‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 40 sur 130 · Arch. de Belæïil · texte numérisé non relu

Arch. de Belæïil

Parmi ces gens bons à tout faire, l’un, surtout, « excellent mime », malgré ou peut-être pour ses mensonges et fanfaronnades, conquit la sympathie du prince : Beaumarchais.

Vergennes et Conti le protégeaient. Ligne, un jour, lui prêta sa voiture, pour s'enfuir en Angleterre; de la rue Colbert, par le Bourget, il l’envoya à Van den Broeck, son intendant, qui le fit passer à Gand et de là outre-Manche.

Une autre fois, pour tirer du prince quelques secours, le « farceur » joua la comédie de l’homme qu’on a tenté d’assassiner. Il savait bien que Ligne, même incrédule, se laisserait attendrir puisque si, lui, Caron de Beaumarchais, se trouvait à Vienne, c'était en mission secrète pour chercher un pamphlétaire juif, Angelucci, qui avait calomnié la reine. Au reste, Ligne, loin de « s’encanailler », gardait la distance qui convenait à un grand seigneur tel que lui.

Une des caractéristiques de ce xvirI° siècle finissant fut la vogue que connurent auprès de la haute société, sorciers et charlatans, aussi bien que savants, d’origine étrangère. Les théories de Lavater avaient séduit le public au point qu’une visite à Lavater avec consultation physionomique si possible faisait alors partie des rites obligatoires d’un voyage en Suisse. Or, ce « prédicateur philanthrope » était le premier écrivain de langue allemande bien accueilli en France.

D'autre part, sans que son influence, et celle des illuminés fût aussi grande en France que sur les princes d'Allemagne, Cagliostro vit accourir chez lui de crédules admirateurs?.

Quant au baquet de Mesmer, il n'y eut gamin de Paris qui, au dire de Ligne, n’en eut entendu parler.

La sorcellerie mondaïine était à la mode. Loin d'échapper à cet engoûment, sous l’influence du chevalier de Luxembourg et de la comtesse de Silly, faubourg Saint-Marceau, le prince s'était fait « garçon sorcier » pendant un an. Avec le duc de Chartres et Fitz-James, il eut la joie de duper Cagliostro, ainsi qu’il le raconte dans ses Mémoires*. Pour Lavater, il le tenait en plus grande considération. « Sans être aussi fou », le prince reconnaissait avoir appris de Lavater à observer ce qui

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