L'EPERON
E moyen âge avait fait de l'éperon un insigne il?^ de la chevalerie , une pièce honorable dont y^^i on armait un chevalier, et qu'on lui brisait aux talons à coups de hache s'il avait encouru la dégradation.
L'éperon était d'or ou doré. Sa forme générale n'a pas changé. Tout le monde la connaît : talonnière à deux branches recourbées, attachée au pied par une bride et un sous-pied, et portant une tige pointue destinée à aiguillonner le cheval. L'extrémité seule de la tige a varié dans sa disposition.
Depuis Guillaume le Conquérant jusqu'aux premières années du treizième siècle , les sceaux représentent l'éperon armé d'un petit fer en pyramide ou de forme conique, souvenir de l'éperon romain.
Vers 121 1, I2i5, la tige se termine en une pointe
munie d'un renflement, d'une traverse, origine de la tige à trois branches que l'on rencontre de I223 à
A cette variété succède la pointe simple , courte. Elle commence avec les écus triangulaires, les armures spéciales des membres, et dure jusqu'au commencement du quatorzième siècle, où la molette a pris définitivement sa place, pour se continuer jusqu'à nos jours.
Les éperons ne comptent que pour un bien minime détail dans un sceau équestre dont la dimension est
Fig. 127. Fig. 12S.
D'après le sceau D'aprts le sceau
de Raoul de Fougères, de la ville de Béziers,
1 163. xii« siècle.
Fig. 12g.
Sceau de Guillaume
de Nevers, 1140.
Fig. i3o.
Sceau de Bernard V
de Commiiiges,
déjà petite. Cependant on en voit en forme de pyramide nettement dessinés chez Raoul de Fougères, en II 63, — Gui de Garlande, en 1170, — Eudes III, duc de Bourgogne, en 11 98, — Bernard V, comte de Comminges, en 1226.
L'éperon à traverse se voit très distinctement sur les sceaux de Robert de Braine, en 121 5, — de Jean de Beaumont, en 1217. — Les trois branches sont naissantes chez Amauri de Craon, en i223 ; tout à fait formées chez Robert de Poissy, en i23o.
Fig. i32.
Amauri de Craou, I22J
■ Henri
H A IM L L E M E N '!■ Cil 1-: V A L 1 : lU: S Q C E
d'Avaugour, en i23i, — Renaud de Trie, en 1237. Elles sont disposées en fleuron chez Raymond V, vi-
Fig. i35.
Fig. iTi. Fig. 1^4. Raimond, Fig. i3(5. Fig, Oy.
Henri d'Avaiigour, Renaud de Trie, vicomte de Gui dcCliâtilloii, Henri de
I23t. 1237. Turenne. i25i. 1270. Grandprc. 1274.
comte de Turenne, en i25i, — Gui de Châtillon, comte
de Saint-Pol, en 1270, — Henri de Grandpré, en 1274.
La pointe simple est figurée dans les types de
Gautier de Nemours, en i265, — de ov
Pierre de Chambly, en 1295, — de
^. ,,, Jean de Chalon, en î3oi, — de Louis ^. ,
Fig. i3b. ' ' Fig. i3<).
de Nevers, comte de Flandre', en i322, — de Philippe de Valois, en 1327.
Quant au.x molettes, les exemples abondent. Nous citerons seulement les types où elles prennent de grandes proportions et ceux oii ^' elles sont attachées à de très longues tiges. Charles , dauphin de
■ Louis II,
Gantier de
Nemours,
Jean
de Clialon,
i3oi.
Fig. 140. Viennois, en 1348, -
Jean de Boury,
121 1. comte d'Etampes, en i36i , —
Fig. 141.
Charles le
Téméraire,
Louis, duc d'Orléans, en 1485, portent la grande molette, la molette épanouie. — Charles le Téméraire, en 1468, Antoine de Lorraine, en i5oi, chaussent l'éperon à longue tige.
Aucun des groupes qui viennent d'être distingués n'implique une spécialité respective d'éperons. Chacune
de ces divisions répond seulement à l'intervalle pendant lequel Fusage d'un modèle a été général, ce qui n'empêche pas le même modèle de s'être montré avant ou après les limites indiquées. Ainsi un des sceaux de Philippe d'Alsace, en 1171 , nous offre le comte chaussé d'un éperon à trois branches ; — ■ Bernard V, comte de Comminges (fig. i3o), en 1226, Trencavel, en 1247, portent encore Téperon à fer de lance; — la première molette, et elle est fort grande, paraît en 121 1 sur le sceau de Jean de Boury (fig. 140), la seconde en 1225, sur celui de Gautier de Rinel, la troisième chez Raimond, comte de Toulouse, en 1228, la quatrième chez Arnoul de Landas, en 1237, la cinquième dans le type de Guillaume de Dampierre, en 1246, et ainsi de suite à des intervalles éloignés, jusqu'au quatorzième siècle, où l'usage de la molette devient général.