‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 76 sur 130 · LA VIE SÉDENTAIRE · texte numérisé non relu

LA VIE SÉDENTAIRE

Ces vingt années, il les passe presque entièrement à Vienne, ou dans les villes d’eaux de Bohême qui étaient par les mois d’été une autre Vienne. De rares occasions l’entraînent parfois hors d'Autriche, mais il y revient vite. Le temps des beaux voyages, des escapades, est fini; Paris où se ravivait son ardeur vagabonde est désormais inaccessible, et l'argent fait

défaut. Il semble bien que la dépense fût la seule raison qui éloigna le prince de Paris; car, il y comptait encore de nombreux amis, la tourmente passée : une jeune femme, Mme de Souza le lui rappelait et l’invitait à y revenir « chercher des souvenirs ! ».

De bonne humeur, le prince se glorifie de ses économies forcées : dans une lettre à une deses filles (29 mai 1803), il lui annonce l'épargne d’un voyage de Berlin, et d’un changement d'itinéraire qui lui épargnerait six postes...

Est-ce là le grand seigneur qui disait avoir dépensé, pour la poste seule, « 1500060 florins et trois années de sa vie » et qui comptait jusqu’en 1786, pour ne citer que les plus grands, trente-quatre voyages de Bruxelles à Vienne par Paris, douze de l’armée à Vienne, en trois guerres, et dix-huit de Belœil à Paris?

En effet, Belœil séquestré, son hôtel d’Aïix-la-Chapelle confisqué, et privé des bénéfices très appréciables que recevaient les grands baïllis de Hainaut, le prince se vit dans une situation aussi précaire que tout gentilhomme de France et d'autant plus désastreuse qu'il avait perdu l’habitude de se trouver à court, depuis le temps où il était traité si durement par son père. Ce retour d’infortune faisait écrire à Charles- Joseph que la vie est un rondeau!

Les plus immédiates conséquences de cet état de choses furent donc d'engager le prince à mener une vie plus sédentaire, en tirant parti de ses talents d'écrivain. C'était encore un moyen de « ne pas cesser d’être », une suite à « l’art de plaire ». Au reste, 1l s'était toujours montré soucieux de sa petite gloriole d'auteur. On peut observer à ce sujet une curieuse évolution dans l'anonymat de ses œuvres : les Lettres à Eugénie n'étaient pas signées en 1774. Le Coup d'œil de 1781 portaitlasignature en rébus de Ch. de L.—., telle qu’en usaient les philosophes français en Hollande pour d’autres raisons. À partir de 1700, il exprime le désir d’être considéré comme un écrivain de profession, et, de la meilleure grâce du monde, « vend le peu d'esprit qui lui reste ».

Il n’écrit pas grand’chose de nouveau hormis des pièces légères qui s’envolent, toujours alertes, de son écritoire, et des

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