EN FRANCE
près avoir décrit les bandes et ceintures antiques, nous allons suivre les modifications que la chute de l’empire romain a apportées à l’habillement féminin, qui, au début de cette époque, ne présente rien de particulier.
Les chroniqueurs qui ont traité du costume O dans les Gaules ne sont pas nombreux et leurs conclusions reposent sur des données bien peu précises, car les quelques manuscrits qui sont par-
venus jusqu’à nous ne s’occupent pas des accessoires du vêtement de la femme.
Malgré le manque de documents exacts, les historiens sont unanimes à reconnaître que les Gallo-Romaines suivaient les modes de Rome, et portaient, sous la stola ou la tunique, le strophium ou le capitium.
Sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, les femmes continuèrent l’emploi des ceintures romaines. La coquetterie, à cette époque, était d’ailleurs à peu près nulle; à en juger par les sceaux et les manuscrits du temps, l’habillement se composait d’une longue tunique serrée par une ceinture placée audessous de la poitrine.
Les premiers Capétiens virent commencer une révolution dans le costume; mais ce n’est guère qu’au xii° siècle, d’après les recherches de Quicherat, sous les règnes de Louis VI et Louis VII, que l’on vit apparaître les robes moulant le haut du corps et le corsage ajusté séparé de la jupe.
Au siècle suivant, sous les règnes de Philippe- Auguste, de Louis VIII et de saint Louis, les tuni ques amples furent de nouveau adoptées.
Le luxe des vêtements prit, au xnc siècle, une telle extension que Louis IX effrayé, s’ingénia à ramener la simplicité que lui-même donnait en exemple à ses
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
sujets. Quelques années après, Philippe le Bel résolut d’empêcher les bourgeois de s’habiller aussi somptueusement que les nobles; par une loi de i3o2, il déclara : « nul bourgeois ni bourgeoise ne portera « vair, ne gris, ne hermi- « nés, et se délivreront « de ceux qu’ils ont de « Pasques prochaines en « un an, et ne pourront « ni porter or, ne pierres « précieuses, ne ceintu- « res, etc... »
Au commencement du xivc siècle, la tunique fut encore une fois abandonnée et l’on vit apparaître les surcots qui devinrent bientôt d’un usage général.
C’est vers cette époque que les femmes revêtirent la houppelande serrée à la taille par une ceinture très large qui servait à soutenir la poitrine et remplissait ainsi l’office d’un corset. Un indiscret nous apprend que plus d’une élégante y ajoutait le secours de certaines poches rembourrées et piquées, qui étaient cousues après la chemise. Une forte saillie était de rigueur pour racheter l’exiguïté de la taille. (Quicherat.)
A la fin du xivc siècle, Isa’beau de Bavière fit naître la mode de se découvrir la poitrine; on vit alors, pour la première fois, dans notre langue le mot corset. Ce vêtement s’adaptait exactement à la taille et était serré à l’aide de lacets placés soit sur le
Fig. io. — Corset en fer (Collection Dupont-Auberville).
devant, soit au dos; il s’en faisait de toutes les étoffes, le plus grand nombre était bordé de fourrures.
L’usage du surcot et de la cotte de dessous se répandit de plus en plus au début du xv° siècle; un auteur du temps raconte que Marie d’Anjou, femme de Charles ^ II, portait un corset lacé par devant, dont les bords écartés laissaient apercevoir la cotte.
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
Olivier de la Marche, gentilhomme des ducs de Bourgogne, poète et chroniqueur du xv° siècle, a décrit, dans un petit poème intitulé le Parement des Dames, les diverses parties de l’habillement des femmes de son temps. La robe de dessus e'tait à corsage ouvert, remplacé à l’endroit du lacet par une pièce de velours ou par une gorgerette.
Voici le commencement du chapitre- consacré au corset dans cet ouvrage :
Chap. VI. — Le Corset ou la Cotte de Chasteté.
Ung cousturier nous côuiêt p parer Por ung corset dôner a ma prîcesse Et son beau corps revestir et parer De noble abit pour la bien decorer Car elle vault por tout mettre en prouesse Ce beau corset ie le vueil pour noblesse Dung blâc damas de blâcheur nette et pure Cest ung habit de royalle vesture.
Le corset simple est bon et prouffitable A vestir dames et les monstrer valoir Car le corset est habit si notable Qu’il est plaisant à tous et aggreable Quoy qua danger on ne la puisse veoir Et quant lœil peult sa dame perceuoir En ce corset sans plus estre a ornee Il en vault mieulx la pluspart de lannee.
A la fin du xvr siècle, la mode change brusquement ; les surcotssontabandonnéset la Basquine ou Vasquine fait son apparition suivie bientôt, vers i53o, de la
Vertugale ( verdugale ou verlugadin }, qui nous venait d’Espagne.
La basquine, désignée aussi dans quelques écrits sous le nom de buste , était un corset de fil ou de forte toile, garni sur le devant d’un buse de bois ou de métal ; c’était un acheminement vers l’invention des corps piqués. Quant au vertugadin, c’était un bourrelet que les femmes plaçaient au-dessous de la taille pour soutenir la jupe et faire « baller » la robe ; il se transforma dans la suite en paniers et en crinoline.
Clément Marot faisant, dans son Dialogue des Amoureux, le portrait d’une élégante en l’an 1 5 1 4. parle du corset :
O mon Dieu ! qu’elle estoit contente
De sa personne ce jour-là!
Avecques la grâce qu’elle a
Fig. 1 1. — Corset en fer.
(Collection Lesccq des Tonrnelles.)
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
Elle vous avoit un corset D’un fin bleu, lacé d’un lacet Jaune, qu’elle avoit faict exprès.
Elle vous avoit puis après Mancherons d’escarlate verte, Robe de pers, large et ouverte, (J’entens à l’endroit des tétins), Chausses noires, petits patins, Linge blanc, ceinture houppée,
Le chaperon faict en poupée,
Les cheveux en passefilon Et l’œil gay en esmerillon Souple, droicte comme une gaule.
Rabelais, de'crivant la cour de François Ier (i Gargantua , liv Ier, lvi ) (lôSy), dit : « Au-dessus de « la chemise, elles « vestoient la belle « Vas qui ne de quel- « que beau camelot « de soye ; sus icelle « vestoient la Verdu- « gale de taffetas « blanc, rouge, tanné,
« gris, etc... »
Les femmes étaient
l’habillement des dames de
Fig. 12. — Corset en fer, (Musée Carnavalet.)
tellement guindées dans ces basquines et l’aspect de la vertugale était tellement ridicule que bon nombre de poètes ont exercé leur verve contre'la nouvelle mode.
Fig. i3. — Christine de France (i6o6-i663).
Nous citerons ici quelques extraits d’une satyre, datant de j 563 , intitulée : Blason des basquines et vertugales, avec la remontrance qu’ont J'aie t quelques daines, quand on leur a montré qu’il n’en fallait plus porter.
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. . . . . O la gente mutine !
Qu'elle a une belle basquine!
Que vous servent ces vertugalles Sinon engendrer des scandalles?
Quel bien apportent vos basquines Fors de lubricité les signes?
Laissez ces vilaines basquines Qui vous font laides comme quittes (singesj Vestez-vous comme prudes femmes Sans plus porter ces buscqs infâmes.
Voici enfin quatre vers d’une chanson de l’époque, dans laquelle on prend la défense de la nouvelle mode :
La vertugalle nous aurons,
Maulgré eulx et leur faulse envie,
Et le busqué au sein porterons;
N’esse-ce pas usance jolye?
Des prédicateurs même protestèrent dans leurs sermons contre les exagérations de la mode, l’un d’eux parlant de ces « bricoles infâmes », dit en chaire, s’adressant à la reine et à la cour : « les femmes « qui les revêtent portent le diable en croupe. »
On a dû remarquer qu’avec la basquine, le buse (d’abord buste et busqué) fut introduit en France;
mais déjà au iv° siècle avant notre ère, le poète comique Alexis d’Athènes, nous indique que les Grecs
Fig. 14. — Françoise Bcrtaud (1Ô21-16S9).
employaient quelque chose d’analogue : « Son ventre « est-il trop gros, dit-il, au plastron qu’elle se met,
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
u on adapte des supports droits qui le resserrent et « le repoussent en arrière. »
C est d’ailleurs le seul témoignage que l’on ait de 1 emploi du buse dans l’antiquité et il faut se rapporter aux manuscrits du commencement du xvi° siècle
Fig. i5. — Corps de femme (Encyclopédie de Diderot).
pour retrouver trace de ce mot. Henri Estienne nous apprend dans son Dialogue du nouveau langage, « que « les dames appellent leur busqué un os de baleine « (ou autre chose à faute de ceci) qu’elles mettent « par-dessous leur poitrine, au beau milieu pour se « tenir plus droites ».
Ce buse était une lame de buis, de baleine ou d’acier, adaptée sur le devant de la basquine ou du
corps ; d’une extrême simplicité dès le début, il fut bientôt un objet de grand luxe et pour le montrer on adopta le surcot ouvert sur le devant. On en fit alors en ivoire, en argent, etc..., et on les orna d’arabesques et d’incrustations.
La collection Jubinal en renferme de merveilleux
échantillons. L’un d’eux, de fabrication italienne, est un buse plat, en fer finement gravé et portant en outre l’inscription suivante :
Ai de madame cette grâce,
D’estre sur son sein longuement,
D’où j’ouis soupirer un amant Qui voudrait bien tenir ma place.
Quelques années plus tard, le buse fut de nouveau caché sous le corsage ; on n’en continua pas moins à
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l'orner et la collection déjà citée comprend un buse de baleine ayant appartenu à Anne d’Autriche et portant le quatrain suivant qui se termine comme celui cité plus haut.
Ma place ordinairement
Est sur le cœur de ma maîtresse,
D’où j’ouis soupirer un amant Qui voudrait bien tenir ma place.
Charles IX combattit violemment la basquine et la vertugale ; il essaya même de les supprimer par des ordonnances,mais il ne put y parvenir.
Étienne Pasquier nous a transmis, dans ses Arrêts d’amour ( 1 564), les doléances des gentilshommes qui, dit-il, « se « plaignent , des vasquines ,
« vertugales, et grans devans « que portent aujourd’hui les « femmes; nous, pour ce sujet,
« en avons osté et ostons la court tume, nous rapportans à la « mode d’Italie... »
Le secrétaire de Jean Lippomano, ambassadeur vénitien auprès de Charles IX, décrivant, dans ses rela-
Fig. 17. — Corps pour les femmes enceintes.
tions de voyage, les costumes de la cour de ce prince, s’exprime ainsi : « Par-dessus la chemise, « les femmes portent un buste ou corsage, qu’elles
« appellent corps piqué « qui leur donne du main- « tien; il est attaché par « derrière, ce qui avan- « tage la poitrine. »
Henri III, après avoir - usé d’indulgence pendant quelque temps, rendit des édits très sévères pour enra}mr l’usage des corps que tout le monde considérait comme pernicieux à la santé, mais que les femmes ne voulaient pas abandonner.
Fig. 18. — Collection Leotv.
Paul Lacroix, dans ses Costumes historiques , parle comme suit du corset à cette époque :
Montaigne n’a pas fait, loin de là, l’éloge du corps piqué. Il nous apprend que les femmes de son temps se servaient, pour se serrer le buste et se rendre la taille fine et dégagée, d’éclisses ou petits morceaux de bois, qu’il appelait coches; elles étaient pressées de telle sorte entre ces
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
éclisses, et cela dès leur enfance, que la chair de leur poitrine devenait aussi dure et aussi insensible que la corne ou le cal qui se forme aux mains des ouvriers : aussi ne s’accoutumaient-elles à ce vêtement de torture qu’au prix de longues souffrances; mais la mode le voulait, elles souffraient patiemment.
Aux e'clisses de bois ont succède' les éclisses et corps de baleines et d’acier.
Voici d’ailleurs en quels termes Montaigne s’explique :
Le corset était une espèce de gaine qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des seins jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre...
Pour faire un corps bien espagnole fin comme celui d’une espagnole), quelle gehenne ne souffrent-elles, guindées et cenglées, à tout de grosses coches sur les costes, jusques à la chair vive? Ouy, quelquesfois à en mourir. ( Essais , i58o, liv. I, chap. xl.)
Ces corps déformaient tellement les femmes que le célèbre chirurgien Ambroise Paré, qui avait sur la
Fig. 19. — Collection Leoty.
table de dissection une personne à fine taille, put montrer à ses élèves ce que Henri Estienne appelait « l’espoitrinement des dames », c’est-à-dire « leurs « costes chevauchant les unes par-dessus les autres. »
Si les formes des vêtements de ce temps étaient défectueuses et souvent contraires à l’hygiène, l’inventaire dressé à la mort de Gabrielle d’Estrées ( i 699 nous apprend que les étoffes employées étaient superbes. Dans cet inventaire on trouve « une cotte de drap « d’or de Turquie, figuré à fleurs, incarnat, blanc et « vert » et une « robe de velours vert découppé en « branchages, doublée de toille d'argent, et icelle cha- « marrée de passemens d’or et d’argent, avec des « passe-poils de satin incardin ».
Avant de quitter le xvi» siècle, nous reproduisons, à titre de simple curiosité, quatre corsets en fer; hâtons-nous de dire que ces corsets n’étaient qu’une sorte de carcasse doublée d’une étoffe assez épaisse, principalement de velours, cousue à l’aide de petits trous pratiqués dans le métal.
La figure 9 représente un corselet en fer ouvragé avec jours, charnières et fermoirs; cet appareil, d’origine flamande, date du commencement du xvic siècle, il est exposé au musée de Cluny.
Les figures 10 et 11 montrent, sous deux aspects différents, un corset en fer ( busto ) de la même époque
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE. 3y
que le précédent, mais d’origine vénitienne ; celui de la figure 10 fait partie de la collection de M. Dupont- Auberville ; celui de la figure 1 1 a figuré à l’exposition des Arts de la femme, en 1 892 , et appartientàM. Lesecq desTournelles.
La figure 12 est un autre corset en fer avec crans permettant de le serrer plus ou moins, il se trouve au musée Carnavalet.
L’exagération du luxe dans la mode s’accentua encore sous Henri IV et ce roi lança, en 1601 et en 1606, des édits somptuaires. Voici un extrait de l’un de ces édits :
Nous défendons expressément, à tous nos sujets de quelque qualité ou . condition qu’ils puissent être, dans tous les lieux et terres de notre obéissance, de porter or ni argent, ni excès d’étoffes sur leurs habits de quelque manière et sous quelque prétexte que ce soit, excepté cependant aux femmes de joie et aux filous, en qui nous ne pré-
Fig. 20. — Collection Leoty.
4o LE CORSET A TRAVERS LES AGES.
nons pas assez d’intérêt pour leur faire l’honneur de donner notre attention à leur conduite.
Ces édits eurent pour effet de supprimer momentanément les riches accessoires du costume; mais ils
firent naître des vêtements ridicules. Le corset prit un aspect grotesque, moins serré à la taille et busqué en avant par le bas, il reçut le nom d t fausse panse. Sur le point de disparaître, à la fin du règne de Henri IV, cette fausse-panse devint encore plus volumineuse et de saillie plus prononcée.
Marie de Médicis est toujours représentée sur ses portraits avec cet attribut
disgracieux accompagné du Fig. ai. — Collection Leoty. a
vertugadin qui, avant de se transformer en paniers, prit des proportions tellement exorbitantes que, dans le Discours sur la mode (i6i3), on le ridiculise ainsi ;
Le grand vertugadin est commun aux Françoises, Dont usent maintenant librement les bourgeoises,
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
Tout de mesure que font les dames, si ce n’est Qu’avec un plus petit la bourgeoise paroist; Car les dames ne sont pas bien accommodées Si leur vertugadin n’est large dix coudées.
Une anecdote pour en terminer avec le vertugadin. En 1 (3 1 g, le parlement d'Aix rendit obligatoires, par un arrêté, toutes les ordon-
nances antérieures contre l’emploi de cet attribut disgracieux. Force fut aux femmes d’obéir à la loi ; seule la dame de Lacépède, veuve du sieur de La Coste,osa affronter les foudres de la Justice ; citée à comparaître devant le tribunal, elle se présenta à la barre dans sa tenue habituelle et déclara à la Cour que, sur l’honneur, cette exagération de formes n’avait rien que de très naturel. L’affaire était difficile à juger. Après une
r Fig. 22. — Collection Leoty.
longue délibération, ces messieurs de la Cour déclarèrent qu’il n’y avait pas lieu de procéder à plus ample vérification et renvoyèrent la dame des fins de la poursuite.
Après la mort de Henri IV, la mode qui jusqu’alors n’était suivie que par les classes aristocratiques, se répandit dans la bourgeoisie. L’auteur anonyme de la Chasse au vieil grognard de l’antiquité (1622), l’atteste dans les lignes suivantes :
Il n’y a rien de mieux vestu, de plus propre, de plus honneste ; si bien avenantes que la plupart pourroient plustost estre recognues nobles ès compagnies, pour estre agréables en leurs discours et entretiens, que bourgeoises et marchandes et leurs tilles « qui portent l’habit d’attente de noblesse. »
Louis XIII rendit, en mai i63q, un édit prohibant pour tous les vêtements d’hommes et de femmes toute espèce de drap d’or et d’argent fin ou faux, ainsi que les broderies où ces matières métalliques étaient employées.
Après la mort de Marie de Médicis, les corps à baleines reprirent leur aspect primitif et la mode redevint plus rationnelle; pour donner une idée exacte de ce qu’elle fut, je vais citer quelques extraits du bibliophile Jacob.
Voici la description qu’il fait de la toilette de Christine de France, fille de Henri IV et de Marie de Médicis.
Le costume de Christine de France (fig. 1 3), se compose d’un justaucorps de couleur jonquille, brodé d’or, enrichi
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE. 43
de pierres précieuses et d’une robe également jonquille ; le justaucorps est remarquable par sa forme ; il s’applique sur le buste sans que la taille soit marquée et il présente, au bas de ses basques, des échancrures profondes ressemble presque à une ai ture.
Je citerai aussi le portrait de Françoise Bertaud, dame Langlois de Motteville (fig. 14), auteur de mémoires estimés :
La robe de dessous, dont les manches ne descendent que jusqu’au pli du bras, et dont l’ouverture se trouve assujettie avec un nœud de ruban cramoisi, est en velours noir; la jupe de dessous est de damas blanc ; le corset à basques découpées est de damas blanc, orné de passements laque rose, avec des dessins d’or...
Mazarin, en 1644 et en 1 656, rendit des édits contre les passementeries et les accessoires de la toilette féminine, et plus tard, en 1664, Louis XIV renouvela ces décrets; il n’existe pas moins de onze ordon-
nances signées de lui et tendant à supprimer l’emploi des matières d’or et d’argent pour orner les costumes des hommes aussi bien que ceux des femmes.
Vers la fin du xvji' siècle, les corsages boudés et en pointe par devant sont remplacés par une sorte de justaucorps. La mode semble ensuite hésiter, le besoin se faisant toujours sentir d’imaginer des vêtements destinés à dissimuler ou à remédier aux imperfections de la nature.
Regnard, dans sa comédie, Attende^- moi sous l'orme ( i acte en prose, mai 1694), à propos des acces-
Fig. 24. — Collection Lcoty.
soires innombrables de la toilette employés à cette époque, fait dire à Agathe, fille d’un fermier :
« Il faut que les femmes de Paris aient bien de l'esprit pour inventer de si jolis noms. » A quoi le valet Pasquin répondit : « Malepeste! leur imagination travaille beaucoup. Elles n’inventent point de modes qui ne servent à cacher quelque défaut. Falbala par haut, pour celles qui
S Z ELME - Cr
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
n’ont point de hanches ; celles qui en ont trop, le portent plus bas. Le col long et la gorge creuse ont donné lieu à la Steinkerque (sorte de cravate bouffante) ; et ainsi du reste. »
A propos des noms donnés aux diverses parties du costume, voici comment Boursault définit, dans sa comédie des Mots à la mode , le corset auquel on donna le nom de gourgandine et le boute-en-train qui servait à l’orner.
Enfin la gourgandine est un riche corset Entr’ouvert par devant à l’aide d’un lacet;
Et comme il rend la taille et plus belle et plus fine,
On a cru lui devoir le nom de gourgandine.
Un beau nœud de brillant dont le sein est saisi,
S’appelle un boute-en-train, ou bien un tâte^-y.
Ouvrons ici une parenthèse pour dire quelques mots des tailleurs :
Jusqu’à la fin du xvic siècle, les tailleurs avaient seuls le privilège de confectionner les vêtements des deux sexes, y compris les corsets; mais, au commencement du xviie siècle, les couturières firent leur apparition et, dans le courant de l’année 1676, elles furent autorisées à se constituer en corporation dont les statuts furent enregistrés par le Parlement, le 7 septembre, « ayant « considéré, dit le roi, qu’il était assez dans la bien-
« séance et convenable à la pudeur et à la modestie des « femmes et filles de leur permettre de se faire habil-
« 1er par des personnes « de leur sexe lors- « qu’elles le jugeront « à propos, etc... »
Les tailleurs n’en conservèrent pas moins le privilège de confectionner toutes les pièces ajustées de l’habillement féminin.
C’est à ce moment que certains d’entre
Fig. 25. — Collection Leoty. eUX> Panant le titre
de Tailleurs de corps de femmes et d’enfants, se firent une spécialité du corset.
La planche II, tirée de YArt du Tailleur de corps de femmes et d'enfants , représente l’intérieur de la boutique d’un tailleur de corps. La planche III. tirée du même ouvrage, nous montre une femme vêtue d’un corps. La figure i5, provenant del 'Encyclopédie de Diderot, représente un corps. La figure 16 est un
HISTOIRE DU CORSET EN FRANCE
corps vu intérieurement pour montrer la disposition des baleines de dressage. Enfin, la figure 17 est un corps pour les femmes enceintes, se laçant par les deux côtés; ces deux dernières figures proviennent aussi de l’œuvre de Diderot.
Outre les corsets baleinés, les tailleurs de corps faisaient encore, dit l’abbé Joubert (1773) « les corsets « blancs sans baleines et à « deux buses, les camisoles,
« les fausses robes pour les « filles, etc... »
Le bureau de la corporation des tailleurs était situé quai de la Mégisserie, leurs armes étaient :
De gueules, à des ciseaux
d’argent ouverts en sautoir.
Fig. 26. — Collection Leoty.
Les tailleurs formaient aussi une confrérie remontant à 1402, placée sous le patronage de la Trinité et se réunissaient à l’église de la Trinité, rue Saint-Denis.
Sous Louis XV, le corset est toujours un corps raide, échancré sur les hanches, lacé par derrière
et muni devant d’un buse quelquefois en bois, plus souvent en fer et descendant très bas. L’usage des baleines dans les corsets devint de plus
en plus général et la consommation qu’il s’en fit à cette époque pour les corps et les paniers fut si considérable que les États généraux des Pays- Bas autorisèrent, en juin 1722, un emprunt de 600,000 florins afin « de soutenir la cam- « pagne formée dans « l’Ost- Frise pour la « pêche de la baleine « dont le commerce
Fig. 27. — Collection Leoty. , , . .
« s etend chaque jour « par la consommation ordinaire des fanons de « baleine. »
En 1727, parut une Sa/pre sur les cerceaux, paniers, criardes et manteaux i>olans des femmes et sur leurs autres ajustemens, dans laquelle l’auteur, le chevalier de Nisard, critique, autant que faire se peut, l’usage des cerceaux, et paniers; par