‹ Le corrupteurChapitre 50 sur 115 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

NORVILLE, PRUD'HOMME.

p R u d' H o M ai E , a soi-même.

J'attribuais au cœur deux ressorts; en troisième, Vient de l'aspect des grands le prestige suprême,

NORVILLE.

rt Rien n'est plus maladroit qu'un si brutal accueil ! » Ces gens de rien , ils sont convertis d'un coup d'œil ; » Et, prompts à s'éblouir à la superficie, » Sous mon premier regard leur langue balbutie. » Combien de bons bourgeois , à mon abord déçus , » Qui, fiers de contester s'ils étaient mal reçus, w Cèdent à l'ascendant des moindres politesses, » Prêts, si je les salue, aux dernières bassesses! » Eh bien! chez les parens qu'as-tu négocié?

prud'homme.

Monsieur, sans conférence on m'a congédié.

NORVILLE.

Quoi ! mon ambassadeur est traité de la sorte !

Ah! guerre déclarée!... A cette heure on leur porte

Mon offre pacifique, et, de force ou de gré,

A mon ultimatum je les ramènerai :

Je perdrai mon latin si Laure n'est ma femme ;

Ainsi, tremblez, cher maître!

prud'homme.

Ah! quelle trempe d'âme Un épicurien garde en de tels tracas ! Nos stoïques avaient l'esprit libre en tous cas;

Mais, leur sérénité, la vôtre la surpasse.

Etre cncorgai, tranquille, après vos coups d'audace,

Tandis que contre vous on tient ici conseil,

C'est fort ! dans mon Plutarque il n'est rien de pareil.

NORVILLE.

Mais a-t-on pu, docteur, y lire en quelque page

Qu'un enfant surmontât un héros de mon âge?

Croirais-tu que , chez moi craintif de l'aborder ,

Une fdle innocente ait pu m'intimider ?

Méconnaissant les lieux où je l'ai descendue,

D'une amie à l'écart se croyant attendue,

Elle hésite en ma cour, lorsqu'un vieux confident

Au nom de la comtesse approche en la guidant.

Des gens de cette dame achetant un message,

Pour tromper Laure hier, je fis l'emploi du page :

Sur la foi du billet que lui remit Suzon ,

Laure entre plus avant, et monte sans soupçon :

Moi, jusqu'alors caché, j'apparais à sa vue.

Quel piège! oii suis-je? où fuir? cria-t-elle éperdue:

Ah! que je sorte! O ciel! par grâce, par pitié!...

J'ai voulu rassurer son esprit effrayé ;

Vains efforts ; ses beaux yeux répondaient par des larmes.

Immobile un moment , j'en admirai les charmes ;

Plaisir cruel; mais quoi! son désordre innocent,

Sa pâleur lui prêtaient un éclat ravissant.

IN on, l'aspect des Phrynés les plus voluptueuses

N'a rien de comparable aux grâces vertueuses

Qui d'un chaste maintien relèvent la beauté.

Si tout son sexe eût vu sa touchante fierté.

Ah ! par coquetterie et pour seule parure ,

La plus belle voudrait se montrer la plus pure ,

Tant la candeur ajoute au lustre des appas,

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