ACTE III, SCENE VII
Si dans les tribunaux son malheur est cité : Son sort intéressant confond mon équité. Si vous êtes coupable, elle n'est point complice : Mais dans votre sentence elle a part au supplice. Je voudrais n'accabler que vous de sa rigueur; La perdre en vous perdant me déchire le cœur , Et la tendre pitié que sa candeur mérite. Pour votre impunité seule me sollicite : Ce motif, je le sens, doit vaincre mon courroux. Désarmer ma justice et me parler pour vous.
NORVILLE.
Monsieur le président , quelle digne clémence ! Souffrez que le transport de ma reconnaissance Par un embrassement scelle notre union.
Procès conclu , fini : plus de division ! D'un conciliateur jouez le rôle auguste.
CERCUEIL
Etre sensible et bon , c'est encore être juste.
N OR VIL LE
L'excessive raideur nuit plus qu'on ne le croit :
Souvent il faut ployer , tordre un peu le bon droit.
En affaires surtout , cette prudence éclate
Dans les directions d'une âme délicate...
Ce papier frauduleux qui vous avait déçu,
L'a-t-on vu dans vos mains, quand vous l'avez reçu ?
CERCUEIL
Personne.
IVORVILLE.
Laissez -moi, pour juger l'imposture , Aux écrits de Damon confronter l'écriture.
G È R c u E I L , le lui monlranl.
Elle est un peu tremblée, et pourtant on voit bien...
NORVILLE.
Que c'est un faux. Ah! certe, il ne m'alarme en rien.
GERCUEIL.
Puisqu'à tout pardonner la prudence m'oblige ,
Qu'au moins de tant d'horreurs ne reste aucun vésli'^ L'écrit qui vous offense est mal entre mes mains...
Je l'y laisse , monsieur ; voyez si je le crains.
"^ ---GERCUEIL.
C'est un acte de hàihe , et que ma confiance Vous promet de brûler en gage d'alliance.
NORVILLE.
Vous le brûlerez , soit. Cher monsienr , quel succès ! Que nos femmes un jour riront de nos procès ! La vôtre dans nîies bois peut vous suivre aux vacances ; Et la mienne ira voir le parc , les clos immenses Qu'à mon cousin futur je vais faire adjuger.
.; GERCUEIL.
Quand je pense à vos torts...
IVORVILLE.
Il n'y faut plus songer.
GERCUEIL.
J'immole à ma cousine un courroux véritable.
NORVILLE.
Votre indulgence part d'un motif bien louable. Donnons -nous tous les deux la main, cher président.