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N'A POINT ENCORE J)ÉNONCÉ LE CONCORDAT

La séparation de TEglise et de l'Etat a toujours été considérée » par les républicains comme un article fondamental de leur credo.

Ils la promettaient.au pays dans leur fameux programme de 1869 et à cette époque jes plus modérés comme les plus radicaux se proclamaient décidés, dès leur arrivée au pouvoir, à dénoncer le Concordat.

1 Leur attitude fut la même immédiatement après leur victoire du

16 mai. Tous alors parurent bien décidés à passer de la théorie à la pratique, et, à ce moment, on vit reparaître dans leurs journaux, dans leurs revues, dans leurs professions de foi, dans les exposés de motifs de projets de loi déposés à la Chambre des députés, les mêmes arguments en faveur du divorce à prononcer entre Rome et le gouvernement français.

I Arguments de principe d'abord. La religion, prétendaient -ils, est

chose purement individuelle, « elle ne peut donc être, comme le disait Mirabeau, un rapport social, elle est un rapport de l'homme privé avec l'Etre infini ». Si la religion ne doit pas créer des rapports sociaux, il ne faut pas qu'elle soit chose d'Etat [: les I concordats no sont aujourd'hui que des vestiges de l'ancien ordre

I de choses, des conséquences du principe autrefois admis de la

I religion d'Etat, en désaccord absolu, en contradiction formelle

I avec les principes de la Révolution française et qui, par consé-

quent, doivent disparaître. Quoi de plus contraire à l'égalité que de voir certains cultes salariés par l'Etat, quand d'autres sont déclarés ne pouvoir l'être; pourquoi des privilèges pour les uns et rien pour les autres? Un culte d'Etat se comprend; mais un Etat professant à la fois trois cultes, cela ne peut ni s'expliquer ni se défendre.

Ne commet-on pas aussi une flagrante injustice çn contnûgnant des citoyens français à contribuer aux frais du culte d'une religion

4« UVRAISON. — 25 FéVRIBR 1904. 38

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à laquelle ils ne croient pas, dont ils ne sont pas, et même qa'ils entendent combattre de toutes leurs forces. De quel droit les forcer ainsi à payer les armes de leurs adversaires?

Après les arguments théoriques, l'argument politique. Pour la très grande majorité, la presque unanimité du parti répubticùn, l'Eglise catholique a toujours été et est œcore Teimemi. Cette Eglise il faut tout faire pour l'abattre, pour la détruire. Le moyen le plus puissant de destruction, n'est-ce pas la séparation, la dénonciation du Concordat. Les croyances disparaissent de plus en plus : ce n'est plus la foi des fidèles qui fait la force de l'Église catholique. Sa force, elle la tient seulement du caractère ofQdel, gouvernemental que lui donne le Concordat. Que ses ministres cessent d'être fonctionnaires, et ils ne seront plus rien : que l'Etat leur enlève leur traitement, que l'Etat leur reprenne leurs demeures particulières, les édifices où ils célèbrent le culte et vous verrez disparaître tout ce qui leur reste d'influence; vous désorganiserez, vous désemparerez l'Eglise de France, et le dernier coup sera ainû porté par le parti républicain & son ennemie héréditaire que, par une étrange contradiction, on voudrait qu'il subventionnât avec les deniers de l'Ëtat maintenant représenté par lui.

L'argument politique prenait plus de force encore au lendemaîQ des événements du 16 mai. De tous côtés, le parti républicain vainqueur accusait à ce moment les prêtres catholiques de s'être jetés dans la lutte électorale, d'avoir eux-noémes mené contre lui la bataille perdue pour eux, cette fois, mais qu'ils espéraient bien devoir remporter dans l'avenir ; on pouvait s'en convwicre à la fisiçon dont ils s'appliquaient déjà & préparer leur revanche autour d'eux dans toutes les paroisses de France. Est-il possible de tolérer une pareille attitude de la part de fonctionnaires salariés? Est41 admissible qu'on laisse ainsi ces fonctionnaires salariés attaquer ouvertement le gouvernement qui les paie?

Qu'on ne vienne pas prétendre que c'est justement le Concordat et les lois eccléûastiques en vigueur qui, par leur application, peuvent faire cesser un semblable état de choses? Les peines dont le gouvernement a le droit, en vertu de ces lois, de frapper le clergé catholique sont, les unes ridicules, les autres absolument inutiles. L'appel comme d'abus? Peine uniquement morale, inventée pour discréditer le coupable et qui n'arrive qu'à l'honorer vis-à-vis de ceux à l'estime desquels il tient. Les suppressions de traitement? Elles n'atteignent, dans le clergé, que les petits. Les grands, ceux dont l'influence est réelle, voient aussitôt les fidèles quintupler leur indemnité dès que le gouvernement cesse de la lenr attribuer : récompense, par conséquent, au lieu de châtiment.

vk pont siiooai BÉAONCk u ooMotoiT? sa

La thèse du Concordat arme poar maintenir les prêtres dans l'obéissance, dans la soumission au pouvoir, est donc i tout jamcùs définitivement condamnée par rexpérienœ. L'exemple de l'auteur du Concordat, de Napoléon lui-même, le prouve. Malgré toute sa puissance, malgré son pouvdr absdu. Napoléon a échoué dans son œuvre de domination du catholicisme en France par les lois concordataires, et on a pu le voir, dans les dernières années de son règne, acculé, malgré sa volonté, & une rupture avec Rome.

Telle était, brièvement résumée, la thèse de la très grande majorité des républicains, au lendemain du 16 mai ; et alors tout le monde devait croire qu'arrivés désormais au pouvoir, ils allaient mettre à l'étude la question des rapports de l'Eglise et de l'Etat et se hâter de la résoudre dans le sens de la séparation. Ils mirent la question tout de suite i l'étude, en effet. De nombreux projets de loi furent déposés sur le bureau de la Chambre des députés et soumis ensuite à des commissions, mais qui jamais n'ont même pu venir en discussion publique.

Le rappcK't de Paul Bert sur tous ces projets est déposé le 31 mai 1883. Le 22 novembre de la n^me année, un membre de la gauche demande an gouvernement sa mise à l'ordre du jour à bref délai. Jules Ferry, àjors président du conseil, répond qu'il ne s'y oppose pas, mais qu'à son avis ce débat n'amènera aucun réeukat tangible, n'aura « qu'un caractère purement académique ». U propose néanmoins i la Chambre d'en fixer la date en janvier 188&,

On voit alors déjà, par le seul langage de Jules Ferry et par la lecture de tout le compte-rendu de cette séance, à quel pomt l'enthousiasme a baissé.

Janvier 188& se passe, la session législative se termine et le nq^port Panl Bert n'est pas discuté.

Viennent les élections de 1885 qui envoient encore à la Chaml^e une majorité répuUicaine. Dès la rentrée, un nouveau projet de loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, dû i l'initiative parlementaire, est déposé sur le bureau de la nouvelle Chambre. La prise en conâdération est votée le 1" juin 1886. Les députés de la droite font remarquer que ce vote constitue une manisfestation parement platonique, stérile; que la Chambre suivra forcément l'exemple de sa devancière, et que, comme elle, elle se trouvera dans l'impossibilité d'aboutir. On peut lire à la suite de ces déclarations de l'of^Kxiition dans le compte-rendu de cette séance ces niots : Vives protestations à gauche et au centre. Malgré ces vives

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protestations à gauche et au centre^ l'événement a donné raison à la droite. Il ne fut plus question jamais de cette nouvelle proportion prise en considération cependant par une majorité conâdérable, le 1*' juin 1886. Cette proposition alla dormir avec les autres dans les cartons du Palais-Bourbon, où personne dans cette session ni dans les suivantes ne vint troubler son sommeil.

Et depuis, jusqu'à ces derniers temps au moins, rieni Car il faut compter pour rien cette comédie ridicule qui se joue à la Chambre lors de chaque discussion du budget des cultes. Chaque année, régulièrement, à point nommé, à ce moment, les radicaux exigent la dénonciation du Concordat à grand renfort de déclarations de principe et de déclamations contre l'Eglise ; msds que les ministères soient modérés, de concentration ou radicaux, tous s'opposent énergiquement à cette proposition, et en obtiennent facilement le rejet, d'une majorité toujours docile. On voit même se produire ce fait topique que, lorsqu'un radical devient ministre, il s'empresse de voter le maintien de ce même budget des culies, que, simple député, il combattait jadis avec tant d'acharnement.

Gomment expliquer cette politique du parU républicsûn, une fois parvenu au pouvoir, si contraire & ses principes, si en opposition avec ses écrits, avec ses déclarations, avec ses projets de loi tels que nous les avons vus précédemment si nettement et si clairement indiqués parlai aussitôt après sa victoire du 16 mai?

La réponse à cette question nous a paru intéressante à rechercher, à ce moment où l'on parle de nouveau de la dénonciation du Concordat; intéressante à un double point de vue. D'abord on pourra facilement voir, à la suite de cette étude, si les raisons qui ont décidé le parti républicain, depuis plus de vingt-cinq ans, à ajourner la dénonciation du Concordat subsistent toujours. En second lieu, les documents et surtout le document principal dont nous allons nous servir montrera quelles sont les différentes situations qui peuvent être faites à l'Eglise une fois le Concordat dénoncé. Ce document principal, c'est le rapport qu'écrivit Paul Bert au nom de la commission de la Chambre des députés chargée d'étudier les différents projets déposés après la victoire du 16 mai sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat. C'est Paul Bert qui va nous dire lui-même pourquoi, à son avis, la troisième république ne devait pas dénoncer le Concordat. Nous verrons ensuite comment le parti républicain n'a cessé de suivre dans la question religieuse, pas à pas, la politique dite concordatûre que Paul Bert lui avstit indiquée en 1881, et dans quel but.

Dans ce rapport, Paul Bert démontre d'abord quelle erreur commettent le plus grand nombre de ses amis, quand ils s'ioiaginent

Kk POINT ENCORE DÉNONCÉ LE CONCORDÂT? 585

que la question peut être résolue eu ces deux traits de plume : le Concordat est dénoncé, le budget des cultes n'existe plus. Que le Concordat soit dénoncé, que les ministres de l'Eglise ne reçoivent plus d'indemnité de l'Etat, cela n'empêchera pas, en effet, les catholiques, le clergé, l'Eglise, d'exister en France; et, l'Eglise existant, il faudra bien que l'Etat ait des rapports sÂrec elle. L'Eglise a autour d'elle des millions de fidèles qui, en matière religieuse, obéissent au Pape et & toute la hiérarchie ecclésiastique qui lui est soumise. Il y a donc là, à côté de l'Etat, une force immense, d'autant plus immense qu'elle est une force morale; comment alors l'Etat pourrait-il s'en désintéresser et ignorer pour ainsi dire son existence?

L'Etat veut commander, l'Eiat veut être obéi et il voit àcôté de lui une autre puissance, une puissance rivale à laquelle des millions de ses sujets sont soumis. Gomment en vérité pourrait-il feindre d'ignorer ce pouvoir rival, s'en désintéresser? A première vue, rien que par ce seul fait, il est facile de se convaincre de l'inanité du principe révolutionnaire, à savoir que la religion est chose purement individuelle.

Donc le Concordat dénoncé, la séparation volée, la question n'est pas résolue : l'Eglise de France existe toujours et par conséquent des rapports entre elle et l'Etat ne peuvent pas ne pas exister. Le règlement de ces rapports ne sera plus un traité de paix, d'union avec le Pape. Soit : mais quel serat-il7 C'est ce que Paul Bert se demande. Il examine les différentes situations qui pourraient être faites k l'Eglise après la séparation. Il démontre ensuite qu'aucune ce serait favorable à son parti et conclut en fin de compte au mainiien du statu quo.

Après la séparation, nous déclare Paul Bert, il faudra choisir entre plusieurs solutions. Il en est une première, la constitution civile du clergé. C'est la solution des ancêtres révolutionnaires. Paul Bert la condamne sans rémission :

(( Ce système, dit- il, qui consiste & n'accorder certains avantages (traitement, logement, usagé des édifices religieux, etc.), au clergé catholique que s'il consent à accepter diverses conditions à lui imposées par le pouvoir civil agissant tout seul (serment cirque, mo Je de nomination, discipline extérieure), mérite à peine d'être compté parmi les rapports réguliers de l'Eglise et de l'Etat.

« En effet, le chef de la catholicité ayant toujours refusé aux pouvoirs civils le droit de légiférer seuls en matière de discipline religieuse, il en résulte que les ecclésiastiques qui se soumettent

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aux exigences de ces poayoirs peuvent être aussitôt retranchés da sein de TEglise catholique. Si bien que la constitution civile n'est en réalité qu'un mode de séparation de l'Eglise catholique et de l'Etat, avec constitution d'un schisme particulier, schisme reconnu, encouragé par l'Etat, et dont les prêtres et les fidèles continuent à porter, au grand scandale de ceux qm sont restés soumis au Pape, le nom de catholiques ^ »

Et Paul Bert n'hésite pas & flétrir les mesures révolutionnaires qui ont été la conséquence de la loi du 2& août 1790 organisant la constitution civile du clergé, système faussement qualifié par certsdns républicûns de liberté religieuse.

« Est-ce bien, déclare Paul Bert (p. 63), liberté qu'il faut direT Est-il permis d'honorer de ce nom un système qui commence par le bannissement hors de France des prêtres non assermentés, qui continue par leur déportation pour envelopper bientôt dans une réprobation commune tous les membres des cultes, un système qui favorise officiellement depuis la religion catholique en tant que soumise à la constitution civile, jusqu'au culte de la raison et & celui des théophilanthropes. »

Et il cite cette phrase de H. de Pressensé dans son livre i' Eglise et la Révolution :

« La liberté des cultes| n'a pas vraiment existé un seul jour dans le cours de la Révolution. » Msds la liberté que n'a pas concédé & l'Eglise la constitution civile du clergé, que ce système ne peut jamais lui donner, faut-il d'une autre façon l'accorder & l'Eglise après la dénonciation du Concordat et réaliser la fameuse formule « l'Eglise dans l'Etat libre ».

'(( Et tout d'abord, écrit Paul Bert^, qu'entend-on par liberté?

^ a Gtipendant, ajoute Paul Bert, la tentative faite en France par la loi du 24 mars 1790 n'a pas été sans grandeur et sans résultats. Au moment où fut signé le Concordat, les églises des catholiques assermentées et celles des Églises reconnues par le Pape se partageaient à peu près par moitié les fidèles. »

Cette statistique est inexacte et absolument contredite par bon nombre il'ouvrages récents très sérieusement documentés.

La question d'ailleurs n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt purement historique. Les fidèles de VÉglise c civile » d'autrefois, c'étaient les gallicans. Or il n'y a plus aujourd'hui de gallicans. Paul Bert n'hésite pas à l'avouer :

« Où trouverait-on aujourd'hui, dit-il (p. 63), les éléments de ce grave concile national de 1797 auquel assistaient une centaine de prélats et qui déclara c que l'Église gallicane n'admettait au rang de ses pasteurs que « ceux qui auraient manifesté leur fidélité à la République et qui auraient « donné les garanties exigées par Ja loi. »

3 Rapport de Paul Bert sur le Concordat et la séparation des Ëglises et de l'Etat, p. 48.

ITA PCHIiT ENCORE DÉNOHGÉ LE GOffGORDÂT? 8S7

Est-ce la liberté totale, le droit commun? Les fidèles de l'Eglise catholique anrout-ils le droit de se réunir comme bon leur sem* blera, leurs ministres le droit d'enseigner et de prêcher sans autres restrictions que celles qui sont imposées i tous les autres citoyens? L'association catholique pourra- t-elle recevoir, posséder dans les mêmes conditions que les associations laïques, soit pour les besoins directs du culte et les saladres de ses prêtres, soit pour tontes les autres œuvres par l'intermédiaire de congrégations à l'existence desquelles aucune opposition ne sera formée? »

Cette solution, Paul Bert l'appelle la solution « logique ». G'es^ la séparation loyale, la seule conforme i l'idée libérale et aux principes fondamentaux du parti républicsûn.

Mais de cette séparation Paul Bert ne veut pas, à cause des conséquences que, d'après lui, elle entraînerait certainement à sa suite :

« La conséquence, s'écrie- t-il, nous n'hésitons pas à le dire S ce serait avant trente ans la mainmise sur la France par l'Eglise catholique, i moins que quelque réaction violente ne vienne soulever ce pays.

a Oui, l'Eglise rayée du budget de l'Etat, chassée de ses presbytères et de ses temples, mais laissée absolument libre, retrouverait bientôt une richesse personnelle qui lui fait aujourd'hui absolument défaut, une influence politique qui, chaque jour, s'en va diminuant, et reconquerrait tous ces édifices dont on l'aurait chassée, toutes ces situations dont on l'aurait violemment dépouillée. »

Cette possibifité d'une reconstitution d'un patrimoine pour l'Eglise après la séparation prononcée, c'est là surtout ce qui parait préoccuper Paul Bert. Pour l'éviter, il faudrait donc, d'aprte lui, violer les principes, voter des lois d'exception, mettre les catholiques en dehors du droit commun et de la liberté, mentir à tout le passé du parti républicain. Ces lois d'ailleurs produiraient-elles l'effet désiré? Paul Bert ne le croit pas :

« On a proposé, dit-il >, des mesures propres à diminuer les dangers de l'importance redoutable que ne manquerait pas de prendre l'Eglise après la séparation. Or nous pensons que dans l'état actuel de la société françadse et des esprits, ces mesures seraient absolument inefficaces et ne pourrûent empêcher l'Eglise de retrouver rapidement une situation pécuniûre au moins équivalente à celle que lui concède aujourd'hui le budget des cultes...

Qu'on se le persuade bien, le jour où l'Eglise, réduite à ses propres ressources, devra aller réclamer à ses fidèles l'argent néces-

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ssdre pour faire vivre ses prêtres et pourvoir aux besoins de son culte, aucune force humaine, aucune loi ne pourra empêcher les uns de donner, les autres de recevoir...

Quelle force n'aura pas celui qui prêchera et quêtera poar que dans chaque village les fidèles puissent assister aux offices et recevoir chaque jour, s'ils le désirent, les exhortations de leur gûde religieux 7 Certes les plus pauvres trouveront bien à donner à l'Eglise les vingt-cinq sous par tête que représente annuellement pour chaque catholique le budget de l'Etat; et que feront les riches I »

Et ce ne sont pas seulement ceux que l'on regarde aujoard'hoi comme « les catholiques » qui donnei*ont à l'Eglise. Paul Bert ajoute, en effet :

a Sans doute, la libre-pensée fait en ce temps des progrès coDsidérables; mais n'en exagère-t-on pas l'importance? Sans doute, une fraction importante de ceux que le hasard de leur nsâssance a faits catholiques négligent pendant leur vie l'accomplissemeot des devoirs religieux et vont même jusqu'à les railler. Mais sans parler des derniers Jours où tant de ceux qui se sont montrés incrédules reviennent à la foi et aux pratiques de leur enfance, combien, je dis, des plus affirmatifs et des plus sincères poussent à bout la logique de leurs croyances nouvelles? Combien refoseot de faire bénir leur mariage par le prêtre, de faire baptiser leur enfant à l'église, de le laisser subir la longue et pénible préparation à la première communion? Et parmi ceux qui aurûent l'énergie de se mettre ainsi et de mettre leurs enfants en dehors de la règle commune, combien en sont empêchés par leurs femmes qui, an nom de la liberté personnelle, veulent suivre les exercices du culte et font intervenir leur autorité respectable quand il s'agit de leurs enfants?

« Combien donc oseraient et pourraient refuser au prêtre ce que celui-ci aura le droit de venir réclamer, non seulement pour la rémunération de ses services personnels, mais pour que ces services puissent être partout et toujours à la disposition des autres fidèles? Et celui qui le ferait, au prix de quelles querelles domestiques pourrait-il triompher de la résistance d'une femme placée entre ses devoirs contradictoires d'épouse et de catholique. i> ^

L'Eglise retrouverait donc facilement un budget plus considérable même que celui mis aujourd'hui à sa disposition par l'Etat.

Biais au moins le régime d'exception que l'on forgerait contre elle pourrait-il la forcer de vivre au jour le jour en l'empêchant de se créer un patrimoine stable s'augmentant d'année en année et deve-

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Bant, au bout d'un certain temps, une msdnmorte considérable capable de lui donner une énorme puissance?

Paul Bert n'en croit rien et donne les raisons suivantes de son opinion sur ce point capital :

« On pourra limiter ou même interdire pour l'Eglise, en tant que corporation, la possession de biens fonciers. Mus, sans parler des dissimulations possibles, qui ne comprend que cette interdiction de la propriété territoriale est loin d'avoir la même importance que jadis, en présence du développement immense des valeursj mobilières? Ces valeurs anonymes au porteur qui échappent & tout contrôle sont souvent déjà et deviendraient bien plus fréquemment encore représentatives par voie d'hypothèques ou de mises en actions, de la propriété foncière. »

C'est en vain qu'on essaierait d'appliquer à l'Eglise les lois coercitives des autres associations. Car l'Eglise n'est point une association comme une autre :

« Quant à essayer, continue en effet Paul Bert, de limiter par une réglementation qui ferait sortir du droit commun non seulement l'Eglise catholique, mais toutes les associations suspectes de s'être formées pour lui venir en aide, a-t-on donc oublié que l'Eglise n'a pas besoin pour eiister, en fait sinon en droit, de la reconnaissance légale, qu'elle est une société hiérarchisée dont chaque membre obéit aveuglément à son supérieur, et que les mesures restrictives auraient pour principal effet de concentrer en un temps donné, entre les mains du chef suprême, toutes les ressources qu'auraient pu recueillir les agents inférieurs? A-t-on réfléchi aux conséquences économiques de cette réunion d'une effroyable puissance fînanci -re, par valeurs mobilières, accumulée entre les mains d'un chef infaillible qui n'est pas Français et qui réside à l'étranger? Ne voit-on pas que plus on s'efforcerait de prendre des mesures restrictives, fatalement impuissantes, plus on donnerait d'importance à son apparente persécution et, par suite, au profit que l'Eglise ne manquerait pas d'en tirer. »

Et Paul Bert appuie son argumentation sur l'exemple des congrégations religieuses :

<c Les congrégations, dit- il, dont le dévouement n'intéresse guère que les fidèles les plus zélés, ont pu rassembler d'immenses richesses égales, pour le moins, au produit capitalisé du budget du culte catholique. Et cela pour soutenir des œuvres dont très peu sont réellement de nature à toucher la population.

«c Que serait-ce s'il s'agissait non plus de moines ou de nonnes mais de prêtres séculiers nécessaires à l'exercice du culte; s'il s'agissait, non plus d'œuvres inconnues, de missions lointaines,

m POORQOOl Là TBOlSltlfE RÉPCBUQDB

de fondadons pieuses, de couvents à faire vivre, mais de la messe à dire en France, des sacrements à conférer à des coreligionnaires qni sont des compatriotes?

ce Quelle puissance sur l'esprit du mourant que de pouvoir loi présenter sa lil)éralité non plus seulement comme utile à quelque oeuvre pieuse, secondaire, mais comme nécessaire à la liberté même de la religion dont Tintervention va tout & l'heure lui donner le salut éternel. »

Paul Bert fait ensuite cette judicieuse remarque que c'est le Concordat qui seul a empêché, depuis les confiscations révolutionnaires, le patrimoine de l'Eglise de se reconstituer.

« Il est, dit-il (p. 55), une conséquence du Concordat qu'on n'a pas suffisamment mise en lunûère.

0 L'article 15 dit : « Le gouvernement prendra des mesures pour tt que les catholiques français puissent, s'ils le veulent, faire en « faveur de l'Eglise des fondations. »

« Par application de cet article, les fabriques et quelques autres établissements religieux ont reçu dans les conditions déterminées par des lois subséquentes des dons et des legs. Hais ces généro^tés sont en somme, depuis quatre-vingts ans, fort médiocres comme importance, et notamment il n'existe qu'un bien petit nombre de paroisses où le prêtre ait reçu un traitement spécial qui puisse lui permettre de dédaigner le traitement de l'Etat.

(c C'est que le bon sens public a fait qu'on n'a pas donné pour assurer un service dont l'Etat avait assumé l'obligation. Les prêtres n'auraient pas pu, alors même qu'ils l'auraient voulu, agir efficacement^ sur l'esprit de leurs ouailles, même au lit de mort, pour obtenir des largesses en faveur d'une Eglise inscrite au budget de l'Etat pour une quarantûne de millions, dont les ministres sont logés, et dont les services ont la libre et gratuite disposition des édifices publics. Ainsi en y regardant de près, on voit que c'est le budget des cultes qui a garanti l'Etat contre le rétablissement des richesses de l'Eglise. »

Les lois d'exception n'empêcheraient donc pas, — tout au contraire, — la reconstitution du patrimoine de l'Eglise. Mais des lois d'exception produiraient d'autres résultats plus désastreux encore pour le parti républicain.

« Les mesures prises contre les congrégations, — Paul Bert écrit après 1880, — n'ont pas ému l'opinion publique, c'est vrai : mais il en serait tout autrement d'une persécution dirigée contre le clergé séculier.

« L'argument de la persécution n'a pas, jusqu'ici, réusd à l'Eglise. Cela est vrû, nuds c'est que Tapparente persécntkm

Vk POINT EHOORB f^ÈSXmt LE OONGCmOAT? 591

ne portait qae sur des services accessoires de TEglise auxquelles les populations n'attacbaieut aucun intérêt. Les couvents, surtout ceux d'hommes, n'ont jamais été populaires en France, et la dissolution des congrégations non autorisées n'a étonné que peu de personnes en dehors du monde des dévots : le suffrage universel y a assisté avec une véritable indifférence. »

Mais la persécution dirigée contre les prêtres séculiers, contre l'Eglise elle-même, n'atteindrait pas que les « dévots », elle atteindrait tous les HL fidèles » .

« Or, continue Paul Bert, ces fidèles comprennent non seulement ceux qui ont conservé intacte la foi catholique et se soumettent à toutes ses exigences, mus ceux bien nombreux, nul ne le niera, pour qui les pratiques religieuses sont des habitudes plus ou moins irrégulièpment suivies. i>

Ces derniers, si nombreux, Paul Bert nous les montre ensuite, la plupart, vot&nt pour les candidats républicains, attaquant le curé, uniquement parce qu'il sort de son église, parce qu'il descend dans l'arène politique, mais continuant toujours à se servir de ce même curé pour se marier, pour baptiser leurs enfants, pour faire faire à ceux-ci la première communion, pour enterrer les ^es aimés qui les quittent, pour se confesser et recevoir, au moment de la mort, les derniers sacrements.

Vont- ils tous ceux-là, parce que le Concordat s«:a dénoncé, renoncer à ces « habitudes » ? Non assurément. Et alors que va-t-il se passer? Paul Bert nous le décrit :

« Que la séparation soit prononcée ^ demain et le budget des cultes supprimé, M. le curé naturellement va demander en chaire qu'on lui permette de vivre et de rester ; si cela est nécessaire il viendra même à la maison. Alors & chaque foyer domestique naît la querelle religieuse et sons sa forme la plus aiguë. Faut-il donner et combien? Le lendemain le village est divisé en deux catégories : ceux qui donnent au curé et ceux qui ne donnent pas. Je ne veux pas insister sur la partie pittoresque de l'argumentation, mais je déclare que, dans mon sentiment, c'en est fait de la paix publique, et les discussions politiques qui sont la condition de la vie d'un peuple vont perdre le caractère laïque qu'elles ont enfin acquis pour revêtir comme aux plus mauvais temps de l'histoire, le caractère religieux.

« Et *, qu'on le remarque bien, le curé va y jouer, et légitimement cette fois, un rôle dominateur. Oai, cette fois il va être entièrement libre. Il ne doit plus rien à l'Etat; il se retourne vers la

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