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qu'après une assez chaude alerte, yoilà les choses rentrées dans Tordre. Il n'est pas probable que la nouvelle élue, dont le talent est si connu et si apprécié, eût accepté l'honneur de la présidence dans les conditions où l'intègre Brisson s'est installé au feuteuil du Palais- Bourbon. Les artistes, dignes de ce nom, ont moins de morgue et plus d'amour- propre. On ne peut que les en féliciter, et M*"* HuUlard ne se fût assurément pas contentée de n'être qu'une demi-présidente.
A peu près à la même heure, les artistes français se réunissûent pour élire leur comité. En tète des élus vient le patriarche Boaguereau, presque aussi âgé que Gérôme, mais non moins vert dans^ son extrême vieillesse. Président sortant, il a été remplacé, dans la première réunion du comité, par M. Tony-Robert-Fleury, également peÎDire, après refus du sculpteur Frémiet. Ces artiste3 sont vraiment étonnants : à l'âge où tant d'autres sont satisfaits de prendre leur retraite, pour cause de fatigue et par réel besoin de repos, nombre d'entre eux restent sur la brèche et gardent une sûreté de main extraordinaire. Voyez cet ancêtre qui s'appelle Harpignies et qui est bien réellement le maître du paysage contemporain : qui dirait que l'artiste qui peint ces admirables toiles est plus qu'octogénaire? II faut bien qu'elles soient composées d'après des études prises en plein air, quand l'artiste est exposé à toutes les variations du temps et des ssdsons, souvent aux intempéries traîtresses. Aussi sont-ils parfois goutteux, mais plus souvent rhumatisants; l'humidité hivernale les abat, mais le soleil a bientôt fait de les guérir, et ils travaillent jusqu'à la dernière limite, tant qu'ils peuvent, pour la joie de nos yeux, et sans feire de mal â personne. On dira peut-être qu'ils deviennent quelque peu encombrants et qu'ils nous forcent de toujours prendre garde à la peinture. Qu'importe! La peinture et la sculpture, comme le théâtre, sont devenus un invincible besoin. Elles sont aujourd'hui, c'est le cas de le dire, en permanence ici et là. Il y a, maintenant, un salon pour toutes les ssdsons et tant de petits salons accessoires que les amateurs ne savent plus auquel donner la préférence.
En voici encore un de plus, celui des peintres décorateurs, qui vient de s'ouvrir au Petit- Palais, et qui est fort intéressant. Il ne s'agit point des artistes renommés qui brossent les décors des théâtres, mais d'un ensemble de choses faites pour embellir et égayer la maison. Les peintres décorateurs, depuis quelques années, ont donné l'essor à des progrès considérables. Ils sont les initiateurs véritables de cette industrie des papiers peints, si largement développée. Les compositions banales en ont tout à fait disparu, et le papier peint ressemble fréquemment à la plus belle tenture; et c'est aux peintres décorateurs que nous devons cela. Aussi cette
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exposition spéciale est-elle des plus appréciées et sera-t-elle très courue pendant son mois de durée. Les plus aisés et les moins riches y puiseront des idées pour décorer leur intérieur et y trouveront des révélations précieuses. Partout, mais particulièrement dans Tart utile, le progrès marche à pas de géant.
11 se produit également dans la finance, mais d'une manière moins avantageuse. Il y a eu de tout temps évidemment ce que l'on appelle des gobeurs, c'est-à-dire des pigeons toujours disposés à se laisser plumer, par vocation, et qui courent après la déconfiture, la misère et la ruine, avec une sorte d'acharnement. C'est une disposition d'esprit qui ne saurait échapper aux aigrefins, et que ceux- ci exploitent le plus souvent avec succès. Le moment psychologique arrivé, ils s'empressent de passer de l'autre côté de la frontière, et quand la justice vient se rendre compte de l'état de leur caisse, il lui arrive de trouver, comme dans le fameux coffre-fort des Humbert, un ou deux boutons et quelques toiles d'araignée en formation.
La Bourse était, ces jours-ci, en émoi, à propos de la fuite d'un de ees industriels sans vergogne, — celui-ci d'sdlleurs récidiviste, — qui laisserait un passif de 6 à 7 millions, à lui confiés, sans la moindre réticence, par ces spéculateurs naïfs qui s'empressent de croire à toutes les bourdes, pourvu qu'elles soient de dimensions démesurées. Celles que leur présentait le banquier eu fuite Hary- Reynaud pouvaient défier toute concurrence. Avec une audace sans pareille, il attirait l'argent à lui, en promettant des intéièts miraculeux. Ainsi les peu intéressantes dupes qui emplissaient ses bureaux lui apportaient chacune 1,000 francs, je suppose, sous la promesse de toucher de formidables revenus, des revenus tels qu'ils dépassaient, et de beaucoup, toutes les bornes mêmes de l'invraisemblance. Ne serait-ce pas une sorte de complicité?
La plupart de ces gens-là n'ignorent cependant pas ce que c'est qu'un taux usuraire et se prennent pour les prêteurs les plus innocents et les plus délicats du monde quand ils empochent, pas longtemps, c'est vrai, mais plusieurs années de suite, les monstrueux intérêts de leur petit capital, sans se douter que le faiseur prend à même pour les leur servir. Aussi ne sont- ils pas très dignes de pitié quand vient le jour certain de la débâcle.
Tandis que des tristesses plus justifiées appellent notre sympathie I Il est plus que probable que nous avons, d'ores et déjà, à insérer une page noire de plus dans les annales des naufrages célèbres: voilà près de six semaines que l'on est sans nouvelles du transport de l'Etat la Vienne, parti de Rochefort pour Toulon avec un chargement de matériel de guerre. Ce sont choses auxquelles il faut s'attendre et dont l'histoire de la marine est pleine. Mais il paraîtrait, — et cela se répète avec insistance dans les milieux
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maritimes, — que le commandant du transport, le lieutenant de vaisseau Barbier, aurait signalé des réparations urgentes à faire sans retard, ayant de prendre la mer. Ce fut peine inutile, et sur un ordre strict du ministère, il fallut partir quand même, et cela dans une ssison mauvaise ob. tout étsdt à craindre...
Dans quelques jours, non loin de la plage de Royan où se dresse la statue de bronze de son père, — à moins que ce ne soit un fait accompli, à cette heure, — M. Camille Pelletan va présider un banquet qui lui est offert par des inscrits maritimes, et où, dans la chaleur communicative qu'il connaît si bien, il consentira sans doute à prononcer quelques paroles de regret et d'adieu en l'honneur de tout un équipage] disparu, englouti corps et biens dans la mer, et qui sait? non loin peut-être de l'endroit oh l'on ne manquera pas d'entonner Y Internationale qu'il affectionne, pour lui être agréable. Il n'y a rien d'impossible k cela, puisqu'un d^ plus rapides marcheurs de la flotte a reçu l'ordre de rechercher les traces du navire jusqu'aux abords de l'Irlande, et qu'il le retrouvera peut-être, espérons-le, à moins que la mer jalouse ne garde à jamûs son secret et sa proie.
Le théâtre est en pleine activité et grand est le nombre des {nèces jouées depuis la rentrée. Qu'en restera- t-il 7 Pas grand chose. 11 n'y a plus ni Augier, ni DumaSi ni Feuillet pour honorer le grand art dramatique, et quand on ne peut avoir ce que l'on désire, il faut se contenter de ce que l'on a, les repas fussentils très maigres.
En fait d'œuvres nouvelles, ou à peu près, nous n'avons guère à âgnaler que la Sorcière^ de M. Victorien Sardou. Ce drame, assez sombre, appartient à la famille de Haine et de Patrie. €'est de la même habileté scénique et de la même adresse professionnelle. Sans doute, il n'était pas extrêmement nécessaire de rappeler ces temps de l'Inquisition; mais c'était prétexte à fournir un rôle altra-dramatique à la « grande Sarah », qui, d'ailleurs, s'y est montrée remarquable. Après tout, M. Victorien Sardou, qui est un malin, a-t-il eu la préoccupation de faire à peu près œuvre d'actualité. L'Inquisition, en effet, est absolument contemporaine; elle est d'aujourd'hui, sous une autre forme, peut-être moins violente dans les moyens, mais tout aussi impitoyable. Si nous n'avons plus le mot, nous avons la chose, et le petit et mesquin défroqué qui répond au nom de Combes, joue les Ximénès, autant que le lui permettent sa petite taille et sa nature étroite et rancunière.
Certes, il ne brûle personne, et ses moyens de persécution sont de toute autre nature; mais, quand on saura le nombre des familles réduites & la misère, par cet inquisiteur d'un nouveau
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genre, peut-être se demandera-t-on ccmunent ce généreux pays de France a pu subir une pareille et si odieuse tyrannie. Pins de bûchers ni de tortures, c'est exact ; mais l'espionnage et la délation constante élevées à la hauteur d'un procédé de gouvememoit, voilà l'inquisition d'aujourd'hai I Au bout de quoi* la réconciliation de tous les Français entre eux, c'est-à-dire, si on laisse faire, la disparition d'une bonne moitié de la France, au bénéfice de l'&atre moitié. On sera mieux renseigné là-dessus, lorsqu'un Sardon de demsdn pourra mettre à la scène quelques-uns des irréparables drames poussés jusqu'au dénoueipent sinistre par ce petit homme néfaste qui, non content de ruiner et de proscrire, a poussé ' l'ingratitude jusqu'à donner la jaunisse à son inventeur ^Waldeck- Rousseau.
Presque en même temps, la Comédie-Française nous offrait le Dédale^ pièce attendue de M. Paul Hervieu. Toutes les pièces de H. Paul Hervieu sont attendues, et quand elles tardent à se produire, la France ne respire plus normalement. C'est une comédie, du moins d'après le titre, mais qui finit en mélodrame assez vulgaire. Sujet? Le divorce, parbleu! La matière est inépuisable, et il ne faudrait pas croire qu'elle soit près d'être épuisée : sigoe de l'incurable pauvreté des temps! Il n'est pas possible, cependant, de ne pas signaler, dans celte œuvre nouvelle d'un jeune « maître » , une situation tout au moins déplacée. Il s'agit d'une femme divorcée dont l'enfant a été confié à la garde da père. Mais cet enfant devient gravement malade, et la mère court s'installer à son chevet. La voix maternelle résonne toujours, la plus haute, dans le cœur des femmes. Mais il parait que l'on n'est pas impunément garde-malade, sous le toit d'un mari qui, autrefois, fut aimé, et c'est là que l'ancienne passion se réveille^ dans une commune inquiétude, et que le jugement du tribunal devient lettre morte. La chose a beau être traitée avec habileté, elle n'en semble pas moins inacceptable et n'apparaît pas surtout comme un argument impérieux, dans une telle question. La pièce est soutenue, grâce au talent des interprètes, et particulièrement de M"' Bartet.
Au Vaudeville, Frère Jacques^ pièce sentimentale et mignarde, où l'on constate une certaine recherche de simplicité, mais surtout une course effrénée après l'esprit que les auteurs, MM. Henry Bemsteio et Pierre Weber, ne rejoignent pas toujours 1
£t là-bas, dans les régions lointaines du boulevard Rochechouart, un jeune homme, portant un nom qui fît du bruit naguère, M. Paul Hyacinthe- Loyson, s'est essayé pémblement au genre Brieux, dans une pièce en trois actes, ayant pour titre : le Droit des Vierges. On s'est d'abord demandé ce que cela roulait dire,
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puis on a fini par sourire, même assez bruyamment, parait-il, de sorte que c'est un assez mauvais début. II ne faut jamais être trop sérieux pour son âge, et M. Brieux, qui n'est plus tout jeune, subit lui-même l'inconvéDient de ces sortes de prédications en dialogues, qui n'ont rien de précisément commun avec l'art dramatique. C'est un obstacle que, surtout au début d'une carrière, on a tcut intérêt à éviter. Il n'est pas à croire que le droit des vierges, tel que l'entend l'auteur, y trouve de sérieux encouragements. Après tout, on a bien le droit de prendre son bien où on le trouve, c'est-à-dire de choisir son sujet; mais n'est il pas de l'intérêt d'un débutant de passer à côté de thèses où de vieux routiers du théâtre ont échoué ou à peu près?
Entre nos politiciens qui jouent la comédie, et nos comédiens qui font parfois de la politique, il existe un trait d'union : c'est le ruban violet. Au moins une fois l'an, les premiers l'octroient libéralement aux seconds I On découvrirait difficilement, de la duègne à la soubrette et à l'ingénue, une comédienne qui n'en soit pas oméet
Cette année, c'est un vrai déluge de rosettes et de palmes, qui a fait la joie de tant de candidats altérés et le bonheur plus relatif des spécialistes du Palais- Royal qui tiennent l'article décorations. Autrefois, ce bout de ruban académique, distribué avec plus de réserve et de parcimonie, était destiné aux revers des redingotes, des jaquettes et des vestons. Aujourd'hui, l'on en coud aux corsages plus qu'on n'en fixe aux boutonnières, et il est follement recherché par le beau sexe de tout âge et de toute profession. On a dit que ces distributions comprenaient environ quatre-vingt-dix colonnes du Journal offidel. Avec la seconde promotion, dite de repêchage, cela ne fait pas loin de cent I
Combien nous préférons les quelques lignes de nos journaux annonçant que l'abbé Theuré, curé de Loigny, vient d'être promu au rang de camérier d'honneur de S. S. Pie XI Nos lecteurs ont suivi, en leur temps, les efforts de ce vaillant qui réunit, avec la piété d'un courtisan de la mort, les restes de tant de soldats couchés par le vent des batailles dans les plaines de Beauce. Ils se sont associés à la souscription qui lui permit de construire l'ossuaire, de relever l'église, et d'y ajouter le clocher qui la complète. L'Académie française lui a décerné sa plus belle couronne, et voici que le Pape l'introduit dans sa famille la plus proche. Nous avons trop peu de sujets de satisfaction pour ne pas signaler celui-ci avec un cordial empressement.
Intérim.
CHRONIQUE POLITIQUE
« Les temps soDt troubiés et l'avenir inquiétant » : le discours adressé au Sénat par son président d'âge, M. Wallon, pour inaugurer les séances de l'année, commençait par cette déclaration mélancolique. Ce ne sont pas des mots empruntés à la phraséologie du journaliste ou à la rhétorique du parlementaire. Ils expriment la vérité pure et [simple, telle qu'elle se présente à l'esprit de quiconque sait observer les événements et connaît l'histoire. La Chambre a entendu de M. Rauline la même plainte, bien qu'il l'ait plutôt énoncée sous la forme d'un vœu. Il a fait « un appel à la psûxdcs consciences». M. Wallon avait dit énergiquement : « C'est îa guerre, la guerre la plus déplorable, la guerre religieuse qui règne en ce moment dans le pays, et c'est le gouvernement qui en a donné le signal... La loi des suspects, redevenue loi existante; la masse des citoyensifrançais tenus pour des rebelles; un gouvernement qui se dit gouvernement de défense républicaine, mettant plus des trois quarts de la nation en dehors de la République, hors la loi. » Paroles bien graves sur les lèvres d'un homme qui n'a pas seulement étudié savamment les constitutions républicaines, mais décrit le régime de la Terreur. Et, du côté d'où Diea, à certains jours, élève la voix lui-même, ce sont aussi des cris d'alarme. C'est celui du cardinal Perraud, dans une de ses plus pathétiques allocutions : « Hélas! il n'est que trop vrai! La France qui veut rester fidèle à Jésus-Christ traverse des jours « de tribulations et d'angoisses, de calamités et de misères, de ténèbres et de tempêtes. » C'est également celui de l'évêque de Nice, Mgr Chapon, qui, en signalant le péril, exhorte à l'union tous les bons citoyens, tous les bons Français, parce qu'ils ont en commun « la cause de la justice et de la liberté », et parce que, « dans leur clairvoyance, ils se sentent menacés en ceux qui sont frappés » . Nul doute que M. Combes ne méprise les avertissements de M. Wallon et de M. Rauline autant que ceux du cardinal et de l'évêque. Faudra-t-il donc que les leçons retentissent dans le fracas d'une catastrophe? Faudra-t-il que les prophéties flamboient sur les murs, dans les salles des banquets où M. Combes pérore, ivre d'optimismej jusqu'au délire?
M. Combes^n'est pas plus un orateur qu'un politique. Mais il a des adulateurs et peut- être se croit- il éloquent, depuis qu'on a
CHRONIQUE POUTIQUB 38»
recaeilli toutes ses harangues dans un volume auquel un écrivain de Bas-Empire, M. Anatole France, a mis une préface si prétentieusement laudative. Ce qui est sûr, c'est que le discours que M. Combes a proféré, à la table du Comité républicain du commerce et de l'industrie, a fait un grand bruit ou plutôt un grand tapage. Ce discours, sans prindpes, sans doctrine, n'aura été qu'une apologie personnelle, débitée avec une jactance toute familière. M. Combes n'a pas entrepris de justifier son gouvernement; il l'a vanté. Quelle outrecuidance et quel aveuglement I II se proclame le gardien de la tranquillité publique, le garant même de la paix internationale. Il assure que les contribuables lui rendent grâces des bienfaits de sa gestion financière. Il promet une guerre de plus en plus implacable & la « réaction cléricale » : tout ce qui reste de l'enseignement congréganiste, il annonce qu'il va le détruire. Il traiie avec une pitié dédsdgneuse les républicains libéraux ; il ne veut plus les considérer que comme les fantômes d'un parti. Il n'en réclame pas moins de ses adversaires le respect, alors que, non content de les spolier de leurs droits et de leurs biens, il les bafoue avec la verve grossière d'un commis-voyageur en goguette. Car, ces religieux et ces religieuses qu'il expulse de leurs monastères, qu'il chasse de leurs écoles, il insulte galment à leur honneur, en se targuant de les induire dans toutes les tentations d'un monde dont la concupiscence éprouvera leur pudeur ignorante et curieuse. Les Jacobins les guillotinaient sans ce cynisme. Et M. Combes oublie, lui renégat, qu'il est un « défroqué » et que ce libertinage d'esprit lui sied moins qu'à tout autre! Ce discours a donné la mesure de l'homme. On s'est trop plu à voir en lui un sectsdre rude et âpre, violent dans le langage, furieux dans l'action. 11 y a aussi chez M. Combes de la bassesse et de la populacerie. Il est, à l'occasion, goguenard et louche, hypocrite et cupide, humble et insolent. Il a, comme a si bien dit M. iUbot, « des habiletés nûsérables ».* Quant â son orgueilleuse confiance, il ne faut, pour l'abattre, qu'une velléité d'un des groupes qui forment sa discordante noajorité. Repu de son despotisme, parvenu docilement â un pouvoir presque absolu, il est coûtent et il dispose de l'avenir. Soit I La France a déjà connu des gouvernements qui, ne voulant consulter que les compliments de leurs fonctionnaires, les louanges de leurs journaux, ou compter que les votes de leur Parlement, se jagesdent éternels : trois mois plus tard, ils n'étaient plus. H. Combes a pu croire qu'il venait de dloer au Capitole, tant les convives du Comité l'ont applaudi. Uais il n'est pas diffidle de constater que son gouvernement ne se sent déjà plus le maître de loi-mème et que les coups dont il frappe à outrance ses ennemis
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sont ceux d'une force fiévreuse^ aussi inquiète qu'irritée de ses yains excès. Et le pays? Sa patience lui ôte-t-elle donc toute clûr- Toyance? Ne tressaille-til pas, çà et là, au spectacle des bits scandaleux ou sinistres dont il est le témoin? L'anarchie est partout. Dans l'administration : pour établir la prépotence du députe favori, il n'y a plus une loi que les préfets ne violent, plus une institution qu'ils laissent intacte. Dans la justice : les magistrats, comme ceux de Senlis et de Bellegarde, se démettent ou sont révoqués, parce que leurs réquisitoires ou leurs arrêts refusent au député ministériel les services demandés. Dans l'armée : on dénonce les officiers pour leurs croyances, et bientôt ils sont disgradés; les sergents chantent V Internationale ; les soldats forcent les portes des casernes, vont se saouler et vagabondent à travers les villes et les campagnes. Dans la marine : les matelots, les ouvriers des arsenaux ont toute licence; sinon, ils se révoltent. Les désordres, les bagarres se multiplient; une émeute, à Ajaccio; le pillage, à Hennebont, avec le même brigandage qu'à Armentières; la dévastation des boutiques, à Paris, pendant la grève des boulangers. Il y a pire encore : une grève agricole terrorise la région de Béziers; devant les maires et les gendarmes impuissants, les grévistes interdisent la circulation et le travail dans les villages; ils arborent le drapeau rouge au clocher des églises, où ils prohibent le culte; ils envahissent les domaines, au son du clairon, en criant : « A bas les riches! Saccageons! Le pétrole! » C'est presque la Jacquerie. Mais quoi! Pour couronner ces essais et ces facilités de guerre sociale, M. Loubet sanctionne une délibération du Gonscdl municipal d'Ivry qui donne à trois de ses rues les noms de quplques-uns des héros les plus insensés et les plus sanguinaires de la G)mmune. M. Loubet! 11 ne préserve rien; il tolère ou livre tout. Il a sa part constitutionnelle dans le mal dont la République est atteinte et dont la France souffre : il a formé, avec une indifférence suprême, le ministère Combes, après le ministère Waldeck-Rousseau. Président rééligible, il n'est pas irresponsable ; il n'échappe ni à la discussion devant l'opinion publique, ni à l'opposition dans le Parlement : l'exemple de M. Grévy l'a prouvé. Oui, vraiment, on a trop laissé M. Loubet en paix, dans la jouissance élyséenne de sa prébende; on l'a trop ménagé dans sa souveraineté de parade. Les honnêtes gens et les patriotes qu'il désespère n'ont plus qu'à porter l'attaque de son côté. Ils pourront se faire une devise avec le mot tragique cité par Tacite dans le récit d'une mort fameuse : Feri ventrem!...
Les premiers actes de la Chambre ont dû bien troubler la présomption de M. Combes, quelle qu'elle fût. M. Bourgeois a voulu,
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définitiTement, quitter son âiateiiil présidentiel. 11 a, on le sait, ane élégance indolente. Cest, par tempérament, an sybarite; fié pour régner sur une république de la Grande-Grèce; amoureux du repos, mais aussi de l'apparat; sophiste, par goût et par métier; joueur de flûte, à ses heures. Il n'aspire plus qu'à occuper majestaeusement la place de 11. Loubet, si ce n'est, placidement, celle de H. Delcassé; il se retire dans un coin de la Chambre, pour y neutraliser son ambition. M. Brisson lui a succédé : un spectre, celui-là, avec son fanatisme suranné, son verbe lugubre, ses phrases creuses, ses gestes fatidiques; et qui a le génie de joindre l'ennuyeux à l'odieux. Il pouvait sembler que la politique de M. Combes bénéficiât de cette bonne fortune de M. Brisson. Par malheur, M. Brisson n'a été élu qu'à deux voix de majorité. 11 a ramassé 257 suffrages seulement, alors que le premier des viceprésidents nommés, M. Etienne, en obtenait &05. Le vote qui élevait M. Brisson le discréditait. Près de lui, M. Jaurès subissait une yéritable humiliation : il n'était pas réélu vice-président. Si ce n'était pas le sycophante éloquent, le dédamateur socialiste, que cet ostracisme punisssdt, c'était, sûrement, le « sans-patrie » qui eiborte la France à a oublier » l'Alsace, si vivante encore dans son dëchireinent, et à servir cette <( humanité » qui n'existe pas ou qui existe devant le Rhin d'abord, sous l'aspect de l'Allemagne conquérante. Cet échec de M. Jaurès, le « Bloc » en a été comme â)ranlé. Le parti soqaliste venait d'excommunier M. Miilerand. Le parti radical-socialiste, à son tour, a eu son schisme, dans les jalousies et les dissensions qu'a suscitées l'élection des vice-présidents : il est maintenant divisé en deux groupes. Est-ce même tout, poar H. Combes, dans la série des présages fâcheux? Interpellé par M. Sembat, sur l'assaut que le préfet de police avait si vigoureusement donné naguère à la Bourse du Travail, M. Combes, trop peu loyal pour approuver H. Lépine et trop peu courageux pour le désavouer, s'est vu infliger un blâme : la Chambre a voté, contre loi, l'ordre du jour proposé par M. Ferrette, et si, malgré tous les usages parlementaires, le débat ainsi clos ne s'était rouvert, avec la complicité de M. Brisson, pour procurer à M. Combes un vote de demi-confiance, conçu par M. Maujan, c'en étsdt fait, régulièrement, de ce néfaste ministère. Bravache, à la tribune ; équivoquant ou muet, sur son banc; traitant et capitulant* dans les couloirs, M. Combes s'est, en cette circonstance, déconsidéré plas que jamais. Et, la moralité de l'incident, M. Ribot l'a définie avec une énergique précision : <x II y a encore des ministres en France, il n'y a plus de gouvernement. » Mais, par une faute réellement monstrueuse de M. Combes,
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voici la question miDistérielle devenue une sorte de question nationale. Le 7 janvier, le préfet de Nancy, M. Humbert, faissût expulser de Lunéville, la nuit, un Alsacien, un député de l'Alsace, M. l'abbé Delsor; et c'était en vertu de cet arrêté incroyable : « Considérant que M. Delsor, sujet allemand, s'est rendu à Lunéville pour y prendre part à une réunion politique ; considérant que la présence de l'étranger sus- désigné sur le territoire français est de nature à compromettre la sécurité publique. Arrête : Article premier. — Il est enjoint à M. l'abbé Delsor de sortir du territoire français sans déisû. Article 2. — M. le Sous-Préfet de Lunéville est chargé d'assurer l'exécution du présent arrêté. » Ainsi ces Alsaciens, qui sont, pour nous, des frères séparés par la victoire seulement et qui perpétuent derrière les Vosges le sang de la France, son nom, sa langue, son souvenir, son espérance, un préfet français, né lui-même à Metz, les traite de « sujets allemands », comme si notre tendresse patriotique ne possëdadt pas de mots plus doux; comme si la qualification de « député alsacien » avait encore quelque chose de trop honorable et de trop noble; comme si le préfet d'un département lorrain avait à consacrer par un acte libre et volontaire de son administration le traité de Francfort signé par la France, l'épée de M. de Molike sur la gorge I Et M. Combes aura décrété que, désormais, un Alsacien n'est pas plus de notre race que de notre paysl Et il aura appris à l'Alsace que ceux de ses fils qu'elle charge de ses revendications devant l'empire allemand sont ramenés èl la frontière comme des chemineaux ou des ennemis! Et l'Alsace aura vu la République française d'autant plus inexorable pour les Alsadens qu'ils sont catholiques, qu'ils sont des prêtres, qu'ils gardent les autels du pays conquis, qu'ils veillent sur ses foyers, qu'ils lui parlent du Dieu qui change quand il veut les destins des nations malheureuses, et qu'un abbé Delsor, dans son sacerdece même, fortifie la fidélité de l'Alsace par la foi éternelle de sa religion I Et M. Combes aura voulu «que l'oubli prêché par M. Jaurès fût signifié à l'Alsace par ses propres préfets, violemment, cruellement, dans un interdit, comme un statthalter de la Lorraine aurait pu en formuler un, pour le cas oix un député français serait venu, dans un Lunéville allemand, respirer l'air de la vieille patrie, de la province natale I Et l'Alsace a eu la stupeur, la douleur et la honte de lire dans les journaux allemands que la naïveté de son attachement était bien punie par cette France légère qui ne voulait plus d'elle, qui renonçait à elle I
L'indignation était vive, à la Chambre, jusque sur les bancs des ministériels, quand on a dû fixer la date à laquelle M. Combes
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serait interpellé sur cette expulsion, qui est bien, par sa brutalité spéciale, un forfait de lëse-nationalité. Malgré la sommation si vibrante de M. Ribot, M. Combes n'a pas accepté la discussion immédiate : il a réclamé un délai de huit jours, pendant lesquels, sans doute, il devait discipliner certains réfractaires de son groupement, et on a pu, par le prélude de ses fausses raisons, de ses pervers et puérils arguments, préjuger son prochain plaidoyer. Comme si les considérants de l'arrêté n'étaient pas valables, sa police cherche, à Strasbourg, même à Berlin, des renseignements calomnieux, pour déshonorer le patriotisme de M. Delsor. Vainement. M. Delsor est de ce parti alsacien, le « Landespertei », qui, ne voulant pas que l'Allemagne absorbe l'Alsace et constatant avec affliction que la France se détache moralement d'elle, s'est constitué pour revendiquer l'autonomie, en attendant l'indépendance. Elu en 1898, réélu en 1903, M. Delsor a la confiance de l'Alsace; de quel droit donc la France lui témoignerait -elle sa défiance? Enfermé trois mois dans une forteresse allemande, pour avoir prétendument outragé la majorité protestante de l'empire, il est on persécuté : il mérite, à ce titre, sinon les égards de H. Combes, du moins la sympathie des libéraux et des catholiques français. M. Combes incriminera-t-il les votes émis par H. Delsor, au Reichstag? Ils ont tous été ceux d'un loyal Alsacien; c'est naensongërement, ridiculement, que les journaux salariés par H. Combes l'accusent d'avoir accordé tous les crédits militaires qui devaient accroître la puissance de l'Allemagne, en 1' « armant » mieux contre la France. Quant à la conférence que M. Delsor venait faire, dans une réunion privée de ses amis alsaciens, à Lunéville, il avait choisi deux sujets, pour adopter l'un ou l'autre vers la dernière heure : a La fête de Noél et ses symboles sociaux et religieux. — La législation ouvrière en Alsace. » Ce ne sont pas là des discours qui pussent menacer la dignité de M. Combes ou la paix de la France. Il faut, d'ailleurs, que la dialectique de M. Combes y prenne garde : s'il a expulsé M. Delsor, parce que cet Alsaden ne serait pas, en toute sincérité, un « protestataire », il risque d'offenser l'Allemagne; s'il a expulsé M. Delsor, uniquement parce qu'il est un « sujet allemand », la Chancellerie alleoiande peut s'en formaliser aussi; dans le premier cas, il aurait à présenter des excuses; dans le second, à fournir des explications. Hélas I personne, à Strasbourg, ne doiite que, si M. Delsor eût été réellement, authentiquement, un Prussien, M. Coaibes ne l'eût respecté. Et, en foule, les Alsaciens qui conservaient dans la sujétion d'aujourd'hui le patriotisme d'autrefois, se demandent par quel mystère du cœur français M. Combes ne
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sait plus que la frontière de TAIsace n'est pas, pour la France, une frontière comme les antres...
Les Allemands nous avaient pris la terre. Nous gardions l'âme. M. Combes ne veut plus de l'âme; ni M. Jaurès et M. de Presseosé, de la terre. La France a combattu pour délivrer les Etats-Unis, la iîrèce, la Belgique, l'Italie; la République n'ose plus même penser, jusque dans le sentiment de son insécurité nationale, à la délivrance de l'Alsace. La France a « pleuré sur Varsovie » ; la République n'a pins même une larme pour Strasbourg et pour Metz. Mais comment la France s'est-elle laissé persuader ou a-telle laissé croire qu'elle pouvait se désintéresser de l'Alsace? Comment le parti républicain, si éperdument chevaleresque, en 18&8, dans son amour des nationalités souffrantes, a-t-il pu devenir indifférent on même insensible au sort de l'Alsace? Il y en a des raisons graves et tristes ; plusieurs aussi qui sont étranges. Certes, nous sommes un peuple aussi enclin au pardon qu'à l'oubli. Mais voilà vingt ans et plus que la politique de nos gouvernants oriente l'esprit des nouvelles générations vers tous les horizons du monde, sauf vers la frontière, vers la brèche des Vosges. Elles ont cessé de penser i l'Alsace, à la Lorraine, en ne pensant, hier, qu'à la Tunisie, qu'au Tonkin, qu'à Madagascar, et, pour demain, au Maroc; comme si, là-bas, l'impuissance de l'effort dût être éternelle et, qu'ici, les facilités de la fortune dussent capter, amuser, retenir les forces renaissantes de la France. Et puis, quel a été l'enseignement de cette jeunesse qui n'avait pas vu la guerre de 1870 et qui, dans la Sorbonne même, aux heures des examens, semblait quelquefois en ignorer les plus tragiques événements, les exploits les plus héroïques, les plus lamentables sacrifices? Tandis que, pour l'Allemagne, l'histoire est le manuel du patriotisme, la France a des professeurs d'histoire qui renient traîtreusement les gloires de son passé, pour ne célébrer en elle que la patrie de la Révolution; ceux de nos ancêtres qui conquirent nos provinces aujourd'hui perdues et qui, avant même 1789, avaient créé l'unité française, on ne veut plus les connaître. Et, de plus, quel est Tidéal offert aux ûls des soldats de 1870 par les Jaurès de nos lycées? a L'humanitarisme », le culte de la patrie universelle. « Les devoirs, envers la patrie, disent-ils, se confondent avec les devoirs envers l'humanité. » Fichte, lui aussi, avait confondu la patrie avec l'humanité. Il écrivait, en 180A : « La patrie d'un Européen civilisé c'est, d'une façon générale, l'Europe; en particulier, c'est l'Etat qui se trouve à la tète de la civilisatioui Avec ce sens cosmopolite, nous pouvons assister, tranquilles, aux vicissitudes et aux catastrophes de l'histoire. » En 1806, la bataille d'Iéna réveille
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SOD cœur endonm dans cette chimère. En 1807, revenu à Berlin avec l'affreuse vision du désastre, il publie ses Discours à la nation allemande^ pendant que l'armée françdse occupe la ville et Potsdam. Dieu préserve de l'expérience de Fichte nos philosophes et nos maîtres d'aujourd'hui!...
La France a le défaut de s'intéresser peu à sa politique extérieure, comme si elle pouvait toujours compter sur le ministère de la Providence. Par surcroît, il arrive souvent qu'une commotion gouvernementale, une lutte intestine, l'sdde à se distraire de cette occupation. Il faut regretter l'affaire Humbert, l'affaire Dreyfus, l'affaire Delsor, alors que, notamment, il est tant question, à Londres, d'une convention qui réglerait les principaux différends de la France et de l'Angleterre, en compensant les choses de l'Egypte par les choses du Maroc, celtes de Terre-Neuve par celles de Siam, et ainsi de suite. On voit comme la balance serait égale : l'Angleterre nous fersdt légitimer des droits usurpés, pour des biens dont elle est nantie, et, en échange, elle nous livrerait des biens qu'il nous faudrait acquérir à nos risques et périls, des biens hypothétiques (nous allions dire hypothéqués). Heureuse Angleterre, toutefois, dans ce libre déploiement de ses ambitions et de ses desseins! Heureuse de pouvoir et de savoir vaquer, en tout temps, à ses affaires étrangères, avec la même sollicitude, avec la même ardeur, que si sa politique intérieure ne lui causait aucun souci I La campagne menée, dans un tel tumulte, par M. Chamberlain, pour ic l'impérialisme protectionniste », n'empêche pas le peuple anglais d'observer d'un œil attentif cette querelle du Japon et de la Russie où sa diplomatie, plus ou moins secrètement, joue son jeu. Elle profite des difficultés qui enchaînent, dans la Mandchonrie et la Macédoine, l'action de la Russie : elle pousse vers Lassa, à travers les plateaux déserts du Thibet, l'expédition Younghosband. Avoir Lassa et convertir le Dalaï-Lama en vassal, ce serait dominer le monde bouddhique, du haut de sa capitale sacrée. El, vraiment, pourquoi, tôt ou lard, l'Angleterre ne couvrirait-elle pas aussi de son pavillon, de son protectorat, les sanctuaires du monde musulman, Médiine et La Mecque?...
La France a, manifestement, abdiqué, dans les affaires d'Orient, sa puissance traditionnelle. Du moins y iaisse-t-elle aujourd'hui, à la Russie et à l'Autriche, le premier rang, avec le premier rôle. Nul ne sait, cependant, si elle pourra persister dans cet effacement, en se réservant pour d'autres soins. Là, comme ailleurs ou même plus qu'ailleurs, les événements peuvent avoir bien des surprises, bien des trahisons. Si on continue solennellement, à Gonstantinople, les pourparlers sur le contrôle des réformes; si, par un hasard
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heureux, on a trouvé, pour le commaudement de la gendarmerie internationale en Macédoine, un général italien qu'on croit énergique et qui parle le turc, les bandes des insurgés ont reparu ; elles ont recommencé leurs mouvements, leurs meurtres, leurs coups de dynamite, leurs combats. Qui pourrait dire quel sera le printemps de la Macédoine? Rien de certain non plus, dans l'Extrême* Orient. lien vient, chaque jour, un tourbillon de dépêches, celles-là belliqueuses, celles-ci rassurantes, ou qui nous analysent toutes sortes de notes, les unes japonaises, les autres russes, ou qui nous rapportent les confidences que les nouvellistes croient avoir recueillies chez un grand personnage, à Tokio on à Saint-Pétersbourg. Dans cette incertitude où le fabuleux et le charlatanesque se mêlent à plus d'un calcul diplomatique, à plus d'une spéculation financière, il nous suffira de constater que, si le Japon menace, la Russie affecte de rester placide et que toutes deux temporisent. Le jour de l'an russe, en recevant l'ambassadeur du Japon et ceux de toutes les nations, le tsar a dit bien haut : « Je désire faire tout ce qui est en mon pouvoir et tout ce qui est possible pour maintenir la paix en Extrême-Orient. » Espérons que cette parole du tsar, rien, ni la mauvaise volonté de personne, ni le hasard lui-mèoie, ne la démentira. Car nous ignorons si la convention signée, le 19 mars 1902, par M. Delcassé et le prince Ouroussof, nous oblige à intervenir dans le conflit russo-japonais, en telle ou telle conjoncture. Ce mystère a bien de quoi inquiéter la France I
Abbé H. Lbsêtrb : Histoire Sainte, — Paris, Lethielleax, xii-248 p., ia-18.
La nécessité se faisait sentir depuis plusieurs années déjà, d'une ffis" toire Sainte qui, tout en respectant les données essentielles du récit biblique et en se conformant aux enseignements de l'Eglise, tînt compte aussi des objections du rationalisme contemporain pour les réfuter, des récentes découvertes de la critique et de Térudition pour élaguer ou rectifier certaines traditions de caractère parement légendaire et adventice.
Cette tâche infiniment délicate vient d'être accomplie avec un plein succès par M. Tabbé Lesétre, curé de la paroisse Saint-Etienne du Mont, à Paris. Le nom seul de l'auteur, familier avec les études bibliques, garantit la solidité et l'orthodoxie de l'ouvrage, qui est d'ailleurs revêtu de Vlmpri' matur de l'archevêché de Paris.
Ce petit livre se recommande, non seulement à ceux qui s^occupent de l'instruction élémentaire des enfants, mais à quiconque désire pour son propre compte préciser les notions sommaires et quelque peu confuses reçues jadis sur une matière si importante.