LA C E N S U R E
L'Esprit!., jamais je ne dois l'accueillir,
l'esprit de parti.
Je ne me nomme pas l'esprit tout court; mais l'Esprit de parti, chef de division de tous les départemens.
LACE NSURE,
Ah ! c'est bien différent! pai-donnez; je n'apercevais qu'un de vos trois visages... L'Esprit de Parti! la Censure est sa très-humble servante. O mon beau seigneur! que vous avez bonne mine! quelle tournure! quelle élégance ! quel bel habit blanc! quels gants blancs ! quel ruban blanc à votre cap et à votre épée !
l'esprit de parti.
Oui, moi, je suis blanc, tout blanc, j'ai l'air de la candeur même.
LA CENSURE
Non.... Vous portez la ressemblance d'une créature que j'ai connue... je m'en souviens... là... en carmagnole.
l'esprit de parti.
Dans les mois de messidor, de pluviôse , ou de ventôse... N'estce pas? un tridi, un nonodi de la décade... Vous me reconnaissez?., alors , nous marchions matin et soir en chenille , une casquette rouge sur la tète.... pdS vrai, citoyenne?
LA CENSURE
Nous fîiisions de rudes farces , en ce temps-là.
l'esprit de parti.
Ali ! parbleu ! si nous n'étions pas tenus en bride , nous ne ferions pas moins de drôleries en ce temps-ci !
LA CENSURE
Vous me prescriviez d'interdire jusqu'au nom de royauté, de pitié , de modération sage.... Sans vous , on se fût converti au bien.
l'esprit de parti.
Et je vous interdis aujourd'hui jusqu'au nom de liberté , de gloire, de raison légale , de droit naturel des hommes.... Sans vous, on serait averti du mal.
TRAGl-COMÉniE. xv
LA C; F. .\ SURK.
Garderez-vous désormais un même langage et un mtmc rostume 'invariablement ?
l'esprit nE PARTI.
Oh ! moi, je ne rliange jamais : ce sont les circonstances qui changent.Siiis-je ce qu'elles voudront du pauvre Tourne-au-Vent ? Les nécessités font les caméléons.
LA CENSURE
Vous me donnez bien du mal à m'ajnster décemment sous tant de diverses livrées! il faut sans cesse en votre honneur que je me contredise, que je me démente , et que je me chamarre de vingt bigarrures contraires. En ce moment, que me veniez vous annoncer?
l'esprit de parti.
Qu'en ma qualité de premier introducteur des Vices et des Ridicules , je vous les amène , et vous ordonne de les prendre tous à jamais sous votre protection spéciale. Ils ont député vers vous les principaux d'entre eux , et je les ai devancés dans vos bureaux,
LA CENSURE
Comptez sur mon attention à les garantir de toutes les attaques de la raison populaire et de celle des écrivains philosophes. L'académie des hnnnes-lettres m'a signalé ces derniers.