A. — CAUSE DIRECTE OU CONTAGION
Ce paragraphe sur la contagion concerne exclusivement le coryza diphtérique primitif, car quand un coryza apparaît à la suite d'une angine ou de tout autre manifestation diphtérique, il y a bien contagion, mais contagion de voisinage à l'occasion d'une angine ou d'une manifestation diphtérique : ce point est donc du ressort des causes occasionnelles (Voir B. Causes indirectes).
Quel est donc, par conséquent, le rôle de la contagion dans l'apparition d’un coryza diphtérique primitif?
N'y a-t-il pas des sujets qui sont « en puissance de diphtérie » parce qu’ils sont porteurs de bacilles peu virulents, vivant en saprophytes dans leurs fosses nasales, que ces bacilles viennent de source hétérovène ou aient persisté à la suite d'une angine diphtérique guérie depuis longtemps?
M. le D' Charles Lesieur dit, dans sa thèse inaugurale, «qu'il n’est pas très rare de voir, chez un même individu ou dans une même épidémie, le bacille pseudo-diphtérique d'Hoffmann faire place au bacille virulent de Klebs-Læfller ».
Faut-1l donc, dans ce cas, incriminer la contagion ou bien, au contraire, invoquer l’action de telle ou telle cause capable d’affaiblir l'organisme et d'’atténuer ses réactions de défense?
LATE Tout ceci revient à dire que, l’action bactéricide des sécrétions nasales diminuant sous une influence débilitante quelconque, un bacille atténué qui, à l’état normal, vit en simple saprophyte sur la pituitaire, peut, tout à coup, exalter sa virulence et « la diphtérie nasale jusqu'alors latente, se manifester par des signes cliniques ». Tel est le microbisme làtent de Verneuil, l'autodiphtérisation admise par Sevestre et Martin.
« Roux et Yersin. dit Pierre Boulloche, ayant remarqué que dans la diphtérie maligne, il y avait fort peu de colonies qui ne fussent pas virulentes, que dans les bénignes, il y en avait davantage et qu’elles devenaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que la maladie tendait à guérir, voient dans le remplacement d’une variété virulerte par une variété non virulente sur un même terrain quand la maladie guérit, la meilleure preuve qu'il ne s’agit là que de deux variétés d’une mème espèce.
Partant donc de ces idées, ces auteurs pensent que, si le plus souvent, la contagion de la diphtérie est causée par l'introduction dans une cavité d’un microbe virulent, il peut se faire également qu'elle soit due à une modification de la virulence d’un pseudo-bacille, dont il est l'hôte habituel. On peut admettre, disent-ils, que, dans certains cas, Îles diphtéries qui succèdent aux fièvres éruptives ont pour origine les bacilles sans virulence ; ils deviendraient virus actif sous des conditions encore incon-
nues ».
11 est fort probable que, dans certains cas, les choses se passent ainsi.
C'est, du reste, ce qui semble bien ressortir des recherches de M. le D" Lesieur : « N’est-il pas remarquable, en effet, que la fréquence du bacille d'Hoffmann, qui est de 31,875 °/0, d'après nos recherches, chez les individus à l'abri de tout contage, soit de 17,500 °/, seulement dans les cas suspects de diphtérie ? Ce fait, en partie attribuable, à ce que ce dernier chiffre a été obtenu en-étudiant des cas isolés, ne pourrait-il pas s'expliquer en partie, par la transformation, chez un certain nombre de sujets, du bacille inactif en bacille virulent ? »
Puisque nous discutons sur la transformation possible dans les fosses nasales du pseudo-bacille en bacille virulent, il est utile de dire,ce qui peut avoir son importance dans l’étiologie du coryza diphtérique, que le professeur Frænkel, de Marbourg, ayant trouvé plusieurs fois le pseudo-bacille dans l’appareil lacrymal des malades de la clinique ophtalmologique de son collègue Uthoff, s'exprime ainsi, dans une leçon parue le 13 mars 1893, dans le Berliner Klirsche Wochenschrift :
€ Mon attention a été particulièrement attirée par un micro-organisme particulier, qui m'a frappé tant par sa présence relativement fréquente sur la conjonctive que par certains caractères morphologiques et biologiques. Il est inutile d'en donner une description plus détaillée, car ses caractères essentiels sont identiques à ceux du bacille diphtérique de Loœæffler ».
St nous citons ces paroles, c'est que M.le Dr Rabot,
rapprochant ces cas de ceux qu'il a eu occasion d'observer, dit lui-même, dans un article du Lyon Médical,de 1803 :
« Dans la salle Ste-Jeanne, où se trouvent de petits malades non diphtériques, je voyais parfois un enfant, dans le service depuis plus d’un mois, être pris de diphtérie. Quelques cas alors se montraient. Bien vite, nous cherchions à connaître exactement le passé pathologique du premier pauvre petit diphtérique, que je croyais s'être contagionné chez nous. Pour tout passé, un coryza sans fièvre, avec écoulement muqueux peu abondant. Quand je rapproche ces faits des données de Frænkel, j'en arrive à me demander si le bacille appelé pseudo-bacille, n'avait pas d'abord séjourné sur la conjonctive, s’y développant peu, puis n'avait pas gagné la cavité nasale, n'y donnant qu'un simple coryza et attendant pour s'y développer, c'est-à-dire devenir virulent, la moindre inflammation de l’arrière-gorge ».
Nous avons pu nous-même observer le cas suivant :