‹ Le corrupteurChapitre 8 sur 115 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les MEMES, le. s VICEvS et LES RIDICULES.

l'esprit DE PAR TI.

Entrez, messieurs et mesdames, à la voix de votre grand-maître des cérémonies, dans le palais de la Censure. ( A dame Censure. ) Je vous présente le duc, comte, baron et marquis, très-haut, très-puissant et très-noble O/'^wf/V; la duchesse , comtesse, baronne et marquise, très-glorieuse et très-anoblie Vanité ; la trèsvénérable Hypocrisie; leur très-actif et très-considérable allié l'Intérêt; et la sempiternelle Ignorance.

LA c EN SUR E.

Vite , des fauteuils aux Vices et aux Ridicules.

xvj DAME CENSURE,

l'esprit de parti.

Admirez le grave ameublement de la salle des Coupures ; cette tenture noire et sombre qui absorbe la lumière ; ce lustre enfumé que recouvre une large écaille de tortue ; cette bordui'e de limaces et de vipères entrelacées ; cette table à tiroir sans fond , surmontée par une lampe aux yeux de chauve-souris et de chatshuans dorés ; enfin cet encrier à pâtes et à queue d'écrevisse , tout garni de plumes d'oie. Admirez encore sur les lambris ces têtes d'ânes, d'ânesses et d'ânons encadrées : ce sont autant de portraits de famille.

LACENSURE.

J'écoute vos réclamations.

TOUS

Agréez d'abord nos complunens sincères et unanimes.

LA CENSURE

Je m'honore d'avoir fait pour servir les Vices et les Ridicules tout ce qui m'était possible contre les entreprises de Thalie et de Melpomène. ^

l'or GUE IL.

Je viens de rencontrer l'insolent Figaro , tout balafré par vos escogriffes , pour avoir ri des niaiseries de la politique , déclaré que médiocre et rampant on arru-e a tout , et dit effrontément que, pour valoir mieux qu'un barbier tel que lui, les grands ne s'étaient donné que la peine de naître. Par la sambleu ! ce drôlelà révélait la licence de nos grandes maisons , et je vous loue de l'avoir expulsé à jamais pour qu'il n'amuse plus la jeunesse sur notre compte. Vous avez manifesté dans cette occasion une haute fermeté de caractère , et je vous ai soutenue héroïquement.

LA CENSURE

J'entends , monseigneur l'Orgueil.

l'ignorance.

Son Bride-Oison nousrévoltait ; car les juges n'ont jamais été des automates , et ne bégaient pas leurs arrêts. Si François I«i". eût fait pendre Rabelais qui tira cette sotte idée du cornet de son Bride-Oyc , on n'eût pas entendu depuis, M. de Pourceaugnac s'écrier , quand on menace son innocence du gibet :

TRAGI-COMEDIE. xvij

t Voilà une justice bien injuste ! » C'est se railler de la magistrature qui nous appuie.

LA CKÏTSDRE.

J'entends , madame l'Ignorance.

l'h YPOC R ISIE.

Moi, j'ai rencontré Tartuffe que vous avez coffré quelques semaines. Cette rigueur énergique me transportait en béatitude ; mais votis avez molli en le relâchant. Les demi-mesures nous perdent : Il fallait tenir bon. Mon jésuitisme reparait dans le monde; et cet imposteur me ressemble trop encore. Sa figure me fait montrer au doigt avec dérision. Ah, Dieu ! L'imprudent Louis XIV eut grand tort de laisser yrie liberté si pleine à l'effronté Molière, qui, selon Bénigne -Bossuet, a passé des ris du théâtre au tribunal de V enfer. Son faux dévot peut éclairer nos nouveaux Orgons, affliger nos dames Pernelle , et nous priver de nos donations testamentaires. Il n'est pas tolérable que la comédie peigne jamais le ridicule du temps présent , et à peine celui du temps passé. Pascal a lui-même trop démasqué nos bons enfans d'Ignace et d'Escobard.

LA C E N s U R K.

J'entends , révérente mère Hypocrisie.

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