‹ Le Costand des épinettesChapitre 5 sur 7 · ACTE ni · texte numérisé non relu

ACTE ni

n alldiaiit à hi chambre à i elui de droite, un ehiffot.

l.E CiiNTiKRGK. — Voyons, madame Eii^'t'iiii;, il ic faiil pas pleurer pomme ça !

Jean. — 11 n'est peut-être pas si itiniode, votrf

horaj

Marie.

Bien s

n'est pas raisonnable île se mnn^'er les snii-s, romnie In fais. Quand In hanras co que c'est ijiic eel nceidenl, eii bien, il Bera tOHJoms (t'm|w de te désoler.

ErijfiNiK. — Oli! miiile/,, il est imtlade! il est malade! p<nir qu'il m'ay^ l'iivoyé mie df'tjtêelie...

Lk t'oNriEmiK. — Oli! pour ça, moi, ijuand j'ai vu le léléKramme, je me suis dit: » fesl qnel<|ue malheur! (,'a ne t'ait pas de doute... » (Mils"' !.■■ signi'H ijuc lii) (mit MaHi- <! Jc^iii.) Dame! il vani bien mieii.f lui dire les i-liosus ciimiiie elles smil... Alors, quand j'îii vu ça, j'ai prié nmiisieiir Jean el mademoiselle Marie, qui i-evenaient du tliéâtre, de monter aver moi; parec que. moi, je n'ai peur île rien... mais apporter des mauvaises iionvellcs. eomme ça, eh bien! ça me lend tout eliose.

KutiKMK. ^ Oh ! viHia élfW bien L;eiitils, et je voiLs i-piHPVcie. Ah! je me .«erais fait de hi bile si j'avais été toute seule en atteiidanl madame ! Asseyez-

Marik. — Qu'es(-ec que (u vas faire?

l-1rr;iÔN]E. — V.\i bien, je vais deniaiuler à madajue qu'elle lue laisse aller, truelle heure qu'il est?

iveher, que l'oti aperçoit par une baie riirr.nifr-seerétaire- Varies à droite et à gauche, tite table, ('ne heure du malin.

Jean. — Il est à peu près une heure du matin... Où e'«il-il doue qu'il travaille. M. AujjusteT

McfiKNiK. - Mon mari! Il est en phiee ù Aii-

Maiuk. — Kt lu vas eourir là-bas en pleine nuîl î

EL'CiKNrE. — Oh! je vais deseeiidie jn-qu'à la jnire. Saint-Lazare et ,îe tiiuiverai une voilure... H Viens tout de suite! h qu'il a rais sur In dépèehe: il faut que ça soye urpent... Mon Tlieu! Mon Dieu! .le ne le vei-rni seulement pins!

T.K CnNCiatOK. — Allons! allons! voyons! 1! fanl être plus eouraffeu.se que ça.

■Iran. — MaLs pourquoi est-ce i|ue vous l'alteudez, votre domeî

Marte. — Tu u'as pa.-? besoin. Nous lui dirons qne tu es partie, voilil tout.

KrfiÉNiB. — Oh! peiisez-vons ! Si elle ne me Iroiivait pas là! Du reste, elle m'ii dil (|u'olle ne iwiti-eriiit pas trop tard. Elle étail falifnK'-e.-. Je lui ai même prépai-é de quoi manjter, des fois iju'elle aurai! faim.

Marik. — Kh bien, dis donc, on va pas se eoucher, on va rester près de toi jasqu'à e« (lu'ellc revienne.

Jka.v. — Klle renire direetemeut de son théâtre?

EufiKsiE. — Pas ce soir. Il y a une fête.

Jean. — l'ne fêle?

Et■<;|^^"I^■ — Oui, parée que e'est la eentî&me foLs qu'ils joneni lu pièce.

.Tkas. — (."est pour ç-a qu'iLs font nue fête?

Lt CoxcmtGE. — l'aut vraiment avuir besoin de

faire une fête! Mais 'alors elle va rester jiusqu'au matin?

KucKNiE. — Oh! non, non, elle est trop délicate.

Marie, près de la petite table. — Ça donne faiin «le voir de la raangeaille.

Eugénie. — Veux-tu que j'aille voir à la cuisine s'il reste quelque chase?

!Mabie. — Mais non, voyons, ça se passera,

Jean. — ' Dites donc, vous lui avez préparé de quoi manger; mais elle aura manji:é là-bas, votre dame. Ces fêtes-là, ça se tennine par un couper fin.

Eugénie. — Oh! c'est vrai! Je n'y ai pas pensé seulement... Tenez, je vas remettre ça en place, ça m'occupera. Je suis si révolutionnée!...

Marie. — Attends, je vais tout de même prendre un petit morceau. (Elle se sert.) Je n'ai pas l'habitude de sortir le soir: ça me tiraille l'estomac... Ça ne vous dit rien, à voils, mon.sieur Blond?

Le CoNCuaiQE. -- Oh! moi, vous savez... je ne

veux pas vous refuser, (il prend un peu de viande froide.

A Eugénie.) Et VOUS, madame Eugénie ?

EuGÉNiB. — Oh! non, merci, ça resterait là... Un p>eu de pain, c'est tout ce que je pourrais avaler... avec une tranche de jambon, peut-être...

Elle so laisse servir.

Jean. ~- Faut pas vous étouffer. Je vous verse à boire?

Eu(]ÉNiE. — Je vais vous chercher des verres, mes bons amis.

Elle sort à gauche, dans la salle à manger.

Le Concierge. — Pauvre femme! Asseyez-vous donc, monsieur Jean. Je vais vous faire une petite place... C'est qu'elle est tout sens dassus dessous!

Jean, la bouche pleine. — C'est effrayant, vous savez, des émotions pareilles!

Eugénie, revenant avec des verres et une bouteille de

vin. — Oh! vous dire le saisissement que j'ai eu, d'ouvrir cette dépêche! J'en ai encore les bras qui tremblent.

Elle leur verse à boire.

Marie, à Eugénie. — Bols donc un veiTe de vin, Eujrénie, ça te soutiendra.

Eugénie, d'une voîx dolente. — Oh! non, pensezvous! Du vin pour moi, nus Ixms amis!... Je vais prendre une jjfoutte de bénédictine. (Elle va chercher

le service à liqueurs sur une commode.) 1 OUrVU qU6 je

le relrouve encore en vi(»!

Jean. — Mais pardi! Sûr et certain que vous le retrouverez! On ne quitte pas la terre comme ça... Ce qu'il est fin, ce petit Bordeaux!

Le Concierge, à Jean. — Vous l'avez vue jouer, madame, dans cette pièce?

Il boit.

Jean. — Je crois bien ! Madame Eup:énie nous avait donné une loge.

Eugénie. — N'est-ce pîLs. on a bien ri avec la grosse Henriette et le chef et la teinturière? Croyezvous qu'elle avait mis un chapeau!... (Pleurant.) 11 y avait aussi mon pauvre Auguste...

Jean. — Et qu'elle était bien, votre dame, dans cette pièce!

Eugénie. — Mais ce n'était pas elle qui jouait ce soir-là, voas savez bien?

Jean. — Ah! oui, ce n'était pas elle, c'est vrai, ce n'était pas elle! Ça ne fait rien, le rôle était bien tenu.

Eugénie. — Oh! non, ce n'était pas madame.

Madame est bien plus jolie.

.Jean. — Je vous crois qu'elle est jolie!

Eugénie. — Tout de même, si elle ne voulait pas me laisser partir tout à l'heure!

Marie. — Oh! bien, voyons! Tu es folle, Eugénie! Ce serait inhumain!

Eugénie. — Des fois qu'elle aurait peur de passer la nuit seule.

Marie. — Oh! il ne faut pas te tourmenter, mon mignon. Daas. des soirées comme ça, tu penses bien ({u'elle aura ti-ouvé un monsieur pourja raccompagner.

Eugénie. — Tu as raison... (joignant les mains.) Oh! mon Dieu! mon Dieu! Pouitu qu'elle ramène quel- (ju'un !

Jean. — Dite-; donc, madame Eugénie, si elle avait trop peur de coucher seule, moi j'y tiendrais bien compagnie.

Il boit.

Marie. — Penses-tu î On te l'a faitepour toi sur

mesure !

■Jean. — Sans compter que j'y mettrais le prix!

Eugénie. — Chut! Voilà madame. (Tous se lèvent

à la hâte.) Filez vite par ici. Je vais ranger tout ça,

■ Le concierge, Jean et Marie sortent vivement à gauche, en emportant leurs verres. On entend la voix d'Irma dans la piièce à côté. ■ ' .

Irma, à Claude. — Tenez, par ici, oui, oui. Oh ! laissez donc votre pardessus dans l'antichambre.

Elle entre.

Eugénie. — Oh ! Madame a quelqu'un. Tant mieux !

Irma, riant. — Je vous remercie, Eugénie. Tiens, vous avez soupe en m'at tendant?

Eugénie, en pleurant. — Oui, madame!

Irma. — En quel honneur? Vous avez aussi fêté la centième?

Eugénie. — Oh! non, madame. C'est mon pauvre mari qui est bien malade! (A Claude qui entre.) Bonsoir, monsieur.

Irma. — Alors, vous avez voulu voils consoler?

Eugénie. — Oui, madame... c'est-à-dire non, n'estce pas... C'est M. Blond, le concierge, qui était monté avec I^Iarie Poizet et le maître d'hôtel du premier, afin de ne pas me lai.sser seule...

Klle continue à pleurer.

Irma. — Qu'est-ce qu'il a, votre mari?

Eu(iÉNiB. — Une chute qu'il a faite en tombant. Voilà la dépêche.

Irma, lisant. — Comment ! « Viens tout de suite. » Et vous voulez partir à présent?

Eugénie. — Si madame veut bien. Comme madame n'est pas seule... Je demande bien pardon à madame et à monsieur.

Irma. — Allez, ma pauvre Eugénie! Moi, je me passerai très bien de voius. Monsieur me tiendra compagnie jusqu'à votre retour. (A Claude.) N'est-ce pas?

Claude. — Certainement.

ErcîÉNiE. — Merci, monsieur!

Irma. — Xous noas servirons nous-mêmes. Vous nous avez bien laissé C|uel(|ue chose, au moins?

Eugénie. — Madame, il y a encore du veau froid dans le garde-mangei*.

Irma. — Avec ça et un peu de thé...

Eugénie. — .le vai*? le préparer.

Irma. — Non, non, dé péchez- vous î (A ciaudr.) Si on avait su, on aurait gardé la voiture.

Eugénie. — Bonne nuit, monsieur, niadan:e.

Elle sort.

L'ILLUSTRATION THEATRALE

Irma, riant. — Bonne nuit! paive qu'elle vous voit ici, à cette heure-ci, elle va tout de suite croire... Mais, pas du tout, vous savez: nous allons bavarder un peu, et rien de plus, en attendant Eugénie. Pauvre fille! S'en aller, comme ça, en pleine nuit, toute seule... Elle va peut-être trouver son mari mort !

Claude. — Mais non!

Irma. — Quoi, mais non? Qu'est-ce que vous en savez?

Claude. — Rien, mais...

Irma. — Alors?

Claude. — Faites voir cette dépêche.

Irma, la lui donnant. — Elle n'est pas rassurante.

(Claude lit la dépêche et reste pensif.) Hein?

Claude. — Non.

Irma. — Si ce n'est rien de grave, elle peut être de retour dans une heure.

Claude, vivement. — Ah! vous croyez?

Irma. — Dame! d'ici Auteuil, avec une bonne voiture...

Claude. — Oui, elle sera de i-etour dans luie heure.

Irma. — A moins qu'elle ne reste là-bas à le soigner... Alors, il faudrait quie je voas garde toute

la nuit... (Voyant que Claude ne dît mot.) 11 il'y a pas

de quoi... C'est égal, j'en ai eu une chance de vous emmener avec moi! Vous allez me tenir compagnie jusqu'à demain matin... (Un temps.) Vous ne demeurez pas par ici?

Claude. — Non, plus loin.

Irma. — De quel côté? Etoile? Parc Monceau?

Claude. — Plus loin que ça,

Irma. — Ils sont tous les mêmes: ils ont hoiTCur de donner leur adresse! Alora, si je veux aller vous rendre votre visite? Au fait, vous n'y tenez peutêtre pas? Vous n'habitez pas seul?

Claude. — Tout seul.

Irma. — C'est gentil chez vous?

Claude. — Non.

Irma. — ...Tenez, je vais vous faire voir l'appartement.

Claude. — Non, pourquoi?

Irma. — ^ Si, si, ça vous metti*a plus à l'aise... et moi aussi... C'est vrai, on est là, on ne sait pas quoi se dire. Ici, c'est le petit salon. (Allant ouvrir la porte

de droite.) et Voici le grand. (Claude ne bouge pas.) Ah!

vous n'êtes pas curieux. Du reste, vous ne perdez rien, il est toc, le grand s*alon. Je n'y vais jamais. C'est ici que je me tiens. Ça se voit, pas? Tenez, dans ce petit coin-là de prôféi^ence. El si vous voyiez, dans le jour, comme c'est clair, comme c'est gai ! Moi, d'abord, je ne me plais qu'ici. Je furette, je tripote, je change les meubles de place... Des fois, je chambarde tout à moi toute seule. Ou aloiTî, si je n'ai rien à faire, je travaille. J'adore mon appartement. Il n'y a que deux ans que je suis dans la maison, mais je crois bien que j'y resterai longtemps. C'est vrai, à présent, ça m'eml^éterait* de m'en aller.

Claude, brusquement. — Et par là?

Irma. — Oh! par là, c'est la chambre à coucher, ça ne vous intéresse pas. Enfin, voyez toujours.

(Klle donne de la lumière.) Là-bas, c'cst le Cabinet de

toilette, et, au fond, la chambre d'Eugénie. îii, par exemple, il y a quelque cliose qui peut vous intéresser.

Claude. — Quoi donc?

Irma. — Une sortie. Oui, dans la chambre du fond, il y a une porte qui donne sur le palier. Ça peut senûr.

Claude. — Pourquoi faire?

Irma. — Pour filer, tiens! Ne faites donc pas le malin. Supposez que mon ami vienne nous surprendre.

Claude. — Ah! voas croyez...

Irma. — Est-ce qu'on sait? (Riant.) Non, ne vous .frappez pas. Vous me faites de la peine. Je n'ai pas d'ami, pour le moment. Je suis veuve... Qu'est-ce que vous avez?

Claude. — Moi? Rien. J'ai un peu froid.

Irma. — Eh bien, chauffez-vous! (Claude va s'asseoir devant le feu. Klle le suit et allume une cigarette.)

Mais vous avez l'air d'avoir autre chose... Moi, je sais ce que vous 'avez... Je sais ce que vous vous dites...

Claude. — Oh ! je ne crois pas.

Irma. — Vous vous dites que je suis une petite giiie, et c'est ça qui voas défrise un peu... que vous me connaissez à peine, que vous m'avez été présenté il n'y a pas une heure et que... séance tenante, je... Ce n'est pas ça que voils vous dites?

Claude. — Oh! pas du tout!

Irma. — Comme vous iriez me jeter ça en pleine figure! Seulement vous le pensez, en attendant... Oh! je ne vous en veux pas, je vous comprends. C'est plutôt moi que je ne comprends pas. Qu'est-ce qui m'a pris? Vous savez, je n'ai jamais fait ça ]>our pei-sonne... Faudra pas le dire... Du reste, je n'avais aucune idée en voas ramenant... Oh ! voiLs avez beau hausser les épaules. C'est vous qui vous figurez des tas de choses...

Claude se lève, d'un mouvement brusque, la regarde en face, et, après un instant de silence.

Claude. — Eh bien, oui, je me suis figuré des choses... Pourquoi ne me serais-je pas figuré ça? Nous ne .sommes plus là-bas, dans cette fête, nous sommes seuls, nous n'avons pas besoin de faire de chichis, nous pouvons nous dire nos vérités...

Irma, interloquée. — Eh bien, vas-y, mon vieux!

Elle s'assied.

Claude. — C'est vrai, voilà que tu fais des manières, maintenant. Tu veux avoir l'air de ci'oire que je suis venu ici pour caaser. Montre-toi comme tu es... Je vais te doiuier l'exemple, je vais te dire, moi, ce que jo suis. Je ne suis pas du tout ce que tu crois, je ne suis rien de cet homme riche que tu as suivi tout à l'heure.

Irma. — Ah!

Claude, «'animant. — Non. Tu peux te mettre en colère, tu peux i-ecommencer à m'attraper!... Car tu nous as envoyé quelques injures à Valtier et à moi, hein? Et comme tu t'es apprivoisée quand j'ai raconté que je gagnais beaucoup d'argent! Eh bien, j'ai le regret de te dire qu'il y a maldonne. Dans tout ce que je t'ai raconté, il n'y a pas un mot de vrai. Mes grosses affaires, mes mines de cuivre, c'est de la blague! Je suis un purotin, je suis comme Valtier, je n'ai rien du tout, tu entends?

Irma. — Je m'en doutais un p>eu.

Claude. — Allons donc! Si tu t'en doutais, estce que tu aurais accepté que je rentre avec toi? Non, non, tu fais semblant maintenant de n'avoir pas marché dans mes boniments, mais tu as marché!

Irma. — Oh ! je ne peux pas dire que j'aie marché ou non. Je me disais: « C'est peut-être vrai, c'est peut-être une blague... » Si tu étais le premier qui m'ait fait un boniment pareil! Du reste, la plupart y ci-oient à ce qu'ils viennent me raconter, mais ça

LE œSTAUD DES ÉPINETTES

n'en est pas plus vrai pour ça. Toi, tu u*y croyais p:is, voilà tout!

Claude, «'asseyant en face d'elle. — Je t'ai meiiti ! Je t'ai menti!

Irma. — Et alors ? Tu m'as menti, pau\Te bougre ! Tant pis pour toi. J'aurais mieux aimé que ça soit la vérité.

Claude. — Pour toi, sans doute, hein ! Tu as bien cru que tu avais mis la main sur le fameux chopin?

Irma. — Oh! mettons que je l'aie cru, puisque ça a l'air de te faire plaisir. Moi, je sais bien que je n'ai pas de veine. Je l'ai assez répété; mais j'en ai pris mon parti et je n'embête pas le monde avec ça, car j'ai remarqué que ça ne servait à rien de dire aux

g:ens qu'on n'a pas de veine. (Sentencieusement,) Le

monde n'aime pas ceux qui se plaignent de leur sort. Une fois qu'il a vu qu'ils étaient malhem'eux. il dit: « C'est très bien », ça lui suffit, et il demande qu'on lui foute la paix.

Elle traverse le salon.

Claude, la suivant. — Toi non plus, tu n'aimes guère les gens malheureux. L'as-tu as.sez fait voir tout à rheure, quand tu . as parlé de ton baron ! Nous en as-tu assez servi! Ah! tu l'as, toi, le culte de l'argent!

Irma. — Je vous ai rac-onté des choses... Au fond, je ne sais pas si je les pensais tant que ça.

Claude. — Oui, enfin, tu essayes de te rétracter maintenant; mais, à ce moment-là, tu t'es bien montrée, hein?

Irma. — Il est épatant, cet homme-là! Qu'est-ce qu'il a donc? Il veut absolument que je sois une ro^eî Et c'est pour me dire ces gi'acieusetés-là que tu m'as demandé de rentrer ici?... Oui, mon vieux, je te raccorde, j'ai eu une petite crise, comme j'en ai quelquefois, et je n'étais pas fâchée de vous dire votre fait, à Valtier et à toi... D'abord, je vous trouvais injuste avec le baron. Moi. tu sais, je n'ai peut-êti'e que cette qualité-là, mais je suis juste. Et puis, il y a aiLssi que je rageais, oh! pas seulement contre vous, mais contre moi; parce que le culte de l'argent, comme tu dis, je ne l'ai pas assez, au contraire, et ça m'a même fait assez de tort dans la vie!... Alors, c'est là-dessus que tu me jugeais? Eh bien, tu t'es un peu trompé sur mon compte. (Riant.) Moi aussi, je t'ai fait marcher, sans le vouloir... Claude ne répond pas.) C'est Vrai, je me donne quelquefois des airs, je fais de la poussière devant le ïQonde... Mais, au fond, est-ce que tu crois ,que je ne suis pas plutôt avec vous qu'avec le baron? Je ne te dis pas qu'on est des frèrfts, parce que tu ne serais peut-être pas flatté, mais, tout de même, avec un homme comme toi, je me sens plus à mon aise,... je ne sais pas, je suis en confiance...

Elle lui met les mains sur les épaules.

Claude, se dégageant vivement. — Ne dis pas ça!

Irma. — Pourquoi?

Claude. — Ne -dis pas ça ! Comment ! Je ne t'ai raconté que des mensonges, et tu serais en confiance avec moi?

Irma. — Pourquoi veux-tu que je t'en veuille de m'avoir menti? Je te disais tout à l'heure que, quand tu me parlais, j'avais im peu l'impression que tu disais des blagues; mais il me semblait que c'était surtout à toi-même que tu racontais des boniments. Alors, quoi, mon vieux ? c'est la purée ?... Mais, cette bague que tu m'as donnée, c'est donc du toc?

Claude. — Non, mais... n'en parlons pas, veuxtu n'en parlons pas!

Irma. — Comme tu voudras; mais, tu sais, tu la remporteras en t'en allant. C'est curieux, ça ne me réjouit pas de te savoir à la côte, mais, d'un sens, ça ne m'embête pas non plus. Il me semble que je suis plus près de toi. Et, maintenant, tu ne te figureras pas que c'est pour ton argent, hein?... Pourquoi fais-tu cette tête-là?

Claude. — Quelle tête?

Irma. — Je te dis des choses gentilles et tu as l'air de rogner. Enfin, quoi? tu aurais préféré que je sois une sale bête?

Claude. — Peut-être!...

Irma. — Eh bien, je n'en suis pas une, — du moins, je ne crois pas. Je répète bien souvent que je suis une grue, mais je n'en suis pas sûre. Si je le dis comtne ça, c'est parce que j'ai peur de me l'entendre dire.

Claude. — Oh! tu es pareille aux autres, va!

Il y en a des quantités comme toi, qui s'imaginent qu'elles ne sont pas comme les autres. Vous êtes toutes les mêmes, des milliers et des milliers. Et, d'ailleurs, les hommes comme moi et le> femmes comme toi, nous faisons tous une foule gi'ouillante où les individus disparaissent. Il y en a qui viennent et qui grassissent le tas, il y en a d'autres qui s'en vont, et peraonne ne s'en aperçoit...

Irma. — Eh bien, dis donc, y en a tout de même une personne qui s'en aperçoit, c'est celle qui s'en va... Mais qu'est-ce que c'est que ce bruit, là-haut?

Claude, sursautant. — Du bruit?

Irma. — Qui est-ce qui demeure donc là-haut?

Ah! oui, c'est un petit vieux et sa femme, qui ont loué le petit logement du sixième. Comment se faitil qu'ils ne soient pas couchés? Il est bien une heure et demie...

Claude. — Une heure et demie! Non, pas encore !...

Irma. — Pas loin. Moi, ça ne me va guère de me coucher tard... Demain, j'ai des tas de chcjses à faire... des choses pas embêtantes, d'ailleurs: mes dernieiï? achats pour la tournée... c'est toujoui's amusant... Dommage que je sois si fatiguée, hein?... Je vais enlever ça... Aide-moi donc à me dégrafw, tu

veux?... (Elle se met devant Claude, lui tournant le dos.)

...Je te fais faire la femme de chambre... (Claude la

dégrafe en tremblant et à . distance.) ' Dis donC, je te défends de m'embrasser tant que ça!... (Elle rît. Claude

a Tair de ne pas entendre.) Dégl'afc, il n'y a pluS que

le bas... Oh! qu'est-ce que tu as à trembler comme ça? C'est de dégrafer une femme? (Elle lui prend les mains.) Oh! comme il a les mains froides! (Elle s'entoure des bras de Claude.) Il a les bras f orts ; mais ce qu'il est nerveux ! ses bras sont tout secoués !... Allons! Je vais mettre un peignoir, parce qu'il ne

fait pas trop chaud. (Elle sort. Resté seul, Claude semble tout à fait désemparé. Ses regards font le tour du salon et s'arrêtent sur le secrétaire. Il hésite, s'en approche, avance la main... Le meuble est fermé. Il hésite encore, puis, la rête tournée vers la chambre à coucher, il sort de sa poche le porte-cigares, l'ouvre, en tire d'abord un foulard rouge qu'il remet dans sa poche, ensuite une pince-monseigneur en deux parties, qu'il commence à ajuster... I,a voix d'Irma le fait tressaillir. Irma, dans la chambre à coucher:) Tu aS yu mon portrait?... (Claude ne répond pas.) Il te plaît?

Claude, avec effort. — Oui... oui...

Il a remis précipitamment la pince-monseigneur dans sa poche. Il reste là, au milieu du salon, sans faire un geste. Soudain, il paraît avoir pris une résolution énergique. Il va au commutateur, près de la cheminée,

L'ILLUSTRATION THEATRALE

et éteint l'électricité; puis, lentement, il se dirige vers la. chambre. Soudain il s'arrête, prête l'oreille «jt, vivement, se dissimule derrière le rideau de la baie. La porte de gauche s'ouvre lentement et un homme pénètre dans le salon: c'est Gabriel. Gabriel s'avance avec précaution, à tâtons. Il a retiré ses souliers et les a mis dans les poche.s de son veston. Apercevant de la lumière dans la chambre d'Irma, il s'en éca«ie et s'efforce de parvenir, en contournant la piècef jusqu'au secrétaire. Comme il s'en approche, Claude se jette sur lui, son couteau à la main. Les deux

hommes roulent . à . terre. . Claude a le dessus. Gabriel ' pousse un cri de douleur: Claude l'a blessé au poignet. Attirée par, le bruit, Irma, qui a passé un peignoir^ accourt, affolée.

iRMÂy apercevant, les deux hommes à terre, se met à

crier. — Oh! mon Dieu! Qu'est-ce que c'est? Au secoure !

Claude, la voix hakunte. — Non ! n'ayez pas peur î et ne criez pas! Je le tiens!

Irma. — Àhl'mou Dieu!

Claude. — Rallumez réiectricité!

Irma. — Non! Non! Je n'entre pas! Oh! mon Dieu! ■

Claude. — Mais puisque je le tiens! (Férocement.) Ah ! oui, je le tiens, ci-apule !... (A Irma.) Mais rallumez donc, je vous dis, qu'on voie sa figure!

(Irma s'avance en tremblant et tourne le commutateur.) Ah !

à la bonne heure... ! Oh ! tu peux remuer, va !

Irma. — Je vais appeler.

Claude, vivement. — Non, non, n'appelez pas!

Irma. — Mais si.

Claude. — Mais non, je n'ai besoin de personne !

Irma. — Je vais réveiller le concierjre!

Claude. — Laissez le concierge où il est. Je vous dis que je n'ai besoin de personne. (A Gabriel.) Toi, tu vas me donner les armes que tu as sur toi!

Gabriel. — Je n'en ai pas, monsieur!

Claude. — Allons! donne vite!

Gabriel. — Je n'en ai pas, je le jure! Mon Dieu! ne me seiTez pas si fort, voils m'étouf f ez !... Mais je n'ai jamais d'armes sur moi, jamais... Je ne saurais pas m'en sci'vir... Dasseirez un peu, vous me faites mal... Je ne demande pas mieux que de

retourner mes poches... (Claude l'aide à se relever, en le maintenant solidement. Irma veut se sauver.) Oh! madame, ne vous sauvez pas. On vous dit qu'il n'y a aucun danger.

Claude, à Irma. — Regardez-le donc! Il a plus peur que vous.

Irma, la voix tremblante. — Oh ! à présent, tu peux

frOUSSer, voyou! (Elle lui montre le poiijg, puis recule,

effrayée.) Ton affaire est bonne!

Gabriel. — Vous allez pas me dénoncer?

Irma. — Oui, tu peux compter là-dessus.

Gabriel. — Oh ! monsieur, faut pas me dé- Boncer... Vous m'avez déjà fait très mal au poignet, regardez donc!

Irma. — Non ! mais attends qu'on te plaigne, apache!

Gabriel. — Non, madame, je ne suis pas un apache, il ne faut pas dire ça.

Irma. — Qu'est-ce que vous veniez faire ici?

Gabriel. — Je vais vous dire, n'est-ce pas, c'est une adresse qu'on m'avait donnée...

Irma. — Qui?

Gabriel. — Des gens. C'est-à-dire qu'ils m'avaient

donné le renseignement sans me dire positivement voti*e nom; j'ai fini par le trouver. Alors... Oh! je vous demande pardon, madame, si je m'assois... Je ne tiens plus sur mes jambes... Ce qu'il m'a serré, ce monsieur! J'ai été imprudent, madame. On m'avait jïourtant dit (ju'il y avait du péril à m'introduire chez vous.

Irma. — (\nnment, du péril?

Gabrikl. — Bien oui, parce qu'il paraît que vous avez toujours quelqu'un.

Irma. — Eli bien, dites donc ! Voilà qu'il m'achète, à présent! Ça c'est le. comble!

Gabriel. — Oh! madame, il faut m'excuser; mais je suis à mille lieues d'avoir idée de vous faire offense.

Claude. — Api'èsî

Gabriel. — Une fois que j'ai eu le nom de madame, eh bien, j'ai su dans le quadier que mndame allait à une fête, ce qui m'a dé(*idé...

Irma. — Aloi's, il y a longtemps que vous êtes dans l'appai-tementî

Gabriel. — Mais j'arrive, madame, j'anîve.

J'avais attendu qu'il soye une heure, est-ce pas? Je voulais autant que possible que le coneiei^e soye couché... Oh ! pour lui homme qui fait toujours attention, j'ai bien mal calculé mon affaire!

Irma. — Vous en avez un culot !

Gabriel. — Non, madame, il ne faut pas dire ça, je n'ai aucun culot! Si yous me connaissiez...

Irma. — Eh bien, merci!

Gabriel. — ...vous verriez que je ne suis pas du tout un effronté.

Irma. — Il se fout de moi, ma parole!

Gabriel. — Oh! madame, tout ce que je dis, vous le prenez à rebours... Je ne suis pas très fort pour m'exprimer...

Irma. — Par où est-ce que vous êtes entré ?

Gabriel. — Par la cuisine... Une fois là, j'ai tout de suite vu de la limiière dans le salon... Je me suis dit: « Je vas m'en relxninier »... C'était vexant d'être venu pour rien... Alors, j'ai attendu que ça soye éteint...

Irma. — Vous mentez! Nous n'avons pas éteint

Gabriel. — Oh! si, madame... Quant à ça, monsieui' peut vous le dire...

Claude, vivement. — J'avais éteint en entendant du bruit à côté...

Gabriel. — Du bruit! J'ai pourtant bien fait attention !

Irma. — Oh ! tu sais, je vais appeler le concierge.

Claude. — Non! Non!

Irma. — Enfin, on ne va pas passer la nuit

comme ça?... (Un temps.)

Claude. — Si on le laissait partir?

Irma. — Eh bien, merci! Maintenant qu'il connaît le chemin !

Gabriel. — Oh! madame, fK)uvez-vous croire?

Jamais je ne foutrai plus les pieds chez vous!

Irma. — Tâchez donc d'être poli, d'abord! Je ne vous parle pas. (A Claude.) C'est fou, voyons! Si on le laisse partir, il ira recommencer ailleurs...

Claude, comme à lui-même. — Nous n'en sommes pas sûrs!

Gabriel. — N'est-ce pas, morusieur, que ce n'est pas sûr? Je sens que vous me comprenez, vous. (Claude tressaille.) J'ai pas envie de refaire un coup pareil... C'est une bonne leçon I

Claude. — Il faut qu'elle vous profite...

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