‹ Le corrupteurChapitre 72 sur 115 · ACTE III, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VU

NORVILLE.

Ah, morbleu! c'en est trop, votre orgueil me fatigue.

D'un horrible procès poussez à bout l'intrigue :

La justice est pour tous : oui, songez-y; la loi

Qui peut pencher vers vous peut bien pencher vers moi.

Plaidons, monsieur, plaidons; nous verrons à l'issue

Comment la lâche haine au palais est reçue.

Je vais , vous attaquant en diffamation ,

Pour vous ruiner tous risquer un million ,

Et vous faisant payer frais , dépens et dommages ,

De votre calomnie effacer les outrages.

Oui , d'avance les fonds , entre nous disputés ,

Versés dans un hospice en libéralités,

M'acquérant pour témoins les orphelins, les veuves,

De mon dédain de l'or multiplieront les preuves.

Persuadez après , par vos gens soudoyés ,

Que mes billets souscrits ne furent pas payés !

Le public prévenu vous couvrira de boue.

Accusez-moi d'un rapt ; c'est de quoi je me joue :

Le beau sexe pardonne aux crimes de l'amour :

Cette cause est rlslble à plaider en la cour ;

Et l'information perd une infortunée

Au triste célibat, grâce à vous, destinée....

Ah ! préjudiciable et fol emportement !

Que ne l'accorde-t-on plutôt à son amant.

Qui , pour prix de sa main , dans l'acte du notaire.

Veut d'un tiers de ses biens composer son douaire.

Réfléchissez, pesez l'offre d'un tel hymen.

Monsieur ; est-on rigide après mûr examen ?

Consentez ; plus de bruit , d'arrêts , ni de chicane :

Le scandale est affreux ; la raison le condamne.

Vous me nuisez, et moi, je m'acharne et vous nuis :

Traversant vos désirs partout je vous poursuis.... Ce château, par exemple, et cette belle terre, Dont j'ai su qu'ardemment vous poussâtes Tenchère, N'ignorant pas combien vous en êtes épris , Mon prete-nom lui seul vous en hausse le prix....

CERCUEIL

Quoi? c'est vous....

NORVILLE.

Je défends l'enclos et les murailles Contre mon ennemi.... Cessons les représailles; .T'abandonne ce fort, et ma défection Vous soumet pleinement l'ajudication....

Mais ces vils intérêts ne sont rien pour votre âme Que l'amour seul des lois, que l'honneur seul enflamme : Car, vous n'êtes rien moins, je le dis sans détours, Que digne d'être un chef des souveraines cours. Loin de mettre à vous nuire une injuste furie, A vous servir, monsieur, redoublant d'industrie, Je voudrais que mon zèle et que ma parenté Fissent au plus haut rang siéger votre équité. Oui, la chancellerie est le poste suprême Où j'aurais des moyens de vous porter moi-même.... Ah! cependant, frappés de plus simples égards, Vers un touchant objet tournons tous nos regards ; Et d'une procédure outrageante, fatale, A l'innocente Laure épargnez le scandale : Frémissez-en pour elle, et songez qu'un pardon Lui garantit les biens dont j'assure le don.

CERCUEIL

Laure en effet sans crime et pour vous seul punie , Croira de son honneur la pureté ternie

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