CHRONIQUE DU MONDE DE LA LITTÉRATURE, DES ARTS ET DU THÉÂTRE
La joie populaire aujourd'iiui et autrefois. — L'abus du drapeau. — Un centenaire oublié; M°»« de Girardin. — Une fable d'actualité. — Le centenaire de Rafifet. — Raffet et le baron Gros. — Le mois des Œuvres. — L'hôpital Sainl-Joseph : le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation; résultats et avenir; discours de M. Faguet. — Les noces d'argent de VHospUalité de nuit : une journée de fraternité; reconnaissance des assistés; les leçons des statistiques. — Uassociaiion Valentin Baûy : Tutilisation sociale de Taveugle; 700 copistes volontaires; Tex position vivante des métiers d'aveugles; discours de M. François Goppée. — La Société des Œuvres de Mer : une enquête en Islande; le droit aux sinapismes; les hôpitaux des Sœurs et les hôpitaux du gouvernement. — La Société des Agriculteurs de France : Discours du marquis de Vogué. — L'affaire Pini-San Malato. -- Le duel et les femmes. — La Fille de Roland à rOpéra-Comique. — La Dette à TOdéon. — Série de « grandes pièces ■.
La France s'eonaie^ disaitXamartine, à la veille de la révolution de Février. Pourrait-on le répéter aujourd'hui?... Ce qu'il y a de certain, c'est que la joie populaire n'existe plus. Il suffirait, pour s'en convaincre, de voir de près ce qu'on est encore convenu d'appeler les fêtes de la Hi-Garème. Suivez les groupes, mêlez-vous à la foule en ce jour de prétendue liesse, — si toutefois vous ne redoutez pas les brusqueries discourtoises ou les brutalités préméditées, — et vous serez les témoins d'une transformation profonde des mœurs de la rue. Parmi les promeneurs qui avancent à pas menus sur les trottoirs encombrés, et dont la curiosité s'épuise à attendre vainement quelque chose qui mérite d'être regardé, c'est une fatigue morne, une sorte d'hébétude passive à accomplir un rite qui n'a plus de sens.
Il est entendu qu'un jour de Blardi gras, de Mi-Carême, le petit bourgeois, le boutiquier, l'employé, etc., se doivent d'aller ic s'amuser » sur les boulevards. Et ils y vont. Et ils ne s'y aniusent pas du tout. Leur après-midi se passe dans le pUdsir négatif de l'expectative. La lassitude amortit les sonorités du rire et de la parole. Et plus cet affadissement est général, plus se renaarquent les excitations des bandes d'énergumènes dont la grande joie semble être de rudoyer les femmes, de bousculer les 25 MABs i904. 74
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groupes, de remplacer la gaieté par le tapage et le lire par les Imrlenmts.. Aioâi se forment deu courants dans la foole. â travers la masse qui moreke paisiMe et trasqnille, se prtdpitem les mêmes hommes qui font le sac des églises et dont l'esprit perverti se réjouit surtout de transformer en coups de poing des gestes qui devraient être g^radeox. On a la aenaatioa très nette qu'au Uea d'une pluie de confetti, ils voudraient laisser échapper des projectiles de ces mains qui s'ouvrent brusquement devant vos yeux et votre bouche, et que leur suprême régal serait de vous blesser au lieu de vous salir 1 Ceux-là sont les monomanes de la haine sociale, sana but précis antre que la destraclion, le ffilettapiisme de la souflârance d'autruî, à tout le moins de son mécoatentement.
Soudain, sur la chaussée, apparaissent les casques et les retroussis rouges des gardes municipaux,, tandis que dêdnrent Tair les accords cuivrés de quelque fanfare essoufflée. La cavalcade 1 hélas I C'est à de tdn résnhats qu'abovtissent ks appris (Ktbyrambiques des ir lavoirs » et des sociétés <c estudiantines n !... Un défilé sans cesse coupé, tâtonnant, hésitant^ de chars qui oscillent, — le mot ne fut jamais plus juste I — entre la prétention et la rédame.
Ce qui attire le plus le regard, c'est le drapeau national. Il y a là une profusion, un ruissellement de nos « trois couleurs » qui est pénible et pitoyable. Bien des fois déjà on a agité la quesdoo de savoir s'il en fallait permettre ùnsi l'usage jusqu'à l'abus» et il est vraiment ^heux que la routine persiste toujours I Le même drapeau que le colonel présente solennellement chaque année aux nouvelles recrues dans la cour des casernes, devant les lignes rigides des compagnies, aux sons stridents de la musique militaire, le même drapeau que déployait Marchand dans son raid aventureux» que nos troupes saluaient naguère exk Crète, en Chine, ea l'honneur duquel meurent nos petits troupiers aux quatre coins du monde, abrite ici des pasquinades, des grimaces et des exhibitions d'où l'on devrait bien l'arracher.
Ce n'est pas aux figurants de ces annuelles mascarades que je m'en prendrai. Ils font leur métier, après touti Ils se croient destinés à régénérer la vieille gaieté IbEinçaise et, parfois^ ils vont jusqu'à la gauloiserie, si ce n'est plus loin. Qoe la reine des reines fasse» avec componction, le tour des bureaux de rédaction, entre une escale à l'Elysée et un arrêt à l'Hôtel de Ville, pour y récoUer des madrigaux et quelques bracelets» faible butin de son éphémère triomphe, soit. Et que le pavillon où elle s'abrite» au petit bonheur» contre les intempéries d'une inclémente saison» s'orne d'cm drapeau, ni plus ni mdns qu'un ministère, soit encore I Biais que des
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Tédanes pour des biberons, du lait concentré, pour un café-^conoept an noQ méiiagene, se panadient de l'étendard qni, dès 18&8, «yak fût le tonr ûb TEarope, et qui, d^ois, a fait le tonr da monde, c'est ià nn abns -saas ezcKse et contre lequel on ne saurat trop vivaneot protester. On a interdit l'usage des sa^pentins parce qu'Us risqvaieDt d'étbuffer les pousses printanières f^''^ arbres de DOS boulevards. Ce déclassement du drapeau est bieu auiremevt dangereux, il banaUse jusqu'à la déchôaice m symbole dont le F. MoBsabré disait nn jour, à Notre-Dame, ^11 est le sacramt de la patriel
Encore si le dr^peaa, dans ces ièles populaires, planait audessus d'ane foule enthousiaste de vivre, enivuée de joie saine, et dottt le dernier cri, cranne il adrenaît autitefaîs, tant son âme étsdt chauvine, fût : « Vive la j^rancel » on pourrait être plus acomh modant I Biais le voir cahoté, flasque et faotttenx, dans ces tnrtèges presque funë)re8, mêlé anx défroques lamentables d'une figualian dérisoire, c'est intolérable. Car, encore une fois, la joie populaire est morte. Les appréhensions de toute espèce assombrissent les esprits; elles se gÔssent, latentes mais déprimantes, jus:;ue dans les âmes les plus habituées au fatalisme réaliste de Ja vie au jour le jour. Une oppression universelle pèse sur tous. Suivant un mot de M""^ de Girardin : « On s'ennuie de s'smusert »
Et que dirait aujourd'hui le spirituel auteur de ces inimitables Lettres parisiennes, où elle nous a laissé un si vivant tableau de la capitale il y a trois quarts de siècle? Noos n'avons plus, en effet, ces explosions de bonne buBM«r, ces avalanches de gaieté qui mettsdent de la joie pour des mois dans la vie du peuple, et qu'elle dépeint d'un style si alerte : a Quant au quartier du centre de Paris, il ne valse ni ne danse, il ne saute ni ne croule; il tourne, il roule, il tombe, il se rue, il se précipite, il s'abîme, il tourbillonne, il fond comme une armée, il nous enveloppe comme une trombe, il nous entraîne comme une avalanche, il nous emporte comme le seymoun...; c'est une apparition un jour de fièvre, c'est un cauchemar, c'est le sabbat, c'est enfin un plaisir terrible qu'on nomme le Gulop de Musard... Le quadrille ài^ Huguenots est d'un effet merv^leax, rien de plus Dsuitasûque...; c'est un étrange spectacle qne ces figures joyeuses, que ces déguisements de toutes couleurs, de toutes gaietés.*. Tous ces fantômes bruyants, démons de joie ou de foUe, s'ébranlent par colonnes, s'élancent par torrents, et tout cela tourne, roule, s'avance, se presse, 8e ponsse, se heurte, se cho^e, recule, revient, passe, f^fMisae toujours, toujours et toujours, et jamais ne s'arrête... »
Pourquoi ciê6-je aujonrd'hoi cette vision du passé? JBonr le plaisir
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de le revoir d'abord. Et aussi poar célébrer, modestement, un peut centensdre... Au milieu de toutes les commémorations qui préoccupent nos contemporains, rien n'est plus savoureux que de découvrir un centenaire oublié I Celui de la naissance de M"* de Girardin est du petit nombre de ceux-là. Gomment la presse a-t- elle laissé passer inaperçue cette date qui aurait dû Timéresser doublement, puisqu'il s'agit d'une femme journaliste qui épousa un des maîtres du journalisme français? Lui en veut-on encore d'avoir écrit cette Ecole des journalistes où sont stigmatisés un certain nombre de leurs travers, et a-ton voulu lui fsdre porter la peine de la préface qu'elle y mit, et où elle parlait de ces publicistes « qui trouvent l'inspiration dans l'attaque et que la paix ruinersdt »? Je ne sais. 11 y aursdt, cependant, bien des rapprochements à fsdre entre l'œuvre de cette féministe avant le féminisme, et notre temps. Estce en 182& ou de nos jours que fut écrite cette fable ; Le loup et le Louveteau^ dont la moralité s'imposerait à notre esprit?
... Dans la forêt j'entendis tout à coup Une lugubre voix; c'était celle d'un loup. A son élève il parlait de la sorte ; Car ce vieux loup était sage, prudent,
£t même un peu pédant :
— iMon fils, lui disait-il, avant tout il importe D'examiner ici les rapports différens Qui peuvent exister entre la nourriture, Les costumes, les mœurs et la magistrature Des moutons dévorés et des loups dévorans. Déjà nous connaissons, grâce à l'arithmétique,
Le nombre des agneaux,
Des brebis, des chevreaux, Que nous avons croqués par ordre alphabétique; Maintenant il nous faut songer
A démêler avec adresse
La politique du berger.
Ainsi donc, partez, le temps presse; Vous savez mes desseins secrets, Allez et secondez nos communs intérêts...
C'est à croire que M. Combes connaît, comme pas un, son fablier du temps passé I Et n'est-il pas vrai que les centenaires ont parfois du bon, quand ils permettent de pareils à-propos?
Plus que les journalistes, les artistes ont du zèle pour leurs atàés. Et c'est pourquoi, Raffet étant né en 180&, nous allons avoir une Exposition de son œuvre. A vrai dire, elle sera difficilement plus complète que celle que les amis du peintre- dessinateur provoquèrent il y a quelques années. Elle fut suivie de l'inauguration da monument qui se morfond, — on n'a jamais su pourquoi, — dans
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le Jardin de t Infante^ au Louvre. 11 en est peu, au reste, qui soient plus bizarrement compris. Tout le monde se souvient d'avoir remarqué, en quittant le pont des Arts, avant de s'engager dans la Cour carrée, une colonne, autour de laquelle un tambour de volti* geurs bat la charge, en jouant à cacbe-cacbe. La colonne est surmontée du buste de Raffet. On regretta alors, et le regret n'a fait que grandir, que les deux grands dessinateurs du soldat français au commencement du dix-neuvième siècle, Gbarlet et Raffet, n'eussent pas la consécration du même monument, et ne pussent fraterniser dans le bronze, comme ils avaient fraternisé dans la vie.
M. Dayot avait eu l'beureuse idée, — il en eut de moins bonnes, depuis, avec la statue de Renan à Tréguier, — d'élever le monument commun tout près de l'Ecole militaire, au milieu du peuple des soldats. D'autres préférences l'emportèrent, et l'occasion fut manquée de réaliser une œuvre qui eût pu être émouvante. Ces deux dessinateurs militaires resteront, en effet, unis dans l'histoire de l'art, comme y demeureront liés Edouard Détaille et Alphonse de Neuville. Et l'on perdit ainsi l'occasion d'une de ces leçons de choses qui forment l'érudition des enfants et des foules.
Raffet fut un obstiné travsdlleur qui, après ses premiers succès, finit par ne plus admettre le dessin fait d'imagination et de souvenir. Il voulait surtout étudier la nature, et passait de longues heures à faire des croquis « d'amphithéâtre » , pour mieux rendre l'expression de la mort dans les scènes de bataille. Pour mieux surprendre l'accent de la vie, il suivait les armées en campagne et courait du siège d'Anvers, en Espagne, en Italie et en Russie, tantôt surpris par le tsar au camp de Vosnessonsk, tantôt arrêté par une sentinelle au moment où il dessinait) à Grenade, les statues d'une caserne d'artillerie. Il se donnait tout entier à l'œuvre du crayon et n'avait pas l'art des légendes comme Gharlet. Dans l'œuvre de ce dernier, l'esprit ou l'humour des titres aidait au succès presque autant que l'œuvre graphique.' On citerait par douzaine les mots de bivouac qui, au bas des dessins de Gharlet, appellent le sourire. Gelui-d, par exemple, jeté par un vieux grenadier, chevronné et suflSsant, à des enfants de troupe manœuvrant sur une place de village : « Au commandement de halte, rapportons vivement le pied qui est à terre à côté de celui qui est en l'air, et restons mobiles I «> Raffet dédûgnait ces procédés, et se contentait de mettre dans l'allure de ces « hommes » assez de vie, assez de mouvement pour n'avoir pas besoin de les interpréter par une légende amusante on explicative.
Un de ses biographes, M. Bry, rapporte une anecdote qui met en relief le labeur obscur et la volonté tenace de ses débuts. Le baron
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Gros, le graod peintre de batailles^ achelsdt an jour sur les qaaîs la lithographie d'an Waterloo^ et, l'ayant examinée avec attention :
— C'est très beaa, dit-il aa marchand, de qoi "est ce dessin? * — D'un jeane élève de M. Gros, qu'on appelle Raffet.
— Vous êtes dans l'erreur, H. Gros n'a pas d'élève de ce nom. Et, sur les protestations du vendeur :
— Je ne connais pas ce Raffet, et je suis le baron Gros. Rentré à son atelier, le maître s'informa, et les camarades de
Raffet répondirent à son enquête en désignant un jeune homme timide et fort ému.
— Ahl c'est vous qui avez fait cela! demanda-t-il en montrant la lithographie. Et d'après qui?
— Mais d'après personne... j'ai lu les relations de cette grande bataille et j'ai composé mon sujet.
— Alors que venez-vous faire ici?
— Je viens apprendre ce que j'ignore.
— Soyez moins modeste, mon ami, vous n'ignorez pas grand chose, conclut le grand artiste, et vous savez qu'en fait de batailles je m'y connais I
La prochaine exposition nous permettra de a)n8tatar de nonveau, par nous-mème, la vérité de ce jugement, — à m<Hns qae l'antimilitarisme qui fleurit en haut lieu ne trouve le moyen de l'empêcher...
Folle crainte, direz-vous? — Qui sait? Toutes les snppositioBS ne deviennent-elles pas plausibles en un temps où l'on n'a pas voulu solenniser le centenaire de la création des lycées, pour ne pas réduire un nûnistre du Bloc à faire l'éloge de Napoléon I*' et à constater la part que, dans l'instruction, l'Empereur entendait faire à la religion I...
Au milieu du désenchantement général qui met de la torpeur en bas, des appréhensions en haut, de la tristesse partout, il eai un réconfort à la portée de tous, c'est la participation aux œuTns de salut social qui groupent déjà de si nombreuses énergies, mais devant qui l'avenir s'ouvre si vaste, que toutes les désillosioiis et tous les dévouements peuvent s'y abriter sans craûndre d'exagérer l'effort ou de dépasser le but. Plusieurs, parmi les plus import&ates, ont tenu, en ces dernières semaines, leurs assises annuelles, et c'est avec fierté que nous devons en enregistrer les résultats. Rîefi n'encourage et ne soutient davantage la marche ascensionodie vers le mieux, que la conscience du bien déjà accompli. A ce tiire, les succès de demain sont assurés, puisqu'ils sont gagés sor les œuvres d'hier. Il suffira d'entr'ouvrir ces livres d'or de la charité pour
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exciter le désir de les feuilleter plus assidùaieDt — et de s'y inscrire.
Voici d'abord l'hôpital Ssdnt-Joseph dont cette année marque les noces d'argent. Lorsque, il y a vingt-cinq ans, Mgr d'Halst en jeta les premiers fondements, avec le patronage du cardinal Richard, plusieurs le taxèrent de présomption, et quelques-uns pensèrent qu'un hôpital privé était une superfétation à côté des nombreuses maisons hospitalières de la capitale. Il se trouve que ce prêtre, à l'esprit très fin et à l'âme, éprise d'audacieux dévouements, avait prévu l'avenir et préparé, pour nos jours de laïcisation outrancière^i un dernier asile aux religieuses persécutées et à ceux qui préfèrent la cornette blanche à la cocarde bicolore des infirmières de l'Assistance publique.
Longtemps on a voulu justifier les décisions qui éloignaient les religieuses du chevet des malades en ^sant que leurs vêtements pouvaient s'imprégner des microbes et propager les maladies au Ueu de les prévenir. 11 suffit de voir fonctionner le service d'aide médicale et chirurgicale à l'hôpital Saint-Joseph pour constater que les religieuses ne demandent pas mieux que de se conformer aux exigences de la science en s'enveloppant entièrement d'un vêtement spécial dûment préparé pour éloigner tout risque de contagion. Au moment où l'on parle avec quelque emphase des cours suivis par les infirmières laïques et des brevets dont elles sont dotées, il n'est pas inutile d'ajouter que l'hôpital Saint-Joseph abrite une école d'infirmières qui est un véritable centre d'études pour les sœurs de Saint-Vincent de Paul et des autres ordres hospitaliers. Il suffira de citer les noms des éminentes personnalités qui leur décernent les diplômes pour montrer la sérieuse valeur de semblables certificats. Ce sont : MM. le docteur Bucquoy, a^gé de la Faculté, membre de l'Académie de méiecine et médecin des hôpitaux; le docteur Martin Roux, médecin des hôpitaux, et le docteur Potherat, chirurgien des hôpitaux. J'insiste sur ces détails techniques pour bien montrer, en passant, à la fois le zèle des religieuses et la sécurité que doivent inspirer leurs connaissances sanctionnées par un tel jury. Il est bon de nous habituer, dans la pratique, à faire confiance à ceux des nôtres dont les aptitudes sont sérieusement contrôlées sans qu'elles aient pourtant l'estampille officielle. Peut-être notre avenir est-il dans cette voie!
Sait-on maintenant quel développement peut acquérir une œuvre d'initiative privée en vingt-cinq ans? L'hôfntal Saint-Joseph compte aujourd'hui 316 lits et il peut s'agrandir encore : que disje? on y travaille en construisant un nouveau pavillon. La charité a tout fait dans cette œuvre et au milieu de tant d'autres moyens ingénieux de subvenir aux fnds croissants, je me reprocheras de ne
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pas citer celai qai consiste, lorsqu'un de ceux que nous aimons tombe malade, à intercéder pour lui en versant en faveur d'un pauvre, pendant le temps de son épreuve, le montant de quelques journées d'hôpital, dont le prix varie de 3 à 5 francs. On parle beaucoup de solidarité, à notre époque. En est-il une forme plus touchante 7
Je souhaiteras, après cela, donner l'impression que produit l'ensemble de cette organisation modëe, qui compte une vingtaine de pavillons, possède un budget annuel de près de 550,000 franc» et totalise près de 100,000 journées de malades I Bien mieux que je ne le saurais faire, M. Faguet l'a traduite dans le discours qu'il prononça à la dernière réunion. Ainsi que le trésorier de l'œavre le disait justement, Téminent acadénûcien a prouvé, à un moment où la charité catholique est attaquée dans son principe même et dans toutes les branches de son activité, que les esprits les plus éclairés et les plus libéraux font cause commune avec les plus humr blés religieuses pour la défense de la liberté des œuvres catholiques.
Une « cité d'amour », c'est ainsi que M. Faguet résume sa pensée sur ce qu'il a vu & l'hôpital Sdnt- Joseph. Et se repentant aux débuts de l'œuvre, il en résume l'histoire en ces mots éloquents : « Vous avez commencé avec rien, je veux dire avec le commencement de toutes les grandes choses, avec l'espérance et la confiance; vous avez commencé avec l'avenir. Quand on met l'aveiiir dans son jeu par la foi ardente dont on l'embrasse, c'est un peu, c'est vraiment comme si l'on y mettait l'infini. » Et s'élevant ensuite à des considérations d^une portée générale, M. Faguet formule sa pensée en ces termes sur lesquels je voudrais appeler non seulement l'attention mus la méditation de tous ceux qu'épouvante l'audace de nos a^versûres : c< Pratiquer la charité libre, c'est faire œuvre doublement patriotique, parce que c'est faire œuvre de propagation de la charité et de propagande de la liberté. Pratiquer la charité libre, c'est, d'abord, être charitable, et c'est à cela surtout, et. Dieu merd, ce n'est guère qu'à cela que vous songez ; mus c'est aussi, et il y faut songer quelquefois, donner un exemple qui peut être suivi d'association libre, de travail libre en commun, d'activité libre en vue d'une belle œuvre. On ne saursdt trop donner de œs exemples-là. Il faut que les particuliers s'exercent, dans cette France, qui compte toujours trop sur ceux qu'elle charge d'ag^ pour elle, & agir par eux-mêmes, & faire œuvre par eux-mêmes, en se groupant selon leurs affinités naturelles et selon leurs idées, selon leurs tendances communes et en vue de buts bien détermioés; et il faut qu'ils mettent comme leur gloire, comme leur amourpropre très légitime dans cet exerdce libre de leur activité propre. »
L'Hospitalité de nuit a également atteint vûllamment le vingt-
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cinquième anniversaire de sa fondation, an mois de juin dernier, et le baron de Livois, qui en est l'infatigable inspirateur et président, a rappelé dans la séance annuelle du 21 mars à quelles touchantes manifestations a donné lieu cette commémoration. Ce jour-là, commencé par l'assistance à la messe, se termina par des agapes fraternelles dans les quatre maisons de l'œuvre. Les administrateurs, en groupes nombreux, s'y rendirent pour servir leurs hôtes et participer à leur joie. Après le dessert, on but du café au rhum, et il y eut distribution de cigares et de tabac & priser I
Cette fête de famille laissa plus qu'une trace passagère. Quelques jours après, en effet, au mois de juillet, une dame mise avec une extrême simplidté se présentait an siège social.
« Pouvez-vous me faire un reçu? demanda- t-elle & la gérante intérimaire.
« — Parfaitement, Madame. »
« Et, raconte M. de Livois, la gérante s'attendait à la voir sortir de sa poche une modeste cotisation..., un billet de 100 francs, peut-être. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en la voyant étaler sur la table une liasse de billets de 1,000 francs. 11 y en avait soixante I Après quoi, la généreuse donatrice repartit en omnibus sans donner son nom. »
Il ne faut rien moins que de pareilles aubaines pour répondre aux besoins de l'œuvre, car ses revenus couvrent à peine le tiers des dépenses courantes indispensables. Songez que, dans la seule année 1903, l'Hospitalité de nuit a hébergé 69,677 personnes qui ont couché 209,272 nuits. Depuis la fondation de l'œuvre, le total des pensionnaires s'élève au chiffre de 1,756,5&9, et celui des nuits à i,81A,588I A tous ces malheureux, on a fourni, dans la seule année 1903, 218,050 rations de pain, et 25,827 bons de fourneaux. De plus 6,9&9 soupes ont été servies aux femmes.
On comprend que les hospitalisés auxquels le règlement n'accorde que trois nuits, parfois quatre, regrettent des a'^iles où on les reçoit avec des soins qu'ils sont loin de trouver ailleurs. Aussi ne faut-il pas s'étonner que certsdns d'entre eux cherchent à tromper la surveillance et le contrôle des « capitaines ». C'est ainsi qu'un terrassier nommé Dubois, ayant déjà couché quatre fois à l'asile du boulevard de Vaugirard, se constitua l'usufruitier des papiers d'un de ses compagnons de misère, et résolut de dormir encore quatre bonnes nuits, sous le nom de Foumier. Les débuts de cette supercherie furent très heureux, mais deux agents cueillirent le trop habile Dubois au moment où il quittait l'établissement après un sommeil réparateur.
— Vous êtes bien Foumier? lui demanda l'un d'eux.
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— Oui.
— Dans ce cas, vous êtes inculpé d'infraction à une interdiction de séjour prononcée contre vous; suivez- moi.
Malgré ses protestations, Dubois dut se rendre au conunissariat de police où il expliqua le stratagème et prouva qu'il n'était pas l'homme recherché. Hélas I Gomme le gendarme de Gourteline, le commissaire est sans pitié, et il retint le malheureux pour avoir £ût usage d'un faux état civil I
Le plus grand nombre des hospitalisés agit avec une entière loyauté. Beaucoup d'entre eux, quand ils ont pu s'évader de leur misère, se souviennent de l'oeuvre qui leur fat accueillante^ et, chaque année, M. de Livois peut citer des exemples de cette reconnsôssance particulièrement émouvante. C'est un brave homme qui offre « de rendre service à un individu dans une mauvaise situation, en l'obligeant par un peu de travail et un peu d'aide comme il l'a été lui-même autrefois »; c'est une femme pauvre et dans une position très précaire, qui trouva encore moyen d'offrir à l'œuvre « quelques effets » dont elle peut disposer...
C'est la meilleure récompense du zèle apporté par l'œuvre à s'occuper de ses hôtes passagers. Elle a placé, l'année demi^, 286 hommes et 23 femmes. En trois mois, le gérant d'une seule maison a pu rendre à leurs parents quatre enfants de quinze i dix-huit ans qui avaient fait la vie bnissonniëre. L'Hospitalité de nuit est, en effet, le refuge des misérables de toute catégorie. Les ouvriers du sol y furent les plus nombreux en 1903 (15,000 en chiffres ronds), suivis immédiatement des terrassiers (2,250), mais il ne faut pas croire que les professions libérales ou artistiques n'y ont pas de clients : on y a recueilli 129 professeurs, 91 instituteurs et 23 étudiants; 182 photographes et 183 artistes; 2 architectes et aucun peintre ni sculpteur. C'est le kaléidoscope de la misère et, d'instinct, la plainte divine monte aux lèvres : misereor stiper iurbam! Surtout quand on trouve, par exemple, dans les tableaux récapitulatifs admirablement dressés, la mention de iàb fillettes ne dépassant pas l'âge de cinq ans!..
Ces longs alignements de totaux ne sont abruptes que pour qui ne prend pas la peine de les parcourir attentivement. Bien des leçons s'en dégagent, même au point de vue des relations internatiomû^. Sait- on quels pays fournissent le plus de leurs nationaux aux asiles de nuit de la Société? En 1903, il y eut près de 3,000 Belges, 700 de plus que d'Alsaciens-Lorrains, 900 Suisses, près de 300 Allemands, 3A1 Italiens et seulement 101 Russes, et 94 Anglais...
Tout ce monde de besoigneux est reçu gratuitement. On ne leur demande, chaque soir, que de s'unir à une courte prière, en exi-
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géant senlement de ceax qui ne partagent pas nos croyances, qu'ils les respectent et restent, pendant cet acte de foi, debout^et découverts. C'est ainsi que l'Hospitalité de nuit entend unir la tolérance la plus large aux convictions les plus arrêtées. Il ne peut être mortifiant pour personne de savoir que la main qui donne sût fûre le signe de la croix.
Les deux ceuvres dont nous venons de voir les beaux résultats et l'utilité constante s'occupent surtout, du fait même de leur destination, de secourir temporadrement ceux qu'elles obligent. L'association Yalentin Hatiy nous fait entrer d^bérément dans un autre domaine, celui de l'utilisation sociale.fElle fait plus que secourir, elle soutient. Destinée au bien des aveugIes,^son but n'est pas de subvenir transitoirement aux besoins actuels des malheureux frappés de cécité; il est de les rendre capables de gagner leur vie et de les seconder dans la lutte pour l'existence. Ce qu'on y recherche avant tout, c'est la force morale. Ce qu'on y pratique de préférence, c'est le patronage individuel.
Il y faut, dira- 1- on, une vie tout entière consacrée à coordonner les efforts. Blsds on ne s'étonnera pas que l'œuvre prospère quand elle a pour fondateur et pour âme M. Maurice de la Sizeranne. Sa vie, il la dépense sans compter pour ses frères, les aveugles. Et l'on ne saurait sans injustice oublier les dévouements qui s'empressent autour de lui, guidés par son expérience, entraînés par son exemple.
En dehors des autres branches de l'Œuvre, qui ont permis d'en étendre le bénéfice à hM nouveaux patronnés (ce qui porte le total général à i,505), il faut signaler, sans se lasser, la copie en écriture Braille des volumes ou des articles pouvant intéresser les aveugles, -» et au nombre desquels nous sommes fiers de voir figurer de nombreux travaux parus dans le Correspondant, Quand on réfléchit que pour traduire en points saillants la matière d'un volume ordinaire à 3 fr. 50, il ne faut pas moins de 12 volumes in-S"" dont le prix s'élève à 36 francs, on se rend compte du puissant intérêt que présente une occupation très facile et qui permet d'utiliser chrétiennement, c'est-à-dire charitablement, les plus courts loisirs. Déjà 700 copistes, dispersés dans toute la France, prêtent leur concours à cette entreprise de lumière morale, et l'on ne saurait trop répéter, à ce sujet, ce qu'écrivit notre regretté conrrère, M. de la Brière : « C'est pour un seul pauvre que travaille une femme charitable quand elle coud une robe ou une chemise; c'est à des générations, c'est à mille pauvres spécialement intéressants qu'elle rend service, sans bourse délier, quand elle occupe ses loisirs à transcrire, pour la Bibliothèque des aveugles, un livre
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Utile, UD poème, un fragment qui lui a plu. Son bicnCût vise les âmes; il en vaut donc bien un autre I... »
S'apitoyer sur le sort navrant des pauvres gens privés de la vue, traduire sa compassion par une cotisation annuelle (et celle de l'Association Valentin Haûy est telle qu'il est étonnant que les souscripteurs ne soient pas plus nombreux : un franc par an 1) c'est bien. Hais il est peut-être encore mieux de se rendre compte que beaucoup d'entre eux sont capables de travailler utilement. II faut d'habitude quelque réfleiiou pour convenir que l'ouvrage d'un aveugle peut être aussi bien fait, — dans les spécialités qui répondent à ses aptitudes, — que l'ouvrage d'un voyant. C'est pour répondre à cette préoccupation, pour détruire cette défiance, que l'Association a organisé, ces jours derniers, une exposition en aciion dans la salle des fêtes du Petù Journal. Trois après-midi durant, on y a pu voir des aveugles appliqués à toutes sortes de travaux d'utilité ou d'agrément. Les retardatûres éprouvaient même quelque difficulté & approcher des ouvriers, tant la foule était grande et tant l'attrait d'une semblable révélation était piquant pour les visiteurs.
Ici, c'était la fabrication des sacs en papier, de tapis en lisière, de lacets de cuir, de couteaux, de paniers, de brosses, de tricots, de sièges, de tonneaux. Là c'était un coupeur d'éiofles pour vêtements. Plus loin, des accordeurs de pianos, des dactylo graphes. Ailleurs des aveugles jouaient aux dominos, aux échecs. Et partout, les gestes étaient d'une prédsion déconcertante, la main d'une souplesse, d'une habileté merveilleuses. Le contact entre le grand public sincèrement ignorant de tant de virtuosité et ces ouvriers privés du sens peut-être le plus essentiel à l'homme obligé de gagner sa vie ne saurait manquer de produire une recrudescence de sympathie pour l'Association qui étend sur les aveugles de France le réseau de sa protection intelligente et sans cesse en éveil.
Plus que jamais elle mérite qu'on lui vienne en aide, et H. François Goppée l'indiquait avec insistance dans le discours qu'il prononçait, il y a quinze jours, au moment de l'Assemblée générale.
« Notre tâche est bien difficile, à coup sûr, disait-il, et, en dehors des obstacles accoutumés, elle en rencontre parfois d'inattendus. Cette année, par exemple, la fermeture des écol^ tenues par des religieuses a privé de leur emploi plusieurs jeunes filles aveugles qui y donnaient des leçons de musique. C'est une douleur et une tristesse de plus, en ce temps où nous en sommes accablés. Mais vous ne sentirez pas pour cela, j'en suis certain, le moindre découragement. Dans la république des fourmis, quand le
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pied bratal d'un passant a détruit leur demeure commune, les laborieux insectes se mettent immédiatement à la besogne pour la reconstruire. II en est de même chez les gens de bien comme vous. Quand le mal est accompli en votre présence, vous le déplorez, certes, mais, sans perdre une heure à vous plaindre, infatigablement, vous entreprenez aussitôt de le réparer.
La Société des Œuvres de mer^ qui a tenu son Assemblée générale le 16 mars, nous transporte loin du pays, avec les Terre- Nenvas et les Islandais. Nos lecteurs n'ont pas oublié l'appel que leur adressait récemment ici même M. le commandant marquis de Fraysseix. Ses informations ont été complétées depuis lors par M. de Valence qui a fait connaître le résultat de sa mission en Islande en 1903. Et j'y puiserai quelques détails par où l'on se rendra compte de l'urgence et de l'importance de l'Œuvre qu'il sert.
Ce qu'il faudrait, avant tout, à la Société pour remplir son but, c'est un navire- hôpital ; et l'on sait que, faute de subvention gouvernementale, il n'a pu en être armé pour la saison dernière. Le navire-hôpital, — et l'on souhaite qu'il soit à vapeur, — a pour but principal de recueillir à l'accostage les pêcheurs malades, en dispensant ainsi l'équipage des bateaux d'interrompre sa besogne fructueuse en pleine pêche. Sans lui, ou bien il faut transporter le malade i terre, et la tentation est forte d'ajourner le voyage ruineux, ou bien il faut se contenter des médicaments contenus dans le coCfre des navires. Et c'est ici que se révèle une des plus ineptes prescriptions qu'ait jamais libellées une Administration. Suivant qu'un navire possède un équipage de 20, de 35 hommes ou d'un nombre supérieur, non seulement la quantité de médicaments et pansements obligatoires varie, — ce qui est rationnel; mais leur nature et leur espèce, — ce qui est extravagant I Ainsi un équipage qui ne dépasse pas 20 hommes n'a pas droit au salicylate de sonde^ ni aux sinapismesl... Or, dans laflotille d'Islande, 91 bateaux sont dans ce cas. L'administration « compétente » a oublié d'y interdire, par la même occasion, les rhumatismes et les congestionsi L'on se perd à chercher les motifs d'une telle aberration...
Puisqu'ils n'avaient pas de navire-hôpital à leur portée, pendant la saison de 1903, les 2,917 matelots montant les 155 bateaux de la flottille ont dû évacuer leurs malades sur les hôpitaux de l'Ile. A Reykyavick, ils ont trouvé l'hôpital desservi par les Sœurs françaises de Saint-Joseph de Ghambëry, qui contient 50 places, et où 15 Français et 230 Islandais reçurent asile l'an dernier. I(s en trouvaient aussi un autre..., construit par le gouvernement, le même gouvernement qui refuse une subvention à la Société! Dans
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Ifhnaieuble.teut ueat^ qui peut accudllir SOtiialades, on a. reçu 2 Firançais et pas nu Islandais. Les seuls cUents de la msison laïque tobC être aes> iufirsiiersl
A FaskrudsÇord^ — ce nom rébarbatif agmfie fy>ri de li. beauté, — le Hiinistère a fait mioua emcare^ il a refusé de payer plus longtemps aux Sœuis qui desservaient Thôpilal leur rétribatien hahiftndie» de sorte que la maison idkdt étse fexmée si la Société des œuvres de mer n'avait pris Tentretieaà sa charge! t&litay sont disponibles. Là aussi le gouvernement va ékfv&c un hôpiml laïque. Ses officieux annonçat^M même, il y a un an, que tout y était prêt et qu^on n'y attendait plus que les malades. Oi, à ce momentrli, il y armait quelquei» piquets jalonnant le* sol, rien d'autre, et certsdnement la mmson ne sera même pas ouverte en 190&I Telle est la bonne foi de nos adversaires. Hais l'Isiafide est si loin, pensent-ils. Le malheur pour eux c'est qu'on y peut aHsr, et qu'on en revient! Si ces détails cpaa je relève dans te très instructif raf^rt de lA. de Valence? ne suffîsateiit pas à révéler 1m besoins urgents de l'œuvre, et k lui oonfirmar la sympathie de tous, j'ajouterais que les pêcheurs qu'elle entoure de aa seilicitude mènent une existence: des phu rudes et des moms lttcca;tives. Quand un homme a reçu 300 francs de desmr à Dieu et péché 3,000 morues à 0 fr. 22, il a. accumulé k somme de 96(> francs. Mais comme il &ni ea dé&lquer les frais dféqutpemeot évalués à 150 francs, il reste que sa saison de pèdie lui exi a rapporté 800. Pour arroir droit à la retraite, il Im faut ibumir 900 mois de^ navigation^ semblable I Et c'est à ces hommes^îà^ qse le gouvernement retire son. concours, mi refusant ses subsides à la Société des œuvres de mert A- 1- elle tort, cependant, d'estmer que la croix du chrétien est aussi une croix d'honneur?
Mais un ministère peu^-il avoir asses de sincérité pous donvaur de ses méfoits à l'extérieur quand son chef apporte à la tribune Tapprobation d^une grève comioe la grève agricole qui tt^ubla naguère le midi de la France et dont toutes les traces sont loin (fètre effacées? Faudratt-il voir dans une telle attitude te dépit que lui inspire le succès grandissant d'une institution toute de paix et de labeur, comme la Société des Agriculteurs de Franoer Phis de 12,900 membres prirent part* à sa session annudle dans les premiers jours de ce mois. Usdisoutèi^Bit les probtèmes les plus ardus de l'organisation agricole avec une liberté et une compétence qui suffiraient à justifier le régime parlenœntaire quand il ne dégénère pas en parlementarisme.
Le président de la société, IL le marquis de Vogué, après avmr rappelé 7 dans le discours d'ouverture, les regrets imposés par la
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sitoadoD, elles craintes, mus aussi les espoirs, de TaTenir, coochit par ces paroles, où rassemblée entière sentit passer le son(fle d'éloquence des vrais Iiommes d'Etat :
fc L'histdre n'a pas eu assez de sërërités, assez de railleries dédaigneuses pour les inoonscients de Byrance, les rhéteurs, les sectaires qui s'épuisaient en vaines disputes tbéologiques, en frivoles compétitions de cirque, alors que, dans les profondeurs mystérieuses du monde asiatique, grondût l'orage qui devait les emporter, rayer leur nom de la carte de T Europe, ensevelir côte à côte, Meus et verts, persécuteurs et persécutés, sous les ruines delà patrie. Dieu nous garde d'humiliantes comparaisons! Nous avons foi quuid même dans le génie de la France, dans son intelligence traditionnelle, dans ses instincts généreux; nefus avons foi dans nos populations rurales, — que nous ne jogeons pas d'après des incidents isolés, produit de circonstances locales, dTexcttatioirs ou de pressons venues du dehors, — nous savons les réserves de b<» sens et de patriotisme qu'efles recèlent, nous n'oablions pas que, dans les jours d'épreuve, elles ont toujours su resserrer leurs rangs, discerner les véritables amis de Fagriculture et les bons serviteurs du pays. »
Je me suis laissé entraîner & parler un peu longuement de ôes ceuvres sociales oh palpite le meilleur de fâme française, d'abord parce qu^elles ont tenu la plus large place dans les Sùts du mois, et aussi parce qu'au récit de leurs luttes et de leurs succès, l'on peut puiser, me semble-t-il, un peu de cette force et de cet encouragement dont a besoin plus que jamûs la partie saine de notre pays. €ela ne vaut-il pas mieux que de s'intéresser outre mesure, comme on l'a fait, au duel « sensationnel » de deux maîtres d'armes italiens? Pendant des jours et des jours, cette rencontre parut au moins aussi importante que celles de la flotte russe et de la flotte japonaise! M. le dievalier Kni n'arrivait pas, et M. le baron Atfaos de San Malato rugissait comme un mousquetaire. Les procès-^rarbaux se succédaient avec des allures de protocoles, jusqu'au procèsverf)al de carence rétfigé contre le retardataire. Ce fut un grand émoi, mais bref. Car peu de jours après, on se battit. Il y eut des invitations et des contrôleurs. Et les épées se tendirent menaçantes contre des torses nus. Les chroniqueurs ne nous firent grâce ni du jeu d'un muscle ni d'un mot des combattants. Il n'y manquait que le cinématographe. La lutte fut, ^t-on, épique, admirable à souhait, let l'on frémit souvent devam les éclairs des lames. Il parait que ce fut très beau comme escrime.
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Et tout se termina par nne ampoule dans la mûn de H. de Sa& Malato. Je me trompe, tout se termina à table, à la table du docteur, dans les flots de Champagne qui, les photographies en font foi, portait le même nom que le chirurgien. En yoilà jusqu'à Tannée prochsdne; car ces rencontres chroniques induisent à se demander si, à notre époque ob triomphe la presse, le point d'honneur luimême ne devient pas périodique I
J'aurais voulu que les duellistes entendissent l'éloquente catilinûre de M. Coubé contre le duel. L'ancien Jésuite, en effet, a consacré à cet usage « bien porté » une de ses récentes conférences; et il employa contre cette mauvûse façon de comprendre la justice et de défendre l'honneur, tout ce que sa dialectique a de plus convaincant, et son esprit de plus justement agressif.
En prêtre qui connaît le monde, il s'adressa aux femmes pour avoir rsdson des hommes. Les femmes seules pourront vaincre ce que les « épéistes » les plus passionnés appellent eux-mêmes un préjugé, — quand Us ont fait leurs preuves. La plupart des hommes, — je parle de ceux que leur foi ne suffit pas à arrêter, — auraient peur de paraître avoir peur.
Ce que dit M. Coubé pourrait peut-être, sans trop d'inexactitude, se résumer ainsi : Les hommes d'aujourd'hui, comme les preux de jadis, trouvent souvent leur suprême récompense dans le sourire des femmes. Le jour où elles ne souriraient plus à l'homme qui refuse de confier à ses muscles le soin de justifier son esprit ou de défendre son âme; le jour oii elles seraient sévères à l'homme qui, pour prouver qu'il a raison, se donne le tort d'attenter à deux vies : celle de son adversaire et la sienne propre, — ce jour-^à, le duel aura vécu.
On en laisserait le bénéfice à la tragédie ou à l'opéra, car c'est un « moyen » dont ni les dramaturges, ni les musidens ne se desssdsiraient volontiers. Du Cid^ai Huguenots ^ de Faust à Cyrano y comptez, si vous le pouvez, les stances, les ballades, les duos, les airs, les chœurs et les cavatine?, les prières et les élèves qui se sont débités, déclamés, sussurrés ou vociférés depuis qu'il y a des théâtres et qu'on s'y bat, particulièrement au clair de lunel II faut être Gérald et amoureux de la fille de la belle Aude pour 9e battre en plein soleil, et tous les jeunes premiers n'ont pas à recon quérir Durandal I . . .
Qui ne se souvient, — puisque tout le monde a vu ou lu la Fille de Roland^ — de la scène pathétique où Bornier a esprimé l«s angoisses haletantes de Charlemagne et de Berthe pendant que
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Gérald combat le Maure iosolent? Elle gagne encore en puissance dans la traduction musicale que M. Henri Rabaud vient d'en donner à rOpéra-Gomique. C'est la première œuvre dramatique du jeune compositeur. Et il y a longtemps qu'un semblable début n'avait réjoui les amateurs de belle et saine musique. A quelle école appartient l'auteur? A l'allemande, à l'italienne? Le vrai c'est qu'en dehors des spécialistes, on ne s'en préoccupe guère, et nous sommes loin des grandes querelles qui saluaient, il y a vingt ans, les premières de Saint-Saëns, de Léo Delibes, ou de Massenet. M. Rabaud est lui-même, ce qui veut dire qu'il est bien Français. Sa partition prouve de la science, de la conviction, de l'art, — et du courage. Etre soi, par le temps qui court, peut passer pour une exception I
L'œuvre nouvelle se caractérise, avant tout, par une belle entente des ensembles et des crescendo où le développement de la force demeure toujours harmonieux. Au premier acte, les chœurs invisibles qui interprètent les remords de Ganelon durant son monologue ont un caractère de puissance indéniable. De même, la malédiction du traître, les larges sonorités de l'évocation de l'avenir par Gharlemagne, et les vibrations entrecoupées de l'orchestre pendant le duel. De même encore le finale oh l'empereur et la foule saluent le départ de Gérald. La partie purement mélodique a moins d'envergure, mus elle vaut par la grâce et le charme, comme dans les stances de Gérald au seuil de Berthe, le duo des jeunes gens au second acte, et surtout la prière de Gharlemagne : a 0 France, 6 douce France. » On attendait l'auteur au fameux Chant des Epées. On avait tort. G'est une complainte moyennageuse, où l'on souhaitait, — à contre-sens peut-être, et je me rends bien compte de l'eiTet de contraste qui est voulu, — un air de bravoure. Je préfère l'entendre dire par Mounet-SuUy. Telle qu'elle est, cette « tragédie musicale » est une œuvre homogène, — chose rarel — forte et belle. Elle méritait l'Opéra. Hais elle n'en fait que plus d'honneur à l'Opéra- Gomique. Bornier, qui eût tant goûté ce nouveau succès, n'a pas été trahi, et M. Rabaud a posé le premier jalon de sa propre maîtrise.
L'Odéon nous a donné la contre -partie de la Fille de. Roland^ et encore plus du Cidr, avec la Dette (une comédie en six actes I). Peut -on épouser la fille de celui qui a tué votre père, même au théâtre? Telle est la question. Et les auteurs de répondre : oui, pourvu que le père survivant disparaisse. La conviction contraire est trop admise pour que le public ne résiste pas aux nouvelles tendances. D'autant plus qu'on ne le prépare guère à changer d'avis 1 Supposez deux associés, Villetanelle et Bonnières, dont le pre- 25 MARS 1904J 75
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mier a ane fille, Hélène, et le second un fils, Pud, et que VitteUnelle ruine Bonniëres et loi yole sa femme. C'est le prologae. An premier acte, toat le monde a yieîUi de TÎngt ans, ce dont une fidèle servante, Pélagie, n'a pas l'air de se douter, car elle est demeurée toujours aussi jeune d'accent. Il est vrai que sou maître Bonnières a yidlli pour deux : il are&itsa fortune, mais sans pouvoir assouvir sa vengeance sur l'assodé félon qui a fui au Brésil. Yilletanelle revient juste & temps pour que Bonnières, qni va mourir, confie à son fils Paul le soin de le tuer pour lui. Et conune il existe une Hélène Yilletanelle, vous pensex bien que Paul Bonnières va l'aimer et qu'elle l'ûmera, et que Paul oubliera de tuear son futur beau-père. Reste M** Bonnières, à qui son niarî n'a jamais voulu accorder le divorce. Elle ne reconnaît pas son ffls qu'elle a abandonné tout eufisbnt ; et, depuis César Girodot^ la « vdx du sang » ne parle plus. Quand l'iaibroglio est suffisant, le fis se dévmle, car pour allonger les choses, il avait d'abord pris m faux nom; Hélène flaire nn mystère; la vieille Pélagie (toujours aussi jeune) prêche la vengeance; Paul tente de redevenir terrible, et ViUetandIe, pour tout arranger, donne sa parole, — la parole de Yilletanelle I — qu'il va disparaître pour que sa fille puisse demeurer ignorante et être heureuse I Ce serait sans doute l'objet d'un septième acte. Mais il y en a déjà six de trop. J'oubliais de signaler Nantouillet qui ost le lien, par quoi tout cet amas se H&ki à peu près debout. Les auteurs ont trouvé là un hanneton {«'ëciftux qui parle quand il faudrait se taire et réciproquement, liais (qudque excellemment joué par Albert Lambert) le personnage est essentiellement épisodique, et comme, sans lui cependant, la fâëce ne tiendrait pas, on voit ce qui reste d'une comédie, — qui est une erreur.
Nous entrons maintenant dans la série des grandes pièces de l'année et les théâtres donnent, au moment où parait cette chronique, les premières du Mannequin cfoster^ de M. Anatole France, et de la Montansier^ de M. Robert de Fiers. Sans tarder, nous aurons le Varennes^ de MM. Henri Lavedan et Lenétre. Nous y joindrons, le mois prochain. Oiseaux de passage j de MM. Descav» et Donnay, dont le sujet mérite l'attention.
Les Nouveautés jouent, de M. Feydeau^ une comédie où l'oii s'amuse, mais où la morale s'ennuie. C'est le moins qu'on en puisse direl La pièce s'appelle ia Main passe. Je dois en faire autant.
Edouard Thogak.
CHRONIQUE POUTIQUE
Entre tontes les grandes nations dont le conflit russo-japonais pent èmonyoir les intérêts, la France senle est gravement troublée dans sa yie civile, puisqu'elle Test dans sa paix religieuse. Ce fait, M. Combes devrait être le premier à le constater. Or il dédaigne, très certainement, de s'en inquiéter. Il continue de vouloir avec foreur la loi qui supprime l'enseignement des congrégations autorisées. On l'a prié d'en ajourner le débat. Il l'a refosé. Pas de trêve : ni pour aviser aux moyens buc^tûres d'exécuter la loi sans trop obérer les communes; ni pour loéaager les sentiments des populations, à la veille de leurs élections mnmdpales. Soit qu'il craigne de ne pas retenir sa majorité dans une obéissance suffisamment servile, soit qu'il se laisse emporter par la violence de sa passicm sectaire, M. Combes active à outrance le vote de la loi. C'est malgré lui que la Chambre s'est accordé un réjdt de quarante-buit heure?. M. Combes est impatient; maisU est avQu^ aussi : car il ne peut ignorer qu'après cette loi, il faudra qu'il en imagine une autre pour contenter l'âpreté anticléricale de son parti. Peu lui importe, évidemment, et personne, parmi son entourage, ne jugera bon de lui ra^pder ce mot de Robespierre disant, le 5 décembre 1793, dans le rapport où il réprouvait les attentats impies de la Commune, qu'il falkût « s'occuper plutôt du salut de la patrie que des disputes théologiques »...
Après la loi de M. Combes, il ne restera plus, dans la Repub&que, une seule garantie contre le caprice despotique du législateur. Principe et traditions, engagements et traités, tout est méconnu ou répudié. La loi dément celle de 1882 sur l'enseignement pria»ire : M. Jules Ferry laïcisait l'enseignement public, sws lui attribuer un monopole; il ne supprimait en rien l'enseignement privé; il laissait à l'école libre la faculté de sa concurrence, à la famille la possibilité du choix. La loi outrepasse et fausse celle de 1901 sur l'association : M. Waldeck-Roussean avait spécifié qu'elle ne portait aucune atteinte à la liberté de l'enseignement, et, le 25 mai 1899, H. Delcassé adressait à M. Nisard,
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ambassadeur do France près le Saint-Siège, cette dépèche : « J*ai fait part au président da Conseil de votre récent entretien avec le cardinal Rampolla et des appréhensions exprimées par le secrétaire d'Etat, an nom du Saint-Père et au sien propre. Le président du Conseil m'a déclaré sur le premier point que» d'accord avec le ministre de l'Instruction publique, il n'a nullement le dessein de mettre en question la liberté d'enseignement. » La loi de M. Combes renie la Déclaration même des Droits de l'homme, qui afllrme, par son article XI, que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme » : c'était admettre la liberté de l'enseignement comme un droit naturel, qud que fût le maître, le père, l'enfant. Enfin la loi de H. Combes viole le Concordat, qui a proclamé que la religion catholique devait ëtie « librement exercée en France ». Cette liberté du culte a pour corollaire celle de l'enseignement; une religion n'est plus libre, dès qu'elle ne peut plus instruire publiquement, à l'école, l'enfant dont l'âme lui appartient : pour cette raison, aussi bien qae pour toutes les autres, la plainte du Souverain Pontife, dans le discours qu'il vient de prononcer devant le Sacré -Collège, est hélas 1 plus que légitime. C'est avec ces oublis, ces renoncements, ces contradictions, ces mensonges mêmes, que M. Combes compose sa loi. Et il croit qu'ainsi adultérée moralement et historiquement, elle aura, pour la République, la valeur d'une institututioni II ose supposer qu'elle durera plus sûrement que ces quatre-vingt-sept lois contre les congrégations, édictées en Italie, de 18&8 à 1882, et qu'un simple arrêt de la Cour de Rome a pu abolir, le jour où elle a reconnu aux religieux le droit de s'associer I
Msds ce ne sont pas seulement ces hautes raisons qui protestait contre la loi de M. Combes; ce sont les chiffres, dans leur brutale constatation. Le 18 décembre 1903, M. Combes avadt déjà fermé 10,0&9 écoles des congrégations non autorisées et prononcé, pour la même catégorie, la fermeture de 1,300 autres que, provisoirement, telle ou telle difficulté administrative l'empêchait de supprimer. Il fermera, en vertu de la nouvelle loi, &,269 écoles des congrégations autorisées. Total : 1&,618I II y a, dans les écoles menacées aujourd'hui, plus d'un million 300,000 élèves. Il y en avait, dans les écoles interdites, plus de 318,000. C'est donc une population de plus d'un million 618,000 enfants que U. Combes, sans égard pour ceux qu'il sépare de leurs instituteurs préférés et sans souci de ceux qu'il livre au vagabondage, expulse de leurs écoles. C'est une « dragonnade » aussi que cette expulsion ! Et cela, bien que la guerre religieuse ne règne pas dans le pays; bien
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que nous vivions sous le régime de la République, royaume idéal de la tolérance et de la justice I Ce que coûtera l'exécution de la loi, M. Combes l'avait évalué d'abord à 25 millions; puis ce fut à 33. La jonglerie de son arithmétique a beaucoup varié. Actuellement, ses calculateurs les plus complaisants estiment à 60 millions les frais généraux de la loi. Un document officiel qui nous est fourni par la Statistique de l'enseignement primaire (tome VI, page 199), fixe à 56 francs le coût moyen d'un élève; c'est donc d'une somme annuelle d'au moins 87 millions que la loi de M. Combes grèverait le budget de l'Etat et de nos communes. Encore son énumération des écoles qu'il faudra construire ou agrandir est- elle inexacte pour la plupart des départements. Un chiffre achève cette démonstration toute positive. Les députés à qui M. Combes a fait voter l'urgence de sa loi ont été 307; or, ils représentent 2,693»397 électeurs sur 11 millions et demi. Tant de coups de force, tant de contraintes douloureuses, tant de perturbations, tant de dépenses, pour gouverner la République, à l'aide d'une fiction parlementaire et presque d'une monstruosité légale, contre la vérité même de son principe : à savoir que la République est le gouvernement de la majorité!...
Ce que M. Combes n'avait pas prévu, c'est l'opposition qui s'élève contre sa loi, non plus seulement au centre de la Chambre, mais à gauche, jusque dans les rangs du parti radical. Est-ce la certitude, enfin, qu'il a outré, dans sa violence, leur propre esprit de secte? Est-ce la vue des colères que sa loi provoque et des souffrances qu'elle crée, dans le pays? Est-ce la crûnte des électeurs? Est-ce une secrète lassitude de ce despotisme personnel que M. Sarrien a reproché à M. Combes et que, presque dans le style des Conventionnels, il a qualifié de « tyrannie »? Us se détachent de lui, un à un. Ils murmurent contre la loi. Ils sollicitent des tempéraments, des exceptions. Ils déclarent avec M. Noulens, du haut de la tribune, que M. Combes engage leurs votes bien au delà def leurs programmes électoraux; ou bien ils s'étonnent, avec H. Loques, qu'illogiquement partial, il sévisse contre une religion, en épargnant les autres. Survient, après M. Gollin, M. Caillaui, naguère ministre des finances : il réclame, lui, un délai de dix ans, pour l'application de la loi, parce qu'elle surchargera dans une proportion excessive, inopportunément, les finances des communes. Par une feiote, par une équivoque, M. Combes s'est vainement évertué & se dérober. La Chambre a accepté l'amendement de 11. Caillaux. Ils sont bien problématiques, ces termes de dix ans, de cinq ans, sur lesquels on disputait, et, certes, l'arbitraire de M. Combes, s'il prolongeait tout ce temps-là
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sa dominatioD, s'exercerait aassi aisément dans une période qoe dans l'autre. Quoi qu'il en fût, M. Combes subissait, moralement, un échec. Eofin, c'est M. Georges Leygues, nagu^ ministre de l'instruction publique, qui décrit, avec un patriotisme aussi juste qu'émouvant, les services rendus à la France, à sa nationalité, à sa langue, à son influence, à sa dvitisation, dans tontes ses colonies et à l'étranger, par les congrégations enseignantes, et qui demande qu'on respecte leurs noviciats. Convaincue par le chaleureux discours de M. G. Leygues, la Chambre adopie sa proposition. Une fois encore, la majorité est de onze voix; une fois encore, M. Combes baisse la tète et garde quand même son portefeuille : tel est son régime parlementaire, à lui.
Peu s'en était fallu que l'assaut très inattendu qu'un troiaiëme ministre de M. Waldeck-Rousseau, H. Millerand, avait donné k M. Combes ne fût une victoire. Plus que M. Georges Leygues ou M. Caillaux, M. Millerand semblait apte à démembrer la majorité. 11 est dûment socialiste, bien que les collectivistes l'aient anatbématisé; il est anticlérical autant que M. Combes ou M. Jaurès, si même il ne l'est davantage par ses origines. Or les griefs qu'il produisait contre M. Combes étaient aussi valables démocratiquement que parlementdrement. Il se plaignait, au nom de la Commission de prévoyance sociale, qu'il préside : d'abord, qm H. Combes, malgré la déclaration fsdte par lui en commençant son règne ministériel, ait omis, obstinément, de reprendre le projet de loi des retraites ouvrières; ensuite, que la Commission eût en vain convoqué, dix f(HS, le ministre des finances, pour étudier les moyens budgétadres du projet. Qu'est-ce que H. Combes pouvait répondre?- Ce qu'il a répondu, selon son mode habituel : que M. Millerand visait le pouvoir, qu'il trahissait la République et qu'il aidait odieusement la « Réaction », la « Congrégation », dans leur noir complot. Ces arguments n'auraient pas suffi à M. Combes, si H. Jaurès, qui protégeait naguère H. Millerand contre les collectivistes, n'était venu défendre M. Combes conàne M. Millerand, par une des harangues les plus redondantes et les plus faussement sentimentales qu'on ait jamais entendues de loi. Malgré tout, il n'a manqué à la minorité que 10 voix; 37 radicaux avaient abandonné le ministère. Cet autre présage est une menace singulièrement inquiétante pour M. Combes, que le sort plus ou moins prochain de M. Pelletan remettra dans un cas périlleux. Mais il reste surtout de ce débat un ensdgnement grave pour les malheureux ouvriers que cette promesse des retraites qu'on leur annonce, de législature en législature, depuis 1892, halluciné, le jour des élections : c'est qu'on les illusionne, on les
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abuse, puisque, saus un budget quasi inépuisable ou plutôt sans un trésor fabuleux, aucun Parlement n'osera voter, aucun gouvernement ne pourra exécuter cette loi. M. Combes et M. Jaurès luimême, avec sa phraséologie larmoyante, se sont vus obligés d'en convenir.
La désorganisation de notre marine est devenue un scandale dont l'étranger est l'avide témoin, dans le moment même où le secret importerait le plus à notre puissance nationale. Ce scandale, hélas I M. Pelletan l'a rendu fatal par l'incroyable impéritie de sa gestion. Bon gré, mal gré, il a comparu devant la commission du budget, ou plutôt devant le tribunal de l'opinion publique. Lui qui, tant de fois, avait dénoncé à la Ghainbre les fautes des ministres de la marine, il avait à se disculper contre des accusations qui alarmaient la France eiftiëre. II ne s'est pas justifié, malheureusement pour notre pays. Son plaidoyer n'a consisté qu'& éluder les questions ou à mettre en cause ses prédécesseurs, ou à invoquer, tantôt la raison d'Etat, tantôt sa dignité personnelle, pour refuser à ses interrogateurs la communication des documents dont la commission a le plus besoin. Encore lui a-t-il échappé des aveux lamentables : par exemple, quand il a confessé que, sur les àh millions alloués pour créer, dans nos colonies, les « points d'appui » de notre marine, il en a seulement employé 13 et demi. Donc il reste vrai que, comme les amis politiques de M. Pelletan le crient eux-mêmes si haut, ni les lois n'ont été obéies, ni les crédits utilisés, ni les conseils techniques entendus ou écoutés, ni les travaux entrepris, ou continués, ou achevés; que M. Pelletan a modifié arbitrairement le plan de la défense nationale; que nos colonies ne sont pas protégées et qu'elles n'offrent à nos vaisseaux ni les moyens de se ravitailler, ni ceux de réparer leurs avaries ; que nos constructions navales ont été, les unes supprimées, les autres ajournées, les autres systématiquement retardées; que nos escadres, sauf une, sont incomplètes et qu'elles manquent, soit des effectifs nécessaires, soit des appareils indispensables; qu'il y a, dans les arsenaux, pénurie de munitions et d'approvisionnements; que le personnel se décourage ou se démoralise; que la démagogie règne parmi les ouvriers des ports et que la discipline s'affaiblit parmi les matelots; que l'incurie du ministre laisse attendre six mois, neuf mois, un an même, ses ordres et ses avis. Il a fallu conclure que les deux hommes (puisque le désorganisateur en chef a un second), dont la présomption gouverne notre marine, sous le regard approbateur de M. Combes, y ont fait et défait tout ce qu'il leur a plu et que c'a été l'absolutisme dans l'incapacité, avec un optimisme dont l'inconscience inspire autant de stupeur psycholo-
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gique que de patriotique doulear. Mais mieax vaut counattre Tiiilement, comme on Taime en Augleterre, le mal, ses causes et l'urgence du remède. M. Pelletan est condamné. Il faut, pour la sécurité nationale et pour Tbônneur de la France, que la sentence ait sa sanction.
Si M. Pelletan avait été homme à profiter d'une leçon donnée par la Révolution, l'histoire de notre marine, pour la période de 1791 à 1795, eût instruit sa témérité. La flotte française alors, fière des batûUes qu'elle avait gagnées avec Sufiren, puis avec Guichen, avec d'Estaing, dans la guerre de l'Indépendance américaine, et forte du nombre de ses vaisseaux, disputait au pavillon anglsûs l'empire de la mer. Passe le souffle orageux de la Révolution : cette marine se désorganise. Suspectés, les chefs les plus capables s'en vont ou sont destitués. On les remplace par des officiers, « patriotes » sans doute et vaillants, mus qui n'ont ni savoir professionnel, ni autorité. Les villes maritimes forment de petites républiques dont les municipalités aspirent à gouverna- « les choses de la marine » et protègent contre les chefs d'escadre les ouvriers renvoyés des arsenaux et les matelots punis sur les navires : à Toulon, la foule traîne en prison l'amiral d'Albert de Rions; à Brest, Bougûnville, rebuté par les refus de service et les outrages, dépose son commandement et voit son escadre licendée. Emeutes à Lorient, à Rochefort, à Cherbourg, à Brest, à Toulon, au Havre, à Saint-Malo. C'est bientôt l'impuissance : en 1792, l'escadre de Toulon, qui doit attaquer Cagliari, recule, les marins refusant de se battre; en 1793, l'escadre de Brest prend la mer et rentre presque aussitôt, ses équipages ne connaissant pas la manœuvre; un autre jour, elle se mutine, pendant que l'amiral Morard de Galle la mène au combat. Puis c'est un désastre : l'amiral Trogoff livrant la flotte de Toulon aux Anglais. Et, sur l'Océan, sur la Méditerranée, partout des défaites, parmi les exploits d'un héroïsme isolé : celle de l'amiral Martin, en 1793; celles de Villaret Joyeuse, en 1794 et en 1795. Ni les millions prodigués par le Comité de Salut public; ni l'atroce rigueur de ses ordres; ni le proconsulat de Jean-Bon -Saint- André, malgré son intelligence, son activité et sa bravoure, ne purent remédier à cette décadence. On flnit par se contenter de la guerre de course. On avait po « organiser » la victoire sur terre; une expérience néfaste avsdt prouvé que, sur mer, c'était impossible.
L'empire allemand nous présente un nouvel exemple de la sollicitude que la paix religieuse lui inspire et de l'importance morale et politique qu'elle a pour lui. Le Conseil fédéral, sur la demande instante de M. de Bttlow et selon le vœu trois fois émis par le
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Reichstag, a résolu d'abroger le paragraphe 2 de la loi du Ih juillet 1872, qui permettait d' « expulser » de l'Empire les Jésuites, s'ils étaient « étrangers », ou de « leur assigner certaines localités comme séjour », s'ils étsdent « régnicoles ». Ce n'est pas encore, pour la Compagnie de Jésus, le droit de rétablir son ordre en Allemagne; c'est du moins pour ses membres la liberté individuelle, avec le libre accès du pays qui leur était fermé depms trente-deux ans. On les aviut chassés, ils rentrent; on les internait, ils iront et viendront comme il pourra plaire à leur âme et à leur cœur, comme les besoins de leur conscience et de leur existence le voudront. Exilés, traqués, ramenés, respectés, tour à tour : c'est leur sort dans l'Eglise, leur fortune devant Dieu! Cette décision du Conseil fédéral « cimente », a dit le journal de M. Bebel, « l'alliance du gouvernement avec le parti catholique », et, néanmoins, les socialistes se félicitent, intelligemment, qu'une loi d'exception soit abolie. Mais, pour s'expliquer la résolution du gouvernement allemand, il n'est pas besoin de considérer cette concession comme un compromis parlementaire de M. de Btilow et du Centre. Si l'intérêt politique de l'Empire veut qu'il s'entende avec le groupe qui est devenu, dans le Reichstag, l'axbitre de la majorité, ce même intérêt lui commande de satisfaire les popula*tions fidèles de l'Allemagne catholique : l'Empire tient ainsi compte d'une puissance. C'est un nouvel acte de pacification, à l'intérieur, et c'est, extérieurement, un nouveau gage offert à la bienveillance du Vatican; c'est, de plus, un principe d'autorité, un élément d'ordre et de conservation que l'Empire se restitue à lûTmème. Et puis, l'expériejice historique qui ne profite pas à la France, l'Empire ne la néglige pas. D'une part, M. de Bfilow achève l'œuvre réparatrice de M. de Bismarck, contraint de rétablir lui-même la paix religieuse qu'il avait troublée par son inutile Kuliurkampf. D'autre part, l'empereur imite son ancêtre le grand Frédéric, appelant les Jésuites dans ses Etats, quand la France les exilait. Le contraste entre ;r Allemagne 'protestante gouvernée par Guillaume II et la France catholique violentée par M. Combes a pour nous une ironique et mélancolique éloquence : il y a plus de liberté, plus de justice, au delà des Vosges, qu'en deçà...
Pendant que la guerre russo-japonaisejprépare, au nord de la Corée, ses coups dédsifs, l'expédition anglaise chemine^mystérieusement dans le Thibet. S'il| fallait que l'Angleterre écoutât les clameurs de ses. journalistes et du public, elle oserait davantage : elle s'engagendt dans la lutte, aux (^côtés] du Japon. Mais [son gouvernement est plus sage, heureusement : il mesurejmieux les dangereuses complications d'une telle guerre. Peut- être, d'ailleurs.
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la neutralité de la Krance, dont il ne yeat pas se fsûre une ennemie, garantit- elle la neutralité de TAnglet^re; et la France s'efforce, on n'en peut douter, d'assurer les bons rapports des deux nations, selon le gré si cordial du roi. L'Angleterre peut, sur ses rivages du moins, contempler avec quelque sérénité les événements. Elle a couvert d'armements formidables son littoral, ses ports et, au loin , les places d'ob elle surveille les grands passages du monde maritime. Sa marine est prête : elle a des escadres puissantes, non seulement sur l'Océan et la BléditerFanée, nuûs sur la mer Jaune. Tout en demandant 62 millions de plus pour le budget de cette marine, M. Balfour pouvait dire avec raison à la Gbambre des Communes, le l^'mars: « L'amirauté ne s'est pas écartée du prindpe de l'égalité de la flotte anglaise avec les flottes réunies de deux puissances. » C'est une remarque plus qu'exacte, k l'égard de la marine française, puisque, dans ces derniers temps, l'Angleterre construisait vingt-cinq navires et la France un. M. Pelletan n'est pas pour inquiéter l'Angleterre et même on a ri, sur le banc des ministres, quand sir Henrf Campbell Bannerman, attestant « l'amitié » de H. Delcassé pour le peuple anglais, en a énoncé cette preuve étonnante : (c Le 23 novembre, M. Delcassé déclarait que la France n'avait pas besoin de paroles pour manifester son opinion sur l'initiative d'une mesure qui diminuerait les armements, puisqu'elle avait agi, pendant plusieurs années, de manière que ses budgets de la guerre et de la marine fussent légèrement en diminution. » Si ce n'étût pas louer rhumilité du gouvernement français, c'était, vraiment, s'égayer de son imprévoyance I
Du côté de l'Orient, là même où l'inquiétude de l'Europe ëtût naguère si vive, l'attention est, aujourd'hui, un peu moins anxieuse. On s'applique, avec une bonne volonté visible ou même latente, d'y sauvegarder la paix. Et l'Autriche y veille. Les circonstances semblent lui créer, actuellement, un grand rôle, avec un grand devoir, dans cet Orient où la France oublie ses traditions, où la Russie laisse, par une nécessité temporsdre, reposer ses intérêts et où la politique des autres puissances se contente d'atermoiements : l'Autriche y est devenue la gardienne de l'ordre. Les querelles de ses royaumes ont elles-mêmes une accalmie. C'est un trouble passager seulement que les rixes des étudiants tchèques et allemands qui ont voulu avoir, en petit, dans les université de Prague et de Vienne, leur conflit russo -japonais. Autrement grave serait, dans le Reichsrath, l'opposition systématique des députés tchèques, s'ils y empêchaient tout travûl parlemenUdre et tont office ministériel, malgré la menace de dissolution déji prononcée
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par M. de Kcerber. Biais, en Hongrie, la crise est finie, Y « obstruction » a cessé : Taccord s'est rétabli entre le Parlement et le comte Tizsa. Grâce à la médiation du vénérable Koloman Tbaly et à la prudence du comte Tizsa, si énergique pendant toute cette lutte, le règlement de la Gbamt»:e ne sera pas modifié et le gouvernement remettra en délibération les projets de loi, conditionnellement retirés, que la Hongrie attend avec tant d'impatience. Plus libre dans le cercle si compliqué de ses affaires intérieures, l' Autriche tournera plus efficacement ses efforts vers la Macédoine, où le sultan retarde le fonctionnement de la police européenne, et vers la Bulgarie, où il faut que la nouvelle convention signée avec la Turquie soit loyalement mise en pratique. Présentement, les bandes macédoniennes et bulgares guerroient avec moins de violence, même avec moins d'activité, que dans l'automne de 1903. Dieu veuille que cette demi- trêve dure et qu'elle favorise l'apaisement général I
Dans la guerre du Japon et de la Russie, aucun coup décisif n'a encore été frappé. Le 10 mars, la flotte japonaise a, pour la dnquième fois, attaqué Port- Arthur. Ce jour-là, les torpilleurs russes ne sont pas restés inertes; l'amiral Blakharofi, récemment arrivé, en a conduit cinq, avec trois croiseurs, à l'ennemi, quelle que Ait la supériorité numérique de l'adversaire : de part et d'autre, un torpilleur a été coulé. Les Japonais nient toujours leurs pertes; si bien que leurs rapports emphatiques et leurs télégrammes fallacieux commencent & n'avoir plus de crédit, même à Londres, même à New- York. 11 y a un fait dont le langage, du moins, est certain : c'est que, six semaines après le 9 février, les Japonais n'ont encore, malgré l'avantage de cette tra^que surprise, ni détruit, ni seulement investi Port-Arthur. Au nord de la Corée, les belligérants ne paraissent pas avoir changé leurs positions. Le gros des troupes russes, que le général Kouropatkine va commander, se tient à une assez longue distance du Yalu; les Japonais, dont la concentration est plus lente qu'on ne l'avait présumé, se massent de plus en plus autour de Ping-Yang : dans l'intervalle, les éclsdreurs des deux armées se rencontrent, çà et là; simples escarmouches que l'imagination des nouvellistes n'ose pas même transformer en combats. Pour les grandes opérations, il faut attendre que les neiges fondent et que les deux armées aient le temps de se rejoindre, à travers l'immensité des territoires. Quant à la médiation dont certaines gazettes de Berlin ont prétendu la France et l'Angleterre bénévolement occupées, ce n'était qu'une hypothèse, ou plutôt une fantaisie, contre laquelle les journaux officieux de Saint-Pétersbourg ont aussitôt protesté. Qu'on le déplore ou non, dans les
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cabinets de certains diplomates amateurs on dans les banquets de nos « pacifistes », la guerre aura maintenant tout son cours.
Même au bruit des batailles de l'Extrême-Orient, les a pacifistes », (qui se baptisent de ce nom nouveau, faute de pouvoir s'appeler des pacificateurs), continuent, doctrinalement, de soupirer leur espérance d'abolir la guerre. Dans un ordre du jour solennel, M. Frédéric Passy et ses disciples ont déclaré qu'ils « regrettent, non sans quelque étonnement », que les puissances neutres n'aient pas su se servir des articles 3, 7, 8 et 27 de la Conférence de la Haye, pour <( prévenir ou arrêter les hostilités ». Nous nous reprocherions de les railler : il ne faut pas trop médire de certûnes utopies. Qui ne souhaiterait avec eux, non seulement l'épargne sacrée de la vie humaine, mais celle de tant d'argent, alors qu'on cuirassé coûte 30 millions, tel canon 300,000 francs et telle torpille 8000? Et n'est-ce pas un beau rêve, pour le cœur humain aussi, que celui de la paix universelle et perpétuelle? Hais, l'idéologie, c'est de la confier à un tribunal international qui n'a pas sa gendarmerie et de vouloir le désarmement avant la pacification. Henri IV, qui avait beaucoup fait la guerre et qui avait su tout i la fois conquérir son royaume sur ses sujets et le reconquérir sur l'étranger, pensait, dans son « grand Dessein », qu'il fallait régler « les démêlés mutuels des peuples ^ », avant de leur imposer, par devant les députés des « quinze dominations » européennes, un arbitrage qui conservât dorénavant la paix. Jusqu'au jour où ce règlement sera établi sur tous nos continents, il sera sage que des « pacifistes » ne régentent pas nos armées et nos flottes. Entre temps, nous saluerons en eux des bienfûteurs éminents de l'humanité, de la France surtout, si, avant de supprimer la guerre étrangère, ils suppriment seulement la guerre civile.
* HenrilV et sa politique, par Charles de Lacombe, 3« édition, p. 397
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