‹ Le Coryza DiphthériqueChapitre 36 sur 50 · OBSERVATION XX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX

Dans une famille de Lyon, où il y a trois enfants, l’un d'eux prend la diphtérie.e M. Rabot est appelé : l'enfant malade reçoit les soins que comporte son état.

Par mésures préventives, on fait une culture de la gorge et du nez des deux autres enfants.

Résultat :

Gorge — culture négative Nez 1 == wpositivel Pas la moindre trace de coryza ! ! immédiatemment le

traitement prophylactique est appliqué. sérum préventif, isolement, etc . etc.

Deux mois s'écoulent, et l'enfant atteint d’angine diphtérique est complètement guéri.

Culture du nez et de la gorge négatives!

Il n’en est pas de même, au contraire pour les deux enfantsisolés, dont les narines sont encore rempliesde beaux Læfflers. Des semaines et des mois se passent, le bacille de Lœffler persiste encore: c'est bientôt deux annnées d'isolement qu'il faut compter, etle microbe en question pullule encore avec la même abondance: mais jamais, à aucun moment, on n'a eu affaire à cetécoulement, clair,unilatéral persistant dont nous avons parlé, autrement dit, ces malades n’ont jamais eu de coryza! !

Leur santé générale était excellente : aussi lassée de patience et mettant en doute les donnés de la bactériologie, la famille à laquelle ils appatiennent, se décide coûte que coûte à leur faire partager désormais la vie commune.

La vie familiale reprit donc, sans aucun souci du passé, et il fut étonnant de voir ces enfants, porteurs dans leurs fosses nasales de nombreux germes, mais quin'avaient pas de coryza, ne donner la diphtérie à qui que ce soit

C'est qu'en effet, la goutte nasale, chez les convalescents diphtériques, joue un grand rôle dans la transmission de l'affection. Etalée sur une lamelle et portée sous l'objectif du microscope, elle donne une des plus belles préparations de bacilles de Loœæffler

que l’on puisse obtenir. C’est la plupart du temps au bacille pur que l'on a affairedans ces cas là. Par conséquent, cet écoulement, que l'enfant essuie avec le dos de sa main, dont les gouttes tombent et se répandent partout, joue souvent un grand rôle dans l'étiologie de cesépidémies soudaineset que l'on avait autrefois beaucoup de peine à expliquer. Quant aux sujets simplement porteurs dans leurs narines de bacilles de Léœæffler, après une diphtérie pharyngée, ils ont beaucoup moins de chance de répandre Îa contagion autouf d'eux et cela pour deux raisons:

10) Ils n'ont pas cettte goutte nasale incessante, susceptible de propager la diphtérie partout où elle tombe.

20) Le micro-organisme dont il s'agit dans ce cas est moins virulent que dans le premier, car le plus souvent, en effet, on a affaire à un bacille déformé, prenant mal le colorant, mélangé avec de nombreux micro-organismes étrangers dont on a quelquefois beaucoup de peine à les différencier et qui tendent à le remplacer.

Si donc Tézenas du Monctel n'a eu en vue que les cas de persistance du bacille avec coryza, c'est que n'envisageant exclusivement que la contagion, il s'était proposé de diriger toutes ses recherches dans ce sens : or, comme nous venons de le mettre en lumière, de deux convalescents diphtériques dont l’un est simplement porteur de bacilles et l’autre atteint de ce coryza persistant, clair, unilatéral, sur lequel a tant attiré l'attention l’auteur précité, c’est ce dernier qui, de beaucoup, est le plus contagieux : on

peut dire qu’il porte avec lui le germe de la maladie et qu'il peut le répandre partout où il passe.

De plus, chez le premier malade, le plus ordinairement, les bacilles ne tardent pas à disparaître, tandis que chez le deuxième, l'affection peut durer très longtemps puisqu'un malade dont parie Morax, dans sa thèse (Paris, 1864) promena pendant cinq ans son coryza, que le malade célèbre d’'Isambert expulsa des pseudo-membranes pendant près de dix ans,qu’une malade de Murdoch fit six poussées aiguës successives de coryza diphtérique. Cette affection, ordinairement secondaire à une angine peut être primitive, puisqu'Enrico Mensi et Alipio Rondelli ont publié, dans la Gazette Médicale de Turin, en 1897, cinq observations de diphtérie primitive chronique du nez chez l'enfant, due à des bacilles de virulence variable. Toutefois, grâce à la sérothérapie, il est certain que ces cas deviennent de plus en plus rares.

30 Le coryza diphtérique peut entraïner la mort soit par lui-même, soit par ses complications.

Nous avons suflisamment insisté précédemment sur la gravité des manifestations diphtériques nasopharyngées pour n'avoir pas à y revenir dans ce paragraphe.

Nous n’aurons donc en vue, ici, que le coryza, simple localisation nasale de la diphtérie.

Le professeur Weill, de Lyon, dans son traité de médecine infantile, parlant du coryza en général chez le nourrisson, s'exprime ainsi : « Chez le nou-

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