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LECTURES D'HISTOIRE RELIGIEUSE

Le Bienheureux Thomas More (1478-1535), par Henri Brbmohd. Pam- Leooffre, 1904, viii-193 pages in-16 de la collection ^^ <Sain^. — P. Marie, Léon SiRRiMT, religieux de la Grande-Trappe iV Abbé de Raneé et Boumi. ' Paris, Téqui. 1903, xvi-6il pages in-S». — J. Mwjret: /e Clu^ntre ù Notre-Dame de Paru en 1790. Paris, Picard, 1904, yui-297 pages in-8».- H. P. Lavbillb, de TOratoire : Jean-Marie de Lamennais (1780*1850). Paris, Poussielgue, 1903, 2 vol. in-8* écu de xli-564 et 680 pages.

Le Correspondant ne saarait se flatter de signaler à ses lecteois tontes les cBnvres intéressantes, instructives et édifiantes qoe produit l'étude de l'histoire religieuse, de plus en plus creusée de nos jours. Pour la période moderne ou contemporaine, nous voudrions du moins appeler leur attention sur quatre livres récexament parus, qui se rapportent à des personnages on à des événements très différents les uns des autres, mais qui ont pour tndt commun, avec la parfaite orthodoxie de l'inspiration, le mérite de l'exécution.

« Le Bienheureux Thomas More », c'est ce chancelier d'Angleterre qu'en Latins endurcis que nous sommes, nous nommons plos volontiers Thomas Horus^ et qui, après avoir été comblé de faveois par Henri VIII, paya de son sang son refus de suivre ce prbee dans l'apostasie. Quant à M. Henri Bremond, différents essés avaient déjà mis en relief, avec sa connaissance approfondie de b

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littérature anglaise et da tempérament britannique, sa dextérité à manier ce délicat instnunent qu'est la langue française, sa sympa^^ tbique. curiosité pour les conceptioDs originales et les idées généreuses, son égal éloignenent du parti«pris et de la banalité. Il s'est surpassé dans cette courte biogmphie, toute pétillante d'èspcit, vibrante d'émotion, pénétrée d'imparliidité.

L'idée générale de la collection les Saints ^ publiée avec un succès croissant sous Ja direction de notre collaborateur M« Henri Joly^ est de rappeler aux chrétiens comme au incrédules (les uns et les autres l'oublient volontiers & l'heure actuelle) que la sainteté n'est exclusive ni d'aucune qualité humaine, ni surtout de la vie, dans ses manifestations les plus variées. Trop souvent, selouc une spirituelle remarque de Mi Bremond, nous sommes portés à considérer les saints comme des personnages supraterreatres, figés. dans l'attitude solennellement hiératique de cette procession que le }nnceau d'Hippolyte Flandrin a déroulée autour de la nef de l'é^se SaintVinoent-dQ-PauI. En réalité, ils ont vécu une existence ana*logue à la nôtre, passé par des épreuves semblables aux nôtres, et se sont seulement distingués par un degré éminent de vertu.

Gela est surtout vrai de Morus. Désiré Nisard, à qui M. Bremond le fait payer cher, s'est évertué à chercher en lui un précurseur des universitaires yt/s/^-miZ^ de 1830. C'était au contraire un pur Anglais du début de la Renaissance, lettré avec nue pointe de pédantisme, un père de famille à la fois vigilant et débonnaire, un excellent avocat, un homme d'Etat de valeur, et par dessus tout un éminent représentant de cet humour britannique, dont son biographe marque si finement les différences aveola gaieté française : « Chez nous l'esprit est dans une série d'étincelles dont chacune, isolée et mise sous verre^ n'aurait plus de sens. La plaisanterie anglaise est faite d'unités plus résistantes. Dans ce pays gris on cultive, on choie une belle répartie^ comme une tulipe rare, Une fois éclose, on l'annonce, on se la passe de mains en mains jusqu'à ce que, un peu embellie en route, elle soit recueillie par un écrivain. A ce titre enco]^e, Th. More est un des premiers représentant de l'esprit national. »

Un autre enseignement de la carrière de Morus (et son historien s'y est arrêté avec une visible et légitime satisfocdon), c'est qu'avant la campagne de Luther, les meilleurs d'entre les catholiques envisageaientavee une rare largeur d'esprit la nécessité des réfbrmes, et* que la révolution religieuse a brutalement interrompu une évolution' aussi intéressante que féconde. Ami et confident d*Era8me, Morus à ses débuts dénonçait les abus et préconisât les remèdes avec cette sereine hardiesse que donne une foi inébran*

IISÔ UCTDUS ITHISIOIU IIU6IID8I

lable an dedans et respectée an dehors. Quand yint le fonenx assaut contre les dogmes essentiels, Moros, forcé de parer an danger imminentt ne se préoccupa plus que de défendre la tradition catholique; c'en était fini pour plusieurs siècles des confiantes et dociles audaces ^ Fini aussi, en Angleterre da moins, de cette gaieté, j'oserai presque dire de cette jovialité candide dans la foi, qni ne va guère qu'avec le catholidsme. Pour trouver i quoi comparer les libres effusions de son héros, H. Bremoad esl obligé de recourir aux œuvres de saint François de Sales. Tout en rendant hommage aux admirables élans qui, dans l'anglicanisme et dans les sectes dissidentes, ont soulevé tant d'âmes vers l*infinii il adresse un salut, plein d'émodon et de mélancolie, à « la ample piété souriante, l'âme de jeunesse de cette Angleterre religiense i la fois reposée et sereine, qui va mociir avec Thomas More ».

La vie et la mort de ce dernier mériudent encore d'être uiises en lumière à un autre point de vue. L'histoire officielle semble cbet nous avoir pris à tâche de représenter les premiers réformés comme les champions exclusifs de la liberté de conscience, de soutenir que les torUonnaires et les bourreaux étaient tons an service du catholidsme : quand elle a maudit Philippe II, Marie Tndor et la Saint- Barthélémy, elle s'arrête, comme â bout d'anathèmes, et ne trouve plus que des couleurs très atténuées, sinon favorables, pour peindre les princes et les chefs protestants. Cette vue fausse est d'autant plus importante à rectifier, que la liberté d'enseignement court actuellement plus de périls. La venté et que la conception de la liberté de conscience, totalement étrangère au droit public du seizième siècle, ne se présentât alors, et de manière assez imprécise, qu'à quelques intelligences d'élite. Thomas Morus fut du nombre : convaincu en prindpe que l'hérèôe était punissable, surtout lorsqu'elle inspirait des violences anarchiques, il se montra en pratique d'une infinie mansuétude à l'égard des dissidents traqués par Henri VIII pendant la période d'orthodoiie de ce prince. Il témoigna plus éloquemment encore de son respect pour la liberté de consdence, car c'est pour elle qu'il mourut autant que pour la foi catholique. Sa disgrâce et sa condamnation furent motivées par son refus de souscrire à une formule qui niût la suprématie papale : or, Morus ne croyût pas

* Ceci n'est pas spécial à TADgleterre. Nous aurons prochainemeot t revenir sur cette question, quand seront parus tous les fascicules de rSùtoire de France de M. Lavisse relatifs à la Réforme, et quand notre collabo* rateur, M. Tabbé Baudrillart, aura réuni en volume les conférences qui, en ce moment, attirent à l'Institut catholique de Paris un auditoire considérable.

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que cette suprématie fût un dogme défini et arrêté; mais il l'admettait par conviction personnelle, et c'est simplement pour ne point abjurer son sentiment individuel que, sourd à toutes les compromisfflons, il monta snr l'échafaud. « Grâce à la pitié et à la pmssance de Dien », écrivait-il à sa fille, « je n'ai jamais pensé à consentir à quoi que ce fût contre ma conscience. » M. Bremond a donc mille fois ndson de revendiquer pour lui le titre de martyr de la « liberté de penser », laquelle n'est nullement synonyme de la « Libre Pensée », ce fanatisme étroit et inintelligent entre tous. Les derniers jours de Morus offrent un étonnant mélange de naturel et de sublimité. Torturé par les sollicitations de ses proches, il avût la force de leur résister sur un ton enjoué, et de donner un tour plaisant à son indomptable ténacité. Nullement porté aux forfanteries ni aux bravades, très éloigné da tempérament d'an Polyeucte, il retrouva pour se défendre toutes ses ressources d'avocat consommé, et offrit les concessions qui ne lui paraissaient pas incompatibles avec sa conscience. Contre l'avis de ses meilleurs conseillers, le despote irrité se refusa à la conciliation proposée. Morus alors ne se prépara pins qu'à mourir, non pas théâtralement, mais dignement et simplement. Après avoir rappelé le souvenir de sûnt Paul, associé au triomphe céleste de saint Etienne au supplice duquel il avait participé, il dit à ses juges : « C'est mon espoir et c'est ma prière fervente que Vos Seigneuries, qui ont ainsi concouru à ma condamnation sur la terre, me retrouvent au ciel, où nous nous réjouirons ensemble pour toujours. » Quelques jours plus tard, il marchait au supplice, avec la même attitude enjonée et sereine, aussi loin de toute exaltation que de toute défaillance, triste sans doute des larmes des siens, mais heureux de verser son sang pour sa foi, et comme inconscient de l'héroïsme que faisait ressortir la lâcheté de tout un peuple.

C'est une biographie complète de l'abbé de Rancé, et non pas seulement un récit des relations de ce ssdnt homme avec Bossuet, que vient d'écrire le P. Marie-Léon Serrant, religieux de la Grande- Trappe. Si l'austérité de la règle cistercienne ne lui a pas permis de faire au dehors toutes les recherches nécessaires pour rassembler des documents, les archives de son monastère lui en offrâdent une mine incomparable. Il les a mis en œuvre avec une conscience et un savoir-faire qui, sous la robe du moine, décèlent l'érudit et le lettré.

Condisciples de S^rbonne, séparés d'abord par la divergence de

lias LBaORfiS D*HffîT«iS BËUQIEUSS

leurs goùti4 encore pins qfne p&r la diveroité de leors carrièn», Bosanet et Rancé renonèreirt une éinnie anntié qiund le filleul d» Bkhelieoi» le disciple det Retz, le prêtre mondidn et ambUeuxeot donné l'exemple de la.pôniteiMce la plus séYëre et la plos aottteue. Le prélat, maigre les occupations qni Tabeorbaient, fai parmi 1» assidus visiteurs de cette abbaye de la Trappe, arrachée à une obscure décadence et devenue le centre r^pecté de la refont dstercienne^ Leur longue et régulière correspondance mmued» part et d'autre autant de déférence que d'ouverture d'&oM. Qoui Bossuet septui^pénaire apprit que son ami l'aurait précédé daas la tombe, il adressa au successeur de Rancé ces quelques ligoefl^qBe le P. Serrant a bien raison d'appeler un magnifique sommake d'orakon funèbre : « Je ne puis en dire autre chose, sinoD que c'était un aulne saint Bernard en doctrine, as piété, en mordfication, en humilité, en zèle et en pénitence; et la postérité le comptera pamû les restaurateurs de la vie monastique. »

Sur les années de jeunesse et de dissipation d'Armand Le Boci^ thiUier de Raacé, son nouveau biographe a passé rafûdemeiii, comme il convenait à un fils spirituel : il s'est contenté d'iacËquer l'essenUei et de réfuter quelques légendes, pressé qu'il était de nous montrer le pénitent et le réformateur do la Trappe. Le» détails qu'il donne à cet égard ne sont pas seulement édifiants: 3 procède le plus possible par dtations, et sans approcher de b majesté du style de Bossuet, les. écrits de Rancé révèlent, aiee une parfaite culture classique, des dons remacquables de force et de lucidité.

Les noms de Trappe et de Trappiste sont devenus, grâce àRucé, synonymes de ce que la mortification chrétienne a de phishéroiqBfif de plus redoutable à la naturelle mollesse de notre nature. 11 pûatt qu'au dix- neuvième siècle, on a trouvé moyen* de reneb^ir eacoie en fait d'austérités, et de réformer la réforme même du saint abbé. A des laïques, elle produit pourtant une impression presque tenifiante : multipliant les jeûnes, réduisant la journalière portioo d'aliments, rendant le vêtement et le coucher plus inconfortables, Rancé n'alla- t-il pas jusqu'à supprimer les soins médicau? Ces mortifications ou privations physiques n'étaient rien auprès dis épreuves morales, comme le silence ;>^;9i^^ii^/ et la pratique ordtnaire des humiiiaiions* Ce qu'on désignait ainsi^ et que nous serions tentés de noomier avanies^ c'étùeitt des refurocbes tiés durs, adressés par les supérieurs à l'occasion de fautes iisigmfiantes, afin de plus efiScacement mater l'amour- propre. Aadiiseptième siècle déjà, certains critiques objectaient qu'une idle pratique se conciliait mal avec le respect de la justice et de b

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eharité; mais Raneë la jnstifiût par la tsadition des aedeas cénobites, et au retour d'une mite à la Trappe, le futur cardinal. Le Ganus, l'une des lumières de Tépisoopat, écrinsât a¥ec une «»{uise ffimpUoilé : « Gomoie j'ai beaucoup d'orgudl, c'est ce qui m!a aenÂlé le plus contraire «au yiél Adam. »

knpîtoyable.ponr lui-même et pour les reli^eux qui se vouaient sous sa ÀrectionÀ une vie d'expiation, Tabbé de la Trappe envisageait tout autrement'les devoirs de la pénitence pour les chrétiens du monde qui recouraient à ses avis. Non seuloneiit il leur inlar- 'disait absolument les mortifica^ons nuisibles à la santé, mais il développait voloatiers cette idée que nous supposons moderne, à savoir que la.mdUeure pénitence dans te monde consiste à accepter d'un cœur soumis les épreuves de la vie : « Dieu nous connaît nneux que nras-mèmes, et se réserve le sdn de nous envoyer des croix propordonnées à nos nécessités et à nos bes<nns. « Fort de son expérience mondaine 4-autrefois, il allait jusqu'à donner à la dudiesse de Guise de très sfûrituels et très sagaces conseils de toilette : <c Pour la écœure, elle peut bien n'être pas comme on l'avait il y a trente ans» parce que les manières changent souvent en ces pays-d, et qu'on serait regardée c<HBme une personne qui viendrait de l'autre monde. Il iant cependant qu'il y ût de la différence entre celles qui se proposent de plaire à Dieu et 4'être agréables anx thommes. »

Il apporta le même esprit de prudente mesure dans les relations qu'il dut conserver ravec les autorités dviles et reli^euses. Si ses amis de cœur dans l'éiMScopat étalent 4es prêtres, modèles, comme Bossuet, comme Le Camus, comme Barillon, évêque de Luçon, il eut soin de ménager à son abbaye et à ses écrits la protection de pr^ts plus influents qu'édifiants, tels que Le Tel£er, le frère de Louvoie, et Barly âe Ghampavallon. Il déclina dignement le: patronage inattendu de M** de-Montespan, qm s'offre à intervenir dans le débat entre la stricte observance et la large observance; mais élevé dans les traditions gallicanes, il ne se fit point scrupule de recourir an pouvoir royal pour empêcher ou atténuer l'effet de bcefe pontificaux qui lui semblaient mettre son œuvre en, péril. . Son renom de sainteté était tel, qu'on réclamait de Umtes ps^ts son avis dans les controverses retigiouses qui préoccupaient la société du dix-septième siède. Vainement s'excusait-iLsur son ignorauice ou son isdement du monde : on savait que le brillant docteur de Sorbonne eontànuait dans sa retraite à méditer les questions^ théologie; ses lettres, copiées, communiquées, parfds imprimées à la dérobée, étaient avidement attendues et passionnément commentées; la modération même du ton en accroissait l'effet. Malgré

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d'anciennes relations avec Arnanid et Nicotet Rancé adhéndt ini condamnations portées contre le jansénisme; mais comme 3 s'élevait en même temps contre ce que Bossoet appelait énergiqnement « les ordures des casnistes », sa lettre, adressée an maréchal de Bellefonds, lui valut les attaques des deux partis extrêmes. Pressé plus tard par deux cardinaux romains d'écrire an traité sur les affûres du quiéUsme, il s'y refusa par banûlité, sans déguiser que ses convictions comme ses sympathies étaieot do côté de Bossuet; il lui adressa même, pour l'encourager i réfuter les Maximes des Saints, une lettre que le prélat déclarait « d'aoe force incomparable ».

Il est une autre polémique, presque aussi célèbre, où Raocë joaa le premier rôle, car il s'agissait de l'institut i la réforme daqael il avait voué sa vie depuis sa conversion. Les fils de saint Beoolt devaient-ils s'adonner aux études intellectuelles, ou se cantooDer dans les travaux manuels? Tel fut Tobjet de la controverse qui s'éleva entre Rancé et le docte MabiUon, et où les deux champons firent assaut de sdence, d'éloquence, de piété et de courtoisie, oa plutôt de charité. Le difl'érend se termina à la Trappe par nne scène touchante, où tous deux, s'étant mis à genoux, se donoërent l'accolade en s'excusant des vivacités qui auraient pa leur échapper.

Il nous semble, à nous autres profanes, que la contestatiofl reposait sur un malentendu :. hommes d'étude et hommes de traiai! corporel, bénédictins de Saint-Uaur et trappistes, sollicités par des vocations différentes, occupent des logis distincts dans la maison du Père céleste. La question de savohr leqpiel des deai instituts était plus fidèle aux traditions du monacbisme priiûtif parait subsidiaire à nos esprits imbus de l'idée d'évolution : il en allait autrement au dix-septième siècle, et sons l'irréprochable convenance des termes, on sent de part et d'autre nne émotioo intense. Bossuet, par aversion pour l'abus de l'érudition et de la critique, se prononça pour son anû, sans intervenir ouvertement. Mais deux siècles plus tard, la question a été tranchée en sens inverse par une décision du grand Léon XIII, engageant les trappistes à élever au sacerdoce le plus grand nombre possible de lenrs religieux, et impo3ant à ceux-là des études approfondies de science ecclésiastique. Le livre même du P. Serrant n'est-il pas la mtillenre et la plus éloquente preuve qu'on s'est quelque peu reiftcbé i b Trappe de l'implacable ostradsme de l'abbé de Rancé à l'égard des travaux de l'esprit?

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Daos le cours da dix-neaviëme siëclet tandis que la plupart des cbajûtres des églises catliédrales de France se réduisaient à recueillir les prêtres qui avaient usé leurs forces physiques dans l'exerdce du ministère paroissial, celui de Notre-Dame de Paris faisdt, il fait encore eicepUon : par le nombre de ses membres, par la relative jeunesse de plusieurs d'entre eux, par leur assiduité à l'office canonial, par l'esprit de corps qui les anime, il perpétue en une certûne mesure les traditions du temps où les chanoines de Notre-Dame étaient de puissants et révérés personnages, trsdtant d'égal à égal avec les premières autorités de la ville.

Ce temps revit dans le livre à la fois très documenté et très littérairement composé de M. l'abbé Meuret. A l'ûde surtout des anciennes archives capitulaires, aujourd'hui déposées à l'hôtel Soubise, l'auteur a montré d'abord ce qu'était le chapitre de Notre- Dame à la veille de la Révolution, puis résumé l'histoire de sa suppression.

Plutôt même que de former le conseil épiscopal et de pourvoir à l'administration du diocèse pendant la vacance du siège» la fonction essentielle des chapitres était d'assurer dans l'église cathédrale la régularité et la solennité de l'office divin. De ce 8oio,«au dix-huitième siècle comme dans les antiques périodes de ferveur, les chanoines de Notre-Dame s'acquittaient avec une édiCante ponctualité. Au nombre de cinquante et un, assistés d'un important personnel subalterne, un règlement sévère et une tradition respectée les astreignûent à faire continuellement acte de présence au chœur, à moins de sérieux empêchement. Les plus valides d'entre eux assistaient même à l'office de nuit, chanté alors quotidiennement à Notre-Dame comme dans les monastères.

Dieu me garde de médire des admirables manifestations de foi dont la cathédrale de Paris est à présent le théâtre, et qui n'ont peut-être j>oint leur équivalent dans les âges précédents! Mus au point de vue de la splendeur des cérémonies, rien actuellement ne peut nous donner l'idée des grandes « fonctions » du dix- huitième siècle. Qu'on se représente d'abord la vieille église, non pas ramenée à l'artificielle et morte unité de décoration du restaurateur Viollet-le-Duc, mais parée des richesses qui étaient le tribut successif de vingt ou trente générations de croyants, et des drapeaux qui étaient les trophées des victoires de Coudé, de Turenne, de Luxembourg et de Maurice de Saxe. Au milieu de ces magnifi-

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cences, un nombreux clergé, revêtu d'ornements historiqaes^, et déroulant la pompe de la liturgie parisienne. Sur ce dernier pdnt, mes contemporains peuvent du moins faire appel à leurs souvenirs d'enfance : ils se rappellent avec un soupçon de regret les degrés de l'autel occupés par les «indhM » en daknuiqQesd'or, le colossal ostensoir promené sur un support, la béoé^Qetkm do Saint* Sacrement chantée sur la foule proeternée, les omeanto cendrés au Carême, rouges et ntHra i la Pasûon; et par diBus tout les séquences du moyen âge reprises en choBur, ces siquences aujourd'hui reléguées au Salut, où la plupart des maîtres de cbapelle les passent parement et simplement seus.sileBee* — Fhsieurs fois par an, les portes de la basilique donnaient pasngei m»e somptueuse procesâon du chapitrei qui tantôt parcourni les rues étroites de la Cité, tantdt se rradîôt à Saînte-GeDeYiève, à Saint-Germaiii*-rAuxerrois ou dans quelque autre sanctuaire. 0^ les fêtes proprement religieuses, le calendrier litnrgiquedachaptR comportait la cMébraâon solennelle de certains anniveniires nationaux et patriotiques, comme l'esputabn des Anglais asqûzième siècle et l'entrée d'Henri IV dans Bairis.

Obligés de demeurer à proximité de l'église, les meobradi chapitre occupaient un quartier spécial, le Cloitrt^ dont les mûsoHS, aujomrd'lmi démolies en grande partie^ ne ponnieDt appu*tenir qu'à des chanoines. En tant qn personne monie, le chapitre exerçait sa juridiction sur une partie de la Gîté, et possédait, tant à Paris que dans la banlieue, de nombreux iflunoUeB, sans parler- de la seigneurie de phisieurs viUagea-et dndnitde dlme sur près de dix-s^t mille hectares.

Ces gros revenus avatent leur contrepartie. Le chapitre povvoyait A l'entretien dm culte dai» la cathédndeet daas lespanisses de la Cité. Partout où il possédait soit des domaines, soit des dnits féodauxi sa générosité s'exerçait large et inteHigrate. On desa dignitaires, le Chantre, avait la hante maia sur ce qu'on ap^ alors les « petites écoles » de Paris et de la banlieue, ^ les denm capitulahres cohtribvaient efficacement an ctëveloppeaiciit de II*truction primûre.

Les chanoines actuels de Notre-Dame paasenet pour jmteiitflt jaloux de leurs prérogatives. Hais ici encore, ils n'approcfasat pat de leurs devanciers, qui, se considérant comme chez eux dansletf église, n^aecordûent réglementairement à un évêque qu'une Ughe inclination de tête, et ne coosentaîeot A installer l'archevè^ ^

^ Beaucoup ayaient été donnés par des rois ou reines à l'occasioa (fé^* nements mémorables.

UGTORIS D*mSTQlBE REUGISUSE 1143

Paris loi-mème qu'après qae ce prélat, agenouillé devant les chanoines asm et couverts^iSiymi prêté serment de ne jamais porter attente anx immunités da chapitre I Cette cérémonie traditionnelle s'accompiit pour la dernière fois en 1782, lors de ^intronisation de M. de Joigne, avec qui â'^aïUeurs les chandnes firent assaut de prévenances. C'est qu'ils avairat la noble prétention d'être la vivante représentation et comme l'incarnation de leur isaihédrale, traditioniiellemeBt liée aux plus augustes sooveoks de la monarchie. Notre-Dame de Reims sans doute était l'église du sacre, et Saint-Denis la royale nécropole : mais Notre-Dame de Paris élût sans conteste, comme le chapitre l'écrivait déjà à Henri II, « votre paroisse et l'église principale de votre royaume ».

La Révolution fit litière de ce 'glorieux passé, comme elle dispersa les richesses accumulées sous les vieilles voûtes. Tout en s'inquiétant de certaines tendances subv^sives, le chapitre était loin de s'être systématiquement opposé aux innovations. Son cahier, qui témoignait de l'orthodoxie catholique des cbammies, admettait et réclamait, avec des réformes politiques, la suppression de la plupart des privilèges financiers. Le chapitre souffrit la tenue d'assemblées électorales dans l'égUse, se prêta à toutes les bénédictions de drapeaux et chants de Te Dewn qui furent demandés, offrit même une partie de ses locaux à l'Assemblée Nationale, quand, après les journées d'Octobre, elle s^installa prowoirement à l'arohevèdié.

Tant de bonne grâce ne désarma p(nnt ceux qui étaient déddés i confisquer les biens du clergé et à refondre l'organisation ecclésiastique au gré de leur e^rit de secte. Après avoir été dépouillé de sa fortone temporelle, dont il fit consciencieusement l'inventaire, le diapitre fut supprimé comme inutile, au même titre qae les monastères* Sa; fin fut décente et digne : après savoir rapp^ les principes dans «le protestation fortement motivée, les chanoines cédèrent va la force, s'éloignant de ce chteur et de cette salle capitulaire que le schisme allait profaner. Un seul d'entre eux, ntr près èe dnquame, devait prêter le serment eonstitutioBfliel.

Le nom de Lamennais évoque -avant tocU^le souvmir du grand ^rivain qui traduisit avec une souvemiae éloquence leaespéranoes et les revmdications de l'Eglise de France, avant de laconstemer parlesoaiidalede'Sachiite. A peine sait-^on que Féli de Lamennais avait un frère 'attté, Jean4larie, prêtre comme lui, «pii sans approcher du génie littéraire tie son cadet, marqua dans le clergé

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da âix-neanfeme mëde, non seulement ptr le peraéfërant ëcl&tde ses vertus et par la fondation d'une importante congrégadon enseignante, mais par d'éminentes qualités d'esprit. Eclipsé d'abord, puis quelque peu compronus par la réputation de son cëlU)re et terribte frère, Jean-ttarie de Lamennais n'a pas obtenu pldoe justice de ses contemporains. Le vingtième siècle semble promettie à sa mémoire de légitimes réparations : pendant que ses fils spirituels obtiennent les honneurs de la persécution, l'Eglise se prépare à le placer sur les autels à côté de son précurseur Jeao- Baptiste de la Salle. Un Oratorien, le P. Laveille, vient de consacrer au futur bienheureux, à l'ûde des riches archives de la communauté de Ploêrmel, une érudite, copieuse et très attachante biographie, qui rendra désormais inexcusable notre ignorance an sujet de la vie et des œuvres de Jean-llarie»de Lamepnûs.

Celui-ci naquit en 1780, à Saint-Malo, d'une famille de riches armateurs, que le blocus continental devait, plus tard, miner. Encore enfant, le spectacle de la persécution reUgieuse détermina en lui le germe de la vocation sacerdotale. Confirmé à la dérobée parledernierévè]uedeSaint-Malo, M. Cortois de Pressigny, qni, dès la nuit suivante, partût pour l'exil, l'adolescent passa le temps de la Terreur à escorter, à protéger, à cacher les quelques prêtres qui, sous un déguisement, continûment leur ministère apostoliqne. L'épreuve ne fit qu'ancrer ses résolutions : à pdne le calme rétabli, il reçut les ordres sacrés, qui lui furent administrés avec qndqne hâte, en raison de ses excellentes dispositions et de la <fisette de prêtres qui sévisssdt alors. Un labeur acharné, puis des relations suivies avec M. Emery et les Salpiciens, remédièrent à ce qne cette préparation pouvait avoir eu de trop sommaire. Tout en collaborant aux premiers écrits de son frère Féli, le jeune prêtre, fixé dans sa ville natale, s'occupait à la fois d'exercer son ministère de vicaire et de faire prospérer un établissement d'éducation, qui (enait à la fois, selon la pratique du temps, du collège communal et dn petit séminûre.

En 1813, le désastre commercial de son père vint lui rendre douloureux le séjour de Saint-Malo. L'honneur, sans doute, était sauf, et l'abbé Jean, se substituant au vieillard pour la triste besogne de la liquidation, avait fait appréder des créanderssa délicatesse en même temps que sa parfaite entente des affaires. Hais cette délicatesse même l'avertit qu'il serait préférable de s'expatrier : il accepta de devenir secrétaire de l'évêqoe de Saint- Brieuc, l'un de ces frères Caffarelli que Napoléon protégeait en mémoire de l'aide-de-camp tué devant Saint- Jean d'Acre.

Ce prélat mourut au début de 1815. L'installation de son suc-

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cesseor fat longtemps retardée, et Tabbé de Lamennais, nommé yicsdre capitalsdre en compagnie de prêtres cassés par l'âge, se trouva en fut régir le diocèse de Ssdnt-Brieac pendant pins de quatre ans. Gomme les routes étaient à peu près inconnues, il faisait à cheyal la visite des paroisses. C'était pour radnûnistration ecclésiastique une période diflScile : la conclusion, puis l'ajournement du Concordat de 1817, troublaient les esprits; le clergé, même en Bretagne, manquait encore d'homogénâté et comptait d'assez nombreux vétérans de l'Eglise constitutionnelle. De plus, et malgré les apparences, la parfaite bonne volonté des princes était entravée par les traditions gallicanes et presque josépbistes qui prévalûent dans l'esprit de b^ucoup de fonctionnaires. Féli cédait sans doute à son habituel amour du paradoxe qaand il écrivait, à propos des tribulations de son frère : « On étût presque dans le paradis, sous Bonaparte, en comparaison. » liais si l'Eglise était alors à l'abri de tonte persécution, elle n'était point sauvegardée contre les interventions mesquinement tracassières.

Un nouvel évêque prit, enfin, possession du siège de Saint- Brïeuc : ses généreuses qualités étaient voilées par de graves défauts de caractère. Il ne tarda point à s'offusquer de l'influence qu'avait conquise son vicaire général. L'abbé de Lamennais eut le tact de s'arracher à la nouvelle patrie avec laquelle il avait contracté tant de liens d'affection. A peine venait-il de donner sa démission que le prince de Croy, archevêque de Rouen et grandaumônier de France, le mandait à Paris comme vicaire général de la grande aumônerie. Contrairement aux précédents tant de l'ancien régime que de l'Empire, Louis XVIIl avait résolu de confier au grand- aumônier la direction supérieure des affaires religieuses, et notamment la préparation des nominations épiscopales. C'était un vrai ministère, que le idcaire général dirigea en fait, comme il avait dirigé l'évêché de Saint-Brieuc. Si les belles dames de la cour souriaient parfois de son inélégance sous la soutanelle et le petit collet, sa piété édifia tous ceux qui l'approchaient, et son administration eut le suffrage des hommes les plus éminents du clergé.

Elle prit fin quand on eut constitué un ministère des affaires ecclésiastiques; le grand-aumôoier, réduit à ses attributions auprès du personnel de la cour, n'avait plus besoin de viccdre général. Déclinant les postes brillants qui lui étaient offerts de différents côtés, et tourmenté d'un désir qui devait sollidter tant d'âmes généreuses pendant le dix*neuvième siècle, Jean-Marie de Lamennais résolut de fonder une société de prêtres qui, unis par des préoccupations et des inclinations communes plutôt que par des

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vœaz, se livreraient ensemble an traymil, à la prière, et s'efforceraient de foornir anx nouvelles généradons ane 8poIogéli({Qe appropriée à leurs besoins. L'idée était féconde 6t reséôitioii parut d'abord pleine de promesses : tout s'écroula dons la catiBtrqriie de FéU.

Les deux frères, en dépit de Faivtiiiomie de leurs caractères, s'aimaient tendrement, et leurs premiers travaux UttéraÛFes avaieit été faits en commun. La légende veut que, malgré ees répugnanci», Féli ait été poussé à la prêtrise par les instances de Jeao^Marîe : en réalité, celui-ci ee réjouit de ce qu'il appelait la vocation «fiat^nelle, mais la responsabilité de la décision appartient à un saint prêtre, l'abbé Teysseyre, qui montra ici plus de zèle que de cUrvoyance. Quand vint l'heure de la tentation, Jean4iarie s'épàaa en efforts pour cahner les rancunes de «on Irère, pour rér^Biet ses sentiments de foi et d'hunriité. Après même l'apostoâe, S oominua à le voir tant que Féli vint en Bretagne. Lorsqu'il sot ee denrier-gravement'maladevquiHque lui-même fûtpresque impotent, il prit le chemin de Paris et fut arrêtera Rennes par la nouvelle de «ttemort affreuse, de cette agonie désespérée autour de laqudk avaient fmt le guet des amis qui n'étaient pas tous des oedaîres. L'&me brisée, Jean^^Harie voulut, quelques semaines après, ravoir la Ohemaie; il eut la force de dire la messe sur l'autel 'Où les deoi frères s^étaient A souvent euceédé (naguère; mais, essayant eosnile de faire quelques pas dans le parc, il s'écria dans un sanglot : <c Pélil oh! Félil » et tomba en syncope.

Dès la poMication de l'^icydique, et nirtout après Fappuiliap des Paroùs (Pun croynni, Ssan^Marie avait mûltipHé tes marqoes d'adhésion aux décisions pontificales. Sans tenir comptO'^de ce qne ces démarches ootitaient à son cœur, certains intransigeants Ib»- Buèrent qu'elles manquaient de nettcfté; 'd'auti^Bs firent ^brulalement mtendre que le nom de Lamennais était désonnab trof compromettant. Le saint prêtre s'inclina, et renonçant à laon rêve de formation d'une élite intellectuelle dans le clergé, voua In vingt-cinq dernières années de sa vie à l'éducation Tëfipewe des enfants du peuple.

^ Au temps où il était vicaire capitaWreii Saint-Brieuc/ il avait gémi de l'ignorance totale où était {rfongée la population bretcn» (il foutre rappeler qu'avant 1815, il n'y avait pas en firetagae vne seule école giatmte). Les Frères des Ëooles chrétiennes, 'histtiiB avec succès dans la ville' épiscopale, ne pouvaient tenir tes èoèkB rurales, puisque leura statuts leur interdisaient ée nvreantrsMil iqu'en communauté. L'abbé de iLamennais eut Uidée de^fimânme association provinciale, dont les membres favent individoaltaBflnt

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oommeiinstitotearâ dans les viUagM, sons laBorveillance des i^wcéMi De là le^Frêrês de t Instruction chiitieuMi appelés communément Frères de PioSrmel^ dxï nom det la yiUe otuiat installée plus tarà la:,maiseQrmère»

Laft débats lurmt- humbles et V comme il. convient aax.cBuvnes d'avenir» entooiiés de mille diflScuUés. L'abbé de Lamennais» dasa la rédaodonidea règles, s^était insjûié des idées du saint cbanoine de Reims, qui, prêtre comme lui, avait fondé comme lui un institut dont les membres renonçsdent à la perspective du sacerdoce pour instruire les enfants du peuple. Hais il étût attentif à accueillir toutes les idées nouvelles, en ce qu'elles avaient de plausible : dès 1826 par exemple, alors que la férule sévissait encore' dons toutes les écoles, il faisait à ses Frëreë un cas db conscience de frapper un enfant.

Les Frères de l'Instruction chréâenne n'échappèrent pmnt à la tourmente antirelîgiense qui suivit la révélation' de Juillet : mma dès 1882, le protestant Guizot, qui avait l'esprit -trop élevé pour se laisser dominer par les préjugés da secte ou de puli, saluait en l'abbé de Lamennais un des mc^leurs auxiliaires de- la difflasion de rinstFuotion primaire, et lui accordait le patronage ^ officiel du ministère de l'instruction publique ^ Ëli 18&6, le comte de Salvandf lui fit déoamer la croix de la Légion d'honneur, que l'humble prêtre ne voulut jamais porter.

Cependant les novices arrivaient de plus en plus nombreur,^ pénétrés de l'admirable foi bretonne et prêts k tous les dévouements. Le fondateur, qui les tutoyait paternellement, leur infusait son zèle et son expérience. Bientôt l'institut, répandu et populaire dans les cinq déimrtements bretons, essaimait dtens d'aotres pro^ vinces, comme la prochaine Normandie et la lointmne Gascogne, n fondait des écoles dans la plupart des colonies françaises : aux Antilles ^ et au Sénégal, les bienfoits de l'instructioni religieuses prépaesient l'émandpation des esdaves et prévenaient les inoon^ yénients du brusque affranchissement en: masse. Quand' l'abbé Jean-Marié de Lamennûs mourut octogénûre en 1860, le bien opéré par ses modestes disdples avait de quoi le consoler du scandale causé par l'orgueil de celui qui lui touchait de si près.

Ën.aml 1902, les Frères de l'Instouction chrétienne, au.nombre de plna de deux mille fflx centav distribuaient l'ensûgnemeot, soua toutes les laAndes, k soiiante^-quinze mille enfants. Depms lers^ et au lendemain du jour oii s'était ouvert le procès de béatification

* Plus tard, Guizot tint à avoir un Frère de l'Instruction chrétienne comme instituteur dans son écoie du Val-Richer.

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de leur fondatear, ils ont eu à pâtir de la crise de folie qui s'est déchaînée dans notre malheureux pays. C'est ponr assorer la tm sons séquestre de la tombe de l'abbé Jean-Marie, c'est ponr pré- Tenir les protestations de la population de Ploêrmel, qu'on mobilisait dernièrement une petite armée. Pour les Frères de Ploêrmel, comme pour tous ceux qui participent à la même épreuve, rhistoiie du passé garantit les réparations de l'avenir, et cette confiance les aide à supporter les tristesses de l'heure présente.

Noël Clazân.

Bien qu'il ne rentre pas absolument dans le cadre de cet artide, je voudiais signaler en post-scriptum à nos lecteurs^ et particolièrement à nos lectrices, un livre posthume de la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein ^ On sût, au moins par l'intéressante biographie parue dernièrement ici même, qu'en cette âme d'élite les sentiments romanesques s'alliaient à une foi chrétienne ardente et à de prédeux dons d'observadon. Ecrivsdn ardent et soafent pittoresque, mais inhabile en l'art de se borner, comme il arrive souvent aux imaginations slaves, trop vraiment humble avec cda pour se faire ou se laisser publier de son vivant, la princesse a laissé des œuvres fortes et charmantes, riches de conseils efficaces et de réflexions profondes, qui n'avaient besoin que d'être élaguées pour obtenir le plus légitime succès.

C'est ce travaU délicat que M. Laubarède vient de très heureasement exécuter sur une suite de méditations ou plutôt de causeries familières, destinées aux femmes du monde. Envisageant les rapports avec les égaux et les inférieurs, la princesse étudie successivement, à la lumière de son expénence mondûne et de ses connctions religieuses, deux qualités et deux défauts, la bienveillance et la coquetterie, l'indulgence et Tirascibilité. Je puis certifier que ce petit livre est très intéressant à feuilleter, même pour les hommes; me sera-t-il permis d'ajouter que les préceptes on sont utiles à méditer, surtout pour les fournies?

* Princesse Garolyne de Ssyn-Wittgenstein, Nos égaux et nos mférieurSy ou la vie chrétienne au milieu du monde, Eatretieus pratiques recueillis, révisés et publiés par Etienne Laubarède. Paris, Téqui, 1904, xy-418 pages in«l2.

LES ŒUVRES ET LES HOMMES

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