‹ Le Coryza DiphthériqueChapitre 4 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si J. Grancher, faisant allusion au mode de contagion de la diphtérie, s'exprime ainsi :

« La porte d'entrée du bacille de Loæffler est habituellement la gorge; de là,le bacille se propage aux cavités voisines (fosses nasales — oreillemoyenne) "à. l'Arbrevaérien "1." » (Art. Diphtérie — Traité de Médecine et de thérapeutique de Brouardel, 1895),

Dieulafoy dit lui-même, dans son manuel de pathologie interne, alarticle concernant la diphtérie:

« L'angine nest pas toujours la manifestation initiale de la diphtérie. Elle succède assez souvent à une diphtérie des fosses nasales qui évoluait depuis quelques jours et qui était passée pour ainsi dire inaperçue. »

Tel est bien là, le coryza diphtérique primitif ou isolé, évoluant insidieusement et d'autant mieux que

LREAONEE

comme le dit encore si bien le même auteur.

« Les cavités nasales sont un excellent terrain de culture pour le bacille diphtérique, il s'y développe, et il y fabrique sa toxine dans les meilleures conditions; rien ne lui manque, température égale et apport incessant de l’air par la respiration nasale, tout cela ressemble au procédé imaginé par Roux pour la fabrication de la toxine. ».

Déjà Roger, en 1858, avait dit : «il n'est pas rare de voir l'angine couenneuse débuter par un coryza ».

M. Sevestre croit aussi que très souvent le coryza précède l'angine.

Il ne faudrait cependant pas être trop absolu et ne voir dans la diphtérie nasale, erreur commise par quelques-uns des premiers qui ont étudié vraiment la diphtérie à un point de vue clinique, le point de départ immuable de toute angine diphtérique.

On sait, en eflet, que Bretonneau (7raité de la diphtérite,1826), voulait que la propagation de cette maladie se fasse invariablement des parties les plus élevées aux parties les plus.déclives, des fosses nasales au pharynx, du pharynx au larynx, puis aux bronches et il insiste à plusieurs reprises, dans une lettre à Blache et à Guersant (Arch. générales de Médecine, tome V et VI), sur le coryza précurseur, selon lui, de l’angine et signe évident de complications sérieuses éloignées, de surte que, pour lui, comme le dit fort bien Sanné (7raité de la diphtérte, Paris, 1877) « les fosses nasales étaient le nid d'où sortait la diphtérie ».

Il y avait, certes, là, déjà ce qu'on pourrait appeler

un progrès : car si Severino, au XVIe siècle, puis Sgambati, au XVIIe, signalèrent l'apparition d'un écoulement nasal constitué par un ichor àcre,irritant et Sanguinolent au cours de la diphtérie, ils en méconnurent la nature. Huxham lui-même, vers l'année 1790, ayant assisté à une épidémie qui régnait à Plymouth, signale bien un certain nombre de cas, où l'on trouvait la fétidité de l'haleine, la voix creuse et enrouée, la dyspnée, le sifflement laryngo-tra- CHCAISOtE LE et le coryza ! Mais, pour lui, de quelle nature étaitce coryza? Si Marteau de Grandvilliers, dans la relation de l'épidémie d'Aumale (1748), fait allusion au cas où « l’aphte gagne la membrane pituitaire » pour donner une description de l'écoulement ichoreux qu'elle provoque, Chalmer, exerçant dans l'Amérique du Nord, signale des cas semblables. Quant à Home, étudiant spécialement en 1765 les complications laryngées de cette affection, il ne semble même pas avoir entrevu le lien étroit qui rattache croup, angine, coryza.Samuel Bard semblerait peut-être avoir mieux saisi ce lien, mais ses travaux restèrent à l'état d'ébauche et n'eurent pas d'écho.

A cette époque, où la plupart des auteurs décrivirent le croup comme une affectionspéciale du larynx, on eut le tort de « méconnaitre les idées si justes des anciens » tels qu'Arétée de Cappadoce, Galien, Cœælius Aurelianus, Aetius Amide, qui « paraissent avoir entrevu la propagation de l'inflammation des amygdales au larynx et à la trachée ». Mais ces derniers avaient-ils entrevu la propagation possible du mal des fosses nasales à la gorge, et réciproque-

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Il nous est difficile de répondre sur ce point spécial.

Cependant, pour revenir aux idées de Bretonneau, il faut bien dire que si cet ordre de propagation de la diphtérie était évident dans les épidémies de Touraine,observées par lui,beaucoup d'observateurs, Boudet, Vauthier, Rülliet, Barthez, Isambert, Naucourt, Axenfeld, Empis, Millard, Créquy, Bouillon- Lagrange, Bergeron, Blondeau, Hache, etc., signalèrent des faits contradictoires.

Et depuis, la bactériologie, par la découverte du bacille diphtérique, est venue jeter la lumière sur cette question ; avec Klebs et Læffler, en effet, il n'est plus nécessaire, comme Bretonneau était en quelque sorte obligé de Île faire, de recourir à la loi de la pesanteur et d'admettre une sorte d’auto-inoculation, de contamination successive des parties les plus déclives par un produit de sécrétion des surfaces malades. La constatation d'angines primitives est devenue chose banale et regardée même comme une régle. Dans beaucoup de cas aussi, on a dû signaler des croups primitifs; « souvent, dit en effet, Rülliet, les fausses membranes se développèrent sur le pharynx postérieurement aux symptômes laryngés ». Bien plus, il y eut des cas où la bronchite pseudomembraneuse apparut avant le croup, si bien que Rilliet et Barthez (Traité clinique et pratique des maladies de l'enfance, 1853) ont pu écrire : (M.Bretonneau a insisté d'une manière toute particulière sur cette loi de succession : apparition d'abord de l'angine ou du coryza, puis de la laryngite, puis de

la bronchite, et sur cette marche envahissante de haut en bas. Elle est loin, cependant, d’être invariable ; souvent un des anneaux de la chaîne manque, souvent le développement se fait dans un ordre inverse des bronches au pharynx ; plus souvent encore, il a lieu simultanément en ces différents points ». La loi édictée par Bretonneau doit donc être infirmée en tant que règle absolue.

De plus, nous savons actuellement par la clinique qu une angine diphtérique primitive peut se compliquer de coryza, complication, du reste, fréquente : de sorte que, le fait n'est plus douteux aujourd’hui, l'infection peut également suivre la voie inverse à celle tracée par l'illustre maître, dont nous avons cité plus haut le nom, et s'étendre facilement de pharynx à trompe d'Eustache, de pharynx à fosses nasales. !

Or, si comme nous venons de le voir, les affections diphtériques peuvent facilement passer de la muqueuse du pharynx à celle qui revêt les fosses nasales et les organes qui y sont contenus, et si la propagation inverse peut également se produire, la conjonctive et la pituitaire que le canal nasal unit par des liens aussi étroits que ceux qui unissent le nez et la gorge, sont sujettes aux mêmes chances d'infection réciproque vis-à-vis du bacille de la diphtérie.

Telle est la diphtérie par propagation, où le mal se propage spontanément d’un point à un autre. Nous l'opposerons à l'aulo-contagion, par le sujet lui-même qui, infecté dans une région, s'infecte lui-

même dans une autre région, que le mal abandonné à lui n'eût jamais atteinte.C’est le cas de la diphtérie nasale, consécutive par exemple à une diphtérie cutanée, à une vulvite diphtérique, et inversement, c'est le cas de la diphtérie cutanée ou d’une vulvite diphtérique consécutives à un coryza diphtérique. Ainsi le coryza diphtérique peut être :

10) primitif, c'est-à-dire apparaître d'emblée et non consécutivement à une manifestation diphtérique quelconque, dans une région quelconque, surgir 1solément: s'il ne s'étend pas, c'est le coryza primitif 1solé.

20) secondaire :

a) à une angine diphtérique ;

b) à une conjonctivite diphtérique ;

c) à une infection diphtérique siégeant dans quelque partie du corps.

Mais n'ayant en vue que la diphtérie du nez par rapport à celle de la gorge, nous dirons un coryza primitif, quand il précédera l'angine, le croup ou la bronchite, sans nous inquiéter des manifestations oculaires où cutanées possibles ; et, comme d’autres auteurs donnent à cette manifestation diphtérique le nom de coryza 1solé,nous emploierons indifféremment ces deux expressions, nous dirons le coryz secondaire, Seulement quand il succédera à des accidents diphtériques du côté du gosier, du larynx et des bronches.

Quant à la conjonctivite précédant ou suivant le

Ne Nes coryza, nous y ferons allusion dans quelques cha- Ditres:

Abandonnant définitivement la théorie de Bretonneau, qui voulait que, lorsque la diphtérie atteint la peau, l'extension se fasse aussi vers les parties déclives « de l'épaule au bras, de la nuque au dos, du ventre aux lombes, du mamelon au reste du sein », nous n'établirons que des rapports très éloignés entre la diphtérie du nezet de la peau, de celle de la vulve ou de l'anus, la diphtérie de ces differentes régions évoluant indépendamment de la diphtérie des fosses nasales.

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