OBSERVATION XII
M..., Claudia, 5 ans, entre le 9 août 1902.
“lle a eu la scarlatine, la rougeole et la coqueluche. Lorsqu'elle entre, elle est malade depuis trois jours. Sa température est presque normale.
Examen de la gorge. — Fausses membranes très épaisses, blanc-grisâtre sur luette, deux amygdales et voile du palais. La malade répand autour d’elle une odeur très fétide. Engorgement ganglionnaire et œdème péri-ganglionnaire avec cou proconsulaire.
Faciès pâle. Beaucoup d'albumine.
Léger écoulement séreux par la narine droite dont la culture est négative.
A présenté une épistaxis le jour de son entrée. La culture de la gorge dénote la présence de grands bacilles de Léœæffler.
Dans la nuit du à au ro août, on note deux épistaxis.
Dans la nuit du 12 au 13 août, on, note des épistaxis presque continues toute la nuit.
On donne alors de fortes doses d’ergotine.
Dans la nuit du 13 au 14, les épistaxis sont moins abon-
dantes.
Le 14 août. — Refroidissement des extrémités, pouls
Qt RUE ralenti à 68. Les bruits du cœur se perçoivent bien, ils sont réguliers, sans galop.
Le 15 août. — L'enfant est pâle, toujours refroidie. Le pouls est assez lent. Il n'y a pas de vomissements ni de douleurs abdominales.
Le 16 août. — Pouls meilleur, régulier. Léger bruit de galop au cœur.
Le 17 août. — Vomissements la nuit. Refroidissement des extrémités.
Mort à 11 heures du matin le 17 août
Ces quelques observations montrent assez de quelle valeur pronostique peuvent être, dans certains cas, les épistaxis du début chez les diphtériques. Quelquefois au lieu d'épistaxis véritables, il peut se faire à travers la muqueuse nasale simplement un suintement sanguin, et alors c'est l'aspect jus de réglisse du coryza qui est l'indice de la gravité de l'état du malade. Du reste, l’état de la pituitaire reflète celui de la gorge, ordinairement recouverte dans ce cas de mucosités sanglantes, de fausses membranes noiràtres, quelquefois même de sang pur. Trop souvent alors il se joint à cela le cou proconsulaire, les engorgements ganglionnaires énormes, le collapsus, en un mot, toutle cortège symptômatique des diphtéries les plus toxiques.
En somme, en présence d'une angine diphtérique, on ne doit jamais manquer d'examiner les fosses nasales, après avoir fait l'examen de la gorge; on ne doit jamais oublier de rechercher s'il y a ou non du coryza — de s'inquiéter de sa nature (faire par con-
séquent une culture), de s'occuper de son degré d'intensité : écoulement quelquefois insignifiant, l'attention doit être néanmoins éveillée -— on doit aller jusqu'à presser sur les ailes du nez, comme pour chercher à provoquer l'issue de fausses membranes : leur aspect, leurs dimensions, leur épaisseur, leur forme mème ne sont pas sans donner des renseignements précieux sur la marche plus ou moinsenvahissante du mal eten faire prévoir d'avance l'évolution «la virulencetoutespéciale du bacille étant localement dénoncée par l'apparence putrilagineuse, parfois gangréneuse que prennent les fausses membranes » au dire de Bourges — d’autres fois, au contraire, écoulement abondant, séro-purulent, séro-sanguin, ou même complètement hémorrhagique, l'hésitation ne sera plus possible sur la gravité extrème de l'affection.
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