‹ Le corrupteurChapitre 23 sur 115 · I. A cEN si: K E · texte numérisé non relu

I. A cEN si: K E

Prenez garde ; les eunuques y gouvernent le sérail de leurs maîtres : ces personnages auraient des rapports avec les nôtres par l'image de leur Impuissance et de leurs disgrâces.

MELPOMÈWE.

Allez, vous êtes aussi lâche que IVarcisse le fut à la cour de IVéron. O honte pour les élèves de Sophocle et d'Euripide ! que feront-ils ?

LA CENSURE

N'y a-t-il pas d'autre métier ? Dois-je pour leur profit hasarder les grands intérêts de l'équilibre européen? Que sont auprès des potentats quelques misérables poètes ? Ce que Molière lui-même en a pensé avec votre propre sœur dans le bureau d'esprit des Femmes savantes :

« Il semble à trois gredins , dans leur petit cerveau, » Que pour être iraprime's et relie's en veau »

THALIE

Halte-là , péronnelle ! Voici comment aujourd'hui le peintre de Trissotin et compagnie m'a conseillé de tourner ces vers qu'il applique aux membres de votre hureau-crasserie censoriale.

<( 11 semble à ces messieurs, dans leurs petits cerveaux, » Que pour être censeurs, armes de longs ciseaux,

xl DAME CENSURE,

» Les Voilà clans l'état d'importantes personnes ;

» Que leurs coupures font le salut des couronnes ;

j) Qu'au moindre petit bruit de leurs incisions

» Ils doivent voir chez eux voler les pensions 5

» Que leur soif de l'argent ne peut être e'tancbee ,

« Si de Pégase enfin Faile n'est arrachée ;

» Qu'en politique ils sont des scribes très-fameux

» Pour rayer les e'crits approuvés avant eux,

» Pour s'être bien bouche' les yeux et les oreilles.

w Pour de'truire en un jour les fruits de mille veilles,

» Pour nous faire oublier le grec et le latin

» Dont le classique esprit leur paraît trop mutin,

31 Pour bifler chaque drame et, s'il se peut, les livres ;

» Gens (jui des gens de cour paraissent toujours ivres ,

» Mouchards de tout mérite à leur clique importun ,

» Inhabiles à tout, vides de sens commun,

» Et pleins d'un ridicule et d'une impertinence

M A décrier partout les libertés de France. «

LA C ENSURE.

Ah, fi ! quel mauvais geni'e que celui de la parodie l

(C'est ta conscience que celle-ci blesse , et non la pureté du goùt^ dont tu affectes le zèle pour couvrir les raisons de ton dépit secret.

(c 11 n'est rien si commode j

» Vois-tu ? l'hypocrisie est un vice à la mode ; » Et quand de ses couleurs un vice est revêtu » Sous l'ajjpui de la mode il passe pour vertu. »

Je ne te rappellerai pas la suite de cette tirade tant de fois applaudie, et que ta prudence eiit retranchée du rôle de don Juan, qui pour dernier trait d'athéisme se fait dévot , et qui comme Tartuffe et toi-même ^

« Veut nous assassiner avec un fer sacré. »

LA CENSURE

Je brave ici vos reproches pour le seul intérêt de la bonne cause.

« Vos iDJurcs n'ont rien à me pouvoir aigrir ,

» Et je suis pour la cour instruit à tout souffrir. »

THALIE

Pour la cour , dites-vous ? Eh ! vous n'exercez que vos propres

TRAGI-COMÉDIE. xlj

malignités en feignant de vous sacrifier pour clic ; car , ainsi que l'exprimait encore mon Molière !

« La cour n'est pas si hctu

)i Que vous autres messieurs vous vous mettez en tête. »

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