‹ Le Coryza DiphthériqueChapitre 33 sur 50 · S IT. — COMMENT SE TERMINE LE CORYZA DIPHTÉRIQUE · texte numérisé non relu

S IT. — COMMENT SE TERMINE LE CORYZA DIPHTÉRIQUE

Il y a trois modes d'évolution différents :

10 Le coryza peut guérir au bout d'un temps assez limité, quelques jours, rarement plus d'un mois à six semaines. — Au bout de quelque temps, l’écoulement nasal diminue d'intensité, s’éclaircit, devient transparent et limpide, ne tache plus, il est bientôt remplacé par des croûtes, qui ne tardent pas à disparaître. Léger gonflement de la muqueuse, excoriations cutanées en voie de cicatrisation, tels sont alors les seuls vestiges qui persistent encore. Les symptômes généraux ont rétrocédé, les phénomènes locaux et les troubles fonctionnels s’atténuent de plus en plus. Le plus ordinairement voilà quel est le mode de terminaison du coryza diphtérique aigu; il peut ne pas durer plus de dix jours, d’autres fois, il dure jusqu'à six semaines.

2° Le coryza peut,sinon passer à la chronicité, se

pores

prolonger très longtemps. — I1 semble que la conformation des fosses nasales ne soit pas sans jouer un certain rôle sur ces cas de coryza diphtérique prolongé, sur lesquels Isambert et Cadet de Gassicourt ont vraiment attiré l'attention et dont Morax, Pluder, Major, Concetti, Gérard-Marchand, Chauveau, Murdoch ont cité, eux aussi, plusieurs cas. Les recherches bactériologiques ont, en effet, montré que les nombreux replis formés par la muqueuse qui les tapisse, que les cavités que leur sont adjacentes : antre d'Higmore, sinus frontal lui-même cloisonné et divisé en cavités secondaires, cellules ethmoïdales, sinus sphénoïdal, et même jusqu'à l'organe de Jacobson peuvent servir de refuge et d'habitat aux baciiles de Lœæffler pendant très longtemps. Le Dr Wolf, qui a particulièrement étudié les cavités accessoires du nez chez les diphtériques, déclare que ces sinus représentent, à Son avis, une magnifique étuve où la culture des bacilles est abondante; ils se dégagent ensuite avec les mucosités du nezet c’est ce qui explique la longue persistance de la diphtérie nasale.

Et c'est ainsi que le professeur Dieulafoy a cru devoir écrire dans son traité de pathologie :

« D’après Tézenas, après une angine diphtérique, c'est dans les cavités nasales que le bacille persiste, alors que la cavité bucco-pharingée n’en contient plus. Cette persistance du bacille dans les cavités nasales a duré jusqu’à 55 jours et tant que le bacille persiste, il traduit sa présence par un écoulement nasal, transparent, habituellement unilatéral ». Ce

ÉPT

même auteur écrit encore plus loin : « Cette persistance du bacille dans la cavité nasale est toujours associée à un écoulement nasal, clair et limpide qui ne se fait habituellement que par une seule narine. Tant que cet écoulement persiste on trouve des bacilles de Loœffler dans la cavité nasale, les bacilles disparaissent avec l'écoulement ».

Ces idées sont, du reste, celles qu'a émises Tézenas du Montcel lui-même, dans sa thèse parue à Lyon en 1894. Elles manquent peut-être un peu d’exactitude, croyons-nous pouvoir dire, étant données les constatations que nous avons pu faire nous-même.

La longue persistance du bacille dans les anfractuosités des fosses nasales, après une diphtérie, n’a pas lieu d’être mise en doute, elle est très variable suivant les cas: elle a été de 7 à 53 jours dans les onze observations de Tézenas du Montcel ; 32 à 42 jours, dans deux cas de Chauveau; 49 jours (Sevestre et Méry); 55 jours (Treittelet Koppel); 56 jours (Abel et Townsend); 2 mois (Concetti et Brigs) ; 76 jours (Gerber et Podack) ; 62 et 105 jours (Glatard) ; 121 jours (Wolf) ; plusieurs années (Legendre et Pochon) — Nous-même, dans plusieurs cas, nous l’avons vu persister jusqu’à plus de 60 jours — mais, ce qu'il est permis deconstater, c'est ce lien étroit et absolu qu’a voulu établir Tézenas du Montcel entre la persistance du bacille dans les fosses nasales et la présence du coryza.

Nous avons recherché systématiquement le bacille de Loœtfler chez beaucoup de malades atteints d’angine diphtérique, qui ne présentaient pas trace

ar

Qt

d'écoulement, et nous l'avons rencontré au moins dans 30 0/, des cas. Par contre dans 10 0/0 des cas, nous devons dire que nous avons constaté des écoulements narinaires contenant tout autre bacille que celui de la diphtérie chez des malades possédant des angines diphtériques même graves. Nous avons aussi examiné un certain nombre de fosses nasales qui avaient présenté, à un moment donné, un écoulement riche en bacilles de Lœæffler. Cet écoulement s'était tari depuis déjà un certain temps: n'empêche que le mucus nasal renfermait encore de nombreux germes pathogènes. Nous avons vu, de même, des écoulements persister malgré la disparition des bacilles.

Cependant certains faits cliniques, nettement constatés, doivent nous obliger à faire quelques réserves.

Etant donné plusieurs convalescents diphtériques, il peut arriver, en effet, que:

1°) Les uns conservent dans leurs fosses nasales des germes pathogènes, sans présenter de coryza, nous venons de mettre ce fait en évidence.

20) Que les autres, au contraire, soient non seulement encore porteurs de bacilles mais qu'ils aient, très nettement, cette goutte nasale, claire, transparente, unilatérale, sur laquelle a tant insisté Tézenas du Montcel et cela, avec juste raison, comme nous allons le voir.

Quels sont, eneffet, parmi ces sujets, les plus contagieux ?

Nous devons à l’obligeance de M. le docteur Rabot,

deux observations, qui sont des plus instructives à cet égard:

Page 1