‹ Le corrupteurChapitre 4 sur 115 · CI.OTHO · texte numérisé non relu

CI.OTHO

Est-ce qu'on nous iliarge de i-ompre à jamais leurs trames?

MERCURE

Non , mais d'extirper les abus qu'ils produisent , leurs exagérations, leurs exubérances libertines. Allez-y toutefois avec ménagement, selon l'ordre, et sous l'inspection de dame Censure, que le conseil olympien institue votre très-docte et très-prudente maîtresse.

ATROPOS

Pour moi, je n'entends rien aux réserves , je coupe tout au vif.

MERCURE

Paix , la vieille! Vous ne chantez que le passé ; vous tueriez le

ptésent et l'avenir, si je vous laissais faire : mais vos jeunes sœurs

savent le prix des choses récentes et futures. Aussi leur voix çstr,

elle plus sonore et plus agréable que la vôtre , parce que vous ue

psalmodiez que de profundii\ct qu'elles entonnent un étevntXfiat

lux.

lachÉsis.

Puisque nous ne filerons plus que des existences morales et immatérielles , nous n'aurons donc plus à tuer d'hommes? A quoi bon les ciseaux de notre sœur Atropos ?

MERCURE

A couper , à tailler les ouvrages qui empêchent que la barbarie, le mensonge et le fanatisme les tuent; à retrancher au talent et à l'esprit ce qu'ils ont de trop saillant , de trop viril....

CLOTHO

Mettre la main à cela, nous ! Passe pour notre vieille sœur, qui ne rougit plus de rien.

MERCURE

Ne faites pas les pudiques , vous qui maniez si lestement les santés humaines. Obéissez j on ordwme , vous dis-je , que l'esprit et le taleut soient châtrés.

LACHÉSIS

Que signifie ce mot, ma sœur ?

ATB.OPOS.

Qu'on veut les rendre eunuques.

TRAGI COMEDIE. v

CLOTHC.

Fi donc! ne nous en avisons pas : le génie esl fort, cl avant l'opération sciait capable de nous violer.

L achÉsis.

Kst-ce là un rainislore ?... Dame Censure n'a-t-elle pas pour cette besogne indécente une quantité d'ouvriers subalternes , l'atelier de nos fabricans de quenouilles, de nos rémouleurs de ciseaux? Sied-il à des immortelles de suppléer ces viles races dans leurs périssables emplois ? Eux-mêmes en murmurent déjà sourdement. Ils nous ont même priées d'accourcir le fil de leur vie, si nous n'obtenons pas que dame Censure rende leurs fonctions moins lionteuses.

CLOT HO

J'ai prorais de porter la parole on leur faveur : mais je crains qu'ils n'aient encore affecté cette prud'liommie pour s'acquérir de })lus gros émolumens. IN'importe, je veux les prendre au mot.

MERCURE

Gardez-vous en bien : on vous accuserait d'attenter à la morale et de protéger la licence philosophique. Nous sommes des divinités mythologiques un peu surannées : en vain les poètes ont jusqu'ici maintenu nos temples , nos statues et notre culte , en dépit des attaques de saint Pierre et saint Paul , et des bulles papales ; vos réclamations achèveraient de renverser nos autels. Il y va de l'intérêt sacré de notre religion à laquelle on ne croit plus, tant les humains sont devenus impies , depuis que vous avez sacrifié Socrate à l'infaillibilité des croyances fabuleuses. Soumettez-vous, défendez les mœurs modernes, sauvez la religion ; la religion est le devoir primordial : oui, toutes païennes que vous êtes au fond, montrez pour sa digne cause la sécheresse , l'intolérance des âmes dévotes. Cezèlei-edevient la mode dujourj plus vous serez dures, plus vous paraîtrez saintes. On ne s'informera pas si vous fûtes idolâtres, quand vous agirez comme les catholiques de la ligue. Voilà le commandement de notre maître Jupiter qui l'egarde den haut les conversions et les grimaces des temps sans semouvoir^e moins du monde. Il m'interdit d'évoquer les âmes d'autrefois, de peur que les nouvelles ne les imitent et ne se perdent durant l'époque actuelle. Or , n'ayant plus rien à faire qu'avec les bandits et les

vj DAME CENSURE,

voleurs, je vais en riant les. envoyer à votre filature magistrale > sous le déguisement des écrivains éclos des charniers d'alentour qui ne subsistent que des rognures faites aux vrais littérateurs de cet âge. Adieu; saluez votre illustrissime présidente qui s'avance.

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