirs héroïques.

LeroUe a rappelé cette histoire, à la tribune, en termes magnifiques. Aucune congrégation, aucune société d'hommes, ne pouvait, avec tant et de si grands services rendus au pays, montrer, poor sa défense, des titres plus certains et mieux reconnus à l'existence légale. Rattachés à l'Université, ils participèrent à sa vie : leur délégué siégeût au conseil supérieur de l'instruction publique; tous les gouvernements traitaient avec eux.

Cependant ils sont condamnés. Quand ces lignes parattront,^ l'œuvre d'iniquité, qui couronne celle de l'année dernière, sera consommée : l'Institut des Frères aura virtuellement cessé d'existé, avec lui ses écoles et ses pensionnats seront livrés au bon plaisir de l'exécuteur.

Pourquoi? parce qu'ils sont k la congrégation ». Durant deux semûnes d'une discussion pressante, H. Combes n'a point donné contre eux d'autre raison, si ce n'est que l'Eglise, en canonisant leur fondateur, a fait de son œuvre, drconstance aggravante, « un véri* table article de foil » Ne lui demandez pas, du reste, ce que c'est que « la congrégation » : c'est l'ennemi et cela suffit; il n'est au pouvoir que pour l'abattre, et on n'a pas plus à l'interroger sur le crime qu'elle a commis, que le bourreau n'est tenu, quand il opère, à savoir pourquoi son patient fut condamné : il exécute par

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