ACTE I, SCÈNE III. S
Son carrosse à la porte est venu pour la prendre ; Et ma femme , ayant vu chacun se consterner , A couru la rejoindre et va la ramener.
MADAME DE MELCOUR.
Ail ! mon gendre , ce mot tranquillise mon âme. Ma fille est si bien née et si prudente femme , Si digne de sa mère , enfin , pour l'avouer , C'est une autre moi-même, et c'est bien la louer.
Je la crois sage au fond , mais au dehors légère ,
Un peu vive , étourdie ; et de mon ministère
La gravité me donne un air trop sérieux.
Elle ne me dit pas que je suis ennuyeux;
Mais que ses passe -temps, fort gais, sont de son at^e:
(j'est me dire qu'au mien ses goûts sont hors d'usage.
Cela tourmente un peu la tête d'un mari.
Puis , tout franc , ce Norville , homme taré , flétri ,
Elle aime son humeur, le répute agréable,
Lui pardonne en dépit d'un renom détestable ,
Et malgré le procès qui nous brouille avec lui ,
L'accueille dans le monde , et le voit chez autrui.
Ces torts -là m'ont déplu.
MADAME DE MELCOUR.
D'où VOUS vient cette idée?
Votre accusation , Cercueil , est mal fondée. Lorsque ce comte infâme , et méprisé de nous , De ma nièce un beau jour m'offrit d'être l'époux , Ne vous souvient -il plus comment, de quelle mine. Ma fille de ce choix détourna sa cousine. Qu'elle le dépeignit comme un monstre sans mœurs , Sans loi , sans foi , n'aimant qu'à corrompre les cœurs ;
î\ LE CORRUPTEUR,
\\[ qu'avic Laiirc enfin cette union future Parut à votre femme une sensible injure?
G E JR C U E 1 L.
■Moi , que l'offre indignait , j'en étais moins blessé ; Oui , par son avis même il fut d'ici chassé : Mais pourquoi cet accueil dès qu'elle le renconlre ? Pourquoi sourire ailleurs aux beaux dehors qu'il monlie?
MADAME DE MELCODR.
Eh! ne suffit -il pas de savoir le juger,
Sans lui sauter aux yeux pour le dévisager?
Ayons de l'indulgence en de petites choses.
Je ne blâme le mal que sur de graves causes:
Là , ma sévérité ne se relâche point :
Là , je deviens rigide et stricte au dernier point.
Par cela seulement une mère , une tante ,
Des bonnes mœurs qu'elle eut rend la leçon puissanle.
M'étonne -je, après tout, que ma vive Cercueil
Au méchant qu'elle craint fasse un honnête accueil ?
Lui, de la politesse il a tous les usages;
Son esprit, son bon ton, son train, ses équipages.
Le soutiennent encore au défaut de vertus :
On doit le ménager.
GERCUEIL.
Abus , madame , abus !
Dans la société point d'indulgence aux vices ! Tolérer les pervers c'est s'en rendre complices. Qu'il soit poli , charmant, libéral , haut seigneur, * Tous ses titres sont faux s'il n'est homme d'honneur. * Jamais devant le mal ma droiture ne plie:
* Qu'il soit poli, charmant, par les femmes cité,
* Jo le méprise , moi, .s'il est sans probité.