‹ Le CorrespondantChapitre 85 sur 171 · L. DE Lanzag de Laboub · texte numérisé non relu

L. DE Lanzag de Laboub

Physique biologique : Le radium en thérapeutique. — Concurrence aux rayons X. — Radiothérapie. — Traitement au radium des lupus et cancers de la peau. — Nouyelle application médicale de la radio-activité.

— Le radium dans Teau. — Propriétés par procuration. — Potion phosphorescente. — Thérapeutique nouvelle. — Action des solutions fluorescentes dans le corps humain. — Cîontre les microbes de l'économie .

— Pourquoi les sels de quinine sont-ils des spécifiques contre les fièvres paludéennes. — Phosphorescence de la quinine. — Le traitement à Teosine. — Lee granules dosimétriques au sulfure de calcium. ^— Eclairage bactériologique. — Premières applications. — Physioh)gle : Régime végétarien et régime Carnivore. — A propos de poules. — Lifluence de Talimentation sur la ponte et le nombre des œufs. — A la quatrième génération. — Auto-intoxication par hérédité. — Les Parisiens de Paris. — Variétés : En Italie. — Une cuirassé invuhiérable. — A Tabri des armes à feu et des armes blanches. — Expériences. «*- Un secret à vendre. — L'Etat et Tindustrie. ^ Allumettes, tabac, téléphones. — Les mines en Allemagne.

Si l'on coatinne à s'occoper du radiam en France, en Angleterre ec en Ailemagnet on poursuit avec la même ardeur les recherches aux Etats-Unis, au point de vue physique coaune au pwnt de vue thérapeutique. Tout est au radium I

Les malades surtout auxquels on a dit que les rayons pénétrants du radium avaient les mêmes propriétés que les rayons X et pou valent guérir les lupus, les sarcomes et même le cancer, réclament des médecins le traitement au radium beaucoup plus simple, puisqu'il n'exige plus l'attirail encombrant et délicat & naanier des rayons X, el plus rapide aussi, alfirme-t-on. Les malades sont toujours impatients et peut-être ont-ils tort de vouloir remplacer les rayons X par les rayons radifères. Au fond, on ne sait rien encore de bien net sur l'action du radium, puisque c'est tout au l^ts A l'on coomience à être fiié sur l'action réelle de la radiographie et du traitement aux radiations Rœntgaa.

On pense assez généralement que les rayons exercent une action élecdve sur la cellde épithéliale et que le processus aboutit à une

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disparition complète des éléments caractéristiques du cancer. Virchow a écrit : « Le carcinome n'est pas une tumeur durable. Ses cellules ont plutôt des caractères caducs, fragiles, ce qui fait que leur vitalité a une durée limitée et que de bonne heure eues subissent une série de métamorphoses régressives. Si Ton pouvût arriver à étendre d'emblée ces métamorphoses à toutes les pardes du cancer et à empêcher la formation des nodules accessoires, on sersdt sûr d'obtenir la guérison définitive du cancer. » Aussi quelques physiologistes, et notamment M. Bruns, pensent que les effets curatifs des rayons X dans le carcinome sont dus simplement à ce fait qu'ils favorisent et activent la tendance spontanée à la dégénérescence qui existe normalement dans la cellule cancéreuse. En réalité, encore une fois, nous ne savons rien d'absolument certûn et il y a lieu de poursuivre les recherches méthodiques.

Ce qui est d'autant plus aisé que les malades, non seulement ne redoutent pas qu'on multiplie sur eux les expériences, mais ils s'offrent, au contraire, en grand nombre aux expérimentateurs. On trouve autant de sujets qu'on le désire pour les soumettre à l'action des rayons X et surtout des radiations du radium.

Une découverte nouvelle va peut-être favoriser les études dans ce sens ; elle nous vient d'Amérique et elle peut conduire à des résultats considérables; nous la signalons sous réserve, parce qu'elle est trop neuve pour que l'on soit en état d'en juger la portée. En tout cas elle est curieuse et mérite d'appeler l'attention ^.

M. Tracy possédant quelques grains de sel de radium eut l'idée très ingénieuse de profiter de la propriété que possède le radium de communiquer ses vertus radio-actives à certains corps avec lesquels on le Isdsse en contact pour rendre l'eau radio- active. On peut faire ainsi une sorte de solution de radium et faciliter largement son emploi aux malades. Nouveau genre de potion. En procédant par tâtonnement, M. Tracy est arrivé à constater que lorsqu'on laisse séjourner pendant quarante-huit heures dans une solution de sel de cuisine un tube renfermant une parcelle de sel de radium, l'eau devient radio- active et acquiert pour quelque temps les propriétés du radium. Cette eau arrête les fermentations et tue les bactéries; elle est fluorescente et rend phosphorescents les corps qui se trouvent dans son voisinage; les rayons qui en émanent traversent les corps opaques et vont impressionner la plaque photographique.

Une fois en possession de cette eau radio- active, de ce « radium liquide », U. Tracy a essayé ses effets dans un certain nombre

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d'affections avec certain succès. II se réserve de [revenir sur ce point quand ses recherches seront plus avancées. En tout cas, remploi de cette potion nouvelle pourrait rendre^^de grands services dans la fièvre typhoïde et la gastro- entérite, dans la tuberculose et dans la malaria. Sous forme de gargarisme, de vaporisation, d'inbalation, elle pourrait être administrée aux malades atteints d'angines et de laryngites, bronchites et autres affections des voies respiratoires. Enfin, sans parler de son emploi comme topique dans les dermatoses, 111. Tracy estime que les compresses inhibées d'eau radio- active favoriseraient l'évolution des plaies chirurgicales. Tout cela est possible et semble rationnel. Mais il faut prudemment attendre les résultats des expériences.

Cette application des propriétés radio- actives énergiques du radium a sa portée. Un corps radio- actif, c'est ^du radium par procuration, et le radium étant, à l'heure actuelle, [excessivement rare, on pourrait ainsi à bon compte SiB procurer un médicament radifère. En outre, il semble bien que l'introduction dans le sang d'une matière phosphorescente ait une action surprenante sur les microbes. On a fait l'expérience sur les bactéries et les hématozoaires. La phosphorescence tue ces organismes. On a été jusqu'à proposer une explication, par l'action de la phosphorescence, des effets du sulfate de quinine dans la malaria. Les sels de quinine sont des spédfiques contre la fièvre paludéenne. Mais pourquoi? On répond aujourd'hui : parce que les sels de quinine sont phosphorescents et que, par cela même, ils tuent les parasites de la malaria. L'hypothèse est séduisante. Mais c'est mieux qu'une hypothèse, car M. Tappeiner, partant de cette notion, due à M. King, que toute fluorescence tue les petits organismes, a essayé de trûter les lupus et les cancers de la peau avec des compresses d'éosine & ô pour 100; l'éosine est fluorescente après exposition à la lumière. 11 y a eu amélioration et même cautérisation rapide d'un lupus après soixante jours.

On peut rapprocher du mode d'action de la quinine que nous signalons un autre fait qui n'a pas été relevé encore. Dans la médecine dosimétrique, on utilise beaucoup les granules de sulfure de calcium. On s'en sert dans les fièvres, dans les affections respiratoires, etc. Nous connaissons un vieux médecin militaire d'Algérie qui ne sort jamais sans un petit tube de granules de sulfure de calcium pour se mettre à l'abri des fièvres. Il en distribue à tous ceux qu'il affectionne. « Huit granules du matin au soir par deux à la fois et vous serez, dit-il, à l'abri de la fièvre et des rhumes. » Et il parait que cela réussit sous notre climat. Si le major a raison, ce que nous n'avons pas contrôlé, pourquoi

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ces traces de sulfure de calcium agiraieot-eUes? C'est que le sulfure de caldum est phosphorescent I

N'insistons pas davantage. L'eau radifëre est peut-être tout de même une trouvaille pour la thérapeutique. Elle est phosphorescente, elle possède momentanément les principales vertas da radium. Oq peut en fabriquer aisément et à bon marché. 11 sera donc très fadle de la mettre à Pépreuve. Et nous ne pouvons que souhaiter que les résultats soient conformes aux espérances.

Végétariens et carnivores batûllent toujours. Vous mangez trop de viande, disent les uns; vous ne vous nourrissez pas, répliquent les autres. Et le débat dure et durera sans doute toujours, car il y a du vrai de part et d'autre. On mange trop en général et trop de viande en particulier. Cest là un fait hors de doute et, dès l'âge de trente ans, on en ressent les conséquences. Les toxines abondent et surchargent l'économie, et la maladie vient trop souvent : arthritisme, goutte, rhumatismes, arterio-sclérose, etc. D'autre part, le ré^me végétarien pur est insuffisant pour soutenir nos forces, surtout avec la vie intensive que nous menons. Le végétarisme mixte, c'est-à-dire légumes associés au beurre, au lait, aux œufs est le plus souvent suffisant, surtout pour ceux qui sont menacés des maladies par abondance de bonne chair. C'est là un sujet grave qui méritera d'être traité à part Nous voudrions seulement ^[)porter en quelques lignes une contribution à cette question si discutée des régimes aHmentaîres.

M. Frédéric Houssay poursuit depuis longtemps des études sar la ponte des poules et sur l'influence du ré^me. Les résultats observés ne sont pas sans jeter une certaine lumière sur les conséquences de l'alimentation camée. M. Houssay a élevé des poules i la viande concurremment avec des poules alimentées de graines. Voici ce qu'il a obtenu pour une première année :

Nombre d*œiif)B. Poids. Poids moyen de l'œuf.

Fouies granivores. .97 5 k. 360 55 grammes.

Poules carnivores. . 148 8 k. 674 58 —

Poules carnivores. . 167 10 k. 270 61 —

Poules carnivores. . 145 8 k. 426 58 —

Le régime camé apparaît donc comme donnant un avantage considérable au point, de vue de la ponte pendant plusieurs mois. Mais cet avantage ne se poursuit pas in<£&finiment, surtout chez les mêmes sujets de seconde année et sur les sujets de la générar tion suivante. La conséquence pratique est que l'on peut augmenter momentanément le rendement des poules en ajoutant à leur afi-

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meDtatîoD ordinaire une forte propoirtioii de décheta de viande frakhe. liais il faut alors prmdre chaque aanée de nouvelles poules pondeuses et ne pas mettre en incubation les œufs des animaux ainsi suralimentés.

M. Houssay a poursuivi des recherches jusqu'à, la quatiième génération, sur les poules au régime à peu près exduaif de la viande. Akurs tout se modifie. Le nombre des œufs à la quatrième génération n*a plus été que de 12 en mai» 12 en juin, 16 et 15 en juillet. L'édoaioQ a été en diminuant très sensiUement et la plupart des animaux sont morts.

Le régime a donc, pendant la suite des générations, retenti sur chaque individu; il y a eu manifestement hérédité des intoxications alimentaires. Il y a eu rapport entre l'auto -intoxication et la £éc(mdité, et rapport entre l'arrêt de développement et la mort précoce des produits. Il y a mène nq^rt avec la sexualité. On peut donc conclure de ces essais que le régime camivore exclusif, au début avantageux, devient néfaste dans les générations suivantes par auto4ntoxications lentes.

Cela donne évidemment à réfléchir en ce qui concerne respèee humaine. Trop de viande, un ré^me azoté trop riche, et l'homme en subira, les conséquences. Dès la troisième génération, cdui qui provient de parents venus de province et qui a vécu à Pans, sulHt gravement les atteintes de l'excès d'alimentation et, naturdlement du milieu parisien. On ne saurait trop se dédder de bonne heure à combattre, dans les grandes villes surtout, les effets de l'hérécËté, et le uMÎlleur moyen c'est d'adof^er un régime alimentaire conv^Eiable et rationna; sinon, on pmera largement les excès dès le milieu de l'exiâiance.

U nous faut bien pourtant dire ici quelques mots de la bmeuse cuirasse Benedetti, invulnérable aux coups de couteau et aux balles de fusil et de revolver. Elle est italienne cette cuirasse et inventée par un restanrateur de Rome. On l'a soumise à de nombretiaes commissions militaires et on a constaté l'impossible en apparence. On a tiré sur elle à bout portant, à quelque distance, avec des fusUs ei des revolvers d'ordonnance. La balle siqplatie est retombée inerte; quelquef(HS die s'est engagée à la surlace du tissu et on la d^chait délicatement. On a armé un cheval du tissu protectem: et l'on a tiré en pleine poitrine et la balle tepowsée fut, chaque fois, ramassée à peu prte intacte. On a disposé la cuirasse sur une chaise et par dessus un verre d'eau; on a fût partir le coup. Le ]m)jectile fut repoussé et pas une goiUte d'eau ne sortit du verre. U n'y a pas de choc sensible.

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On ne sent pas la commotion du coup; on ne sent pas la pointe du poignard, ni le coup tranchant du sabre. C'est une cuirasse magique I Et c'est si simple d'aspect, cette étoffe protectrice. A la main, le tissu est souple, presque moelleux, épais de 12 i 22 millimètres selon les applications. La forme change aussi. En général c'est un plastron avec col analogue à un gilet de chasse ; et moyennant ce bêtement on peut protéger complètement le haut du corps et de même les jambes avec un pantalon du même tissu.

C'est incroyable, et pourtant cela est. L'inTeuteur a proposé de Vendre son secret au gouvernement italien qui, évidemment, s'est dit avec radson qu'il n'y avait pas lieu i achat. On achèterait le secret pour se servir, naturellement, de l'invention, ^ dès lors elle serait connue, et tout le monde, sans débourser un centime, s'en servirait. Marché de dupe. Je crois que l'auteor finira par saisir la difficulté et se contentera de tirer profit de la cuirasse en s'assurant le monopole de la fabrication, et encore s'il y a lieu à brevet.

En attendant, les suppositions font leur chenûn et chacun croit avoir trouvé le secret Benedetti. Deux ou trois étoffes superposées sont déjà très résistantes à l'arme blanche ou k la balle moderne. On nous a envoyé quelques types avec des tissus de laine, de minces plaques d'aluminium, du papier, des fibres de coco. C'est déjà bien, mais inférieur à la cuirasse Benedetti! Elle est vieille, l'idée; au quinzième siècle, pendant la conquête du Mexique, Femand Cortez, pour mettre ses hommes à l'abri des flèches et des coups de lance, avait imagmé de les emmailloter dans un tissu épais en Isdne, enfermé dans de la toile. Les flèches, qui traverssdent la cuirasse métallique de ses soldats, restaient sans effet sur la cuirasse en étoffe. Les Philippins actuels se servent de cuirasses analogues en fibres de coco. Les corps mous et élastiques forment d'excellents écrans, des freins puissants qui éteignent la force vive des projectiles.

Essayez de tirer sur un de ces ahnanachs à nombreuses feuilles du coDunerce. La balle ne traversera que les premiers feuillets, et plus les feuillets seront minces, et plus le bloc de papier sera résistant. Les couches d'air superposées et élastiques doivent aussi jouer leur rôle dans tout ceci. Les couches superposées qui nous garantissent contre le froid semblent nous défendre aussi contre les chocs les plus violents des projectiles.

En profitant de ces remarques et en cherchant bien, on doit pouvoir réaliser des vêtements protecteurs plus ou moins analogues à la cuirasse Benedetti. En attendant, la sienne semble parfaitement efficace; aucun truc, aucun tour de main. Ces faits sont réels

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et peuvent, d'aûUeurs, s'expliquer en gros. Quand on aura trouvé le secret, ou quand il aura été révélé au public, forcément un jour ou l'autre, il sera juste de se rappeler que si vraiment l'homme, par l'intermédiaire de ce revêtement défen&if, est désormais i l'abri du poignard et des coups de revolver des assassins, tout rhonneur en reviendra à Benedetti, l'inventeur de Rome.

L'Etat exploitant une entreprise industrielle quelconque, voil& une conception qui fait sourire les ingénieurs et les praticiens. Chaque fois que l'Etat décrit un monopole, c'est bien fini des jours de prospérité. Et la règle est générale et vraie un peu partout dans le monde. En France, l'Etat a eu la prétention d'enlever à Tindustrie la fabrication des allumettes. Elles ont un joli renom les allumettes françaises. Gela casse comme verre et s'allume au petit i>onheur. J'ai beaucoup étudié les allumettes; j'en ai fait une collection; on n'en trouve nulle part d'aussi mauvaises que dans notre pays. Et le tabac? Il a aussi une réputation européenne. La régie vendait depuis des années des cigarettes du Levant bien faites par exception et qui se fumaient. Cela ne pouvait durer. On a supprimé dans chaque tube de papier 25 pour 100 de tabac. Et ces cigarettes sont chères. Maintenant molles et mal faites, elles se fument difficilement. J'ai demandé la raison, et pourquoi aussi chères et aussi peu de tabac? Réponse : « C'est la faute des ouvrières I — Mais, est-ce que ce sont les ouvrières qui commandent? — Parfsdtement. ^- Et l'ingénieur? il est muet. — Oui, il est muet, parce que devant le ministre c'est toujours l'ingénieur qui a tort et l'ouvrière qui a raison ». Ainsi va le monde en ce moment. Et les cigares? Tolérables ou mauvais selon le bon plaisir de l'ouvrière. Je n'oublie pas les téléphones.

Quand il y avait une société d'exploitation, le service était à peu près satisfaisant et les plaintes se comptaient. L'Etat a repris l'exploitation en 1891 manu militari. C'est devenu inénarrable I Vous ne demandez rien on vous sonne et ainsi plusieurs fois par jour. Vous demandez quelqu'un, on ne vous répond pas. Vous sonnez derechef, « le numéro réclamé est en communication ». Vous vérifiez, il était libre. Vous sonnez pour obtenir communication avec M. X. On vous met en relation avec M. Y. Les erreurs sont tellement multiples dans certains bureaux que Ton hésite i se servir de son téléphone. C'est une perte de temps telle pour certains abonnés qu'ils préfèrent recourir au télégraphe. Mais à quoi bon insister? Les abonnés savent tous à quoi s'en tenir. Tel est le service de l'Etat. Et on voudrait lui confier nos chemins de fer. Douce ironie!

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La règle est générale encore nne fms et s'ap[diqae à toutes les industries. Dernièrement, en priant place au &uteiiil de la présidence de la Société du jugement dvil, un spécialiste, M. Gooriot, professeur à l'Ecole Centrale* a prononcé sek)n l'usage un discours applaudi sur les progrès de l'industrie minière. Nous releyons dans ce discours les lignes suivantes qui concernent l'Allemagne. « L'Etat, dit M. Gouriot, est là aussi un bien mauvaid exploitant. Pour s'en convaincre, il est curieux d'examiner la situation faite à l'ouvrier mineur allemand, selon que celui-ci est occupé dans les mines domaniales de l'Etat & Sarrebruck ou selon qu'il est rémanéré par l'industrie privée dans la Ruiir. Cet examen porte en Id un enseignement qui mérite d'être médité par les partisans de la nationalisation des mines. Alors que de 1888 k 1902 le basân westphalien prenait un essor prodigieux et accusait un surcroît de production de 25 millions de tonnes avec 74,8 pour 100, pendant la même période de quatorze ans, les extractions du bassin de la Sarre n'augmentaient que de 3 millions 1/2 de tonnes. Le nombre des ouvriers embauchés s'est accru d'un côté de lSi,848 et de l'autre de 17,634. Enfin l'ouvrier mineur produit 19 tonnes de moins par an dans la Sarre qu'en Westpbalie et il reçoit annuellement près de 100 francs de moins. Et cependant l'administratioD de l'Etat a vendu le charbon en naoyenne 12,65 marks alors qœ les houillères de la Ruhr pratiquaient le prix de 8,77 marks poor des charbons plutôt supérieurs.

« En résumé, l'exploitation par l'Etat paye moins bien l'ouvrier, coûte plus cher au consommateur, sans procurer d'avantages ao pays, par suite du moindre rendement de Touvrier fonctionnaire. »

L'exemple cité par H. Ckmriot mériuiit d'être sigdalé, mais on en pourrait citer bien d'autres. L'Etat a toujours été et restera nn noauvais exploitant pour des raisons complexes qui ne rentrent pas dans la compétence de la revue scientifique.

Henri de Paeville.

CHRONIQUE POLITIQUE

8 février 1904.

La dernière chronique s'imprimadt, tandis qoe se discutait, i la Chambre, l'incident de Lunéyille; il nous faut donc consigner aujourd'hui le souvenir de cette douloureuse séance. L'impression qu'elle a produite ne s'est point effacée depuis quinze jours. Jamais Chambre et gouvernement n'avaient fait à leur pays un pareil affront; jamais ils n'avsùent émis avec plus d'insouciance un vote plus honteux. La Chambre, approuvant l'acte d'un préfet que couvrait son ministre, a déclaré qu'un fils de l'Alsace était sujet aileniand; qu'à ce titre, il avait mérité d'être expulsé du territoire français comme un vil malfaiteur, et qu'en un mot, le traité de Francfort, consacrant l'annexion de nos provinces à l'Allemagne, était bien la loi définitive et officielle dont nous devrions nousmêmes nous faire les exécuteurs.

A cette déclaration ignominieuse, le pays, notons-le tout de suite, a répondu par une manifestation significative. Une élection avait lieu deux jours après dans les Vosges; la lutte était incertaine entre deux candidats que soutenaient des influences diverses et également puissantes. Mais à la nouvelle de la séance du 22 janvier, en apprenant qu'une Chambre française avait osé traiter en sujet allemand un enfant de nos provinces, les populations de l'Est se sont soulevées ; elles ont vu qu'un des deux candidats était résolument hostile au gouvernement, que l'autre hésitait à le désavouer; elles ont immédiatement choisi le premier et repoussé celui que le ministère semblait soutenir.

Ce sentiment sera, nous n'en doutons pas, celui de la France entière, et les élections municipales en donneront la preuve; mais l'acte du gouvernement n'en a pas moins, pour l'honneur et la sécurité du pays, des conséquences sur lesquelles il importe de ne pas se faire illusion. M. Coad)es est, par lui-même, si dénué d'autorité, son langage est si incohérent, si passionné, si grossier, qu'on est toujours tenté de ne pas prendre au sérieux les paroles qui tombent de cette bouche ; cependant, on ne peut l'oublier, puisque

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M. Loubet Ta voala ainsi, cet homme est chef du gouvernement; ce qu'il dit prend fatalement, aux yeux des puissances, le caraclère d'une déclaration offidelle. Qu'a-t-il donc prétendu? Après des explications confuses et perfides sur l'expul^on de M. l'abbé Delsor, il a dit que M. Delsor n'était ni un Alsaden, ni un Allemand, mais un « Romain ». C'est le prêtre qu'il a voulu frapper en lui; mais il n'y a pas à s'y tromper, ce n'est pas seulement le prêtre, c'est le simple catholique, et, par là, l'imputation s'adresse i tous les catholiques d'Alsace et de Lorraine, à tous ceux qui, dans ces provinces, partagent nos croyances, les soutiennent, et troayent dans leur fidélité à leur culte un nouveau moyen d'entretenir leur fidélité à l'ancienne patrie; — elle s'adresse à cette vaillante cohorte de prêtres qui, depuis trente ans, ont soutenu le bon combat avec une persévérance indomptable et au milieu de cruelles épreuves, pour garder, sous la législation que la conquête leur imposait, les traditions et les coutumes qui leur apprenaient à trouver, dans la mémoire du passé, les espérances de l'avenir. A tous ceux-là, à tous ces catholiques, M. Combes dit : « Vous êtes Romains, je ne vous connais pas. » Il l'aurait dit au grand patriote dont le nom reste la gloire des enfants de la Lorraine et de l'Alsace demearées fidèles à la France, à Mgr Dupont des Loges, ëvêque de Het2. Cette politique avec laquelle, saùs sourciller, il travaille à s'aliéner le cœur de nos provinces, M. Combes n'entend pas seulement l'appliquer contre elles, il est fatalement amené à l'appliquer partout. N'a- 1- il pas fait, en répondant à M. Ribot, cet étrange aveu : « Je n'ai pris le pouvoir que pour détruire les congréga^ tiens. » On sait ce qu'il entend par le mot « congrégations », c'est tout ce qui est romain, par conséquent tout ce qui est catholique. Mais alors, ce langage qu'il tient aux catholiques d'Alsace et que l'empereur Guillaume aura soin de ne pas leur laisser oublier, ce langage, il va donc l'adresser, au nom de la France, à tout ce qui dans le monde tient à la religion catholique. C'est une vidïle tradition dans les pays d'Orient que le nom de Francs et de chrétiens soient confondus, comme sont unis le drapeau tricolore et la croix. M. Combes détruit tout cela; à tous ceux : missionnaires, industriels, marins, tribus de toutes races, qui ss réunissent pour invoquer au nom de la foi catholique la protection française, il répond : « Vous êtes Romains, la France ne vous connaît pas. » Et pendant qu'il poursuit cette imbécile et criminelle politique, il ne voit pas les puissances rivales qui sont là, guettant le moment où notre patrie laissera tomber cet héritage pour le saisir et se l'approprier. N'était-ce pas un ministre italien, M. Luzzati, qui disait il y a quelques jours que l'arrivée de nos congrégations

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avait été une source de prospérité pour son pays et qu'il leur garantissait sur le sol italien une sécurité absolue?

Trois princes de TEglise, le carcUnal Langénieux, le cardinal Richard, le cardinal GouUié, ont fait parvenir au président de la République une protestation solennelle contre les actes qui se commettent et les lois qui se préparent.

Nous comprenons que les vénérables prélats aient dédaigné de s'adressera H. Combes; seront ils plus heureux avec M. Loubet? lis semblent eux-mêmes en douter : a Nous ne voulons pas, écrivent-ils, Monsieur le Président, nous souvenir de l'inutilité des démarches que nous avons faites depuis plusieurs années auprès des pouvoirs publics pour augurer du sort réservé à cette lettre. »

Du moins, comme ils le disent, ils auront rempli leur devoir et donné au pays et aux fidèles un grand enseignement et un grand exemple. Qui peut nier, en effet, la vérité des avertissements qu'ils font entendre? Qui peut nier les applications frauduleuses qui ont été faites de la loi de 1901? Qui peut nier les conséquences meurtrières que la fermeture des écoles libres et la suppression des coDgrégations doivent avoir pour nos finances, à l'intérieur, et pour notre influence au dehors? Qui ne comprend, enfin, qui ne partage les alarmes qu'avec une éloquence attristée les prélats expriment sur l'avenir que réserve à notre pays la détestable politique dont il est victime? L'épiscopat en masse a adhéré au langage des cardinaux, et les bons dtoyens les remercient d'un acte qu'inspire l'amour de la patrie autant que l'amour de l'Eglise.

Sur la pente où il est engagé, il n'est pas d'institutions que ce gouvernement ne soit amené à détruire ou à avilir, pas de lois ni de droits qu'il ne soit condamné à fouler aux pieds. Le voilà déjà qui présente un projet de loi contre les évêques; c'est la réponse de H. Loubet à la lettre des cardinaux. La séance du 29 janvier a montré ce que devenait sous ce régime la magistrature.

Aux Sables d'Olonne, un juge qui trouve ses collègues trop fSavorables aux congrégations interpelle violemment le président et déclare qu'il s'en va, parce que les lois ne sont pas appliquées comme il l'entend; si ce magistrat avait fait cette esclandre en faveur des religieux la répression n'eût pas tardé, mais contre eux, il est couvert par l'indulgence du garde des sceaux.

A Château-Thierry, il y a un président, M. Magnaud, qui s'est rendu fameux par l'excentricité de ses jugements; il fait ou défait les lois à sa guise, et ne rend pas une décision qui ne soit infirmée par la Cour d'Amiens. Pour les radicaux, ce magistrat est le président modèle, « le bon président » ; ils s'étonnent qu'on ne lui Bit pas donné de l'avancement. Bien loin de protester, le garde

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des sceaux s'en excase; il couvre, lui aussi, de ses éloges le président Magnaud, et il déclare qu'il lui a proposé pluâeors fois d'autres postes, mais que M. Blagnaud ne les a pas trouvés dignes de loi.

A Ghaoïbéry, c'est une autre affaire. Le croupier d'une maisoi de jeu est pris en flagrant d^it de vol; mais il a de puissants protecteurs parmi les députés, et le juge d'instruction, qui ne sait comment se débattre au milieu de ces influences redoutables, écrit aa garde des sceaux pour lui demander ce qu'il doit ùdre. Le garde des sceaux lui répond en l'engageant à rendre une ordonnance de non-lieu, et quand on s'étonne qu'il intervienne ûnsi, lui chef de la justice, en faveur d'un voleur, il répond que le juge d'instruction étidt parfaitement libre de ne pas suivre son avis. Ahl les juges sont libres de ne pas suivre l'avis du garde des sceaux I Ek bienl c'est le garde des sceaux lui-même qui, dans la même séance, va démentir sa propre parole. Libres peut-être quand il s'agit d'escrocs ou d'émeutiers, mais non pas libres quand il s'agit de religieux et de religieuses. Il se trouve qu'un grand nombre de tribunaux et de cours ont acquitté des congréganistes abusivement poursuivis par dee parquets. Contre ceux-là les gens du Bloc rédanent les rigueurs du gouvernement et M. Vallé s'empresse de les leur promettre; il fait entoidre qu'à ces tribunaux réfractûres le procureur général à la Cour de cassation» M. Baudouin, a déjà donné des avertissements, et que si l'on persiste à n'en pas temr compte, des mesures seront prises contre les juges récalcitrants. C'est dire quellAdépendance du magistrat n'existe plus, c'est {sdre de la peur et des instincts du plus bas égoîsme l'insfûratioD des décisions judiciaires. Nous voulons croire que l'avocat de Cattauî, aujourd'hui garde des sceaux, en sera pour ses menaces, et quil trouvera dans nos prétoires des consciences pour lui résister.

Encore si ce gouvernement, qui prétend soumettre à son jongles citoyens et les lois, avait un corps die doctrines, s'il avait une pensée politique sur laquelle tous ses membres fussent d'accord 1 Hus non, il n'en est rien; le moindre jour ouvert sur leurs délil)ératioDS les montre en pldne lutte. Leur prétendu gouvernement, c'est l'anarchie pure. On en a eu une nouvelle preuve dans la discossion sur le rachat des chemins de fer. Ce rachat était naguère nn dogme républicain, et l'exclusion frappait quiconque ne l'admettait pas. Le rachat est donc venu à la Chambre, et après plusievra séances» quand le cabinet a été appelé à s'expliquer, le ministre des travaux publics, M. Blaruéjouls, n'osant d^ ni oui ni non, a proposé, à titre de transaction, un projet de rachat partiel. La Chaosbre étût indécise lorsque surgit le ministre dea finances»

cBROinons poutiodk sts »

H. Ronvier. U ne se perd pas dans les subtilités, il va droit an fait; il combat tout rachat, il fait Téloge sans réserve des conventions passées en 188S entre les Compagnies et l'Etat, il flétrit ceux qui ont osé les appeler des « conventions scélérates » et il n'est pas sans savoir que le plu8 ardent à porter cette imputation est son collègue de la marine, M. Pelletan.

Absent de la séante, M. Pelletan, dès qu'il en connaît les détails, se fient interviev^er, et déclare que sll eût été présent, il aurait immédiatement donné sa démission. Sur ce point, soyons bien mmquilles, M. Pelletan parlera souvent de sa démission, mats il De la donnera jamais; il ne sortira du ministère que contraint et forcé.

Cependant, il est impossible de ne pas relever le scandale de ces contradictions, et un député de Seine-et-Oise, H. Rudelle, en demande compte au gouvernement. C'est M. Combes qui répond; il a commencé par obtenir, des deux champions de son cabinet qu'ils ne paraîtraient pas & la Péance et, sûr de leur obéissance, il vient, avec une désinvolture sans pareille, déclarer que les membres du gouvernement n'ont jamais prétendu être d'accord, que toat le monde savait le différend de H. Pelletan et de M. Rouvier sur cette question du rachat, et que c'était précisément pour s'éviter l'embarras d'aTOÎr une opinion ferme que le gouvernement avait chargé M. Maruéjouls de déposer sa proposition intermédiaire. M. Haruéjouls, seul et non M. Rouvier, représentait la pensée du gouvernemeiit; or M. Maruéjouls a été battu, et par qui 7 Par son collègue des finances, M. Rouvier. Et voilà l'homogéntité de ce ministère I

On reconnaitt, panm les plus acharnés contre l'abbé Ddsor, tous ceux qui depuis quelques années ont nsené la campagne contre l'armée; il n'est pas d'injures qu'ils n'aient débitées contre les oflBders, pas de tentatives qu'ils n'aient faites pour les abaisser devant l'étranger. De mtaae aujourd'hui, ils ont entrepris de flétrir en Allema^oe ou devant l'Allemagne, non seulement l'abbé Delsor, mais tous les patriotes alsaciens qui ont suivi sa ligne de conduite; ils en sont venus à lui reprocher d'avoir promis obéissance aux lois du pays, — comme si, par cet engagement que lui impossdent les drconstanees, il avait trahi sa patrie d'origine, et H. Clemenceau, qui marche à la tète de ces soi-disants justiciers, ne craint pas de rappeler un second Esthérazy. Que pense donc M. démenceaiu du d^Qté français qui, en 1871 , alors que la France étsdt sai« gnante des blessures de l'Alsace et de la Lorraine, jugeût bon de . porter à la tribune une proposilioB pour qu'on la dépocdUàt encore de la Corse? Il alléguera, il est vrai, qu'il n'était pas l'auteur de

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la proposition et qu'il ne faisait que la déposer. Mais que dirait-il si Tabbé Delsor avait déposé sur le bureau du parlement de Berlin une proposition tendant & ce qu'on enlevât Belfort à la France et que, pour toute excuse, il répondit qu'il ne l'avait pas inventée et se contentait de la transmettre. La vérité est que H. Glémencean était bien d'avis alors de la proposition qu'il émettait, parce qu'elle répondait à ses haines, lesquelles sont la loi de tout jacobin. La Corse avait donné le jour à Napoléon, cela sufQssût pour qu'on rarracbât à la France, dût l'Italie s'en faire contre elle un poste de combat. Quelle figure de notre histoire, quel héros de notre époque contemporaine a trouvé grâce devant ces sectaires, du moment qu'ils ont contrarié leurs vue^7 de quels outrages n'ont-il pas abreuvé la mémoire de Jeanne d'Arc, « cette cabotine », et croit-on qu'on les verra jamais consentir à honorer dans les fêtes de la patrie, celle que l'église a placée sur ses autels? Et de nos jours Miribel était sans conteste le premier officier de notre état*major; Gambetta lui-même dut le reconnaître; mais il était chrétien; ce fut assez pour qu'il n'obtint jamai^i la grâce de M. Glémencean. Il y a quelques années à peine, une brochure allemande parait dans laquelle M. Clemenceau croit trouver une insinuation contre Mgr Dupanloup. Accuser de trahison le grand patriote, le grand évêque, quelle aubaine I M. Clemenceau n'y manque pas; mus la haine l'avait fdt tomber dans le piège, et le Correspondant Icdmême s'est chargé de faire justice de ces allégations ^

Voilà donc quels hommes prétendent intervenir dans nos affaires et nous imposer leurs jugements. Ennemis de l'armée, ennemis de la patrie, ennemis de la religion, prêchant le désarmement contre les envahisseurs, tandis qu'en France ils entretiennent la guerre civile, ils parlent conune s'ils étaient le gouvernement, et le gouvernement se tait devant eux comme s'il était, en effet, leor esclave. La partie est trop liée entre ces complices pour que noos espérions qu'elle se rompe; nous voudrions du moins trouver, dans les conservateurs et les modérés, si souvent sévères les uns pour les autres, moins de complaisance et de déférence envers quelques-uns des coryphées de cette bande. Qu'ils laissent donc aux thuriféraires de M. Jaurès le soin de parler de ses magnifiques harangues, mais surtout qu'ils prennent garde, avant de s'extasier, comme ils l'ont fait quelquefois, devant les déclarations libéral^ de M. Clemenceau. L'année dernière, M. Clemenceau ne s'étût-il pas avisé de se donner comme défenseur de la liberté d'enseigne-

^ Mgr Dupanloup et le comte de Frankenberg en 1870, Correspondant du 25 avril 1896.

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ment? II invoquait le droit de«i pères de famille et raillait, tout en se réservant de voter avec loi, les théories absolutistes de H. Combes; aussitôt, beaucoup de braves gens de se récrier et d'admirer, en le proposant comme on exemple aux membres de son parti, révolution survenue dans les idées de H. Clemenceau. L'évolution n'était qu'un mythe; M. Clemenceau reconnaissait le droit des parents à choisir les instituteurs de leurs enfants, mais il commençait par leur interdire celui de les prendre parmi les congréganistes; et en tout il en sera de même; qu'on examine jusqu'où vont les libertés concédées par M. Clemenceau et ses pareils, et l'on verra qu'elles s'arrêtent où commence son bon plaisir.

Quelques ravages qu'exerce leur politique dans l'armée, il faut reconoaitre que MM. Combes et André n'ont pas encore trouvé beaucoup d'officiers généraux pour en arborer la défense. Le général Pédoya ayant disparu dans le corps de réserve, il n'y a plus guère en vue que M. Passérieu et M. Pagné ; M. Passérîeu, qui paraissait depuis quelque temps se mettre à l'ombre, vient d'en sortir pour fermer le cercle militaire de Rennes; mais M. Peigné le dépasse ; il prend ses grands airs et entreprend une terrible campagne contre les prêtres et les enfants de chœur; il ne lui suffit pas de fermer les cercles nûlitaires, laissant bien entendu toute liberté aux cercles protestants et maçonniques et aux estaminets de diverses sortes, il frappe d'interdit la demeure particulière des abbés qui lui déplaisent. Nombre de soldats à Poitiers viennent d'être punis de vingt jours de consigne pour avoir osé rendre visite à un de leurs anciens aumôniers; le général de la division qui vensût de passer la revue de la garnison avait levé comme il est d'usage toutes les punitions; mais il ne put toucher à celles qu'avaient encourues les visiteurs de l'aumônier, le général Peigné les avait infligées luimême et il n'entendait pas que pour un pareil crime on fit grâce. II vient de lancer un nouvel ordre du jour pour interdire aux soldats, non pas d'aller individuellement à l'église, mais d'y paraître en rassemblements trop nombreux et d'y faire les enfants de chœur.

Il faut bien se rendre compte de ce qui se trame sous ces mesures incessantes contre la religion catholique. On sût que la loi de 1889, que les radicaux du temps ont votée au cri de : « Curés, sac au dos», a eu surtout pour but d'enrôler dans l'armée les séminaristes et les religieux de divers ordres. On s'était persuadé que leurs Tocations* chancelantes ne résisteraient pas à l'atmosphère qui les ^ayironnerait et qu'on les verndt bientôt oublier les graves ensei* gnements qu'ils avsdent reçus pour les séductions de la caserne et

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de ses alentours. C'est le contraire qui est arrivé; l'influence des séminaristes et des frères, soncienx de garder leur foi et de donner l'exemple du devoir militaire, a frappé leurs compagnons, et ce sont eux qui les ont amenés i leurs idées, bien loin de se laisser entraîner & leurs eiemples. La chose était si vraie que l'année dernière les feuilles ministérielles s^en plaignirent et demandèrent que, pour éviter ce dangereux contact, on les reléguât dans les ambulances. Il arrivût ceci : sous la bienveillante tolérance des chefs, dans la plupart des garnisons où se trouvait soit un dëaùnaire, soit un établissement rtetigieux, les soldats qui se destinaient au sacerdoce ou aux congrégations, obtenaient la permission d'y aller, comme dans une famille, passer quelques heures le dimanche; l'ordre et la moralité n'y perdaient rien, mais c'est là ce que des hommes comme M. Peigné ne veulent pas supporter, et comme il est arrivé que, se trouvant de bonne heure auprès de leurs andens dans la prêtrise, quelques jeunes soldats aient pu leur servir la messe, M. Peigné a bien vite écrit cet ordre du jour, qui lui vaudra sans doute une nouvelle lettre de félicitations des radicaux d'Angers, pour leur hiterdire de faire les enfants de choeur.

Mais, en dehors des félicitations de cette sorte, auxquelles ua soldat devrait être peu sensible, on se demande quel but, qoel intérêt peut poursuivre un chef de corps par de pareilles manifestations. Qu'il regarde ses camarades, il n'en est pas un seni qoi suive ses exemples; tous, occupés de leurs troupes et de la patrie dont elles doivent assurer la défense, gardent le silence et la dignité qui conviennent à leur mission et k leur honneur; loi aeil s'agite, lui seul pérore, pense-t-il avoir ainsi grandi dans l'esdiBe de l'armée? A qui veut-il plaire? sinon aux pires des politiciens, i ceux qui, k l'égal de la religion, détestent le drapeau. On cUt qu'on veut soustraire Tannée à la politique, il est Uen certain qoe des démonstrations de ce genre sont le meillenr moyen de l'y engager. On fait mine de repousser les coups d'Etat; s'il y a des généraui de coup d'Etat, c'est dans les rangs de ceux qui se livrent à ces complûsances pour le désordre qu'ils se trouvent. Coop d'BM pour qui ou contre qui? peu leur importe, ils sont prêts à agir dans n'importe quel sens, pourvu qu'ils y voient Irar intérêt, comme ces généraux de la première république, qui étaient indiiiraH ment, suivant les chances de succès, pour le Dhnecloire ou pi« Bonaparte. M. André a commencé sa carrière en criant : « Vite r empereur I » il crie aujourd'hui : « Vive la république 1 » Qoi sst quel cri il pousserait, si les vents venaient à changer?

L'élection de Remiremonrt a été, nous l'avons dit, une réponse vengeresse k la séance du 32 janvier; elle vm» inspirerait vm

GOROHIQUE POUTIQOE 579

satisfaction sans réserve, si elle n'avait mis en lutte des personnalités et des groupes que le péril commun devrait réunir. Nous savons qu'on reproche aux nationalistes d'avoir suscité naguère dans les Vosges des concurrents à des candidats qui, suivant l'exemple de M. Méline, avaient combattu la politique du bloc. Nous ne prétendons pas excuser les foutes qui ont pu être commises ; il faut dire seulement qu'elles se reproduisent dans tous les partis, et que tous, au lieu de se les reprocher les uns aux autres, devndent mettre leur émuladon éi les éviter.

H. Flayelle, l'élu du dernier scrutin, est un homme parfaitement honorable; on lui reproche ses opinions plébiscitaires, il n'est pas probable qu'il ait de longtemps à les faire valoir, tandis qu'adversaire déclaré de la politique ministérielle, il prêtera son concours immédiat à ceux qui veulent la renverser. Son concurrent, au contiaire, M. Desbloumortiers, se prévalait du patronage de M. Méline et c'était sa force devant les modérés. Hais M. Méline ne pouvait véritablement pas se faire illusion sur ce point, toutes les tendances de son candidat le rattachant au parti de M. Combes. Dans ces cooditioDS^ comment songer à voter pour lui, et comment s'étonner qje l'indigne attitude de M. Combes à l'égard de l'abbé Delsor ait achevé de décider les électeurs en faveur de M. Flayelle? Nous voudrions que les libéraux de toute opinion, sans revenir sur le passé, considérassent ce scrutin coomie une victoire commune et en fissent le point de départ, nou pas de représailles mesquines et coupables, mais d'accords patriotiques pour les élections prochaines. M. Méline doit, dit-on, prononcer un grand discours le 21 février à Soissons; il serait digne de lui de s'inspirer de cet esprit. On ne saurait trop le répéter à tous les partis : nationalistes, conservateurs, libéraux, républicains progressistes, vous ne triompherez que si vous êtes unis, et la moindre division entre vous suffirait pour vous perdre. Il n'y a donc pas à dire, comme le font certsdns groupes de l'opposition en s'adressant à d'autres : « Nous accepter roos vos voix, mais nous ne vous donnerons jamais les nôtres. » Ces prétentions-là ne sont pas permises devant l'assaut qui nous presse.

On a eu, il y a quelque temps à Lille, un frappant et touchant exemple de ce que peuvent l'union et le désintéressement. Trois candidats étaient en lutte pour un siège de sénateur; un radical dont le nom importe peu, un progressiste, M. Chateleyn; un libéral, M. Scrive. Au second tour, le progressiste a moins de voix que le libéral ; la conséquence toute naturelle, suivant la loi des scrutins, c'est que M. Chateleyn doit se retirer devant M. Scrive. Que s'est-il passé au contraire? M. Chateleyn refusait de se retirer; désireux

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avant tout d'assurer la défaite du gouvernement, M. Scrive sacrifie sa candidature et décide ses amis à voter pour le progressiste qui, grâce à lui, est nommé. C'est ainsi que les part'is triomphent de leurs ennemis. Puisse lors des élections générales, l'exemple de Lille être présent à la mémoire de tousl

Le 2 février, quelques jours après l'ouverture du Parlement italien, le roi d'Angleterre ouvrait, en personne, la session du Parlement britannique. On pense qu'elle sera agitée et finira peut-être par la dissolution ; mais, à la différence d'autres pays, l'absence des Chambres n'éteint pas la vie publique dans le Royaume- Uni. M. Chamberlain suffirait, à lui seul, pour l'entretenir; avec une ardeur sur laquelle les années n'ont pas de prise, il a poursuivi sa campagne pour établir contre l'invasion des produits étrangers, l'Union douanière de la Métropole et des colonies de l'empire. Il poussait dernièrement son effort jusqu'au &iège de la Cité, jusque dans Guildball où il était reçu avec un tel enthousiasme, qu'on renonçait, chose inouïe en Angleterre, i faire entendre le God save the Ring. Pourtant les informations varient, apparemment suivant l'opinion de ceux qui les donnent, sur l'accueil qui lui a été fait; applaudi avec transport suivant les uns, interrompu et blâmé suivant les autres, d'autant plus qu'à ces gros personnages de la Cité, il n'aurait pas craint de reprocher la présomption superbe qui les portait à croire que, dussent l'Angleterre et ses colonies souffrir toutes de l'application des tarifs étrangers, la ville de Londres, seule, n'en serait pas atteinte.

A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous apprenons que, sur l'initiative du Japon, les relations diplomatiques ont été rompues entre le gouvernement de Tokio et celui de Saint-Pétersbourg. Quelles seront les conséquences de cette rupture? Le Japon semble décidé à la guerre, et l'on se demande s'il n'y est pas encouragé par des suggestions étrangères, quand on voit le Times lui prooiettre d'ores et déjà l'appui de l'Angleterre. Mais si l'Angleterre intervient en faveur du Japon, la Russie ne réclamera-t-elle pas le secours de la France? Nous en sommes à ce degré d'ignorance des affaires de notre pays, que nous ne savons rien des obligations qu'il a pu contracter envers son alliée. Lorsqu'on songe à 1 état de désorganisation dans lequel deux ministres prévaricateurs ont mis l'armée et la marine, on tremble devant les éventualités qu'un avenir, prochain peut-être, réserve à notre patrie.

Uun det géranti : JULBS GBRVAIS

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Ft4!% JUVE:%\ *;cllteur, 1«S, rue Réaiimiir, Pni*t««

Vient de paraître :

DOCTEUR SVEN'HEDIN

Traduction de Ch. Rabot.

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