AIR
O gentille et mignonne lettre!
Au moment de t’ouvrir, je sens battre mon cœur.
Petite lettre!
Sous tes plis tu caches peut-être Une preuve de mon malheur !
Ah ! sans doute tu vas me dire Qu’il m’adore plus que jamais...
Hélas! quoi qu’il ait pu m’écrire.
Je doute de lui désormais ;
Hier encor ces lignes serrées Auraient vite trouvé le chemin de mon cœur,
Et je les aurais dévorées En les baisant avec ardeur.
O gentille et mignonne lettre !
Au moment de t’ouvrir, je sens battre mon cœur !
Petite lettre ! Etc.
Allons, allons du courage. [Elle lit.) « Ma chère petite » femme...» (Parlé.) Sa chère petite femme!. ..(Lisant.) » situ m’aimes ne viens pas me rejoindre... carjenepour- » rais jouir de ta présence... je suis enfermé dans un cou- » vent de Chartreux où les dames ne sont pas admises. » (Parlé.) Ah ! c’est trop fort ! (Lisant.) « Je peins la vie de » saint Bruno... elle est très-longue... je ne serai libre » que dans six mois... Je couche sur une planche, je ne » mange que des légumes cuits à l’eau... mais ton souve- » nir me soutient et la solitude semble encore augmen- » ter mon amour!» (Froissant la lettre). Ah! le traître! l’hypocrite! le perlide!.. Je comprends maintenant pourquoi il me tenait éloignée... ma présence l’aurait troublé
dans ses amours avec cette chanteuse.. . cette Fioretta... C’est décidé... je continue mon voyage... je vais à Venise. ..
ninetta, entrant.
Madame !
CAROLINE
Que voulez- vous ?
NINETTA
Le déjeuner est servi dans le jardin... monsieur votre oncle vous attend.
C’est bienl j’y vais ( A part en sortant.) Dans trois jours je serai à Venise.