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Écrire Maltrt= de Chai da CHATEAU-SAVIGNAC, prèm LIBOURNB (Gironde)
Le 27 janvier dernier^ le Corre$ponda.nt avait la grande douleur de perdre rhomme émiaeQt qai, depuis plus ûe vingt-cinq ans, le dirigeait, M. Léon Lavedau, Ses obsèques odL eu lieu le 29 , h Téglise Saint-Thomas d*Aquin, en présence d'une assistance nombreuse et émue. M. le marquis de Vogtié, président du conseil de la He prononcé les paroles suivantes : -^
Messiexjbs,
En prenant la parole & l'issue de cette triste cérSî»aaip, ]e B'ar pas rintendon de retracer la longue et honorable carrière de Léon Lafedan. Je cède à tio besoin de mon cœur en venant dire un dernier adieu, rendre un suprême hommage à Tami disparu, au □om de ses collaborateurs^ au nom de ses amis, au nom de tous ceox que le Correspondant groupait autour de lui.
Hommage d^atTection surtout ; nous Tainiions profondément; non 3eaJement nous admirions ses brillantes qualités d'écrivain, sa verve de chroniqueur, son habileté de polémiste, les charmes de soD esprit, mais nous aimions ses solides qualités, la chaleur de 33D cœur^ la ûdélité de ses affections, la grâce qu'il savait mettre daD3 Teipression de son amitié.
Cette amitié n'avait rien de banal : elle n'allait pas sans Testimc» sans la communauté des sentiments et la conformité des idées. Pour ceui dont le séparaient ses opinions ou dont il combattait la politique, il était un adversaire résolu : il avait !'indigaation généreuse, la revendication tenace, Tattaque d'autant plus redoutable qu'elle était plus contenue dans la forme, plus courtoise dans rexpression*
il avait le goût de la lutte ; toute sa vie il a combattu ; non dans nn intérêt personneU mais pour les nobles causes auxquelles il avait voué sa laborieuse activité.
Sa seule arme fut sa plume, une plume alerte, incisive, féconde, qu'aidait une mémoire prodigieuse, un sens vif de T actualité, une rare aptitude à discerner le moment, le point d* al laque, le fait saillant, l'argument décisif, dans de brillantes improvisations qui avaient la portée d'études longuement méditées.
On a dit de lui qu'il était journaliste accompli \ j'accepte le mot. Si on le prend dans son acception la plus haute et la plus honorable : dans les temps troublés où nous vivons, dans notre société divisée, inquiète, menacée, il n'est pas de profession plus noble, plus utile, si elle est inspirée par le dévouement, si elle
$• LrVHAlSOS. — 10 FÉ\'RIER 1904*
met un caractère et un talent an service de la vérité, du droit, de la liberté, des grands intérêts moraux et matériels de la patrie. Ainsi pratiquée, elle devient une fonction sociale et commande le respect.
C'est ainsi que Lavedan la comprenait, c'est ainm qu'il s'efforça de la pratiquer pendant le cours d'une longue vie, d'une rare unité. Il avait été formé à l'école de ces grands chrétiens, de ces grands patriotes, de ces monarchistes éprouvés qui s'appelaient Dupanloup, Montalembert, Berryer, Falloux, BrogQe... Il avait appris d'eux à placer avant tout le devoir, le respect de sa plume, la fidélité à ses convictions. Il s'attacha à cette règle avec une fermeté soutenue, sachant subir l'épreuve de la défaite, de la persécution, de la pauvreté même, résistant aux séductions du vsdnquear, immuai>le dans la poursuite du même idéal, dans la défense des mêmes causes.
Ces causes, il n'eut pas la satisfaction de les voir triompher : sauf pendant la courte période du passage au pouvoir de ses amis, il n'assista qu'à des défsdtes; et, dans les dernières années de sa vie, ces défaites, en s'accentuant avec une cruelle intensité, attristaient son âme généreuse. Il n'en luttait pas moins, sans rien attendre que la satisfaction de sa conscience et l'estime de ses amis. Cette estime est la seule chose dont puissent disposer des vaincus; mais elle a sa valeur : nous la réservons tout entière pour ces vûUants et ces fidèles qui, comme Léon Lavedan, ont donne jusqu'au bout le noble exemple de leur vaillance et de leur fidélité. Honorons-les, Messieurs, par l'hommage public de notre estime, par la fidélité de notre souvenir I
Lavedan comptût aussi sur une plus haute récompense. Il était de ceux qui croient et qui espèrent, que leurs croyances et leurs espérances guident pendant la vie et soutiennent en présence de la mort. Ceux d'entre nous qui l'ont approché pendant ces dermers jours ont assisté à un admirable spectacle. Ils ont vu, dans cette pensée épurée, s'effacer peu à peu le brillant écrivain, le politique ardent, il ne restait que le chrétien, souriant à la mort comme 3 souriait à la compagne dévouée qui depuis près de soixante ans était l'honneur et le charme de son foyer : prodiguant à ses enfants, à ses amis, les dernières caresses de son cœur, leur donnant rendez -vous dans cette éternité dont son regard de mourant croyait déjà percer le mystère : s'éteignant enfin sans souffrances physiques et sans angoisses morales, dans la sérénité, la confiance et la paix.
Grand exemple, Messieurs, dont nous conserverons pieusement le souvenir comme un encouragement, une consolation, une espérance.