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DU CONTRE-SCEAU

E même que les monnaies et les médailles sont frappées des deux côtés et présentent ainsi un avers et un revers, de même beaucoup de sceaux portent deux empreintes : Tune à la face, et l'autre au dos.

Cette deuxième représentation imprimée au dos d'un sceau est ce que Ton appelle un contre-sceau. En un mot, le contre-sceau est le revers d'un sceau. On a même conservé, par analogie, le nom de revers à tous les contre-sceaux des sceaux de métal. Quelques auteurs l'ont étendu aux contre-sceaux de cire égalant en dimension les sceaux qu'ils accompagnent.

Le contre-sceau a été l'objet de nombreux travaux. On a cherché son âge, discuté les motifs qui en ont fait admettre l'usage. On a étudié sa forme, sa dimension ; il a été considéré dans ses différents rapports avec le sceau qu'il accompagne; on s'est demandé si les sceaux plaqués avaient porté des contre-sceaux, etc. Nous allons essayer de répondre à ces diverses questions.

Toutes les bulles connues ayant une face et un revers, rechercher l'origine de ce revers serait remonter aux premiers âges du sceau. Nous ne nous occuperons donc que du contre-sceau proprement dit, le contresceau de cire.

Ancienneté du contre-sceau royal en France. — Louis VII est le premier roi de France qui se soit servi d'un contre-sceau. Son mariage avec Éléonore lui suggéra sans doute l'idée de paraître en duc d'Aquitaine au revers du sceau de majesté traditionnel (fig. 18). Il ne faisait que suivre en cela l'exemple de Guillaume le Conquérant, qui avait donné pour revers

au sceau du duc de Normandie le type du nouveau roi d'Angleterre. Mais Guillaume n'inaugura pas le contre-sceau royal dans ce pays. Son prédécesseur, Edouard le Confesseur, l'avait employé avant lui. Les contre-sceaux des évêques commencent avec le

Fig. ib. — Louis VII, roi de Fiance, en duc d'Aquitaine.

Il est vêtu du grand liaubert, liabillemcnt de mailles qui le couvre de la tête aux pieds,

et coiffé d'un casque conique à nasal.

douzième siècle, ceux des seigneurs vers la fin de ce même siècle. Hugues, archevêque de Rouen, possède un contre-sceau dès 1129; Henri, évèque de Bayeux, en ii65; Hugues, abbé de Corbie, en 1173.

Causes de l'adoption du contre-sceau. — Les causes les plus rationnelles de l'adoption des contre-

sceaux pour les sceaux de cire paraissent être les suivantes : rimitation des monnaies, des médailles ou des bulles ; le besoin d'annoncer une dignité nouvelle, une augmentation de puissance ; les exigences de la légende ; une difficulté de plus à opposer aux faussaires, qui entamaient ordinairement par la surface sans empreinte le sceau qu'ils voulaient transporter à une autre charte. Le contre-sceau de Richard, évêque de Winchester, en 11 74, dit dans sa légende : Siim custos et testîs sigilli. (Je suis le gardien et le témoin du sceau.)

Formes du contre-sceau. — La forme du contresceau peut compter un aussi grand nombre de variétés que celle du sceau : elle est ronde, en ogive, ovale, polygonale, et de plus elle reste complètement indépendante de la forme du type que le contre-sceau complète. De sorte qu'un sceau ogival peut avoir un contre-sceau rond, ovale ou rectangulaire, comme ils peuvent être tous deux de même figure.

Couleur du contre-sceau. — Il n'en est pas de même de sa couleur; la même cire qui a servi pour le sceau a formé le contre-sceau. Cependant le sceau équestre appendu au testament de Charles, duc de Lorraine, en 1424, est de cire verte, tandis que le contre-sceau est en cire vermeille. On remarque également dans un accord de i354 un sceau d'Améçlée,

comte de Savoie, en cire verte, portant un contre-sceau de cire rouge.

Dimension du contre-sceau. — La dimension du contre-sceau égale quelquefois la grandeur du sceau, comme dans l'exemple de Louis VII, duc d'Aquitaine, et dans celui de Guillaume de Normandie, déjà cités. Mais généralement le contre-sceau est plus petit que le sceau.

Rapports du contre-sceau avec le sceau. — Tantôt le contre -sceau par sa représentation ou sa légende forme un type isolé, capable par lui seul d'authentiquer un acte, tantôt il est uni au sceau par des liens indissolubles, comme, par exemple, lorsqu'il en continue la légende. Ainsi l'inscription latine du sceau de Philippe d'Alsace dit : Sceau de Philippe, comte de Flandre; le contre-sceau ajoute : et de Vennandois. Celle de la ville de Lille : Sceau des échevins de Lille; le contresceau poursuit : et des jurés.

Nous pourrions citer des sceaux de femmes posés au revers du sceau de leur mari, comme celui d'Éléonore, femme de Mathieu, comte de Beaumont, ou celui de la femme de Raoul de Fougères, en 1162; mais, bien que l'acte et même la légende du second leur appliquent le nom de cojttra-sigillum, il semble difficile de regarder ces types exceptionnels comme des contre-sceaux.

Sceaux plaqués avec contre-sceaux. — D. Érasme Gastola a publié un certain nombre de sceaux de princes lombards plaqués et portant des contre-sceaux. Mabillon, dans son voyage en Italie, déclare en avoir rencontré deux. Nous ajouterons à ces témoignages celui du sceau de Robert le Frison, consul de Flandre en 1076, conservé aux Archives du département du Nord. Il est plaqué et porte en contre -sceau une tête d'homme de profil, tournée à droite, avec une chevelure frisée, tenant à la bouche un appendice à trois branches terminées chacune par une perle.

Noms du contre-sceau. — Les principaux noms du contre-sceau ont été : sigillum secretum, sigillum secretij contra sigillum, sigillum minus , contre -scel, sceau du secret, secret; on Ta aussi appelé par extension clavis ou custos secreti, clipeus, scutum, écu, consiliumj custodia veritatis, testis, jïdes^ nuntius. Aux Archives de la Manche, sur un contre-sceau de Gui de Laval, au douzième siècle, on lit : anti sigillum^ et sur le contre-sceau d'Arnoul VI, comte de Looz, en 1293, on rencontre subsigillum.

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