‹ Le cosmopolitisme du Prince de LigneChapitre 8 sur 130 · LA SITUATION EN EUROPE · texte numérisé non relu

LA SITUATION EN EUROPE

Ce mélange des races sous le blason des Ligne eut plus que des conséquences psychologiques; il leur créa des intérêts en plusieurs pays d'Europe. Très soucieux de la gloire de leur maison, ils n’eurent garde de les négliger.

Le « dauphin » de Ligne portait un titre français : celui de marquis de Roubaix, qu'il tenait de Marie de Melun. D'autre part, non seulement les Ligne ne manquèrent jamais d’héritier direct, mais plusieurs des cadets par leur mariage, allèrent fonder souvent à l’étranger d’autres branches. Au xv° siècle Jean III de Ligne, baron de Barbençon, en avait donné l'exemple en adoptant le nom de d’Arenberg, celui de sa femme. Cette nouvelle souche s’illustra jusqu’à recevoir en 1570 la couronne princière. Puis, il y eut des Ligne-Moy en France et des Ligne-Souza en Portugal.

Toutes ces branches étaient liées par une grande solidarité. Ainsiles Horn, grands veneurs d’'Empire, étaient apparentés aux Ligne. Un des membres de cette famille, au service de l'Autriche, avait provoqué la jalousie du Régent par son assiduité auprès de madame de Parabère. Or, à Paris, sa raison s’altéra; il en vint à poignarder un colporteur juif. Il fut condamné à la roue sans qu’on tint compte de sa naissance. Sa famille, alarmée, adressa une requête au duc d'Orléans ; Claude- Lamoral fut chargé d’y apposer son nom le premier et de la présenter au Régent, afin de sauver du déshonneur le comte de Horn, car ce déshonneur allait s'étendre à toute sa parenté. Pour vaincre la résistance du Régent, le prince de Ligne parla au nom de l’honneur de toutes les familles princières que la décision du duc mettait en péril. Il lui rappela que dans le pennon généalogique des d'Orléans figuraient quatre écussons

de Horn aussi bien que dans celui de Ligne. On obtint la promesse que le condamné aurait la tête tranchée.

Ce haut sentiment de l'honneur de la famille s’appuyait même sur des prétentions royales hors des Pays-Bas.

Claude-Lamoral prit soin de rédiger un mémoire « supposé que la lignée directe de S. A. R. duc de Lorraine... vienne à manquer pour prouver que le même ordre de succession doit être accordé par rapport au Grand-Duché de Toscane, qui par le traité de paix est subrogé aux Etats de Lorraine et de Bar ‘>.

Si l’on considère les liens qui l’unissaient aux familles régnantes et souveraines de France, Allemagne ou Espagne, ces ambitions ne semblent pas exagérées *.

En toute occasion, les Ligne ont montré le souci de maintenir hautement leurs droits et un grand soin de leurs affaires. Par exemple, grâce à une lettre de cachet du Roi de France, les d’Épinoy s'étaient rendus maîtres de la moitié des biens de la Maison de Ligne. (Ces biens provenaient de Marie de Melun-Hpinoy.) Il s'agissait de recouvrer ces possessions sans heurter les cours de Vienne et de Versailles. Claude-Lamoral aboutit à une habile transaction.

Quand la branche de Ligne-Moy s’éteignit en France, Claude-Lamoral de Ligne recueillit la succession, qui consistait en le marquisat de Dormans, en l’apanage de la terre de Kœurs en Lorraine et en 24000 francs barrois par an. Si considérable fût-elle, la valeur pécuniaire de cette succession était bien inférieure à sa valeur politique puisque c'était elle qui prouvait le droit éventuel des Ligne au Grand-Duché de Toscane.

En plus de tous ces intérêts matériels, le caractère, les goûts des Ligne les avaient entraînés hors du Haïnaut et avaient attiré sur eux les bonnes grâces des souverains d'Europe.

Les Ligne en effet furent avant tout des guerriers. « Il n’y a pas eu un seul de nous qui n’ait bien servi et même brillé dans les combats où tant d’autres ont péri », écrivait avec fierté leur descendant. Par contre, pas de marins, peu de prêtres. Alors

. De l’Averdy, Mémoire pour établir en faveur des princes de Ligne le ne de succéder aux États de Lorraine et de Bar, Paris, Osmont, 1739, in-4°.

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