SYMBOLES DU CHRIST
^^^^" Agneau. — Le Précurseur apercevant Jésus % v^^ pour la première fois s'écrie : « Voici Tagneau .9%^ï^ de Dieu. » Aussi les premiers chrétiens représentent-ils saint Jean- Baptiste montrant le Messie symbolisé par l'agneau. C'est pourquoi l'agneau fut le premier signe conventionnel sous lequel ils figurèrent le Christ.
La sigillographie a souvent reproduit cet ancien emblème de l'agneau, et par l'agneau on doit également entendre le bélier, car saint Ambroise dit que le bélier est pris pour symbole du Verbe. N'est-ce pas le bélier qui fut sacrifié par Abraham à la place de son fils Isaac ?
Les sceaux nous oflPriront donc quelquefois le bélier au lieu de Tagneau et notamment dans les types de P. de Milly, doyen de Meulan, en i233, — des frères Mineurs de Tudela, en i3o3, — de la ville de Tirlemont, en i339 (fig. 431).
Agneaux ou béliers porteront Tattribut caractéristique du Christ, le nimbe crucifère; cependant quelquesuns échappent à la règle ordinaire. De ce nombre est l'agneau de l'abbaye du Jard, en 1224. Des agneaux nimbés, nous ne relaterons que deux exemples : l'un.
sur le sceau de Toulouse^ où Ton remarque un nimbe crucifère entouré de rayons; l'autre, sur le sceau de Béziers, en 1226, offre un nimbe orné d'un cercle intérieur de perles ou de grènetis.
Tous les agneaux que nous étudions appartiennent à rÉglise triomphante. Ils portent tous la croix nue ou garnie d'un gonfanon, d'un étendard glorieux. La
rig. 431. — D'après le sceau de la ville de Tiilemont, \'}3<).
croix simple se rencontre dans les types les plus anciens, comme celui de Pierre de Corbeil, évêque de Cambrai, en 1199. La croix à gonfanon pourrait se classer d'après les pointes de l'étoffe. On distingue en effet des flammes simples et des flammes à deux, à trois, à quatre, même à cinq divisions. La flamme est unique dans le type de la ville de Carcassonne, en i3o3; — elle comprend cinq divisions à partir de la hampe dans celui de Baudouin, chanoine de Saint- Pierre de Douai, en 1229.
LES TROIS PERSONNES DIVINES 843
En adoptant Tagneau pour emblème, certaines communautés chargèrent le gonfanon des armoiries qui leur étaient propres. Le gonfanon de Tagneau de Rouen, en i363, porte un léopard. En 1403 et 1423 , une bannière rectangulaire aux armes remplace le gonfanon sur le sceau des Carmes de Clermont-Ferrand. Elle porte d'hermines au sautoir avec trois queues crhermines attachées au bord de la bannière. La croix devient aussi quelquefois héraldique, l'agneau de Toulouse tient la croix cléchée, vidée et pommelée, emblème armoriai de cette ville.
L'agneau divin affecte deux maintiens différents. Il va droit devant lui, la tète en avant, ou il retourne la tète ; de plus, il marche à droite ou à gauche indifféremment. Il suffira de citer le type précédent et celui de l'abbaye de Conques, en i25i, où la tête regarde dans la direction du corps. Dans le type de Narbonnc, en 1218, la tète est tournée dans un sens contraire à la marche de l'agneau.
Si l'on étudie ensuite comment l'agneau tient la croix, on observe qu'il la porte avec un pied de devant relevé dans cette intention. Tantôt l'extrémité du fut repose sur la sole du pied, tantôt elle se trouve prise dans la fourche des ongles et les dépasse.
Sur le sceau de l'abbaye de Conques, en i25i, le bout de la haste repose sur le pied ; elle est passée dans la fourche à la plupart des sceaux déjà mentionnés, auxquels nous ajouterons le sceau du chapitre
de Montbrison, en i3o8. Un arrangement particulier
se remarque dans un type de Narbonne, en i3o3 : le
bâton de la croix s'articule à angle droit avec une
autre pièce qui va rejoindre le pied.
L'agneau tient la croix de résurrection droite ou
penchée en arrière. Dans ce dernier cas, le pied qui la supporte est en avant du pied qui pose à terre.
Nous retrouvons près de Fagneau les mêmes accessoires symboliques que nous avons vus accompagner le Christ : le soleil, deux soleils, le soleil et la lune. Dans le type de Sigebert, chanoine de Noyon, en 1207, le mot agnvs surmonte Fagneau. Et sur le sceau de Jean le François, chanoine de Fauquembergue,
en 1256, deux oiseaux perchés accostent la croix du
triomphe.
La Crolx. — La croix nue, le symbole par excellence, le plus fréquent, sinon le plus ancien des emblèmes chrétiens, signifie la deuxième Personne. Présentée aux fidèles bien avant le crucifix, elle conquit aussitôt leur vénération.
Saint Paulin leur avait dit : Où est la croix, là est le martyr, et ils considérèrent la croix comme le divin Rédempteur lui-même.
La sigillographie compte plusieurs sortes de croix :
Fig. 432.
D'après le sceau
de Jean le François
chanoine de
Fauquembergue,
ij:s trois personnes divines 345
1° La croix à quatre branches égales, s'élargissant d'ordinaire à leur extrémité. Elle est connue sous le nom impropre de croix grecque. C'est la croix que Ton voit inscrite dans le nimbe du Christ.
2" La croix latine, à branches inégales, Tinférieure la plus longue et la supérieure la plus courte, taillée sur le modèle d'une personne étendant les bras. C'est la croix humaine.
3° Les sceaux nous fournissent encore la croix à deux traverses, la plus haute plus courte que l'autre et paraissant à certains archéologues n'être qu'une transformation du listel de bois où se fixait le titulus du condamné.
La croix la plus ancienne , le tau, croix à trois branches, sorte de double potence que l'on dit avoir été le véritable instrument de supplice du Christ, ne figure pas sur les sceaux. A moins qu'on ne veuille la reconnaître dans l'attribut porté par saint Antoine et qui nous paraît plutôt une crosse primitive que l'emblème du gibet sur lequel expira Jésus. On a cru cependant distinguer le tau sur certaines Trinités du moyen âge.
Nous donnerons d'abord des exemples de la croix grecque seule ou accompagnée d'accessoires symboliques dont nous avons expliqué déjà la signification.
Les sceaux de Bernard, abbé de Ham-lès-Lillers, en 1223, — de la ville d'Alct , en 1240, — des Mathurins de Meaux, en i3o3, — des Chartreux de
Macourt, près Valenciennes, en i337, portent tous une croix grecque seule. Elle sert de signe distinctif, brodé sur la manche du vêtement, chez les Hospitaliers de Saint -Jean de Jérusalem, à partir du douzième siècle.
La croix grecque est anglée de quatre fleurons dans le type de Robert, cardinal du titre de Saint-Etienne /;/ Monte Cœlio^ en 1214, et de quatre fleurs de lys dans celui de la ville de Tournay, en 1288.
On la rencontre accostée des lettres grecques alpha et oméga suspendues par une chaîne à la rosace
Fig. 433. . . .
D'apros le sceau de l'abbaye qui cntoure la croix , au sceau de
de Cliarroux, Oo'è. 11 i i ^ i^ • o 1/^1
1 abbaye de Samt-bauveur de Lharroux, en i3o8. Réminiscence des croix des premiers siècles, qui présentaient les deux lettres symboliques attachées à leur traverse.
Elle est cantonnée de deux lunes et de deux soleils dans le type de l'offîcialité de Tarchidiacre de Brie, en 1262; — des figures symboliques des évangélistes, au sceau du couvent de la Sainte -Trinité de Limoux, en i3o3; — cantonnée des lettres gothiques composant le mot mariyv (m, a, ri, a) dans le type de Jean, prieur de Sainte-Croix de la Bretonnerie, en 1482; — de deux fleurs de lys et des lettres a, m (ave maria) sur le sceau de l'hôpital de
l'ig. 434.
D'après le sceau
de Jean, prieur
de Sainte-Croix
de la
Bretonnerie,