MATRICES DE SCEAUX — LEUR MATIERE
lES matrices des sceaux étaient d'or, d'argent, de bronze, de fer, d'étain, d'acier, d'ivoire; il y en avait aussi en pierres précieuses. Le prieuré de la Saussaie, près Villejuif, qui jouissait du privilège d'hériter des matrices des sceaux royaux à la mort du souverain, va nous donner les premiers renseignements sur leur matière. On lit dans une quittance fournie à la Chambre des comptes par
la prieure de la Saussaie « pour les sceaux * d'or et d'argent, avec les chaisnes tous cassés, demourës du trespassement du roy Charles, nostre sire, derrenièrement trespassé. Ce est assavoir : les deux sceaux du secret, l'un d'or et l'autre d'argent avec les chaisnes. Item le grand scel de la chancellerie avecques le contre-scel, les chaisnes et le coffre en quoy on le mettoit. Item le scel et le contre-scel des grands jours de Troyes avecques la chaisne. Item le scel, contrescel à tout la chaisne de l'échiquier de Rouen, tous d'argent. Lesquelles choses nous appartiennent, à cause des droits que nous avons acoustumé de prendre en la cour du roy, nostre sire, à cause de nostre fondation royale. »
Le riche inventaire des meubles de Charles V, à la Bibliothèque nationale, contient Fénumération de trentehuit matrices de sceaux. On y remarque plus particulièrement : « le signet du roy, qui est de la teste d'un roy sans barbe et est d'un fin rubis d'Orient, et est celui de quoy le roy scelle les lestres qu'il escript de sa main ; — un signet d'or où a ung ruby taillé à une teste de roy, et est le signet dont le roy Charles signait les lettres des généraulx. — Item deux signets pendant à une chaisne d'or dont il y a en l'ung ung saphir entaillé à un K environné de fleurs de lys, et
I. Nous croyons devoir avertir le lecteur que, dans les citations, le mot sceau est employé pour matrice de sceau. Au moyen âge, le même terme s'appliquait à l'objet produit, le sceau, et à celui qui servait à le produire, la matrice. On dit encore de nos jours « le Garde des sceaux ».
l'autre a un saphir auquel est entaillé ung roy à cheval armoyé de France. »
Un inventaire des joyaux du duc de Berri, de Fan 141 2, mentionne un signet d'or sur lequel était le l'isaige de monseigneur contrefait au pif.
On conserve au musée de Berne les matrices d'or de Charles le Téméraire et du grand bâtard Antoine, ramassées sur le champ de bataille de Granson, Les matrices des signets et sceaux secrets des ducs de Bourgogne de la deuxième race sont presque toujours d'or ; tandis que pour leurs grands types, pour ceux de leurs États de Flandre, le métal est d'argent. Les matrices des grands sceaux de la ville de Saint-Omer, du conseil d'Artois, de la prévôté de Mons, sont également en argent. On peut voir dans la collection des Archives nationales les matrices en argent dont usait l'abbaye de Saint-Denis dès le douzième siècle.
Liévin van Lathem grava deux sceaux en étain destinés à Marguerite d'Autriche, sœur de l'archiduc Philippe, en i5oo. Il exécuta aussi un sceau d'étain pour l'archiduc Charles, reconnu majeur en i5i5, en attendant que le grand sceau fût fabriqué.
Les deux grands sceaux de l'archiduc d'Autriche pour les actes, commissions et dépêches, étaient fournis en i5i9 par des matrices en étain.
François Caluw^art tailla, vers 1621, 1622, un grand et un petit cachet d'acier aux armes de l'infante Isabelle.
6o INTRODUCTION
Le bronze et le cuivre constituent les matières ordinairement mises en œuvre pour la fabrication des matrices. L'ivoire, au contraire, se rencontre fort rarement. L'échantillon le plus curieux peut-être de cette variété a été trouvé dans la Somme, à Amiens. L'artiste a fouillé les deux faces de l'ivoire, et chacune d'elles représente le même personnage avec une qualité différente. Il a figuré d'un côté, Foulques, archidiacre d'Amiens ; de l'autre, le même Foulques lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat de ce diocèse. Le texte de la légende, la forme des lettres qui la composent, le style de la gravure, le nom de l'évêque, tout concourt à fixer la date de cette matrice au commencement du onzième siècle.