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RADIATIONS

A propos du prix Nobel et de la médaille Davy de la Société royale de Londres. — Découvertes sur découvertes. — Le Radium. — Historique.

— Depuis 1898. — L'Uraoium. — Rayons singuliers. — Analogie avec les rayons X. — A travers les corps opaques. — Radio-activité. — Dans le minerai d'où Ton retire Turanium. — Fouilles et fractionnements. — Le Polonium. — Un élément nouveau. ~ Deux décigrammes de radium dans une tonne de Pechblinde. — Un métal à 150,000 francs le gramme.

— Deux grammes dans le monde entier. — Rayons et émanations du radium. — La radio-activité induite. — Choses mystérieuses : générateur d'électricité. — Générateur de lumière et de chaleur. — Source permanente indéfinie de travail. — Le mouvement perpétuel en 1903.

— Propriétés physiologiques. — Traitement du lupus et du cancer. — Autre découverte à Nancy. — Les rayons n. — Origines. — Flamme et bec Auer. — Dans le soleil. — Singularités. — Seconde découverte à Nancy. — Radiations du corps humain. — Réalités et hypothèses.

Le jour récent où le fameax prix Nobel de physique fut partagé entre U. et M"''* Curie et M. H. Becquerel, brusquement le grand public découvrit le radium?

Psychologie de la foule I La découverte du radium remonte à 1898. Nous avons ici même suivi pas à pas les recherches entreprises sur le nouveau métal. Et pourtant, semble-t-il, l'opinion ne s'en préoccupait guère. Malgré ses singularités, le radium passa inaperçu pendant des années. Biais comment ignorer un corps nouveau qui est devenu l'objet de récompenses si hautes, un corps que la Société royale de Londres a appelé « la plus grande découverte de la chimie moderne », qu'elle a même désigné sous le nom de « métal révolutionnaire ». Que signifie tout cela et qu'est-ce donc que le radium?

Il est clair que le public n'avait pas été suffisamment frappé par les notes qui furent publiées sur le radium et qu'il n'avait pas sûsi suffisamment l'étrangeté de la découverte.

Nous n'allons pas recommencer ici à retracer l'historique des faits depuis 1899. Mais sans doute n'est-il pas superflu de résumer très brièvement ce que l'on sût sur le radium et de montrer en quelques lignes pourquoi c'est un « métal révolutionnaire ».

Le métal de M. et M"^"* Curie resterait peut-être encore ignoré

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aujourd'hui si M. H. Becquerel n'avait découvert en 1895, Tannée des rayons X, que l'uranium, un vieux métal isolé par Peligot en 18i2, émettait aussi des rayons très singuliers qui exd^ talent la phosphorescence des corps phosphorescents, qui traversaient les corps opaques, agissaient sur la plaque sensible, déchargeaient les éiectromètres, se subdivisûent en radiations distinctes aux propriétés diverses, etc. Ces «< rayons Becquerel » étaient presque aussi extraordinaire que les rayons X.

Or l'uranium y son oxyde l'urane, se retirent d'un minend malheureusement rare et notamment d'un minerai de zinc, la pechblende. M. et H""* Curie se demandèrent si, en fouillant la pechblende de Joachimstal, en Bohème, particulièrement rare, on 06 rencontrerait pas d'autres corps susceptibles d'émettre comme l'uranium un rayonnement continu. On venait de trouver que le thorium, métal d'un oxyde rare que l'on emploie aujourd'hui dans ia confection des becs Auer, rayonnsdt comme l'uranium. M"* Curie, par fractionnements successifs du minerai, trouva un résidu aux radiations plus actives que l'uranium. Elle l'appela polomum^ en souvenir de la Pologne, son pays. Enfin elle mit la main sur le radium. M. Debierre trouvait un peu après Yactinium.

Mais jusqu'ici le radium peut seul être considéré avec certitude comme un élément nouveau, distinct de tous les corps simples. Et encore n'est-il connu que sous la forme de sels, chlorure et bromure. Pour obtenir deux décigrammes de radium, il a fallu traiter pendant des semaines plus d'une tonne de pechblende. On estime qu'en ce moment, pour extraire un gramme de radium, il faut employer 10,000 kilogs de minerû et qu'un gramme de métal pur revient à près de 150,000 francs. Dans le monde entier, il n'existe pas, en ce moment retiré du nûnend, plus de 2 grammes de radium.

Les propriétés de ce singulier élément sont bien connues aujourd'hui. Mieux que les rayons X, ses radiations traversent tous les corps : dans l'obscurité, précieusement enfermé dans un petit tube, il est lumineux; il provoque la phosphorescence; il opère des décompositions chimiques. Il est d'une radio-activité deux millions de fois plus grande que l'uranium. Ses radiations sont complexes. Un ûmant les sépare en trois rayonnements distincts dont deux chargés d'électricité. Les rayons chargés d'électricité sont assimi* hbles à des projectives animées, d'une vitesse comparable à celle de la lumière : 300,000 kilomètres par seconde!

Si un petit morceau de sel de radium est dissous dans l'eau, ce

morceau communique toutes ses propriétés aux corps qui sont

fermés avec lui dans le même récipient. M"^* Curie a appelé ce

{diénomène « radio-activité induite ». Un corps ainsi touché par

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les radiations ne revient que lentement à son état prindtif et peat mftme être modifié étrangement. Tons les objetà d'un laboratdre où Ton manie le radium deviennent radio-actifs. Tout l'air de la pièce devient conducteur de l'électridté... ce qui joue de mauvais tours aux expérimentateurs. Ces effets secondaires semblent dus i une émanation matérielle particulière qui se diffuse dans les gaz, à la manière d'une vapeur infiniment subtile. On parvient à condenser, à distiller cette émanation et à la faire passer d'un flacon dans un autre.

Le radium est une source d'énergie qui apparaît inusable, puisque depuis cinq ans qu'il est en observation, il reste, physiquement et chimiquement semblable à lai-même. Il ne perd pas en poids toDt en émettant sans discontinuité. C'est un générateur constant de lumière, un générateur constant d'électricité; enfin, c'est une source indéfinie de chaleur, puisque 1 gramme de chlorure de baryum renfermant 1/6 de chlorure de radium dégage une quantité de chaleur qui est de l'ordre de iOO petites calories par heure. Un échantillon de radium est toujours à une température de 1*,5 au-dessus de la température ambiante, singularité qui montre encore une fois que c'est bien une source perpétuelle de chaleur, et comme chaleur et travail sont synonymes, c'est bien une source permanente de travail mécanique.

Voilà, comme on l'a dit à la Société royale, qui est révolutionnaire. Un corps qui travûUe, qui produit sans cesse sans altération chimique, sans perte de poids I Msds c'est la réalisation du mouvement perpétuel réputé avec raison impossible; c'est le renversement de tout notre édifice scientifique, la ftdllite du fameux prindpe de la conservation de l'énergie. Avec rien on ne fait rien. Il est évident ou que le radium révélera une perte de substance à la longue, car on ne l'étudié que depuis peu, ou il faudra bien modifier nos connaissances acquises en physique et en chimie.

On a présenté diverses hypothèses explicatives, mais toutes sont hypothétiques. On a dit, pour se mettre d'accord avec les lois oon* âdérées jusqu'ici comme des vérités étemelles : le radium ne perd rien en donnant parce que ses radiations sont alimentées par des vibrations extérieures qui nous échappent encore. Ou les corps dits radio-actifs comme l'uranium, le polonium, l'actinium, le thorium, sont des corps dont la molécule constitutive se démolit et les atomes libres se désagrègent eux-mêmes; d'où production de chaleur et de lumière pendant un temps énorme qu'un physiden anglais a évalué à des milliards d'années. Ou encore, — et cette dernière solution nous arrive à l'instant de Belgique, — M. Ch. Lagrange, de l'Académie royale des sdences de Bruxelles^

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directeur honoraire des services astronomiqaes de robsenratoire d'UccIe, est conduit par Tanalyse mathématique ^ à Texistence réelle d'une machine à mouyement perpétuel; bien Idn d'être^ comme on le croit, en opposition avec la mécanique rationnelle, elle en serait, au contraire, une déduction rigoureuse ; il n'y aurait rien à changer dans les prindpes admis. Par suite les éléments d'un corps pourraient posséder un état dynamique indéfectible et un foyer inextinguible d'énergie, sous la seule influence de la gravitation newtonienne.

En dehors de ces propriétés physiques et chimiques tà étonnantes, le radium possède des propriétés physiologiques qu'il faut encore brièvement rappeler. Le radium n'agit pas directement sur les yeux; mais si on en approche un peu de l'œil, la paupière bien dose, il y a impresdon lumineuse. Les humeurs de l'cdl deviennent phosphorescentes et édairent la rétine. Un sel de racUum enfermé dans une ampoule et posé sur la peau ne détermine aucune sensation; nuds si le voisinage persiste, l'épiderme s'en ressent; au bout de huit à quinze jours la peau est désorganisée. H. Becquerd ayant placé un petit tube de radium dans la poche de son gilet ne ressentit rien d'abord; mais, après quinze jours, il fut surpris par une douleur assez vive. A travers le tissu du gilet, le ntdium avait désorganisé la peau; il y avût brûlure qui exigea des semsdnes pour se guérir.

Les radiations projetées sur le cerveau et le système nerveux d'animaux amènent des acddents; il y a souvent paralysie; il y a chez d'autres arrêt de développement. On n'a pas oublié sans doute que l'on a essayé avec succès de remplacer les rayons X par les radiations radifères dans le traitement des lupus et des CMùcen. Le mode opératoire serait très simplifié. Les expériences sont trop peu nombreuses pour que Ton puisse formuler une coudosion. Cependant les résultats déjà olHenus sont satisfaisants. Enfin IL d'Arsonval va étucBer llnfluence sur le corps humain non phis des radiations, mais des émanations du radium.

Tdles sont, très résumées, les connaissances acquises sur le radium. Il est clair que l'on n'en restera pas là; il est possible que Ton découvre un corps radio -actif encore plus puissant. Td quel déjà le nouvel élément agrandit singulièrement le champ des explorations des physidens et des physiologistes. On n'a pas exagéré en considérant le radium comme le corps le plus étonnant qa'dt découvert la chimie moderne. On est à l'œuvre; attendons l'avenir.

* La machine à mouvement perpétuel et la question du radium, (BuUeiin de fAceidémie royale. Décembre t903.)

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Tout n'est aatoûr de nous que vibrations, et par soite radiations. Radiations Inmineoses, calorifiques, électriques, sonores, etc. Et toutes sont caractérisées comme des notes de musique par leur amplitude et par leur longueur d'onde, par la rapidité du rythme. La vitesse des vibrations qui a été parfaitement déterminée est bien faite pour surprendre les personnes qui ne sont pas au courant de ces phénomènes. Les vibrations qui engendrent chez nous les impressions de chaleur ont déjà une fréquence de 17 trillions par seconde quand la température ne dépasse pas 100*; nuds quand il s'agit de hautes températures, elles se répètent 300 trillions de fois à la seconde. Ensuite, si les périodes croissent tsncore, c'est la sensation de lumière qui survient. La fréquence atteint 600 trillions pour s'élever dans l'ultra violet à plus de 2,000 trillions. On peut établir tout un clavier. A la base, les ondulations à grande amplitude et aux osdllations lentes, puis successivement l'amplitude décroît et les périodes croissent de vitesse de plus en plus. Il est bien certain que dans l'état des choses nous ne connaissons pas toutes les radiations. On les découvrira peu à peu dans la suite des temps.

M. Blondlot, professeur à l'Université de Nancy, correspondant de l'Académie des sciences, vient d'en trouver toute une classe, parfûtement inconnue hier, et ces radiations présentent aussi un haut intérêt. Il étudiait les propriétés des rayoos X quand il rencontra des rayons qui émanaient d'une petite flamme et ne ressemblûent nullement aux rayons lumineux. L'œil ne les perçoit pas du tout et pourtant ils existent bien. Ils ont des propriétés caractéristiques; ils traversent directement un grand nombre de corps opaques, beaucoup de métaux, le bois. Ainsi, par exemple, une mince plaque d'aluminium, une lame d'argent, une lame de verre, une plaque de paraffine, une lame de caoutchouc, une planche de hêtre de 1 centimètre d'épstisseur, etc.

Ils traversent difficilement le plomb et pas du tout l'eau; il suffit de placer devant eux une feuille de papier mouillé pour les intercepter. Mais si cette eau contient des sels en solution, les rayons passent sans difficulté.

Les rayons n, — ainsi appelés par M. Blondlot pour faciliter le langage, — se reconnussent à l'une de leurs propriétés fondamentales. Ils ravivent l'éclat d'un corps phosphorescent peu lumineux, d'une flamme peu éclairante, d'une étincelle électrique et du papier blanc peu éclairé. Si, dans une chambre obscure, on les fait tomber sur un tube contenant du sulfure de calcium à phosphorescence faible, on voit brusquement la phosphorescence augmenter. Les rayons n sont émis par une source de lumière ordinaire, par une lampe, un bec de gaz, un bec Auer, et, tout en étant différents

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des radiations lamineases et calorifiques, ils se comportent on peu comme les rayons de Inmière ; ils se réfléchissent et se diffusent.

Beaucoup de substances soumises préalablement à Tinsolation emmagasinent les rayons n. L'hyposulfite du soude à l'état solide on à Tétat de solution est un accumulateur puissant des nouveaux rayons. L'eau de la mer, les cailloux, le sable exposé au soleil renvoient ensuite beaucoup de rayons n. Puisque Tinsolation amène comme conséquence l'émission des rayons, il était logique de se demander si le spleil n'en envoyait pas sur la terre. L'expérience a répondu affirmativement. Les rayons solaires qui pénètrent à travers d'épais volets en chêne et que l'on ne voit pas, bien entendu, renferment des rayons n que l'on reconnaît à l'exagération de la phosphorescence du sulfure de calcium. Une brique insolée placée tout à côté d'un faisceau de lumière pâle éclairant légèrement une bande de papier dans une chambre obscure agit sur ce faisceau, exalte cette lumière et donne de l'éclat au papier. Antre particularité. Un corps que l'on comprime émet des rayons n. Qoe l'on comprime à la presse du bois, du verre, du caoutchouc, aussitôt ces corps émettent des rayons n. De même les corps qui, dans leur structure intime, supportent des compressions : les larmes bataviques, l'acier trempé, le cuivre écroui. II suffit d'approcher une lame de couteau d'un corps phosphorescent et Gelui-d gagne aussitôt en luminosité I Et il en est ainsi pour de l'acier trempé depuis des siècles. Les rayons n sont émis depuis des temps éloignés par le métal trempé. On peut rapprocher cette émission constante de celle du radium. Cependant ici, il y a une cause de génération continue des rayons. C'est le travail intérieur de la compression qui peut agir pendant des temps indéfinis.

Les découvertes se suivent souvent de près. M. Charpentier, également professeur à l'université de Nancy, en répétant les curieuses expériences de M. Blondlot, s'aperçut que le corps bomsnn émettait des rayons n. Il promena sur la peau un petit écran de platino-cyanure de baryum, corps fluorescent. Et il reconnut que la fluorescence augmentait, surtout au voisinage des muscles qui se contractdent et des nerfs. Et ces effets sont perçus même derrière de l'aluminium, du papier, du verre, etc. La chaleur n'y est pour rien, car on peut s'en mettre à l'abri par un écran suffisamment protecteur. On pourrait objecter aussi que le corps humain a emmagasiné dans le jour des rayons n qu'il restitue ensuite. Cependant, après neuf heures de séjour dans l'obscurité, le corps rayonne toujours des rayons n.

Cette découverte, qui ne restera sans doute pas isolée, comporte

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déjà des applications à la clinique. Il devient facile de sûsir sur le fut l'activité musculsdre et nerveuse, et même de Tappréder par l'intensité de la phosphorescence. On peut encore, par cette intensité, suivre les contours d'un organe profond, de délimiter le cœur, par exemple, et de remplacer l'auscultation au son par l'auscultation aux rayons n. Ces réactions lumineuses sont bien capables de nous renseigner sur l'état de santé général. Hais tout cela date d'hier, de la fin de décembre 1903, et il sendt encore imprudent d'en souligner les conséquences.

M. Charpentier a promené sur une grenouille un peu de matière phosphorescente, et partout où les nerfs abondaient, la phosphorescence s'accroissait; il a pu suivre ainsi tout le trajet du nerf sdatique.

Tels sont sommairement les résultats très intéressants qui viennent de clore si bien Tannée sdentifique. L'ima^ation s'en mêlant, on va déjà bien au delà des faits acquis : deux corps humains en présence, évidemment, font échange de rayon n et c'est celui qui se porte le mieux qui rayonne le plus. Il y a donc avantage à choisir ses voisins. On pressent les conséquences dans la vie. Les magnétiseurs, d'un autre côté, sont dans la joie. On niait notre fluide, disent-ils, eh bien, le voici reconnu et admis par les plus sceptiques. Ce sont les rayons n. Et mûntenant pourquoi douter de la télépathie, de l'influence à distance de la pensée sur la pensée? On cherchait l'agent de transmission, le voilai Les rayons qui s'échappent de la cellule nerveuse sont bien capables d'exciter ainsi au loin les vibrations d'autres cellules nerveuses, etc. Et l'extériorisation de la sensibilité? Pourquoi les rayons n ne prolongeraient-ils pas hors de la peau llmpresâon nerveuse? On pince une hypnotisée à quatre centimètres de la peau; et pourtant elle se sent pincée. L'expérience a été faite souvent par M. de Rochas. Rayons ni

On pourrait multiplier ces hypothèses sans raison. Ne sortons pas du domaine des faits expérimentaux. Pour le moment, nous sommes un peu moins ignorants qu'hier et c'est déjà beaucoup. Les radiations que nous venons de passer en revue vont agrandir le champ de nos recherches et ouvrir, sans doute, aux physiciens et aux physiologistes, de nouvelles perspectives.

Henri de Parville.

CHRONIQUE POLITIQUE

8 janvier 1904.

Au milieu de tous les nuages qui la couvrent, Tannée 190i est éclairée i ses débuts par un beau rayon du ciel. Pie X vient de llnaugurer en promulguant le décret qui atteste que Jeanne d'Arc fut héroïquement vertueuse. La cérémonie avait la grandeur qu'il n'appartient qu'à l'Eglise de donner à ses ffetes ot entre toujours une pensée étemelle. Le successeur de Mgr Dupanloup qui avait, il y a plus de trente ans déjà, sollicité la glorieuse instance dont le terme approche, Mgr Touchet, évèque d'Orléans, était présent; et, dans le plus heureux langage, il a félicité et remercié le successeur de Pie IX et de Léon XIH d'avohr hâté le moment où celle qui délivra, avec sa ville épiscopale, la France entière, aura « des autels qui ne connaîtront pas d'athées ».

La simple et pieuse réponse du Souverain Pontife se résume dans ces paroles où l'on sent si bien, avec l'amour affligé du Père pour la Fille aînée de l'Eglise, sa conBance dans le réveil et le triomphe : « Au milieu des tristesses présentes, le culte de la vaillante Lorraine donne aux catholiques une leçon de courage et de sacrifice, et aux amis de sa patrie l'espoir que la France, si grande, se souviendra que ses gloires historiques et son rôle civilisateur tiennent par des nœuds intimes à sa profession de l'Evanjple. »

Le plus beau et le plus resplencUssant des miracles de Jeanne d'Arc fut la France sauvée; puisse, le jour où elle sera proclamée sainte, cet autre miracle s'être accompli : la France redevenue elle-même, la nation du Christ, la terre chrétienne et libre I

En attendant, on voudrsdt qu'il fût plus souvent inexact, le vieux dicton : « Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. » Les jours, hélas I se suivent et se ressemblent, pour notre pays, avec une monotonie désolante et aggravante. Depuis combien de temps déjà le gouvernement nous sert-il l'affaire Dreyfus? Cette année encore, il nous offre pour étrenne cette vieillerie déshonorée.

H est toutefois logique et conséquent avec lui-4nême; car c'est de Taffûre Dreyfus, comme de la boîte de Pandore, que sont sortis tous les maux, toutes les hontes, toutes les infamies, toutes les angoisses de l'heure actuelle. Rappelez-vous ce qui se passait, il y a neuf ans, en décembre 189i : à la suite des attentats anarchistes et de l'assassinat de M. Camot, la République avait paru réfléchir et s'assagir. M. Casimir-Périer avait été nommé chef de

m GHRomQos pounous

l'Etat; il venait de diriger un ministère dont l'un des membres, un alter ego de Gambetta, M. Spolier, avait hautement annoncé et réclamé « un esprit nouveau » dans la politique. Le président du Sénat, M. Gballemel-Lacour, autre fidèle de Gambetta, avait, plus nettement encore, parlé le langage de la modération et de la condliation. Or, en ce mois de décembre 189i, M. Casimir- Périer, Président de la République, reçut (c'est lui-même qui nous Ta appris dans sa très grave déposition devant le conseil de guerre de Rennes), reçut à l'Elysée, dans la même journée, les visites successives de M. Joseph Reinach et de M. Waldeck-Rousseau, qui venaient lui demander un acte étrange et abusif, une démarche inconstitutionnelle auprès d'un conseil de guerre qui était appelé à juger un capitaine accusé d'avoir livré nos secrets militaires à des puissances étrangères. Ils venaient le prier et le presser de s'entremettre auprès de ce conseil de guerre pour obtenir de lui que l'affaire fût jugée, non à huis clos, mais en séance publique. Ce que faisaient là ces deux hommes et ce qu'ils requéraient était énorme; car, si jamais procès exige le secret, c'est celui oii il s'agit d'espionnage, c'est-à-dire de relations occultes dont les trames plongent dans les parties les plus intimes des cours, des gouvernements, des états-majors, des armées, des ambassades, et qui ne pourraient être divulguées sans mettre en péril la paix internationale et la sécurité des pays I Demander donc, comme MM. Reinach et Waldeck-Rousseau le demandaient au Président de la République, une sorte de coup d'Etat contre la justice militaire, pour exiger d'elle la publicité des audiences où seraient établis les faits de trahison, c'était exiger l'impunité du traître. Il était évident que, devant le danger de soulever des cas de guerre par des révélations qui descendraient très bas et monteraient très haut, la bouche des magistrats comme des témoins serait close ; ce n'était pas la liberté de la défense qui serait entravée, c'était celle de l'accusation.

Mais quel intérêt MM. Reinach et Waldeck-Rousseau avaient-ils à prendre ce rôle? Pour M. Reinach, on pouvait se dire, à la rigueur, que, l'accusé étant Juif, il voulût couvrir à tout prix un de ses^coreligionnaires, d'autant plus que, depuis quelques années» bien des Juifs, à commencer par son beau-père, pour finir par Cornélius Hertz, avaient été mêlés à des histoires scandaleusement retentissantes. Pour M. Waldeck-Rousseau, la question était plus obscure : comment pouvait-il se livrer à une démarche aussi incoiv recte? Il devait savoir mieux que personne, — lui, juriste con* sommé, — que ce qu'il sollicitait du Président de la République» était un monstrueux abus de pouvoir. Etait-il convaincu de l'innocence du prévenu qu'on allait juger? (1 n'avût qu'à prendre

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hd-mème sa défense en main, qu'à se présenter à côté de loi à la barre, discutant et réfutant ayec son merveilleux talent toutes les présomptions et toutes les preuves apportées par l'accusation, démontrant et démasquant toutes les illégalités qui auraient pu être commises. Rien n'aurait été plus naturel. M. Waldeck-Rous* seau aursdt défendu Dreyfus comme il avsdt défendu Eiffel dans l'affaire du Panama. Il aurait été dans l'exercice légitime de sa profession; il ne l'était pas en le patronnant devant le Président de la République. Les moyens irréguliers dont il usait en sa faveur étaient bien plus un doute qu'une affirmation de son innocence. Ce qui, de cet incident, ressortait avec le plus de clarté, c'était qu'une affaire Dreyfus était née ou allait naître, et que les deux agents de cette affaire à laquelle tous les Juifs s'intéresseraient, moralement et matériellement, étaient d'ores et déjà M. Joseph Reinacb et M. Waldeck-Rousseau.

Lorsque le premier conseil de guerre eut délibéré, prononcé et condamné, on aurait compris encore que, si, d'accord avec M. Reinacb dont le parti pris était explicable, M. Waldeck-Rousseau croyait sincèrement à une erreur judiciaire, il se fût assigné pour mission de la constater et de la réparer. Il s'en fût même honoré. Prétendre que Dreyfus avait été condamné parce qu'il était Juif était une calomnie sotte et outrageante contre de braves officiers, même contre l'armée entière, image de la nation, où cette intolérance impie n'existe pas; la religion de M. Dreyfus avait été si peu une cause de persécution et de suspicion contre Im qu'il avait été admis à un poste de confiance, dans les fonctions les plus délicates de l'état-major, sous des chefs comme le général de Boisdeffre. Biais l'erreur judiciaire étant possible, même avec les juges les plus loyaux, il était permis, même commandé à M. Waldeck-Rousseau, s'il croyait à cette erreur, d'employer toutes les ressources de sa science procédurière et juridique à l'établir. Personne ne s'en fût étonné ; et l'immense majorité des honnêtes gens aurait salué le triomphe de la vérité que Thabile avocat aurait &it apparaître aux juges mieux informés. Le malheur fut que l'habile avocat se garda de plaider lui-même une cause que nul autre mieux que lui n'aurait pu gagner; on ne vit agir, d'abord dans l'ombre, bientôt au ministère, qu'un agent d'affaires, louche, prêt à toutes les violences et à toutes les manœuvres du politicien, pour imposer à notre malheureux pays, terrorisé et trompé, une thèse dont il était si peu sûr lui-même, qu'il n'a jamais osé, ni à une tribune, ni à un tribunal, l'exposer en face. Il n'a pas plus été le héros que le héraut de l'affaire Dreyfus ; il n'en a été que le courtier marron et le coulissier, avec ou sans honoraires, nous ne savons.

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Que M. Waldeck-Rousseau n'ut pas eu, tout d'aboqd, l'idée de sacrifier à son affaire Dreyfus le repos, la liberté, les institutions les plus respectables et les plus sacrées de la France, nous inclinons à le croire. En ce temps-là, lorsque fut lancée Taffaire, il avait Voir assez dégoûté de la politiq'ie; il se confinât presque exclusivement dans ses grosses affaires lucratives du palais où il n'apportait aucun rigorisme de sectaire : un jour, il plaidait pour le Pape en instance d'une succession qu'une catholique généreuse avait léguée au Saint-Sié^; un autre jour, à propos d'un procès de la fiimille Lebaudy, il avait fait à plein cœur l'éloge « de ce grand éducateur qui s'appelle le P. Dulac ». Ne touchant que du bout des doigts à la politique, il n'aurait touché qu'avec des jûncettest et même qu'avec un baJcd, aux politiciens de la radicaÛle sodaliste ou de la radicaille tout court, pour lesquels, en Athénien qu'il est, il professait un mépris sans bornes. Il fondût des cercles et prononçait des discours conservateurs; aux élections de 1898, il soutenût même les candidats qui avaient été ceux du gouvernement au 16 mai, ou qui passûent pour des ralliés.

Après les élections de 1898, lorsqu'il fut notoire que la réhabilitation de Dreyfus ne se ferait pas par des voies extra-légales avec l'appui des conservateurs de toute nuance qui, sans passion ni haine, entendaient respecter et faire respecter les décisions régulières de la justice, M, Waldeck-Rousseau immola son parti comme son pays à son client* L'agent d'affsdres étouffa en lui le politique, le libéral, le patriote ; et, comme il ne pouvait compter sur les conservateurs de toute nuance pour emporter, contre la justice ellemême, la réhabilitation de Dreyfus, et qu'à cette œuvre révolutionnaire il fallût l'appui des {ûres éléments révolutionnaires, il conclut l'alliance d'où sortit son ministère. Le terrain commun de l'alliance se présentait de lui-même. Il ne pouvût être dans la guerre franche et déclarée à la propriété, au capital, à la Bourset parce que les gros bailleurs de fonds de la campagne dreyfusiste auraient regimibé. Ce fut l'armée, ce fut l'Eglise, ce furent les congrégations religieuses qui furent jetées en pâture à tout ce qui, soit en haut, soit en bas, était le plus vil dans la nation. Dans l'un des plateaux de la balance, on mit Dreyfus réhabilité; et, dans l'autre, l'armée désorganisée et la reli^on persécutée. C'est de ce marché qu'est sortie la double politique qui se déroule depuis quelques années; elle est en train de s'épanouir dans cette colnddence très concertée qui nous montre le gouvernement actuel déposant, presque le même jour, un projet de révision du verdict de Rennes et un projet d'interdiction du droit d'ensdgner à toutes les congrégations. C'est ainsi que l'affaûre Dreyfus a faussé et empoisonné toute notre histoire contemporaine; elle poumdt

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prendre poar épigraphe : « Ponr le salut d'un Juif légalement déclaré traître, il faut que la France meure I »

Tout ce qui se passe étsdt en germe dans Tacte cyniquement audacieux par lequel M. Waldeck-Rousseau, le copain de M. Joseph Reinach dsms l'affaire Dreyfus, faisait entrer dans son ministère le chef du parti socialiste, Tbomme qui, la veille encore, avait flétri à la Chambre avec le plus de véhémence la campagne dreyfusiste, ses moyens pécuniaires de propagande et de corruption, son travail de bouleversement militaire. Le h décembre 1897, M. Millerand avait mis en demeure le ministère de M. Méline de ne pas s'attarder au procès d'Estherazy, qui n'était qu'un inutile dérivatif, et de frapper an cœur le syndicat qui exploitait l'affaire Dreyfus. Il accusait le gouvernement de complicité avec le syndicat : « Vous nous disiez tout à l'heure, clamait-il avec une voix de tribun aux ministres assis devant lui : « Qu'auriez- vous fait à notre place? » Et il répondait frémissant d'indignation : « Nous n'aurions pas d'abord permis qu'on formulât pendant quinze jours, sans les relever, ces attaques contre les chefs de l'armée. » Le Journal officiel^ après avoir reproduit ces paroles, ajoute : « Applaudissements à l'extrèmeganche. »

M. Millerand reprochât au ministère Méline de n'aroir pas mis ênergiquement le pied sur la conspiration : « Vous avez ouvert^ disût-il aux ministres, une aventure qui n'est pas près de se terminer, dont vous n'êtes plus les maîtres. » II adhérait à Hntermption d'un député : « Il y a trop d'argent juif pour que cela se termine vite. » Apercevant sur les bancs de la Chambre H. Reinach qui était alors député, — ce même M. Rdnaah qui avût £ût, de concert i demi avec M. V^aldeck- Rousseau, la fameuse démarche pour Dreyfus auprès de M. Casimir- Périer, — il le montndt du doigt, avec une franchise terrible, comme l'homme devant qpi le gouvernement tremblût et capitulait, <c comme cdui, disait-il, qui ici mène cette campagne, alors qu'au lieu d'essayer de réhabiliter un nouveau Calas, il auraût peut-être, dans sa £uuille, d'autres réhabilitations à poursuivre ». Paroles que le compte-rendu du Journal officiel fait suivre encore de ces mots : « Applaudissements vifs et répétés à l'extrème-gauche et sur plusieurs bancs à gauche. » On voit par ces dtations s'il est vrai que ce soient les congrégations qui aient inventé la culpabilité de Dreyfus. L'extrème-gauche comme la gauche étaient les plus ardentes à la proclamer lorsqu'elles avaient encore le regard Ébre ou les mains vides : et il se trouve qu'aujourd^hui, ponr motiver les attentats qu'elles commettent contre les congrégations, elles leur reprochent, sans la moindre preuve à l'appui, de s'être mMées d'une affahre où aucun prêtre régulier ou séculier n'a jamais lena

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an langage comparable à celui de M. Uillerand, porte-parole da radicalisme et du socialisme I

Gomment ce phénomène s'est-il produit? M. Millerand avait-il été prophète lorsque, dans sa harangue du h décembre 1897 , il avait accusé ceux qui cédaient ou cédersdent aux patrons de Dreyfus, de « céder à des influences de presse, de politique et d'argent ». Notez ces trois mots, le dernier surtout, d'où découlent les deux autres; ils sont la clef de l'énigme, la clef de cette botte de Pandore dont nous parlions tout à l'heure, et qui est avant tout une caisse.

Moins de deux ans après avoir prononcé ce discours, H. Millerand était au ministère l'associé de M. Waldeck- Rousseau qui, président du Conseil, était plus que jamais l'associé de M. Reinach dans l'affaire Dreyfus. L'affaire était ramenée devant un deuxième conseil de guerre; elle allait être jugée à nouveau. Cette fois, l'audience serait publique; tout ce qui pouvait peser sur l'indépendance des juges était concentré à Rennes : ils savaient que, s'ils ne votsdent pas selon les vues du gouvernement, ils risquaient leur avenir et compromettaient leur carrière. Que voulez- vous? La conscience et l'évidence furent les plus fortea. Après avoir été jugé dans des conditions tellement exceptionnelles de publidté, d'impartialité, de recommandation ministérielle, que pas un accusé militaire ou civil en France ne les eût rencontrées, Dreyfus fut pour la seconde fois condamné. L'agence Reinach, Waldeck- RousseaU et Q* avait perdu son affaire. M. Reinach écrivit immédiatement : « Le gouvernement de la République a le devoir absolu de déchirer le verdict de Rennes. » II est probable, comme nous l'ont appris des révélations récentes, que, si le général de Galliffet qui, au milieu de ses faiblesses politiques, avait gardé l'âme d'un soldat, n'avait pas été ministre de la guerre, les choses eussent été faites comme l'avait ordonné M. Reinach. On louvoya, on transigea; M. Loubet, qui semble avoir pris pour devise : Video meliora^ détériora sequor^ M. Loubet, qui avait promis solennellement le respect de l'arrêt de la justice, espéra obtenir sa grâce à lui-même en signant celle de Dreyfus. C'était supprimer la peine sans nier la faute. Biais l'Agence ne l'entendait pas ici : le général de Galliffet s'était permis de dire que l'affûre était close, il n'était plus qu'un fâcheux dont il fallait se débarrasser. On le dégoûta; et, après avoir eu le tort d'entrer dans un pareil nûnistère, il eut le tort d'en sortir. Lorsque M. Waldeck- Rousseau lui donna pour successeur le général André, il visait, n'en doutons pas, l'affaire Dreyfus. Il fallait, pour la faire mûrir à point, on général sans prestige, plus politicien que militsdre, qui n'eût de titre ministériel que son soud de pUdre et d'obéir. Le ministère da

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général André apparut dès le premier jour comme le ministère de la revanche : revanche de la juiverie contre la justice, l'armée et la. France.

Il semble que nous touchons au dernier acte. Nous aurions préféré, et l'opinion avec nous, qu'il s'accomplit sans phrases. Pourquoi des simagrées de formialités judiciaires? Gela fait perdre du temps et hausser les épaules à tout le monde. Lorsque la grave accusation du million des Chartreux fut portée k la tribune, M. Combes, dont le fils était en cause, eut une idée géniale, si belle qu'elle fut immédiatement adoptée par M. Pelletan, mis également sur la sellette pour une autre peccadille du même genre : c'est qu'on n'avait pas besoin du jury et des tribunaux pour connaître la vérité; qu'un vote de la Chambre suffisait et satisfaisût à tout. Le ministère Combes aurait mieux fût, sans recourir à des procédures que personne ne prend au sérieux, de faire demander à sa majorité un vote instantané, déclarant que Dreyfus était blanc comme neige. A-t-il douté de sa majorité? Il a eu bien tort; la majorité de la Chambre avait décidé que l'affaire Dreyfus ne serait pas rouverte; dès le lendenudn, le général André la rouvrait en fidsant venir dans ses bureaux le dosûer. La majorité a trouvé tout simple que le ministère traitât ses votes comme nuls et non avenus. Si elle avait bronché pour décréter d'acclamation l'innocence du traître, H. Combes aur^t posé la question de confiance; et le bloc se serait dressé, plus compact que jamids, digne piédestal sur lequel il ne sersdt resté qu'& ériger monumentale la statue de Drôyfus.

U n'y a pas, à l'heure qu'il est, un Français qui reconnaisse dans la revision entamée des arrêts de Paris et de Rennes une œavre de justice. Sur le rapport qui a été lu à la Commission, les étiquettes vraies seraient : Travail commandé au mimsirej et, audessous, travail commandé par le ministre. Si le général André autorisait, un débat contradictoire, devant la Cour de cassation, entre l'un de ses sous-ordres et le capitaine Cuignet, qui a tout bravé et tout souffert pour découvrir et dire, coûte que coûte, la vérité, peut-être un peu de lumière jûllindt-elle pour le public? Mais il parait que l'innocence de Dreyfus exige le bâillon sur les lèvres du capit^dne Cuignet. Le colonel Picquart lui-même, qui serait pour un renvoi de l'affaire devant un troiûème conseil de guerre, se croit obligé de signaler et de flétrir, dans un journal suisse, « la campagne entreprise dans les salons, dans les réunions, par lettres, sollicitations et objurgations de tout genre », pour esquiver la justice militaire. Le verdict de Rennes serait arrêté à la Chambre criuûnelle, comme dans une souricière.

Nous allons as^ter à une liquidation de compte, non à une

m GHROHIQUI POLmOUI

œavre de justice. Si le gonvernement croyût à l'équité de la réhabilitation qu'il complote, il aumt uu devoir à remplir, celui d'accorder à son réhabilité une réparation proportionnée à l'iniquité commise à son égard. M. Loubet devndt immédiatement nommer Dreyfus chef de sa maison militaire; ou, mieux encore, le général André devrait l'installer auprès de lui, à la tète de son cabinet, ou bien à la direction snprème de Tétat-major, au centre de tous nos renseignements et secrets de défense nationale. Le gouvernement qui ose tout n'osera pas cela. Il prépare déjà, manipule, tripatouille quelque régiment où, par un dernier abus de la force contre l'armée, il intronisera celui que cinq ministres de la guerre et deux conseils de guerre ont reconnu traître.

Gomment notre pays pourrait-il sentir, dans ce dénouement artificiel et forcé d'un drame lugubre, autre chose qu'un escamotage qui n'intéresse pas l'opinion lasse? On semble dire au gouvernement : Fûtes comme vous voudrez et laissez- nous tranquillesl La justice n'est nulle part dans ses actes. Ses magistrats euxmêmes le dénoncent en donnant leur démission, comme ce procureur de la République de Senlis disgracié parce qu'il a conclu selon sa conscience contre un ministériel, on comme ce juge de paix de la Creuse déplacé, parce qu'il confie l'éducation de bon fils aux meilleurs éducateurs de la région, les prêtres du collège libre de Felletin. Tandis que religieax et religieuses sont traqués comme les pires malfûteurs, le gouvernement fait relâcher les individus que, la veille, il avût dû fûre arrêter parce qu'Us avaient été pris en flagrant délit d'excitaUon au pillage. Encoaragés par la protection qu'il leur a donnée contre les juges euxmêmes, les émeutiers d'Hennebont et de Lorient s'attaquent à l'armée et prétendent mettre la main sur les poudrières.

Le jury de la Seine a tenu à témoigner au gouvernement son mépris pour sa justice. Appelé à prononcer sur des brochures incendiaires contre l'armée, il a préféré acquitter, le .ministère public ayant soigneusement mis hors de cause les potitidens du Bloc qui avaient rédigé ces brodiures et n'ayant proposé pour la condamnation que « le larbin » qui, sans, peut-être même, les avoir lues, les avait signées. Un grand avocat pariâen, H. Barboux, qui avait eu des doutes sur la régularité de la procédure de l'affaire Dreyfus devant le premier conseil de guerre, a dit récemment, devant la Fédération républicaine, que le ministère Combes, faussant les textes, méconnaissant les juridictions, supprimant les garanties, inventant des délits et des pénalités, n'étût qu'une per* pétuelle violation de la justice. Un tel ministère avait, en vérité, bien qualité pour reviser le procès Dreyfus!

Gomme pendant de la réhalnlitation de Dreyfos, le ministère

GHROIQQUS POUnOUK 199

Combes nous a[^oite, en nouyel acompte ponr Texécation du marché conclu avec la démagogie athée, son projet de loi qui interdit à tout membre d'une congrégation autorisée, ou non le droit d'eoadgner. Le gouvernement spécifiait les enseignements j^îmaire, secondaire et supérieur; pour que renseignement profesr ffionnel n'échappât pas, la commission de la Chambre a proposé que l'interdiction s'appliquât à toute espèce d'enseignement. Llnvndsemblable énormité de ce projet de loi le fera-t-eUe, sinon écarter, du moins alléger? Tout est i cnôndre. 11. Waldeck- Rousseau, — qui, dominé par son affaire Dreyfus, s'est donné M. Combes pour successeur, comme il avait donné le général André pour successeur au général de Galliffet, — M* Waldeck- Rousseau doit trouver que son client coûte cher à la France, i l'honneur, à sa propre mémoire. Livrera-t-il un combat suprême pour défaire le mal qu'il a fait? Et, le livrant, le gagnera-t-il? U s'est fait comme un amalgame de bassesse entre le ministère et la majorité; ils sont, vis-À-vis l'un de l'autre, dans une égalité parr faite. Us sont du même monde intellectuel et moraU Si, dans quelques jours, la Chambre des députés appelle & sa présidence H. Brisson, elle aura hissé, au-dessus d'dle, dans cet homme patibulaire, la potence où seront accrochées et étranglées les dernières de nos libertés. Du haut de son siège, M. Brisson n'aura pas besoin de prononcer des discours, il n'aura que ses gestes et grimaces maçonniques â fsdre pour donner le signal de toutes les ^Kiliations et de toutes les proscriptioos.

Le caractère de la guerre implacable faite, non seulement à la liberté, mais à l'idée même religieuse, se découvre de plus en plus. C'est une guerre d'extermination. Les évèques de Marseille, d'Oriéans, d'Angers, la dénonçaient, ces jours- ci, dans des allocu^ fions ou des lettres bien dignes de révdller les courages. Jamais le devoir, pour les honnêtes gens de toute nuance, de rester unis, de serrer les rangs, de faire à leur tour le bloc, n'a été plus impérieux; il fàxLi étouffer les divisions, et, au moins, ne pas les envenimer par des récriminations qui deviennent si vite des assauts de griefs également fondés et également intempestif. Ceux qui poursuivent cette extermination ne dissimulent pas eux-mêmes leur idée fixe. Entre tant de preuves qui nous en arrivent de toutes parts, nous n'aurions qu'à citer le congrès récent de la Libre-Pensée oii Charenton et le club des jacobins s'étaient donné rendez-vous.

Tandis que la France est livrée par son gouvernement i des discordes et à des persécutions qui l'épuisent, un monde se prépare où nous serons de plus en plus petits. Nos religieux et nos rdigieuses qui nous sont enlevés sont moins à plaindre que nous-

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mêmes; ils iront servir TEglise ailleurs. Les proscrits de la France seront les bienvenus dans le reste de Tnnivers. Hais la France* à quoi sera-t-elle réduite? On ne sait encore ce qui sortira du mystère dont la Russie et le Japon enveloppent leurs convoitises et leurs ambitions prêtes à se henrlei'. 'Nous croyons que, de ces deux nations, celle qui est la plus volumineuse, vraisemblablement la plus forte, est la plus pacifique. La Russie n'a qu'à gagner à Msser le temps travailler pour elle, lui permettre de donner deux voies à son transsibérien, d'établir solidement ses garnisons, d'achever sa prise de possession de la Mandcbourie. Il est probable que, pourvu qu'elle tienne les portes du continent asiatique, elle ne fera pas une opposition absolue au Japon qui veut ses coudées franches dans la partie péninsulaire de la Corée. Le Japon se contentera-t-il de cette amorce? On peut croire qu'il veut plus; qu'il aspire à pénétrer et à commander en pleine terre ferme, d'abord pour retirer à la Russie sa toute-puissance sur la Chine, ensuite pour s'adjuger à lui-même cette toute-puissance. Le Japon a fait, dans sa guerre victorieuse, l'expérience de sa supériorité sur la Chine; il peut, en mettant sous son influence ce grand corps inerte, rêver une sorte de pan-mongolisme devant lequel p&liraient le panslavisme et le pangermanisme. Certes, la partie est grosse pour lui; elle le serait plus encore lorsque la Russie se serût rendue inexpugnable ; ne voudra-t-il pas profiter de l'occasion et brusquer le choc?

Nous n'avons qu'intérêt au maintien de la psdx. Une guerre, même heureuse, de la Russie dans l'Extrême-Orient la détournerait de l'Occident, où, sans elle, les Balkans seraient en feu. Et, d'un autre côté, si son prestige était atteint, l'Angleterre, notre rivale à Siam et dans l'IndoChine, triompherait contre nous, sans compter que la victoire de la race jaune serait une défaite pour la civilisation et une menace formidable pour l'avenir. La prudence nous est d'autant plus nécessaire que nous ne savons à quel moment et jusqu'à quel degré notre traité de la Duplice nous engagersdt nouamêmes dans des complications orientales ob l'Angleterre et le Japon auront eux-mêmes, en certaines éventualités, partie liée.

Le Directeur : L. LAVEDAN.

L'un des gérants: JULES GERYAIS.

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