‹ Le Coryza DiphthériqueChapitre 10 sur 50 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

G..., Auguste, 16 mois. Etait en traitement depuis un certain temps à la salle Sainte-Marguerite (salle de chirurgie infantile. Hospice de la Charité. Service du D' Nové-Josserand) pour rachitisme et hernies inguinales droite et gauche.

Le 15 septembre 1902, on fait passer l'enfant à Sainte- Jeanne (salle de médecine infantile. Hospice de la Charité.

av

Service du Dr Rabot) parce qu’il a depuis quelques jours de la diarrhée.

À son entrée sa température est de 38°2. L'enfant est très abattu, dans un demi-coma. De plus, il est très cachectique.

On s'aperçoit bientôt que la paupière droite est gonflée. L'enfant ne peut l'ouvrir, il s’en écoule constamment un liquide muco-purulent, qui se répand sur la Joue de ce côté. L'œil gauche est pris aussi, mais à un degré moindre.

Pensant à de la diphtérie, étant donné que plusieurs cas de cette affection s'étaient déclarés peu de temps auparavant dans la salle d’où venait l’enfant, on fait use culture : elle est nettement positive : grands bacilles de LœfHer purs.

Le 17 septembre. — Jusqu'ici les narines qui n'avaient été le siège d'aucun écoulement se mettent à couler toutes les deux : écoulement séro-purulent très abondant : une culture dénote la présence de grands et petits bacilles plus staphylocoques.

Le 19 seplembre. — L'enfant que l'on a pas encore isolé à cause de son abattement extrême, est encore plus abattu que le premier jour : il est d’une paleur cadavérique. Ganglions rétro-maxillaires engorgés des deux côtés. Respiration très gênée. T. : 3995. Sa diarrhée n’a pas rétrocédé. Vu son état, on l’ausculte avec beaucoup de peine : il ne semble cependant pas avoir de complications pulmonaires.

Malgré les 40 cc. de sérum antidiphtérique qu'il recut, aucune amélioration ne s'était encore manifestée du côté du nez ou des yeux. [l mourut le même jour à 2 h. de l'aprèsmidi.

Si ce cas ne semble pas confirmer de tous points l'hypothèse émise par M. le D' Rabat, il montre néanmoins avec quelle facilité un micro-organisme développé sur la conjonctive peut gagner la pituitaire en passant par le canal nasal, car dans ce cas,

toutes les précautions avaient été prises pour que le pus qui pouvait s'écouler sur les joues n'atteigne pas l'orifice des narines. Que ces hypothèses soient vraies ou fausses, il n'en est pas moins vrai que c'est encore la contagion directe qui joue souvent le principal rôle.

Francotte, dans son traité sur la diphtérie, cite un exemple remarquable de ce mode de contage rapporté par Sanné.

«€ Un enfant de 2 ans, dit-il, est pris de coryza diphtérique grave ; on juge à propos de lui appliquer sur la muqueuse un vésicatoire qui se couvre bientôt de fausses membranes. Comme beaucoup d'enfants malades, celui-ci exigeait que son père et sa mère le portassent constamment dans leurs bras. Dans cette position, il ne cessait de frotter son nez contre celui de la personne qui le tenait. L'enfant succomba. Après la mort, les parents furent atteints tous deux de coryza diphtérique. »

Tel est encore l'exemple historique d'Herpin, qui recoit sur la narine gauche un fragment de membrane d'un enfant dont il était en train de cautériser la gorge ; quelques heures après, il éprouve de l'enchifrènement à gauche, du nasonnement, de la gène de la déglutition et est pris consécutivement de coryza, angine, paralysie.

Le panaris diphtérique, décrit par M. Hau, interne des hôpitaux de Lyon, dans le Lyon médical de 1900, étant une affection assez fréquente parmi le personnel hospitalier des diphtériques, c'est encore là un mode de contagion directe, que nous ne pou-

vons passer sous silence, à cause des prédisposition individuelles à porter les doigts à son visage ou à Son nez.

Il y a néanmoins des cas où malgré une contagion directe, on ne vit pas se développer l'infection. Pour nous en tenir aux seuls exemples rapportés par la littérature médicale : Kunge (Berlin-Klinische Wochenster 1866 p. 488) dit que lui-même en faisant la trachéotomie recut souvent des produits diphtériques dans le nez comme du reste dans les yeux et la bouche et qu'il ne fut jamais atteint. De même, Seitz, d'après ce que rapporte Francotte, prétend qu'il recut plusieurs fois dans le nez du mucuset des fragments de fausses membranes, sans en rien éprouver.

Mais ce sont là des cas d'’immunité dus, sans doute, comme le pense (ŒErtel «à la structure des muqueuses, aux propriétés de leur epithelium et de leurs tissus, à la vascularisation et l'activité de l’appareil lymphatique » et peut-être aussi comme le veulent Wurtz et Lermoyez (Wurtz et Lermoyez, Pouvoir bactéricide du mucus nasal. Annales des maladies de l'oreille et du larynx 1893), contrairement à l’avis de Park et Wright, à l'action bactéricide des sécrétions nasales, qui peuvent être plus abondantes ou plus actives chez certaines personnes. D'après M. Rabot, les propriétés bactéricides du mucus nasal seraient dues peut-être, à la présence du sulfocyanure de potassium qu'on reconnaît facilement à la belle coloration rouge que prend un morceau de papier filtre imbibé de perchlorure de fer et que l’on a préalablement laissé sécher ; précisément,

Re

cette quantité de sulfocyanure de potassium serait très variable avec chaque sujet : c'est ainsi que cette coloration rose varie d'intensité avec les différents individus. C'est ce qui, par conséquent, expliquerait la différence de sensibilité des uns et des autres visa-vis du bacille diphtérique. Quant à Fraenkel, il fait intervenir, hypothèse nullement vérifiée, dans ce rôle de défense les cils vibratils de l’épithelium.

En somme, il est juste de dire avec M. le Dr Rabot : « Tout le monde prend la diphtérie de la même facon, mais chacun la développesuivant sesmoyens! » (Art. Lyon médical 1803); ces paroles sont également vraies de la diphtérie nasale.

Cependant Îles faits ne semblent pas toujours se passer si simplement.

C'est ainsi qu'il arrive souvent que si, après un premier cas de diphtérie, dans une famille ou dans une salle d'enfants à l'hôpital, on fait l'examen du nez des personnes de l'entourage ou des autres enfants, on constate chez certains des écoulements de nature diphtérique. En sorte que si M. G. Roux (Précis de microbie et detechnique bactérioscopique, Lyon 1896) a pu dire :

« Ce n’est pas seulement audébut,ou dans le cours de lamaladie qu'il importe de rechercher siouiounon le bacille de Lœæffler existe, il peut y avoir encore un intérêt de premier ordre à constater sa présence dans la gorge de personnes et surtout d'enfants ayant été en contact avec un malade. » Nouscroyons qu'il y a un égal intérêt à inspecter le nez que la gorge : en effet « à l'hôpital Bretonneau, dit M. le D' Glatard,

27. eu dans le courant de mars et avril 1902, sur une série de 128 enfants, dans les familles desquels 117 avait eu de la diphtérie, nous avons trouvé seize fois le bacille dans les fosses nasales, ce qui donne un pourcentage égal à 12,4. Ce chiffre est certainement inférieur à la réalité : quand nous ensemençons un nez, la spatule, ne pénètre guère au-delà du vestibule, et les méats et les sinus échappent à notre investigation; or, ces arrière-fonds sont précisément le repaire du microbe. »

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