‹ Le CorrespondantChapitre 93 sur 171 · POURQUOI U TROISIÈME RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

POURQUOI U TROISIÈME RÉPUBLIQUE

commase et s'efforce d'obtenir de la majorité des habitants les avantages que lui concédût le Ck)ncordat. Il réclame Téglise et le presbytère. Quelles querelles I Mais, dites- vous, nous interdirons k la commune de lui donner ces bâtiments. Soit, mais lui interdirezvous de les louer? Ou sinon quel prix fîxerez-vous? Ou voulez* voua faire démolir église et presbytère? et après?

« Mais lûssons ce point de côté. Voici le curé libre vis-à-vis de TEtat et, si l'on veut, vis-à-vis de la commune. Il ne doit rien qu'à ses fidèles. Mais alors, sans doute, lui ayant enlevé les privilèges dont il jouissait, vous allez lui laisser au moins en paroles les droits de chaque citoyen? Les redoutables articles 201 & 208 du code pénal vont disparaître, ainsi que tontes les aggravations de peines édictées en raison de son caractère de prêtre d'une reUgion reconnue. Dans cette église qui lui appartient, dont H pourra fermer la porte, en présence de ces fidèles qui sont ses amis, il pourra (Ure ce qu'il voudra, car il est bien chez lui. Il pourra mettre impunément le caractère sacré qui lui donne une autorité à nulle autre comparable, au service de ses passions religieuses ou politiques...

<c Entre ces deux classes ^ créées dans le village, la haine religieuse, la plus terrible de toutes, va creuser sans cesse l'abîme. Les enfants de ceux qui contribuent aux frais du culte seront, dès le premier âge, élevés dans le mépris haineux de leurs camarades fils d'incrédules qu'aucun sacrement n'aura touchés. Et ceux-ci seront en minorité, on peut l'affirmer, et bien faible, car la classification nouvelle aura entraîné dans le nouveau parti du prêtre bien des citoyens, libres naguère, mais qui ne peuvent se résoudre à Isdsser leurs enfants sans baptême, voire même sans première communion, et qui ont commencé à payer malgré eux. C'est à bref délai, presque partout, la commune livrée aux mains du curé. »

Aux républicains qui pensent que cette lutte mettrait la désunion dans l'Eglise et par conséquent contribuerait à l'affaiblir, Paul Bert répond :

a Msds, dit-on, de ces difficultés va naître. un grand bien : la grande, la redoutable unité catholique se morcellera. Les querelles locales donneront naissance et crédit & des sectes multiples dont les luttes et la concurrence diminueront les biens de l'Eglise et éloigneront tout danger de l'Etat. Nous ne le croyons pas. Le sentiment religieux n'est plus assez vif dans les âmes pour que l'esprit schismatique puisse y trouver les conditions de son développement. Les habitudes séculaires bien plus encore que la foi retiendront dans le giron de l'Eglise celles de nos populations

Wk POINT EHGORB DÉNONCfe LE GONGORDAT? 50a

catholiques qui ne rompent pas complètement avec toute pratique religieuse. La guerre ne se fera pas de secte à secte, comme nous le disions il y a quelques instants, elle se fera dans chaque village pour ou contre le curé. »

Quelle sera Tissue de cette lutte? Ce qu'en pense Paul Bert mérite d'être médité :

ce Et quand cette guerre et ses résultats, continue-t-il, se seront généralisés, que deviendra la République? Ahl depuis longtemps, sans doute, déjà, le déplacement de quelques millions ^ de voix l'aura fût sombrer et avec elle, au moins pour un temps, les prin« cipes de la Révolution française. »

Paul Bert s'attache ensuite & réfuter l'objection qu'il regarde comme la principale contre le maintien du Concordat.

fi Si tels devaient être, nous dit-on, les résultats de la séparation, l'Eglise catholique ne s'y opposerait pas avec tant d'énergie ^. Elle la repousse, donc elle a & y perdre non à y gagner.

<c L'objection est spécieuse et, & mon sens, la plus forte de. toutes. Ceux qoi l'emploient considèrent volontiers l'Eglise comme une ennemie et, dans la lutte qu'ils veulent entreprendre pour l'abattre, ils croient que le meilleur terrain à choisir est celui même qu'elle parait redouter.

« Mais tout d'abord il convient de faire observer que tous les catholiques ne considèrent pas comme fâcheuse la position que leur ferait la séparation. C'est dans l'école dite libérale que cette idée a pris son développement; de Lamennais au P. Curci, nous voyons des catholiques émlnents et clairvoyants soutenir que la séparation seule pent rendre à la religion son autorité morale chaque jour décroissante, et aux fidèles leur antique ferveur.

« Sans doute la cour de Rome n'a jamais admis cette doctrine et le^dernier Pape l'a formellement condamnée. Mais n'est-ce pas trop demander aux représentants officiels d'une Eglise qui a rêvé et presque atteint, pendant des siècles, la domination universelle, qui, théoriquement, n^a renoncé à aucune de ses prétentions vis-à-vis des 1 pouvoirs civils, d'abandonner tout à coup une situation en somme privilégiée et alors qu'elle était hier encore. Eglise d'Etat, de cesser d'être même Eglise reconnue? Si elle faisait spontanément cette concession, si elle reconnaissait ainsi spontanément l'indépendance absolue du temporel, sur quoi motiver alors les immixtions sur le terrain laïque et notamment dans le domaine de TEtat qu'elle considère comme faisant partie de ses droits et de ses devoirs.

* Des amis de Paul Bert croient qu'il a voulu dire milliers. C'est « miU lioDS » qui est au texte du rapport, » P. 60.

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a Sans doute il y a bien des chances pour que l'évteement définitif soit favorable et que TEgiise s(»*te de la lotte plus forte moralement, {dus puissante légalement. Mais au prix de quds combats, de quels . sacrifices momentanés! Car l'histoire montre dans le gouvernement de TE^se un esprit de prudence qui ne se dément pas ici. Mieux vaut avoir une partie qu'espérer le tout. Aussi Uen puisqu'une acceptation compromettrait la légitimité des revendications consécutives, n'est-il pas de bonne tactique de se laissa imposer par l'adversaire une mesure dans laquelle il a confiance et qui cependant lui nuirai La position de persécutée est trop belle pour que l'Eglise y renonce et elle perdrait, en aceq)tant la séparation, l'une de ses grandes forces, l'un des éléments les plus sûrs de la revanche prochaine ^ »

Si Paul Bert veut le maintien du Concordat, c'est, — tous les passages de son rapport que nous venons de citer le démontrent, — dans un intérêt politique. Il ne cherche pas d'ailleurs à le nier.

« Cette question, dit-il, nous la posons en envisageant non plas seulement les difficultés théoriques, mais les conditions pratiques du problème. Nous faisons ici de la politique et pas de la philosophie. Et nous disons : la psdx publique, les libertés politiqitôs, l'état social, issu de la Révolution française, ont-ils & gagner ou i perdre à la suppression immécliate du budget des cultes, à la séparation des Eglises et de l'Etat! Et c'est la conâdération de ces intérêts suprêmes de la société civile qui nous déterminent i nous séparer, dans le temps présent, de allègues dont noos partageons les sentiments et qui nous forcent à ajourner, à une époque que nom ne pouvons nettement préciser, l'accord de ses espérances et des nôtres sur le terrain de la réalité. »

Paul Bert dit encore ailleurs :

« Il s'agit de savoir msdntenant s'il est préférable, dans l'intérêt de l'Etat, de conserver avec les avantages pécuniaires qui y sont attachés le pacte qui oblige l'Eglise, ou de l'en délier en lui suiq[Nrimant l'argent et lui rendant la liberté. »

Gomme les adversaires de l'Eglise catholique lui reprochent constamment les « privilèges » à elle concédés par le pacte de 1801, il est très imponaot de démontrer que, si le Concordat est maintenu, il l'est non dans IHntérêt de l'Eglise, mais dans l'intérêt uniquement de la société civile, et cela de l'aveu même des

N'A POINT BRG0R8 DÊNONCt Lt GONOORDAT? 595

bommes dont le parti est an pouvoir depuis yingt-cinq ans.

D'ailleurs, ce n'est pas non plus dans l'intérêt de l'Eglise que le Concordat a été conclu. Napoléon était peu suspect à cette époque de tendresse envers le catholicisme. Il étadt déiste. On se r^>pellf sa conversation fameuse avec Volney & qui il disait : « Je ne crois pas aux religions, l'idée de Dieu me suffit. » On cite encore ce mot de Napoléon : « Je regrette qu'on ne puisse trancher le différend comme Henri VIII. » Et s'il avait vu le nûlieu français, l'esprit religieux des Français d'alors, susceptible de devenir schismatique ou protestant, il aurait tranché la question comme Henri VIIL C'est d'après l'état de l'esprit français essentiellement catholique qu'il s'est déddé & traiter avec R(»ne. Ce n'est donc pas dans l'intérêt de l'Eglise qu'il a conclu le Concordat. Il a conclu ce traité parce que ce traité slmposait dans l'intérêt de l'Etat, par suite de la situation rdigieuse en présence de laquelle le gouvernement français se trouvait alors. Cette situation, on la connaît aujourd'hui telle qu'elle nous a été révélée, notamment par des publications récentes fortement documentées, dues à des hommes i^partenant & tous les partis, à tous les camps.

Malgré l'assaut terriUe qu'avait donné au catholicisme le dixhuitième siècle, malgré la constitution civile du clergé, malgré l'exil et la prison, malgré les massacres et les échafauds de la Terreur, la reli^on catholique était plus vivante que jamais.

Les églises étaient fermées, les prêtres non schismatiques traqaés, exposés à la prison, & la proscription, & la mort, lorsqu'ils rentraient en France. Mus les catholiques priaient quand même autour d'eux; on se réunissait dans les greniers, dans les hangars, en plein champ. A peine un peu de paix religieuse existait-elle au début du Consulat, que déjà 3&,000 paroisses étaient reconstituées. Que pouvait fsdre le gouvernement en présence de cette situation? Comme tout gouvernement qui a ra face de lui des catholiques, il av2dt à choisir entre trois partis :

Un premier parti, bi persécution qui peut revêtir deux foraies : un schisme, c'est-à-dire des prêtres et des évêques choisis sans mtervention du Pape, imposés aux^dèles, introduits de force dans les églises, et les autres prêtres, pour les catholiques les seuls prêtres, enlevés à leurs ouailles, traqués, emprisonnés, exilés; ou l'Ef^ise sépnée de l'Etat, mais en vertu d'une loi dite de poUee des coites, oraltipliant les entraves de toutes scMrtes à l'exercice de la religion, empêchant les catholiques de fonder des institutions permettant à leur dergé et à leurs œuvres de se constituer et de vivre, organisaitt dans le pays, pour FEglise, tout un appareil de tyrannie et de compression*

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Cette prenûëre solation, la persécution sous Tune ou l'autre de ces deux formes, Bonaparte étsdt trop homme d'État pour s'y arrêter, ne fût-ce qu'un instant. Il savsdt trop quelle source de division et, par conséquent, de faiblesse, est pour un pays la guerre religieuse.

L'expérience, d'ailleurs, venait de montrer que la persécution ne résout rien jamais.

Le deuxième parti à prendre c'était la séparation, mais la séparation loyale, les pasteurs choisis par les fidèles, le clergé, le Pape; la faculté pour les catholiques de se réunir autour d'eux librement, de fonder des associations avec constitution de patrimoine pour subvenir aux frais du culte, à la fondation et au développement de toutes les œuvres religieuses.

Ce second parti, le Premier consul le rejetait également. Dans l'intérêt de l'Eglise? Non, certes; avant Paul Sert, il s'était dit : Un système semblable, c'est-à-dire la seule liberté, la seule indépendance accordée à l'Eglise, c'est l'Eglise au bout d'un certain temps envahissant tout, c'est l'Eglise trop forte, trop puissante, et c'est dans l'intérêt surtout de l'Etat que Napoléon se décida en faveur du troisième parti, le Concordat, c'est-à-dire le traité de psdx, le traité d'union avec l'Eglise. Le gouvernement qui a conclu le Concordat, l'a donc conclu dans l'intérêt de l'Etat, dans un intérêt politique et non religieux.

Hais Napoléon n'entendait pas, par le Concordat, atteindre le but poursuivi depuis vingt-cinq ans par le parti républicûn. Napoléon, par le Concordat, voulait fedre du catholidsme en France un instrument de règne, mais non le combattre ni chercher à le détruire. Paul Sert et tous ceux qui ont adopté la ligne politique qu'il leur a tracée, ont voulu se servir du Concordat pour affaiblir, énerver le catholicisme, et arriver ainsi peu à peu, progressivement, à son anéantissement dans notre pays. Telle est la raison pour laquelle, infidèles à leurs principes, ils n'ont pas dénoncé le pacte avec Rome. Il nous sera très facile d'en fournir lesjpreuves.

Nous avons vu précédemment Paul Bert]se;,proiioncerjénergiquement pour le maintien du Concordat* Est-ce àjdire pour cela qu'il renonce à tout jamais, dans l'avenir, à la^séparation de l'Eglise et de l'Etat? Nullement.

« Nous pensons, écrit-il, avec nos honorables collègues, que la logique conduit les sociétés à l'établissement d'une indépendance complète du domaine civil et du domaine religieux... Constitutions

Wk FOUIT ENCORE DfcNONCÈ LE GONGORDAT? 591

dyiles et Concordats disparattront un jour... Le mouvement naturel des civilisations modernes pousse les sociétés vers la distinction absolue du temporel et du spirituel... Nous croyons que de ce côté est la véritable solution et que l'avenir donnera raison à ceax qui, aujourd'hui, soutiennent la thèse de la séparation. »

Hais aujourd'hui « la question n'est pas mûre » pour les pays où la religion catholique est en minorité importante et surtout en majorité...

(( Spécialement pour la France, continue Paul Sert, nous ne la croyons pas mûre et nous considérerions comme dangereux de renoncer à ]a transaction acceptée en 1801 par les deux puissances... Aujourd'hui la séparation est pleine de dangers... »

Mais il ne faut pas, parce que nous msdntiendrons actuellement le Concordat, insinue Paul Sert à ses amis, il ne faut pas renoncer à la séparation ; non, il faut la préparer. La préparer comment? En s'efforçant de faire disparaître les causes qui, aujourd'hui, font que la séparation constitue un péril pour la politique républicaine. <c Nous pensons, écrit, en effet, Paul Sert S que l'état social vers lequel aspirent nos collègues est préférable et désirable, et qu'il convient de travûller à en préparer l'établissement...

(( Comme nous croyons que ce sont les conditions actuelles de milieu qui, seules, s'opposent h la mise en œuvre législative d'un prindpe logique, notre souci doit être d'essayer de modi/ier ces conditions de milieu et de préparer le triomphe futur de la thèse que nous combattons aujourd'hui^. »

Ainsi donc la pensée de Paul Sert ressort bien claire et bien nette

de ces passages de son rapport comme de tous ceux que nous

ayons précédemment cités. Il ne faut pas renoncer à la séparation,

il faut seulement Tajourner. Elle est dangereuse aujourd'hui parce

gn'elle aurait pour conséquence une guerre religieuse qui ne ferait

qu'augmenter la puissance de l'Eglise et dont l'issue pourrait être

bâa\e pour la République. Oui, mais pourquoi ces résultats se

produiraient-ils? Parce que le milieu social en France est encore

chrétien t parce que la foi catholique anime encore ce pays. C'est

donc ce milieu social qu'il faut d'abord modifier, c'est d'abord la foi

catholique qu'il faut détruire avant de toucher au Concordat;

l'œuvre préalable si nécessaire avant la séparation, et qui doit

rendre la séparation inoffensive, c'est la déchristianisation de la

France : une fois cette œuvre accomplie, l'heure de la séparation

aura sonné et on pourra la prononcer sans péril. Il faut eu un mot

détruire la force, la vie de l'Église en France avant de la séparer de

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598 POURQOOI U TROlSltlB RiPUBUQQI

TEtat. Cette poIiUqae préalable de déchristianisation indiquée discrètement par Paul Sert, déjà commencée ayant son rapport» a été suivie sans discontinuer, pas à pas, sans une heure de r^it, sous l'impulsion des loges maçonniques, consciemment ou inconsciemment par tous les hommes politiques qui depuis lors se sont succédé au pouvoir. Nous allons montrer comment.

Pour détruire la foi catholique en France, il fallait tout d'abord s'attaquer à l'enseignement chrétien; et le meilleur moyen de l'abattret c'était de détruire les congrégations qui, surtout, le donnaient à toutes les classes de la société française.

On n'avait pas réussi à faire voter l'article 7. Les décrets du 29 mars 1880 ne produisirent pas non plus les résultats qu'on avait espérés.

On sait ce qui se passa pour les couvents d'hommes. Les décrets devaient aussi, dans le plan de Jules Ferry et de ceux qui l'inspiraient, faire disparaître les ordres de femmes. On peut lire, en effet, dans le rapport de Paul Sert, que ce sont surtout les femmes qu'il faut, en France, arracher au joug de l'Eglise : on voulait donc supprimer leurs éducatrices religieuses. Cette exécution ne put se faire. Nous avons raconté ici ^ comment les che& militaires avaient averti le gouvernement que, si les expuMons de femmes devaient avoir lieu par la force, ils ne pourrsdent, après l'expérience déjà acquise lors de la « prise » des couvents d'hommes, répondre de l'obéissance de leurs officiers ni même de leurs hommes. Or le gouvernement sut, à n'en pouvoir douter, que tous les couvents de femmes étalent décidés à ne céder qu'à la force : il recula. Et les catholiques ne sauraient à l'heure présente assez se souvenir que c'est leur résistance de 1880, quelque faible qu'elle pût paraître alors, qui causa cet échec décisif de la politique d'un gouvernement qui avait cependant dans les chambres une puissante majorité favorable à l'exécution des décrets.

Ne pouvant détruire les congrégations par la violence, on essaya d'un autre moyen, on tenta de les tuer par l'impôt.

On inventa, on perfectionna ensuite tout un système fiscal destiné à frapper les congrégations, — aussi bien les autorisées que les non- autorisées, — de charges tellement énormes qae Ton se crut sur qu'il leur senût absolument impossible de les acquitter : elles seraient, se disait-on, dans la nécessité, au bout d'un certadn temps, de quitter leurs maisons et de les laisser vendre au profit

* Voy. le Correspondant du 10 novembre 1903. De Jules Ferry à M. €^mhft.

VA ponT ncQU ^tMsmtik u govoûidat? $99

an fisc Double résultat attânt : oa ae dtitiarrassait de ceux qu'on Tonfadt fra^iper et on s'empanût de leur patrimokie sans prononcer le mot de Gonfiscation toujours odieux aux orâlles françaises.

Ce procédé de persécution ne serait pas impoimlaire. Car ce système de fiscalité sayante orgaiûsée contre les ordres religieux était à td point compHquè qu'il sendt impossible d'en faire saisir aux masses le mécanisme. On leur dirait seulement : « Vous, vous payez yos impôts : les congréganistes refusent de s'acquitter des leurs. Il est juste qu'ils soient frappés. » On se mettait en apparnce sur le terrain de l'égalité : et devant le suffrage universel, c'est peine perdue, se disait-on* que de lutter contre une mesure qui revêt une apparence d'égalité.

C'est aussi sur le terrain de l'égalité que l'on se plaça ensuite pour porter un coup que l'on pensait bien devoir être mortel aux congrégations enseignantes d'hommes. On imposa aux professeurs et instituteurs congréganistes trois années de service miUtûre. On se croyait sûr de tarir par Ih la source du recrutement de l'enseignement chrétien des garçons. On disait, en effet, couramment alors : Pourquoi tant d'hommes en France s'engagent-ils dans les ordres et dans la prêtrise? C'est pour jouir de l'exemption du service. Quand r<d)ligation militaire sera la même pour les clercs et pour les laïques, le uomiNre des clercs diminuera dans d'énormes proportions. Et puis que de jeunes gens entreront à la caserne décidés à se fidre prêtres ou reK^eux et sortiront après tnns ans, avec des idées toutes contraires, de ce milieu si défavorable à l'entretien d'une vocation religieuse I

Et puis, enfin, l'on parvint à faire voter par les Chambres la loi de laïcisation de l'enseignement primaire public des garçons et des filles. Cette légisUtion devmt aboutir à chasser de toutes les écoles communales les religieux et les religieuses, que les conseils munidpaax le vouhtssent ou ne le voulujssent pas. La loi, il est vrai, permettait aux pères de famille de fondera côté de l'écoie communale une école de leur choix. Le parti républicain n'avait pas cru alors })ouvoir se mettre en contradiction par trop flagrante avec les principes qu'il avait toujours défendus et qui, dans ce pays, avaient toujours été considérés comme sa raison d'être. Il avait donc accordé la liberté. Mais il était convûncu que de cette liberté les catholiques n'useraient pas. Les sacrifices pécuniaires à consentir par eux dans ce but étaient par trop considérables. Il est vrû qu'on avait sous les yeux l'exemple de ce qu'ils avaient réalisé dans renseignement secondaire, tous les millions dépensés par eux pour bâtir et entretenir cette multitude de collèges qui cou- TTsient le sol de la France. Mais la situation ne serait plus pour

tdO POORQUOI Là TROlSltMl RÉPUBUOOI

eux la même : dans l'enseignement secondaire/ il s'agissait pour les catholiques, capables de s'imposer des sacrifices pécuniaires, de l'éducation de leurs propres enfonts, et non pas des enrants des autres, des enfants du peuple. De plus, les capitaux consacrés i la fondation et à l'entretien des établissements d'enseigoemeot secondûre se trouyûent, la plupart du temps, en partie du moins, rémunérés, le plus grand nombre des élèves devant payer ose rétribution scolaire. Dans l'enseignement primaire, il ne poomit en être ainsi. L'école primaire communale étant gratuite, l'école catholique, sa rivale, devrait forcément l'être si elle voulait eatrer en concurrence sérieuse avec elle. Donc l'école catholique, une fois la loi de laïcisation produisant son plein effet, ne serut plus qu'une exception, une exception si rare qu'il ne faudrait plus en tenir compte. Tous les enfants du peuple seraient donc défiormaîs livrés h l'école laïque d'où le crucifix, d'où le catéchisme seraient bannis, où l'on ne leur parlerait plus de Dieu.

Pour ne pas effrayer l'opinion, on proclamait que renseignement serait neutre en matière religieuse. Hsûs sous le couvert de la neutralité on dressait les instituteurs à attaquer indirectement la foi de leurs élèves ; les fameux manuels scolaires qu'on leur remit alors entre les mains suflBsent seuls, h défaut d'autres preuves, que l'on a maintes fois données, h la démonstration de ce fait indéniable.

Ce qui prouve encore le caractère aotirelîgieux de tout^ ces lois, c'est qu'elles étaient pour ainsi dire dictées au Parlement par les loges maçonniques, avant d'être adoptées par lui. Les travaux si remarquables publiés dans cette Revue par H. Paul Nourrisson en font foi.

Pendant que ces lois étaient votées et appliquées," l'assaut était donné dans tout le pays, partout ailleurs encore, au catholicisaie. La législation qui le protégeait contre les violences de la presse était abolie. Journaux, brochures l'attaqusûent furieusement, sans trêve ni merci, et cela sous le patronage officiel. Officielle aussi était la fameuse Ligue de l'enseignement fondée et fonctionnant, — elle ne cherche pas à le nier', — pour opérer la déchristianisation du pays.

Faut- il rappeler aussi la pression exercée sur les tonctionnaires, sur les petits particulièrement, sur tous les citoyens dépendant de près ou de loin du gouvernement, pour les contraindre à aire élever leurs enfants dans les écoles de l'Etat? Tous suspects, tous sous la menace de se voir privés de fonctions ou de faveurs, s'ils continuaient h rester catholiques, même dans leur vie privée M

* Il y a une vingtaine d'années, un substitut de nos amis nous a rtcooté

ITA POINT ENCORE DtNONCfe LE GONCORDiT? 601

Il fallait, poar suivre la politique indiquée par Paul Bert, pour « préparer » la séparation, pour la rendre possible et non périlleuse au parti républicain, détruire la foi en France. Hais cette campagne contre la foi, il importait aussi au plus haut point qu'elle ne parût pas dirigée contre la foi. Sans cela non seulement elle manquait son but, mais encore elle atteignait un but tout opposé. S'attaquer directement à la foi et l'avouer ouvertement, ce serait aviver la foi au lieu de la détruire. Aussi se garda- t-on bien d'ag^ de cette sorte, et c'est alors que l'on inventa la fameuse distinction entre le catholicisme et le cléricalisme. Les républicains disaient aux populations : « Ce que nous entendons combattre, c'est uniquement l'intrusion de la religion dans la lutte des partis, intrusion qui conduirait la France au « gouvernement des curés ii, que vous détestez autant que nous. Quant à vos croyances, nous professons pour elles le respect le plus profond. Et en vérité comment peut-on nous accuser de combattre le catholicisme, quand nous sommes liés avec le chef même du catholicisme par un traité solennel dont ni lui ni nous ne demandons la rupture.

Nous n'en voulons pas aux prfitres, en tant que prêtres, en tant que ministres du culte se confinant dans leur ministère sacré. Gomment pourrait-on en douter en voyant l'Etat républicain rétribuer les ministres du culte catholique, la Chambre et le Sénat, comme sous les régimes précédents, continuer h voter le budget des cultes? »

Voilà ce que les candidats du gouvernement et leurs agents • ne cesssdent de répéter partout à chaque élection nouvelle. Voilà encore quelle fut, pour les républicains, l'utilité du maintien du Concordat. Le Concordat leur servit à dénaturer près de l'opinion publique le caractère de la guerre anticatholique qu'ils avaient entreprise et dont le résultat poursuivi par eux devait être dans l'avenir la possibilité de la dénonciation même du Concordat.

Mais le Concordat maintenu, malgré leurs principes, devait encore, dans leur pensée, leur être utile à autre chose.

Les catholiques français, cela va de soi, ne pouvaient résister efficacement aux lois et aux mesures de déchristianisation qui devaient précéder et préparer la séparation, qu'en étant sérieusement organisés. De plus, une fois le Concordat dénoncé, une orga-

qu*étant parvenu, au Ministère de la justice, à prendre communication de son dossier, avait pu lire dans ses notes la mention suivante i Va à la messe avec un livre.

602 POURQUOI U TROISIÈME RfiPUBUQUE

Disation forte, hiérarchisée, leur était également indispensable pour faire produire à la séparation les résultats favorables à l'Eglise prévus par Paul Sert. Or le maintien du Concordat, dans la pensée des chefs du parti républicain, devût rendre impossible aux catholiques français toute organisation dans leur résistance avant comme après la séparation. Voici comment.

Une organisation de résistance catholique n'est possôble qu'à la condiUon que le clergé en soit l'&me. On ne peut évidemment concevoir des catholiques luttant pour leur foi 'menacée, et leurs prêtres, à côté d'eux, ne s'occupant que de calmer leur ardeur combative, ou même restant simples spectateurs de la bataille, se contentant, dans leurs prières, d'en demander & Dieu l'issue heureuse. Partout où luttent des catholiques pour leur liberté religieuse violée, on peut dire que leur résistance vaut ce que vaut l'énergie du clergé qui l'anime et qui la dirige. Ceci est vrai de tous les temps, tout aussi vrai aujourd'hui qu'Autrefois. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les si intéressants articles publiés dans cette Revue par M. René LavoUée sur les catholiques allemands et sur les catholiques belges.

Dans la pensée ^des républicains, inspirés par les loges, le Concordat devait servir à mettre le clergé français dans l'impossibilité de prendre une part active & la campagne de résistance contre leur entreprise de déchristianisation du pays.

En effet, contre qui cette campagne de résistance serait-elle dirigée? Contre l'Etat lui-même, puisqu'il s'agissait de rendre vains les effets de lois et de mesures d'Etat. Or, de par le Concordat lui-même, le clergé fait partie intégrante de l'Etat. De par le Concordat, d'après la thèse républicaine, les ministres du culte catholique sont des agents du gouvernement, des fonctionnaires à la solde du gouvernement. Que ceux-d l'admettent ou ne l'admettent pas, peu importe, mais leur situation de salariés donne au pouvoir le droit et la possibilité de les punir efficacement s'ils sortent d'une stricte et correcte neutralité dans la lutte engagée entre le catholicisme et l'Etat républicain.

Paul Bert, dans son rapport, n'avait pas manqué d'appuyer sur ce point : « Si ce traité, disait- il ^ enjoint à l'Etat^de donner aux curés et aux évêques un traitement convenable, il n'a jamais pu lui imposer l'obligation de garantir ce traitement à ceux-Û mêmes qui attaquent le pouvoir civil, le gouvernement établi, les lois légitimement édictées, dénoncent en quelque sorte le traité et n'accomplissent pas les obligations concordataires.

* Rapport cité p. 54.

Kk POINT BNCORI DfeROlIGfi LK CONCORDAT? aOS

« Si le bon sens ne suffisait pas pour le démontrer, on pourrait rappeler et l'obéissance aux règlements de police indiquée par Tarticle 1*', et les termes du serment prêté par les évèques et par les curés en exécution de l'article 6. Ces textes interdisent bien évidemment aux prêtres toute ingérence dans le domaine politique. Si donc, ils y contreviennent, l'Etat sera parfait^nent autorisé, en présence de la violation du pacte concordataii^, à retirer les avantages concordataires.

if II n'y a même plus l'ombre d'une difiSculté quand on pense aux desservants et aux vicaires qui forment les neuf dixièmes du clergé séculier. Le Concordat n'en parle pas, et les articles organiques eux-mêmes, tout en réglant leur position, ne leur donnent que le presbytère; ils ont dû leurs allocations budgétaires à des lois postérieures. La suppression des avantages accordés k titre gracieux ne présente donc, si l'Etat juge qu'elle est méritée, aucune difficulté.

<c En réalité donc, l'Etat est le maître du budget des cultes, et l'on pourndt prévoir en poussant la logique jusqu'à l'impossible et même l'absurde, une situation ob, en présence même du Concordat, le budget n'existerait plus qu'en droit et aurait disparu en fait. »

Ainsi donc le Concordat permettait de contraindre le clergé, par une menace de famine, qui pouvait devenir générale, à rsster neutre dans toute lutte religieuse.

On se disût encore que le Concordat mettait Rome dans la nécessité d'empêcher les prêtres français de s'opposa: à la déchris^ tianisation légalement organisée de la France. Le Concordat est un traité de paix, un traité d'alliance entre Rome et l'Etat français. Tant que le traité subsiste, est-il admissible qu'un des alliés inspire et dirige la guerre contre l'autre?

Le droit puUic des Etats, les convenances diplomatiquesr^ condamneraient donc Rraie h conseiller au clergé la soumission, ob, du moins, à garder le silence et à observer une attitude passive dans la lutte relig^use engagée.

^ Il convient ici, à ce sujet, de rappeler un incident qui s'est produit l'année dernière. Le premier jour de Fan, le Nonce avait reçu les membres du conseil d'administration d'une association s'occupant uniquement de défendre et de subventionner les écoles libres catholiques. Le lendemain toute la presse ofâcielle protestait, déclarant qu'il était d'une inconvenance inouïe que le représentant d'un gouvernement étranger reçut les chefs d'une œuvre faisant ouvertement de l'opposition au gouvernement d'un pays auprès duquel il était officiellement accrédité.

604 PODRQDOI LA TROISIÈME RtPDBLlQOK

Hais là ne se bornsdent point encore les ressources que, d'après eux, pourrait offrir aux républicains le Concordat dans leur guerre contre la foi chrétienne.

Le Concordat, se disaient-ils, leur donnait le droit de participer au choix, — au besoin même d'imposer ce choix, — des chefs mêmes de ces catholiques qu'ils entendirent combattre de toutes leurs forces. On ne pouvait évidemment espérer fdre admettre, comme évèques ou comme curés doyens, de mauvais prêtres qui ne seraient jamais acceptés par l'autorité ecclésiastique. Hais on se flattait d'écarter de l'épiscopat et des cures importantes tous les hommes d'une intelligence et d'une volonté supérieures, tous les hommes de lutte, de fermeté, d'énergie. On finirait ainsi, avec le temps, par ne plus avoir, en France, que ce qu'on a si bien nommé « des évêques de préfecture », qui ne choisiraient euxmêmes, pour les mettre à la tête des paroisses de leur diocèse, que des hommes taillés sur le même modèle. Sous une telle hiérarchie instituée par leurs adversaires eux-mêmes, que pourrait être la résistance des catholiques français aux lois antichrétiennes des* tinées à préparer la dénonciation du Concordat? Que serait-elle, cette résistance, après la séparation prononcée? Pourrait-elle être efficace, dirigée par des chefs à tempérament de fonctionnaires, sans initiative individuelle, accoutumés à la tutelle perpétuelle de l'administration, tout désemparés parce qu'ils seraient obligés de se conduire seuls en dehors de la tutelle administrative, craignant les responsabilités, reculant toujours devant « l'acte », incapables de compter sur eux-mêmes, attendant tout de la Providence d'en haut, le jour où ils seraient dépourvus de la providence d'en bas, l'Etat; incapables, par conséquent, de l'effort personnel réalisé par leurs frères d'Allemagne et de Belgique, effort que l'expérience montre pouvoir être assez puissant pour imposer un changement de régime ou bien pour contraindre le régime établi au respect des droits et des libertés de la conscience catholique.

On a prêté à l'un des chefs républicains une comparaison qui fait bien ressortir les avantages que le parti entendait retirer du maintien du Concordat à ce point de vue. « La séparation, aurait-il dit, ce sera la guerre ouverte aux catholiques français. Le Concordat nous permet de les mettre, au moment où cette guerre sera officiellement déclarée, dans une situation identique à celle où serait l'armée française, si le jour où elle devait entrer en campagne contre 1& Prusse, elle avait à sa tête des généraux et des officiers triés sur le volet par l'empereur d'Allemagne. »

N'A POINT BNGORE DSSONGfe LE CONCORDAT? 605

Le plan conçu par les hommes de la troisième République après leur détemûnation prise de ne pas dénoncer le pacte de 1801, ressort donc bien clair et bien net : ne pas renoncer pour l'avenir à la séparation, mais la préparer en créant un « milieu social » nouveau qui devait la rendre inoffensive; pour cela, déchristianiser le « milieu social » français; de plus, mettre les catholiques fraDçsds dans Timpossibilité de s'organiser, et pour attendre ce but, se servir du Concordat et du budget des cultes.

Telle fut la politique religieuse dite concordataire. Cette politique, nous l'avons déjà remarqué, a été celle de tous les cabinets qui se sont succédé au pouvoir depuis vingt ans. N'a-t-on pas vu un président du conseil, soutenu par la droite, le plus modéré de tous, venir, pour se défendre, proclamer du haut de la tribune de la Chambre, que jamsds, sous aucun ministère, on n'avait laïcisé un plas grand nombre d'écoles que sous le sien I

H. Waldeck-Rousseau n'a pas. fait, lui non plus, autre chose que de s'engager dans la voie tracée par Paul Bert pour atteindre le but indiqué. Il a voulu seulement marcher plus vite que ses prédécesseurs vers la déchristianisation du pays. Il a employé, on somme, les mêmes procédés. En proposant et en faisant voter la loi de 1901, dont il supportera devant l'histoire toute la responsabilité, il a agi avec la même prudence opportuniste que tous les autres. Il déclarait, on se le rappelle, ne vouloir attaquer en rien le catholicisme, respecter profondément les croyances et le culte de tous. La plupart même des congrégations, affirmait-il, toutes celles au moins qui rendaient de réels services, obtiendraient l'autorisation : la loi n'était faite, au fond, que pour seulement régulariser la situation de celles-ci pour les mettre à même d'entrer dans la légalité.

Ceux dans les esprits de qui les paroles de M. Waldeck-

Bousseau pouvaient fsdre naître des illusions doivent aujourd'hui

les avoir perdues, surtout s'ils ont lu avec attention le dernier

discours que l'ancien président du conseil a prononcé au Sénat

lors de la discussion du projet d'abrogation de la loi Falloux. Ce

discours a-t-il été la condamnation, en principe, des actes de

M. Combes? Nullement I Qu'on le relise et l'on verra qu'il peut se

résumer, en somme, en ceci : Vous voulez interdire par un texte

formel à toutes les congrégations le droit d'enseigner, tuer, par

conséquent, d'un seul coup toutes les congrégations enseignantes.

Vous allez trop vite; c'est très dangereux, vous risquez d'émouvoir

ropinion, de susciter des difficultés nouvelles dans nos finances

déjà si obérées, d'aggraver tous les embarras existants. — Qu'avez-

vous besoin d'agir de la sorte? Le résultat que vous désirez, que

606 POUfiQUOi U TROISIÈME RÉPUBLIQiJE

je désire, en somme, autant que vous, vous pouvez l'obtenir plus lentement, c'est vrai, mais beaucoup plus sûrement et sans courir tous les périls que je vous signale, et qu'il suffit d'avoir des yeux pour apercevoir. Bb loi, la loi de 1901^ vous en donne le moyen. Avec elle vous pouvez sans bruit, sans consulter les Chambres, supprimer par des retrûts successifs d'autorisation des établissements congréganistes et des congrégations, peu à peu, dans la mesure de vos besoins et de vos possibilités, par petits paquets, sans à coup dans l'opinion publique ni dans la eusse du Trésor. Je vous ai mis en mains une arme merveilleuse : mon âme d'artiste vous prend en pitié en vous voyant vous en servir d'une façon aussi brutale que maladroite I

Et quant à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, M. Waldeck- Rousseau, dans ce même discours, l'at-il condamnée en prindpe? Nullement. Il a fait seulement comprendre que le « milieu social françsds» ét£dt trop chrétien encore pour que la République pût la prononcer sans danger, qu'il fallait d'abord, avant de songer à dénoncer le Concordat, modifier ce milieu, et c'est toujours sur ce point la ligne de conduite indiquée par Paul Sert qui transparait dans les paroles de H. Waldeck- Rousseau.

Cette politique « concordataire » est-elle celle de M. Combes? Elle l'était au début de son ministère, cela n'est pas douteux. Lorsqu'à l'étonnement général, on apprit que M. Combes allait prendre la succession de H. Waldeck-Rousseau, il apparut à tous qu'il venait là seulement comme un commis chargé d'accomplir une besogne que le maître jugesdt répugnante à la délicatesse de ses mains.

On se souvient avec quelle netteté et quelle énerve M. Combes se prononça, l'année dernière encore, lors de la discussion du budget à la Chambre des députés^ pour le maintien du budget des cultes et du Concordat. Dans cette mémorable séance, il importe aujourd'hui de s'en souvenir, il prononça des paroles que jamais chef d'un ministère modéré n'avait encore osé laisser tomber de sa bouche; il déclara qu'en France la religion restait encore, à l'heure présente, l'unique support de la morale :

« Un peuple n'a pas été nourri, s'écriait alors H. Combes, pendant une longue série de siècles, d'idées rdigieuses, pour qu'on puisse se flatter de pouvoir y substituer en un jour, par un vote de majorité, d'autres idées contrûres à celles-là. Vous n'effacerez pas d'un trsdt de plume les quatorze siècles écoulés. (Très bienl Très bien à droite. Exclamations à gauche.)

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N'A POUIT ENGOUE DÊR01(Ct LE GOROOltDAT? 607

M. Combes* — Avant même de les efface, il est de votre devoir de vous demander à Tavance par quoi vous les remplacerez, {Nouvelles exclamations à gauche.)

« Je respecte sincèrement les convictions de l'honorable préopinant, mais je ne crois pas qne la majorité, que dis-je? la presque unanimité des Français puisse se contenter comme lui de simples idées morales telles que... »

Ici la phrase de M. Combes est coupée. On lit dans le compterendu officiel. (Exclamations à gauche et vifs applaudissements à droite et au centre.) Et M. Combes se plsdnt :

<Y C'est, dit-il, une déplorable habitude qui s'est introduite dans cette assemblée d'interrompre les orateurs au milieu de leurs phrases alors qu'on risque de dénaturer ainsi absolument ce qui est au fond de leur pensée. Je reprends ma phrase, je disais que notre société ne peut pas se contenter de simples idées morales telles qu'on les donne actuellement dans l'enseignement superficiel et borné de nos écoles primsdres.

(( ... Quand nous avons pris le pouvoir, bien que plusieurs d'entre nous fussent partisans théoriquement de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, nous avons déclaré que nous nous tiendrions sur le terndn du Concordat. Pourquoi? Parce que nous considérions les idées morales telles que les Eglises les donnent, — et elles sont les seules à les donner en dehors des écoles primaires? , — comme des idées nécessaires. » ( Vives réclamations à gauche^ applaudissements au centre et à droite. Mouvement prolongé^ dit le compterendu.)

M. Sembat se fait alors l'interprète des sentiments de toute la gauche radicale et accuse M. Combes de devenir le défenseur d'idées tout opposées à celles de sa majorité. Se tournant vers la droite, il s'écrie : « Vous avez manifesté. Messieurs, une satisfaction très compréhensible et très légitime en voyant M. le président du Conseil se faire contre l'esprit de la majorité l'interprète de votre esprit à vous. Gomment I monsieur le président du Conseil, vous affirmez au nom du parti républicain qu'il existe encore en France à l'heure actaelle une dose de religion tellement forte, que le prêtre vous y apparaît comme un indispensable professeur de morale... Il est évident que depuis de longs mois, un malentendu nous sépare. » M. Combes réplique ensuite. Va-t-il s'excuser du langage qu'il a tenu, va-t-il prétendre qu'on Ta mal compris. Non, près de ses ands, il aggrave encore, au contraire, son cas :

« Je ne sais pas si la majorité a pris le change sur mes sentiments. J'ai dit à la tribune du Sénat, il y a deux ans, en défendant l'art. 1 A de la loi des associations, que j'étais un philosophe spiri-

60S POURQUOI LA TROISltME RÉPUBUQUB

taaiiste et qae je regardais l'idée religieuse, — je l'ai répété aujourd'hui, — comme une des forces les plus puissantes de l'humanité. (Applaudissements à droite et au cefitre, interruptions à r extrême-gauche).

Et il ajoute très amèrement :

<c La majorité savait très bien qui j'étais quand elle m'a accepté comme président du Conseil : si elle trouve que je ne suis pas à ma place, elle n'a qu'à le dire, d [Vifs applaudissements au centre et sur divers bancs).

Et M. Sembat de s'écrier pour en finir :

« Il est évident alors que depuis de longs mois un malentendu nous sépare. »

C'est vraiment à se demander si les sténographes de la Chambre n'ont pas commis un faux, quand on relit ces paroles de M. Combes et qu'on les compara à toutes celles qu'il a prononcées depuis lors comme président du Conseil.

A quinze jours de là, d'ailleurs, M. Combes, à la même tribune, se donnait à lui-même le plus éclatant des démentis. Il disait notanament :

« Quant h la morale de l'école laïque et aux principes essentiels qui la constituent, ai- je besoin de le dire, jamais je n'ai pensé ni dit qu'elle ne se suffisût pas à elle-même ».

Et nous avons rappelé tout à l'heure l'affirmation suivante relevée dans son précédent discours :

« Je reprends ma phrase : je disais que notre société ne peut pas se contenter des simples idées morales telles qu'on les donne actuellement dans l'enseignement superficiel et borné de ses écoles primaires ».

Et quelque temps après, au Sénat, le même H. Combes annonçait comme prochaines la dénonciation du Concordat et la suppresâon du budget des cultes.

Comment expliquer chez ce président du Conseil un tel cynisme dans la contradiction qui, dans tout autre temps, eût perdu n'importe quel homme d'Etat et l'aurait mis désormais dans l'impossibilité de jamais se faire prendre au sérieux par une assemblée politique?

D'une façon bien simple. Après cette mémorable séance, les amis de M. Combes lui ont rappelé cette vérité d'évidence, — disparue de sa mémoire dans un accès de sincérité, — que le <c bloc » pouvait seulement se maintenir par la continuation ininterrompue de la guerre religieuse. Sur ce seul point, en effet, l'union existe entre les divers groupes qui le composent. Sur tous les autres, ils sont divisés. La frasque de M. Pelletan, après le ^scours de son collègue, M. Rouvier, sur le rachat des chemias

Kk POINT KHGOBB DÉflORGfi LE GOMGORDAT? 60»

de fer, dans la Dépêche de Toulouse^ a donné la mesure de rhomogénéité du cabinet en matière financière et économigue. Même dissidence sur les questions sociales : l'accord d'ailleurs ezistersdt-il sur ce point dans le « bloc » que là encore il serait condamné à l'inaction. Il ne connaît* en effet, qu'une seule solution pour les problèmes sociaux, le socialisme d'Etat, dont l'application pratique entraînerût d'énormes dépenses. Or, à l'heure présente, ob trouver des ressources, quand tous les financiers du régime avouent eux-mêmes que des économies sérieuses sont impossibles et que les Français, écrasés déjà d'impôts, sont arrivés à Textrême limite de leurs forces contributives.

Pour vivre, il importe donc que le « bloc » persécute et persécute toujours. Il doit fûre cela ou mourir. Et pour sa subsistance qnotidiienne, il lui faut chaque jour un aliment nouveau de persécution. Nous avons vu successivement : les fermetures d'écoles, les refus d'autorisation, l'abrogation de la loi Falloux, le retrait du droit d'enseigner aux congréganistes même autorisés; demsdn, nous verrons ce même droit d'enseigner retiré aux prêtres séculiers*.

Mais tout cela sera bientôt terminé. Et que faire alors, que faire ensaite pour assurer au bloc une raison d'être pour l'avenir? Une seule ressource restait : lui montrer en perspective la séparation de l'Eglise et de l'Etat. M. Combes ne pouvait trouver que là le moyen, suivant l'expression populaire, de mettre à son « bloc » du « pain sur la planche ». De là l'explication de son changement subit de politique au sujet du Concordat.

Faut-il croire pour cela que nous soyons à la veille de la séparation de l'Eglise et de l'Etat? Beaucoup le pensent et ont, cela est évident, de sérieuses raisons de le croire. C'est M. Clemenceau qui inspire, qui dirige, qui domine le cabinet, et l'on connaît ses idées sur ce qu'il nomme « la sécularisation totale de l'Etat ».

* Oq se rappelle qu'au moment où Tamendemeat Girard interdisant aussi au prêtres séculiers le droit d'enseigner fut présenté au Sénat au mois de novembre dernier, M. Combes, sans s'y opposer formellement, ajourna cette discassion au moment on viendrait devant les Chambres la séparation de TEglise et de l'Etat. Depuis cette date nous avons fait du chemin : devant la commission chargée d'examiner son projet sur la suppression totale de renseignement congréganiste, M. Combes a déclaré que Ton examinerait si le droit d'enseigner doit être retiré aux prêtres séculiers quand serait discuté à la Chambre le projet voté par le Sénat sur renseignement secon* daire, c'est-à-dire avant la fin de cette session.

610 wmm u TRonifiiu kéfubuoi»

Noua n'aTons pas k dire aux lecteurs de celle Re?ae o& en est à l'beare présente la questian. Ils le savent déjà par l'aitide A Gomplet et si documenté de H. René LavoUée qu'a publié le Correspondant du 25 janvier dernier. Us ont pu se rendre emapte par la lecture de cette si intéressante étude, que la séparation qu'on nous promet, — ou plutôt dont on noos menace, — n*est pas la séparation loyale, la séparation avec, pour l'Eglise, le droit OMumun et la liberté. Cette séparation» ce serait la persécolîoii ouverte, dirigée, non plus seulement contre les oongrégatioDs mats contre les prêtres séculiers et contre tous les fidèles.

Faut-il, malgré cela, nous rappelant les prédictions deP^ulBert, désirer quand même cette séparation et au besoin y pousser. Us sont nombreux, les catholiques qui le pensent et qui croient que tout vaut mieux que la situation fausse dans laquelle nous nous débattons : ^tuation rfeultaat de ce fait qu'un traité de paix et d'union lie l'Eglise à un gouvernement qui a entamé contre TEgliee la guerre aujourd'hui la plus ouverte et la plus acharnée.

Nous comprenons parfaitement c^ état d'esprit de beauoottp d'entre nous. Mais cependant nous pensons qu'il est de notre devoir de ne rien faire qui paisse hâter la dénondation du Concordat. Cette question est de c^es qui regardent d'abord le Saint' Siège, et il n'appartient qu'à lui de rompre le pacte conclu avec lui. Et il est feîcile de saisir pourquoi, malgré les avantages qû finalement doivent, en France, rfeulter pour l'Eglise d'un r6(^ persécuteur de séparation, — et cela de l'aveu mène de ses adversaires les plus éclairés, — Rome ne dénonce pas elle-même le traité. Rome n'ignore pas que la séparation aursdt pour effet immédiat chez nous la guerre reli^euse : elle tient, aux yeux du monde, & en laisser retomber toute la responsabilité sur ceux qui veulent la déchaîner dans notre pays. On comprend donc que, po^^ atteindre ce but, elle fiasse toutes les concessions compatibles avec la doctrine catholique et la dignité du Saint^ège.

Nous-mêmes, si nous n'écoutions que nos intérêts de parti, noos verrions avec joie s'ouvrir dans chaque viUs^ de France cette lutte acharnée si bien décrite par Paul Bert. Mais nous ne voulons considérer que l'intérêt supérieur de notre pays qui deviendrait alors pins divisé et par conséquent plus affaibli encore qu'il ne Test aujourd'hui.

Ni conmie catholiques ni comme Français nous ne devons donc, dans les circonstances actuelles, désirer la séparation de l'Eglise et de l'Etat. '

Bbds si nous ne devons pas la désirer, nous devons encore moins la craindre.

La situation religieuse de la France, tdle que ht dépeignait Panl

Wk roiRT ENOOBB DfcRORGi LB GONGO&DàT? 611

Bert et telle qu'il la voyait si dangereuse pour son parti an cas où le Concordat serait dénoncé, est restée ce qu'elle était au moment où il écrirait son rapport.

La religion catholique est toujours conune il le dissdt ir non pas une religion de minorité, mais une religion qui inscrit au reg^tre de ses baptêmes les 97 cratiëmes des enfants de ce pays, qui surveille et dirige par ses diverses pratiques la plupart d'entre eux et dont les prêtres sont appelés au lit de mort de presque tous ceux qu'elle a baptisés! » ^

Lesfsdts que nous avons entendu Paul Bert citer à l'appui de son opinion, se renouvellent chaque jour, continuellement, sous nos yeux. . Nous voyons assurément beaucoup de gens qui se prodaunent incroyanis. Ilûs l'idimense majorité de ceux-â, lorsqu'ils se marient ou marient leurs fils.ou leurs filles nous convient à la bénédiction nuptiale que, parfois même, ils annoncent, non sans orgueil, devoir être donnée par un évêque que pour ce jour-là au moins on consent à ne pas appeler « monsieur d.

Lorsqu'ils ont des enfants en âge de faire leur première communion, ils les envoient au catéchisme et sont heureux d'apprendre qu'on les y a comblés d'honneurs.

Cela se voit chez les plus farouches radicaux comme cbes les modérés. Certains grands chefs socialistes eux-mêmes font appel, pour leur famille au moins, au ministère du prêtre catb(riique.

Et nous qui faisons partie du parlement, nous recevons après la mort de presque tous ceux de nos collègues qui se sont montrés, dans leurs discours et dans leurs votes, les ennemis les plus déclarés du catholicisme, des lettres de faire part nous annonçant qu'ils s'en sont allés dans l'autre monde munis des sacrements de cette Eglise qu'ils ont combattue toute leur vie. Le UUet nous dit de prier pour eux. Nous le faisons de grand cœur.

De tous ces fûts et de bien d'autres du même ordre que Ton pourrait citer, il résulte qu'une multitude de gens qui parussent indifférents à l'égard de l'Eglise ou même qui luttent contre die uniquement parce qu'on leur a fait crûndre le « gouvernement des curés » , la soutiendront de toutes leurs forces, le jour où ils s'apercevront qu'elle est vraiment persécutée et que le but où tendent les bommes de ce régime est de les priver de ces secours religieux que, dans ce pays, une si énorme majorité réclame.

L'Eglise catholique a donc conservé en France une immense force m(Nihle. Pour s'en convaincre, il suffirait de lire les écrits, les ^SCOUTS de ses propres advarssd^is, notamment les exposés de

< Rapport de Paul Bert sur la séparation des BgUaes et de Ffiti^, p. 45.

612 POURQUOI U TROISlfillE RÉPUBLIQUE

motifs de ces divers projets de loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat que M. René Lavollée a analysés ici] même. Tons affirment encore ce qu'affirmait Paal Bert. Ils disent que s'ils laissent à l'Eglise la liberté, rien qne la liberté, s'ils se contentent de la soumettre aux lois générales applicables à tous les dtoyens, à toutes les associations, elle envahira tout, dominera toat, se rendra maîtresse de l'Etat lui-même et finira par l'annihiler; qu'il leur faut donc, pour éviter cette issue fatale pour eux d'une lutte loyale sur le terrain de la liberté et du droit commun, fouler au pieds tous leurs principes, mentir à tous leurs programmes, à tontes leurs promesses d'autrefois, dénier leur raison d'être au pouvoir, en soumettant les catholiques, des millions de leurs concitoyens, à un régime de lois d'exception. Quel plus éclatant aveu pourraientils faire de la puissance de l'Eglise dans notce paysl

Et leur langage comme leurs actes ne démontrent-ils pas anssi que cette guerre louche qui consistait à attaquer la foi, tout en paraissant la respecter, à déchristianiser la France sans qu'elle s'en aperçut, a échoué.

Elle a échoué, en effet, et piteusement.

Ils n'ont pu réussir à détruire indirectement les congrégations en les ruinant par l'impôt. La charité catholique a déjoué cette manœuvre.

La liberté de l'enseignement primaire dont ils croyaient que nons serions incapables d'user à cause de l'énormité des sacrifices à réaliser, nous avons su en profiter. Les catholiques ont tron?é les millions nécessaires : ils ont couvert la France d'écoles et ont pu faire ainsi donner l'éducation chrétienne à des milliers et des milliers d'enfants.

Pas plus pour le clergé séculier que pour le régulier, Tobligation du service militaire n'a atteint le but désiré. Le recrutement est resté ce qu'il était. 11 a même augmenté dans certaines régions. Les vocations, au lieu de disparaître dans le milieu militaire, s'y sont plutôt fortifiées, trempées pour ainsi dire.

A la caserne, ce sont bien plutôt les soldats qui subissent rinfluence des séminaristes et des novices que ces derniers ne subissent celle de leurs compagnons. Et l'opinion actuelle de presque tous ceux qui naguère avaient adopté pour mot d'ordre (( les curés sac au dos », peut se résumer en ces mots : « Nous avons fait fausse route; décidément ces gens-là, il vaut mieux les avoir dehors que dedans, et c'est une grosse erreur que de leur avoir fourni un moyen de plus de se mêler intimement aux en&nts du peuple. »

La campagne qui, par le Concordat, tendût à fonctionnarise,

ri P015T KNGORI DÉNONCÉ LE GONGORDITT 61S

i domesUqaer les prêtres de France, n'a pas ea plas de succès. La masse da clergé chez noas est prête à la résistance si le Concordat vient à être dénoncé; et, parmi ses chefs, ceux qui sont aujourd'hui les plus suspects de mollesse se mettraient avec d'autant plus de vaillance peut-être à la tête de leurs troupes, le jour où le Uen qui les rattache à l'Etat serait définitivement rompu. Si, d'ailleurs, à ce moment, il en était parmi eux qui fussent capables de rester en dehors de h mêlée, ils deviendraient bien vite des pasteurs sans troupeau.

Ah! certes le cœur se serre au spectacle de la destruction aussi brutale qu'odieuse de tant d'œuvres admirables qui représentent une somme si considérable de travail, de dévouement, de sacrifice, dépensée par tous ceux qui les ont fondées, entretenues, fait prospérer, et qui, autour d'elles, répandaient tant de bien, liais nous aurions à déplorer bien plus encore le succès de l'autre guerre, de celle qui a précédé la guerre ouverte. Si, en effet, elle avait réussi elle eût abouti à la mort progressive de l'Egliçe de France, à la mort lente, mais à la mort certaine et déshonorée. Son échec, la conséquence de cet échec qui est de forcer l'adversûre à jeter bas son masque et à recourir à la violence pour atteindre le but qu'il a manqué par la ruse, nous démontre la puissante vitalité du catholicisme français. Aux catholiques français, il ne manquait qu'une seule chose, la combativité. Cette cooibativité, ils vont l'acquérir par les luttes d'aujourd'hui et par celles de demain : c'est pour cela qu'il nous faut sans crainte les regarder en face, avec la ferme espérance que la victoire certaine est au bout.

G. DE Lamabzelle.

% FivBiiR 1M4. 40

L'EWJCATWN SOCIALE DE LA mm

'Pans notre France d'aujoard'hoi, ce ne sont ni les boimes^ volontés, ni les énerves, ni les ressources de tonte nature qui nous manquent : c'est le cerveau qai est malade, c'est l'organe directeur et régulateur de toute notre activité. La phitosophie da dix-huitième siècle a si profondément troublé les esprits, détraqué notre mentalité nationale que beaucoup de ceux qui se croient les plus conservateurs au point de vue politique et social, sont aaqiBi parmi ceux qui se réclament avec le plus de conviction des grands ' principes issus de cette philosophie individualiste. Réintroduire, par l'éducation, l'idée sociale dans les cerveaux contemporaiBS, ce serait opérer une révolution morale si profonde que toutes les autres s'en suivraient naturellement. Or cette révolution n'est-elle pas aujourd'hui la seule possible et même la seule souhaùiiàble, parce qu'elle serait ia seule durable? Déjà elle s'est opérée insensiblement dans l'esprit de beaucoup de nos contemporains; il dépend de nous de la propager et de 4a 'faire déCnitivement triompher en l'introduisant peu à peu dans l'éducation des femmes. C'est à elles, en effet, quMl appartient de faire pénétrer lldéesoéiale, et pour ainsi dire de Tinstaller, dans les cerveaux des générations qu'elles seront appelées à élever : il s'agit (jte modffier leur optique, de changer le point de vue d'où elles envisageront |a vie, et, (Si (L'on, osait, employer pareille comparaison, de poser sur leurs yeux des lunettes sociales.

L'activité sociale n'est pas un hors-d'œuvre dans la vie; on ne fait pas à l'action sociale sa part; elle ne doit pas nous apparaître comme une nécessité passagère que notre temps réclame, mais qae ne connaissaient pas les âges précédents et que les temps futurs ignoreront. La société détermine les conditions de notre activité; on peut dire d'elle ce que saint Paul ^disait de la divinité : « Nous nous mouvons en elle, nous vivons en elle, nous sommes en elle. » L'éducation sociale n'est donc pas un hors-d'œuvre dans Tëducation, mais elle doit l'inspirer tout entière; la femme qui aura reçu une éducation dirigée par la volonté de développer le « sens social » fera plus tard des « œuvres sociales », de « l'action sociale » naturellement, sans s'en douter, comme M. Jourdùn faisait dejajprose, ou plutôt comme les abeilles font du miel.

Hais où trouver, dira-t-on, ces précieuses lunettes? A quei

K^^tfoifliiJ st^ématett Que Von se nmoib; Nmb ■ ne damsnm {Mrcme d'ftaam spétûalisis. X'adowtte iE&nçal» ne se lUsse {Mnâm^pie tcip tisémeat: m Tain mimir dis fysctans. Nw» «e dmwiideBons donc pw dfttjmter aa pingraonuK^ déJJU beKoorap tP^) chargày de^yiamrttotmi des jeanes IHcop lonte om ^«èar de bu aodotagie' et de* Véeonooi»^ poUtfqpie ^ nws ne^ demanderoostid 49leBrfn9eliwlLarilkni,iBk<le les initiev aux dUKrentee dootKine8>seGMiiCesv pa» fnàme de^iew ftâre éMdier la ^veedoni des retraites onyriëres ou celle de Tassorance obligaloim. II. s'agit de qoikine chose; de* bien phia simple, et» de: Hav plat diffi(âe en •mteievteBipBitH s'aBild''aayvirles'7eas8tti ie^spectaole de'te lée, de» cberoher àt^saivre à la piste l09< répemaisieBiB de m», actesi en appaKBcetespIa&indiffépenta, de nous renâfietsaiapte^par l'éteodae de noaresponsabiikésy deVëtendae^de née d09oirs«.Le aena social ne s'^enoelgpae'pas^ il s'acquiert par reipérience^ de la vie^ Il ^e dè^oppe par TeSorti de notre propre obserwtfon; l'instnialon n?interrirat ici tp» eosMue an complément de rexpédeoce.

La»i samnla noas dieenti qœ^ loiwpia' noas» jetons^ une « pienre dafiS: yeau^.ou^ lof8<|ne nooa omettons^ nn sondana Falmospbèie, nons provoquons un mouvement, une vibration-i ttiéoriquement indéfinis. Il en est de. même des actes humainS): si impeDoepAbles qor'ils soient, ils^e rép^mitent indéfinimait. dans L'immensité. de la diuée, si bien qae noua n'en pouvons^ ni rmesuser toatea les GOBSéquenoea ni apeocevoir. tooa les résaltats.

Lea pfaia frivoloï objets^ peuvent pacfois servk de véiiîciila«ax pmifiées lea {dtts élevées. J'ai tnonvé. ceUe-<ûv signée^ d'ant éeiivain ONKemperain S eu le vMin délicat d'un éventailç et eUa m'aparu^si foxrtemeiitiexpfimàaqne j7ai obtenu lai penmsnan d'en piendrexsapiie.

• Il suffit, d'iane volonté oonstante de bimttf€dre' poasi qa/Q^ <M>aatamme«t,>par d'iadiseetes influeaees que pmilaage une réperousâaii mystéffieiisey oufasie^ bien prës^^t loin de soi ^ l'efficacité de nos.inteations^.la iéconditérde nos* efiectstisoni^ makipliéesi par learcoadîtions mêmes, de^^ la vie- sociale,. od nul^nJest compAuse, où les infiniment petitement leur aoUen. J'imagine (gxe lesrélua auront .de.grandes surprises : Dieu leor .permettra d'iqier- HMvoir eommeat s'est déroulé ce. fil que, sur 1» trame deil'iûstdse, cdiaque être humain^ commence de tisser; il leur. fera disceimer lea laintaii» contre^coups de leur bonne vc^onté^ il leur comptera, ^Kmame. mûvDea de pris, tantôt dea actes dont le mémtalenr avmt

• If» Georgm-'Goyiu.

<ti6 L'fiDDGATlOR SOGIALI DE U FEMMK

échappé, tantôt des résultats dont ils ignondent être les initiateors. » On ne saurait ndeux exprimer, non seulement la résonnance lointûne de nos actes dans le milieu social où nous vivons, mus encore cette croyance, qui est l'un des fondements du christianisme, à une circulation universelle de charité et d'amour qui, par delà cette vie, prolonge jusque dans l'autre les conséquences de nos bonnes et de nos mauvaises actions et associe, dans une universelle communion, les générations actuellement vivantes avec celles qui les ont précédées.

Sans nous élever jusqu'à ces hauteurs et en nous en tenant au domaine terrestre, nous constatons que notre volonté y détermine, même à notre indu, une infinité de conséquences dont nous portons la responsabilité. Dans le milieu social où nous sommes plongés, dans la société des hommes où nous vivons sans pouvoir nous en abstraire, il n'est pas un de nos actes qui soit socialement indifférent; la méditation solitaire du penseur, la prière extasiée de la religieuse, ont, même sur la terre, leurs résultats et leurs conséquences, comme l'effort du terrasser ou celui du maçon. C'est dans ce sens que Newman a pu dire, dans une très belle formule : « Une seule âme qui s'élève, soulève le monde ». JTsdme à écrire cette pensée; elle exprime à la fois l'interdépendance des hommçs vis-à-vis les uns des autres et l'efficacité souveraine de l'action.

Amsi chacun de nous est, en quelque mesure, responsable de la société tout enUère dans laquelle s'exerce son activité; mais, comme je le disais tout à l'heure du son ou de la petite vague qui ride la surface de l'eau, à mesure que les conséquences de l'acte s'éloignent du point où il s'est produit, sa répercussion va s'atténuant de plus en plus jusqu'à devenir imperceptible et pratiquement nulle. C'est pourquoi, pratiquement, nos devoirs sociaux vont en s'atténuant à mesure que diminue notre part de responsabilité; nous nous sentons bien moins d'obligations envers <c Jes petits Chinois » qui sont pour nous, si l'on ose allier ces deux mots, un prochain fort lointain, qu'envers nos parents, nos voisins, nos concitoyens. Le prochain, c'est, par définition, celui qui est proche de nous; c'est envers celui-là que doit s'exercer d'abord notre charité fraternelle. On parle volontiers aujourd'hui de notre devoir envers l'humanité; devoir tout abstrait, dont il est assez aisé, en vérité, de supporter le poids, puisqu'il s'adresse à une entité vague, dont personne n'est chargé de représenter les droits et dont nous ne sommes pas exposés à subir les réclamations; beaucoup plus diffidles et plus lourdes sont les obligations concrètes qui résultent pour nous de nos rapports avec le

L'fcDOGATIOll SOGULI Dl Là FOUIK 617

prochain, parce que le prochain, lui, existe en chair et en os; c'est notre parent, c'est notre ami, c'est rhomme que nous croisons dans la me, c'est celui qui fabrique notre pain ou qui coud nos vêtements, c'est notre camarade quand nous sommes soldats, notre collègue dans notre profession, notre coreligionnaire dans notre foi. Partant des plus simples et des plus obligatoires, nos devoirs sodauz vont s'élargissant; et en même temps que le cercle de nos responsabilités s'étend, notre personnalité est pour ainsi dire dilatée ; elle prend de mieux en mieux conscience d'elle-même à mesure qu'elle se projette au dehors, à mesure qu'elle agit en percevant des conséquences de plus en plus lointaines de ses actes* Dans un livre exquis, H. Eiouard Rod a montré comment naît et se développe le sens de la vie^ à mesure que naît et que se déve« loppe le sentiment de la responsabilité. L'épanouissement de ce sentiment, qu'il a si finement analysé sans sortir du cadre étroit de la famille, le mari, la femme et l'enfant, on pourrait le suivre, à mesure que nous découvrons, au delà de la famille, la société tout entière dans laquelle nous vivons. Le sens social, dont il est question, n'est qu'un autre nom du sens de la vie. Il n'est pas, sans lui, d'action sociale féconde, de même qu'avec lui, il n'est pas d'action qui ne soit sociale.

Ce sentiment des répercussions lointaines de notre action dans la société qui nous entoure, ce sens social, comment donc l'acquerrons-nous pour nous-mêmes ou le communiquerons-nous aux autres? Ce sera par l'éducation. Il importe de bien distinguer id l'éducation d'avec l'instruction; nous parlons de l'éducation au sens le plus large, et nous entendons aussi bien l'éducation que l'expérience donne chaque jour à chacun de nous, que celle que l'on donne aux enfants. #

Dans une de ses plus jolies « Nouvelles genevoises », Tôpffer explique tout ce que l'on apprend à se mettre & sa fenêtre pour regarder dans la rue. Hais ce n'est pas seulement dans la rue que passe la vie et que nous pouvons l'observer : c'est partout, c'est autour de nous,' dans la famille, dans la maison, en voyage, à la promenade; ouvrir les yeux sur le spectacle de la vie, nous accoutumer à en pénétrer les ressorts, & discerner les mobiles des actions des autres et à suivre, jusque dans leurs plus lointûns résultats, les conséquences des nôtres, c'est le moyen le plus sûr de développer en nous le sens social. Et nous ne voulons pas seulement parler de pénétrer dans le domaine de la vie sentimentale

elpasaioiiiieU&pOTroii'^ analyser le8*coiiiplexilé9vniai]»toii«nBipleK iMBt de la vie dé touaieB* joios^ de la vie^dn pata* qaoïidièi et da CMmnm làbenr. Que Ttone oroie pas d'ailleurs' que^eeseîtià une étcrde aisée; il fimr, p«ur y réussir, noas dëHorrasser de^ Mea des 'préjugés, dd bien à&s ophiibos loate» {àkeB^ pour nous plMer réselmnem en faœ^des problèttoes ei^ souvent oruds que- pose la TiequotidienBe;

Les habilafits ctes grandes YÎUes snrtoiit s'agitenf au milieird^àn monde qu'ils ne connaissent pas on, ce qui est' pîre^ qu'Us méeovnaîsamt. Ne nous^ estnl jamais arrivé, nous trouvant en onmSme, en eliemin de fer, d^obsôrver les* compagnons que le hasard noos avait donnés; pour un moment, une étroite* solidarité vous unit à eux; nous somme» emp<ntés' avec eux par le^mâne vélncnle eu la même' machine; s'il survenait un accident, nous partagerions le mâme sort; notre vie est, comme la leur, entre les* mains^ ch . méeanîden, et cependant nous ignorons tout dd' leur enstenee, de même que nous ignorons tout de ceHe de cet* heimme- qui, la maki' sur le régulateur de- sa* machine, dispose de notre vie et de notre mort. Noas«omine9>nous quelquefois demandé d'èù^venÂoK, sur le visage de cette femme, assise vifi-4^vis de nous^ les stigmates de l'angoisse ou de la souffrance profondément incruBftâs dans ses traits, ou, chez cette autre, son agitation joyeuse? Et pourtant ce sont des êtres humains comme nous, sujets aux mêmes douleurs et aux mêmes joies; ils sont & côté de nous, jusqu'à nous toucher; ils sont vrannent, au sens propre du mot, nos prochains; instinctivement, nous les regardons au visage ^t parfois nnus nous arrêton» à les contempler; et cependant,, entre eux et nous, nnlle communication ne peut s'établir, moins qu'en tre^deoi bateaux qui se croisent sur POcéan, emportés ver? des pays dïvers, et qui, du moin», échangent en passant un signal d^isumtié, on souhmt de. bon voyage. Nous^' restons, en vérité, d'étemels isolés les uns à l'endroit des autres, nous qui, pourtant, sommies "fiits à la même image. Gomptons nos parents, nos amis, nos relations, et*mettonfr oer totsd d'êtfe^ aimés en. regard de llnflnie mulduide der hummnsqui se meuvent autour de noas, et nousr verrons Inen que nous sommes autant de mondes ignorés les uns des aotirei, el^ soumis à la mystérieuse loi ctela gravitation de la vie.

Même pamn ceux qui nous téuchent de très près, parmi oeordont la vie est liée à la nôfre, par l'un de ces miHe H&àB dont Pènchefètrement forme en défiftttive la société, combien n'en' est^I paadont nous ne' connaissons ni les pensées intimes ni^ les aspiratioBS profondes I Personne n'ignmrece que, dans le monde du pafois, on appeHe, en style dé divorce, rincompatibittfcè d'Humeur^ Bh bicii.

LtteBATJOR:«OQUiAJUilA^KIMIt 611

quLo^atobflervè'faMnioMi]^ de cas. où celte j^élBadae.iooenapaliUlké nféttttiaifle qoeAdlone ^ràcupffoqiieâBeomprâienskm, fl|M».de Tigaoranceiabsoltteioii vefitiuttiii, ran à Tégard «de l'aiitre^oeft deux êtres gp>ttnis«dt oependmi le plus poiifiaAt de» lien»? Qoe jdedoaaris, et qoe iâoiemmeSi.jiièffl6>dini8 lesménages fetativement àeamas, cpii ont^réco ioate^jiae fyie côte i -cète sao» lioti cempreiidie à.Tàine de «elui oa descelle à^qui Ja destinée lae Avait associés I£t de mAme, quii seysersomôent id'avoir renoantné des môres poor qui le:«D8iir de ksis^etifaBts est itbuîoiiss tiïsatô une éDigme, et qui n'ont jamaiB an^eiitr'Oifnrjir 'oetle fleur. craintisef et tproaqpte i replier ^ser*pétales,'qa^68i' Tâine dluneijenne ifiUe?

•fltais sans^pénétner^danailefdomaine'd'une délicate psychologie, et pour nous en tenir.àia ¥ie<qaotidiemie, laipkipartdes boaunes et lia plupart des iemmes ine resteat-Hs tpas étrangers à la nd de cena qui ks entourent, et icela alors que leor rreaponsabilité «st direotement-engegéel Piwnona qiielqnes(«xemp)es«* Cbdsiaaons-lee paran ries actes les iplus fréquents, las «plue indispensables de ia 1^.. Pfenons leiait d'acheter; noas cboisÎBSons^ulJi parce qu'il s'^eet ibndé.A Paris, l'année dernière, une Ligue saciale dlacheieurs dont nous TOudrioika,.à4jitre«d^emplev expliquer Je but et lea .méthodes d'action. Ge^aem le meilleur mo]ien de« montrer lune application caacr&te xdes âdées que ^ nous venons d>'ess«jer de (ÛMielopper.

Tous les jours nooscaobetons; lesotyetstqoe nous achetons sont fabriquéS'par des ouvmëresiou idea ouvriera^dansrdes ateliers ouià demioile; ils sontriTeoduBipar des employés. Il s'établît doncenlre nous iettceo: ouvriers ou employés un rapport néeessaioc. C'est île faii^que dioas achetons et lesxonditiona' dans JesqueUes neas adietans qui déterminent, pour la pUis lorte past, les toondilian» de la pfoâuction let «dorla vente. A.'titre d'aoheteurd, moue 'Sommesdonc enAtn&9r>graiule pactie /responsables des coBdilîon8^mcffales et îmatérîelles qui sont faites|Mir^e patrm A.^es ei)aplofés;inona avonsidonc leîdroit et rie davoiride nous, préoccuper du sort de tous .ces ètnss bwiains.awectqui le cfiûtd^cheteraous'metieiL rapports «onstanls : cSeet laîttehe\qne la Ligua sociale d'ackeiem8.a*iM*Aûjné% pour nôaeixuide mous iaeiliter.

.Ia Ligue iêooi€Uexraaàôieurs^ fondée et dii^gée ^par H** Kb^b, M** Ja baronne iBrlnoaBd!etrM^*'Branhes, a ponribut dettransformer une ioncUon puoement économique, leiaiti d'acheter, en unei fonction socîaile; c^estnà^dire <de {[rouper/ka^taciieteuFS pour .leur peamettns danser douleur influence éfin^dfobtelûc des juttrane qu'Un accordant là leuœ ouvriers et ompleyéedesicoaditions deisolrâe, d'hjygptee «t de(4noralilé qui^sont k^ispenBidale» à ^ vie mdivi-

m L'feDUCÂTlON SOGIÀU DE Lk nMME

duelle et à la vie familiale. La Ligae publie des listes blanches sur lesquelles sont inscrits les noms des maisons ob les employés sont assurés de trouver ces conditions équitables. Les adhérents de la Ligne s'engagent surtout à ne jamais faire une coomiande dans des condidons qui pourrsdent entraîner soit le travail de la veillée, soit le travail du dimanche, soit un surcroît de fatigue exténuant poor les ouvriers ou employés. Ils s'engagent, en outre, à s'enquérir, chaque fois qu'ils le pourront, du sort des employés et salariés dans les maisons où ils font leurs achats, à veiller à ce que les lob de protection soient appliquées, par exemple cette « loi des ûèges », qu'il y a plus de dix ans une pétition, organisée par H""* la marquise de la Tour du Pin et W* Henri Lorin, réclamait des pouvoirs publics et qui a été finalement votée en 1900.

Nous ne voulons pas chercher aujourd'hui quelle pourra être l'eflScacité de la Ligue pour l'amélioration des conditions du travûl, — nous soDunes convaincus qu'elle sera très grande; — nous nous plaçons seulement au point de vue de l'éducation sociale. Nous demandons à celles d'entre nos lectrices qui ont pris part aux enquêtes organisées par la Ligue si leur nouvelle expérience ne leur a pas révélé tout un monde de misères qu'elles ignoraient, et auxquelles elles peuvent remédier. Plus sûrement que la lecture des meilleurs livres, — comme Misères et salaires de femmes^ de H. le comte d'Haussonville, — le contact des réalités n'at-il pas ouvert dans leur esprit un champ nouveau de réflexions? Se rendsûent- elles bien compte, avant que la lecture des tracts publiés par la Ligue y attirât leur attention, du supplément de fatigue et do misère que la commande trop tardive d'une de leurs robes peut entraîner pour les yeux et pour les doigts d'une ouvrière de vingt ans? Qui d'entre nous avait songé, avant d'avoir lu le rapport si préds et si touchant de H''* la baronne Brincard, i toute la somme de misères physiques et morales qui peut se cacher sous la toque blanche d'un petit marmiton?

Et si l'on voulait prendre encore un autre exemple, on pourrait invoquer celui de la Ligue du sixième étage^ qui s'est donné pour mission d'assainir matériellement et moralement les conditions où vivent, dans nos maisons, au-dessus de nos tètes, tant d'en&nts de nos campagnes qu'y a attirés l'app&t des gages de la grande ville, et qui n'y trouvent pas les conditions d'hygiène physique et morale dont ils auraient besoin. C'est la faute des architectes, dit-on; d'accord, mais n'est-ce pas aussi celle des maîtres qui ne savent que trop rarement découvrir, comme H. René Bazin dans son beau roman, l'âme de Donatienne sous les rubans de la nourrice.

Nous parlons volontiers des ouvriers et de leur vie, surtout

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