‹ Le corricolo opéra comique en trois actes paroles de Eugène Labiche et A. DelacourChapitre 13 sur 69 · DUO · texte numérisé non relu

DUO

GASTON

Eh bien ! dépeignez moi la chose.

CAROLINE

C’est une agrafe en diamant.

GASTON

Désignez plus exactement,

Ce n’est pas tout... je le suppose. . .

LE COKRICOLO

ca boline, à part.

Hélas !

Quel embarras !

Je n'ose pas.

GASTON'

Dé son embarras Je ris tout bas.

Il faut, je le vois bien, que je vienne à votre aide ;

Ce bijou que je possède.

En le trouvant, ce doux objet.

Voici le rêve que j’ai fait :

Je rêvais, je rêvais Que j’étais roi d’Angleterre,

Jo rêvais que je créais L'ordre de la Jarretière ;

Pardon, madame, je rêvais.

Je rêvais, je rêvais.

Cet ordre, ce doux emblème,

Je rêvais que je gardais Le droit de l’attacher moi-même.

Pardon, madame, je rêvais.

(Il rend ta jarretière. — Caroline remonte.) Vous partez?

CAROLINE

11 le faut. Tous mes remorcîmenls.

Gaston, à part.

Partir ainsi déjà?...

(Haut.) . ,

Vous retournez en France ?

caro LIME.

Non... je vais à Venise...

gaston , « part.

A Venise ! quel contre-temps !

(A Caroline.)

C'est vraiment n'avoir pas de chance,

Car moi j’en arrive aujourd’hui .

CAROLINE

Quoi ! de Venise ?

(A part.)

Eli ! mais, j’y pense,

Si je l’interrogeais... Je puis avoir par lui Quelque nouvelle I)e l’infidèle.

gaston, « part.

On ne part pas... c’est fort heureux,

Bientôt pour moi... tout ira mieux !

CAROLINE

Auriez- vous rencontré, par hasard, à Venise,

Un artiste français, un peintre de talent?

HECTOR

Son nom ?

CAROLINE

Hector de Lussan.

GASTON

Oui... vraiment,..

-C’est mon meilleur ami, et voyez la traîtrise,

11 in'a ravi la Fioretla.

CAROLINE

Que dites- vous ? la Fiorelta?

GASTON

Une chanteuse à l’Opéra.

CAROLl NE.

Il trahit sa foi,

Il se rit de moi,

Malgré ma tendresse !

Hélas ! l’ingrat me délaisse!

GASTON

Cet Hector de Lussan vous tiendrait-il au cœur ? CAR0L1N E.

Je ne le connais pas...

.(A part.)

Cachons bien ma douleur.

De mon mari que vais-je apprendre?...

GASTON

A votre amour, peut-être, Hector osa prétendre.

CAROLINE

Jamais !

gaston, à part.

C'est fort heureux,

Cela va mieux, bien mieux.

CAROLINE

11 trahit sa foi, etc., etc.

plantureux, paraissant.

Madame... Caroline!... le déjeuner est servi...

CAROLINE

Je suis à vous!... (A Gaston.) Mon oncle... que je vous présente...

gaston, saluant.

Monsieur !...

CAROLINE

Un ancien officier du roi!... Il était à la prise de Mahon.

plantureux, à part, étonné.

Moi? (Haut.) Oui, monsieur, j’y étais... et plutôt deux fois qu’une...

gaston, à part.

Il n’a pas l’air commode, l'oncle... Bahl je lui ferai ra con ter ses ca m pagnes .

Caroline, à Plantureux.

Dans un instant... je vous rejoins!...

gaston, à part.

C’est elle qui l’éloigne I

PLANTUREUX

Bien, Caroline; bien, Caroline. (Il sort.)

Caroline, à Gaston.

De quoi parlions-nous? Ah ! de cette chanteuse!

GASTON

La Fiorelta! (A part.) Est-ce qu’elle serait jalouse de moi?... (Haut, avec feu.) Je vous jure, madame, que je ne l’ai jamais aimée... Nous avons fait quelques promenades en gondole... promenades de politesse... mais jamais mou cœur...

El vous disiez que monsieur de Lussan?...

GASTON

Le traître me l’a enlevée 1

U LE CORIUCOLO

CAROLINE

Lui !... ah! c’est indigne!...

GASTON

Il faut l’excuser... il a épousé une vieille femme !

Caroline, vivement.

Une vieille femme?

GASTON

Laide et méchante... d’un caractère affreux.

CAROLINE

Mais qui vous a conté tout cela ?

GASTON

Pardieu! lui... Hector... bien souvent... J’ai même une lettre à lui remettre en arrivant à Paris, à celte pauvre vieille.

' Caroline, à part.

Une lettre?

Mais je ne suis plus sur d’y aller, à Paris : on veut m’y marier... j’ai eu la faiblesse d’y consentir... [la regardant) et depuis cinq minutes la pensée de quitter l’Italie, de me séparer des merveilles gu’on y rencontre... J’ai modifié mon itinéraire... et je crois, madame, que je vais retourner à Venise.

CAROLINE

Eh bien ! et votre lettre?

GASTON

Oh ! je la mettrai à la poste... un jour ou l’autre... la petite vieille attendra.

CAROLINE

J’ai justement un courrier à envoyer en France, ei

LE COHIUCOLO

SS

j’y joindrai voire missive, si vous voulez bien me !a confier.

GASTON

Abl que vous êtes bonnel ( Lui remettant la lettre, et avec feu.) Ah ! madame, je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance!... Non!... ce ne sera pas assez de toute ma vie...

Caroline,' riant.

Comment, monsieur, pour une lettre !

GASTON

Excusez-moi, Je ne sais plus ce que je dis... je deviens foui... Je ne vais plus en France, madame, je retourne à Venise.

CAROLINE

Mais, monsieur....

GASTON

Permettez que j’aille donner des ordres pour mon départ. (Saluant.) Madame!

Caroline, saluant.

Monsieur!

gaston, à part, en sortant.

Le diable m’emporte ! me voilà amoureux ! Ql sort.)

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