L'EPEE
,Es armes offensives progressent à mesure que l'habillement défensif acquiert plus de solidité ; chaque perfectionnement de l'armure pousse à la recherche et à la fabrication d'une épée capable de l'entamer. De là certaines modifications de cette arme. Examinons séparément la lame et les deux parties apparentes de la poignée : la croix et le pom-
meau ; la main du cavalier cache la troisième, qui est la fusée.
A la fin du onzième siècle et pendant le douzième, répée apparaît sur les sceaux avec une lame courte, large du talon, à pointe formée par la diminution insensible de la lame, allégée par une gorge d'évidement qui , partant du talon, la parcourt dans presque toute sa longueur. La croix de la poignée, les quillons sont droits , quelquefois recourbés vers la pointe, ou enroulés à leur extrémité ; le pommeau est plat et circulaire.
Telle est Fépée dite normande ; à quillons droits chez Thierri d'Alsace, en 1128, et Gui de Chevreuse,
Fig. 142.
D'aprcs le sceau
de Gui de Chevreuse,
Fig. 143.
Gui de Chàtillou,
Fig. 144.
Raoul de Fougères,
en 1 1 59 ; — recourbés sur les sceaux de Garin de Souvigné, vers 1120, de Gui de Châtillon, en 1168; ^ enroulés du bout sur ceux de Raoul de Fougères, en I i63 et r i65.
Indépendamment de Tarme que je viens de décrire, arme la plus fréquente au douzième siècle, caractéris-
i5o LE COSTUME D'AP'RES LES SCEAUX
tique de Tépoque, les sceaux nous offrent deux autres modèles différents.
Le premier comprend des épées à lame courte et à tranchants presque parallèles, recoupés du bout pour former la pointe. Au lieu de la gorge d'évidement, une arête médiane, formée par la rencontre des deux tranchants, ~^S~7 règne sur toute la longueur de la lame. Fig. 145. L'on reconnaîtra cette sorte de réminiscence
Gui de Laval,
1095. de répée romaine dans les types de Gui de Laval, en ioqS, — d'André de Rameru, en 1176. Au deuxième modèle appartiennent des épées à lame étroite, effilée, quelquefois moins large du talon que vers son milieu, à quillons droits et courts, à tout petit pommeau rond. Les sceaux de Philippe d'Alsace, en 1164, — de Bouchard de Montmorency, en 1160, fournissent des exemples de cette
Fig. 146. .
Bouciiard de vaHété, quc nous retrouverons encore parmi
Montmorenc)',
«■69. les armes du treizième siècle.
Dès le règne de Philippe-Auguste, quand le grand haubert vient opposer à l'attaque son tissu de mailles entrelacées, l'épée se fait plus grande, plus droite et surtout plus lourde que les précédentes, à deux tranchants comme elles ; sa gorge d'évidement plus étroite et moins profonde ^contribue à lui laisser le poids nécessaire pour rompre l'armure perfectionnée.
Les plus beaux échantillons de cette nouvelle épée