Coup d'œil sur Belwæil, nouv. éd. 1922, p
soit d’étranger, mais qui par politesse « fait mille questions, et dit, avant d’avoir eu la réponse : cela ne se fait pas ainsi en France »!
Si le Prince se permet, au nom de l’impartialité, quelques duretés, il s’irrite que les Français se dénigrent eux-mêmes, se diminuent, par courtoisie, afin de grandir leurs hôtes. Ils ont bien tort « de vanter les étrangers pour faire croire, à la vérité, qu'ils savent leur langue. Ils ont été les premiers à se décrier, par air; ils se sont tout à coup refusé la musique, le poème épique... ».
Comme le ton a changé dès qu’il s’est agi de défendre le patrimoine intellectuel de la France! Notre champion va plus loin : alors qu'il affirme [a supériorité du son de la langue militaire allemande, par son âpreté même, il montre qu’elle est obligée à tout moment de s'appuyer sur la nôtre, à cause de la justesse : « Avec la réputation de pauvreté qu'a la langue française, écrit-il, et celle de richesse de l’allemande, celle-ci est obligée à tout moment d’y avoir recours pour les termes de science surtout et principalement les militaires. »
Dans un dernier jugement rétrospectif, le Prince assure que la véritable France et la Pologne ont disparu de la surface de la terre par enthousiasme.
Et la Pologne... Car tant est sincère la prédilection du Prince pour ce qu’il regarde comme nôtre, qu’il étend cette prédilection aux nations qui nous ressemblent le plus, et, dans la hiérarchie de ses préférences, la Pologne, cette nation « démonstrative, légère, généreuse, hospitalière, facile à vivre, et cherchant à plaire >» vient immédiatement après la France. Après Paris, c’est à Varsovie que règne le meilleur ton de France, joint à une tournure orientale, dont son charme s’augmente.
La prédilection certaine de Ligne pour la France vient de l'adaptation du Prince au génie de notre pays, et c’est cette adaptation qui donne la mesure de son cosmopolitisme. Du temps de son éducation, il s'était intéressé, sous l'influence de quelques esprits français, à des grands hommes, à des œuvres dramatiques, qui n’appartenaient pas à son pays d’origine, et la fréquentation de la société parisienne, où se mêlaient heureusement des éléments si divers, avait fixé ses goûts.
Les séjours à l'étranger lui donnèrent l’occasion de con-
sacrer les résultats de cette adaptation, de fortifier celle-ci, au lieu de la voir s’évanouir devant de nouveaux apports.
Partout ailleurs qu'en France, son assimilation est superficielle. Quant à sa vive compréhension des problèmes ou des caractères spéciaux à quelques autres pays, il la doit à la finesse, à l’universalité de sa culture française.
GA A PITIRE V