‹ Le corrupteurChapitre 41 sur 115 · ACTE I, SCÈNE VIT. kj · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIT. kj

Non, même avec le monde il va bienlot s'en rire. Qu'a-t-clle pour charmer cet esprit avisé ? Point d'éclat, d'élégance, un air simple et posé, Des yeux ne disant rien , une bouche muette , Des talens peu formés, nul goût dans sa toilette; Et lui , grand , magnifique , instruit et répandu , Ayant tout....

ÉVARISTE

Hors l'honneur, que cet homme a perdu : L'honneur, premier des biens, quelque éclat qui nous couvre, S'il se perd une fois jamais ne se recouvre. Cet honneur qui lui manque il le recherche en vain, Quoique de le ravoir il feigne le dédain. Tous les dons si brillans, si vantés dans le comte, N'effacent pas en' lui les taches de sa honte; Il sent qu'on l'aperçoit en la lui déguisant, Et du blâme rougit, même en s'en amusant. Sa richesse au-dessus des richesses communes , Son babil , ses succès et ses bonnes fortunes , Contre -balancent mal son gênant discrédit : Et, comme avec raison Molière l'avait dit, « Le mépris est toujours une pilule amère, » Qu'avale en grimaçant celui qui la digère. » Chacun sait que Norville, homme noblement né, * Parmi nos factions joueur déterminé, A Londres, en Hollande, en Itahe, en France, De son seul intérêt a poursuivi la chance. Traître à tous les partis où le sort l'a roulé. Nommant préjugés sots tout ce qu'il a foulé, H croit que la vertu , prestige du vulgaire ,

* Chacun sait que Norville, homme au vice adonné,

îio LE CORRUPTEUR,

N'est qu'un orgueil lial>ile ou n'est qu'imaginaire,

Que les gens échappés à la contagion

Ne doivent qnnn hasard leur répcrtation.

Que c'est dépit jaloux si leur voix le décrie,

Qu'ils ont ses sentimens et non son industrie ,

Que le bien et le mal ce sont d£S mots confus,

Et qu'il n'est pas de mœurs parce qu'il n'en a plus.

Néanmoins il entend que chacun le diffame.

Ces médians, révoltés de la leçon du blâme,

Veulent en s'en moquant s'y ravir sans retour;

Mais l'opinion pèse et les écrase un jour.

L'opinion, s'armant d'une vive censure.

Tribunal invisible a sa magistrature ,

Qui réforme partout les torts pernicieux,

Et qui dans tous les rangs atteint les vicieux.

Le plus enclin au mal et le plus fait au crime,

Garde un dernier besoin de la publique estime,

Et ce frein, au défaut du remords et des lois,

Leur prouve que l'honneur a son prix et ses droits.

Je l'entrevois, madame, oui , c'est là l'origme

Du tort qu'un scélérat fait à votre cousine.

Dans l'estime espérant se réhajjiliter,

Il demanda sa main , il se vit rejeter ;

Et , vengeant ce refus par un soudain outrage ,

Son audace prétend forcet son mariage ,

Pour que chaque famille où vos noms sont chéris

Lui rouvre les maisons qu'on lui ferme à Paris.

ANGT.LARD.

Bien dit! j'ai de sa part prévu quelque menée

A ce sujet, ma sœur, je vous ai sermonnée: IMon avis eût été qu'un contrat bien formel Prévînt tant de procès avec ce crimincL

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